Je bâtirai mon Église

L’EXTRACTION DES MATÉRIAUX

CHAPITRE IV

L’appel de Dieu

L’erreur fatale qui semble avoir contribué le plus à l’établissement de ce système politico-religieux qu’on a appelé la « chrétienté » paraît bien être la confusion entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

Sous l’Ancienne Alliance, Israël était en bloc le « peuple de Dieu ». Tous les Hébreux nés d’Hébreux er circoncis selon la loi faisaient automatiquement partie de ce peuple. Tous ensemble étaient au bénéfice des promesses et des privilèges donnés à ce peuple1.

1 « La confusion néfaste et fatidique qui s’est produite ici de très bonne heure déjà, pour se répéter constamment, consiste dans le fait que l’Eglise chrétienne a recommencé de se comprendre et de se comporter comme une sorte de continuation ou de réédition du peuple d’Israël. » Karl Barth : Dogmatik III, 2, 2 p. 280. — « La différence entre l’Eglise de l’âge nouveau et l’Israël ethnique est que l’entrée dans le peuple de Dieu se fait par une décision personnelle de l’individu. » H. S. Bender : These are my People, p. 18.

« L’Ancienne Alliance était contractée avec un peuple, on y appartenait par le sang : c’était une alliance ethnique ; la présente Alliance a été établie avec l’Eglise : on s’y rattache par la foi : c’est une alliance spirituelle. La naissance introduisait à la première ; à la seconde donne accès la nouvelle naissance. » Francus : Il n’y a pas de Protestants, ch. IV.

« Ce qui est nouveau dans l’Ekklesia par rapport à Israël, c’est qu’on n’est pas introduit dans le peuple de Dieu par la naissance, mais par la nouvelle naissance, c’est-à-dire par la foi. » E. Brunner : Dogmatik III, p. 75.

« Les religions d’Etat appartiennent à la première période de l’histoire religieuse de l’humanité. Cette première période a pris fin il y a dix-huit siècles ; on ne cherche à la prolonger qu’en confondant les deux alliances et en bouleversant le plan divin. » E. de Pressensé : Discours religieux, p. 29 (Paris, 1859).

Dans Le Baptême, Sacrement de l’Alliance de Grâce, le pasteur P.Ch. Marcel s’appuie sur l’identité entre Ancienne et Nouvelle Alliance, sur la continuité entre l’Eglise de l’A.T. et du N.T. Dans l’Ancienne Alliance, les enfants des Juifs étaient admis par la circoncision, alors que les prosélytes étaient astreints à des conditions supplémentaires. L’auteur affirme qu’il en est de même dans la Nouvelle Alliance et qu’on ne saurait pas assimiler les enfants de chrétiens à des prosélytes du christianisme. Cette démonstration confirme l’importance de la recherche des caractères distinctifs des deux alliances et en particulier de la preuve du caractère individuel et conditionnel du salut dans le N.T.

Ceux qui avaient en mains l’orientation des églises aux IIe et IIIe siècles n’ont pas été suffisamment attentifs au changement radical que la venue de Jésus-Christ avait apporté. Suivant la pente naturelle de la facilité, le christianisme est retombé insensiblement au niveau de la religion de l’Ancienne Alliance. L’Ancien Testament a servi aux Pères de l’Eglise (et par la suite aux théologiens réformés) à justifier, a posteriori, l’état de fait. Pourtant, il y a entre les deux alliances une différence essentielle : le peuple de la Nouvelle Alliance ne se recrute plus « biologiquement » c’est-à-dire par voie de naissance, mais individuellement, sur la base d’un oui personnel donné à l’offre du salut en Jésus-Christ. C’est l’aboutissement d’une ligne amorcée dès l’Ancienne Alliance.

« Dieu procède par la méthode de la concentration. Ses promesses resteront valables, mais seulement pour ceux qui sont réellement son Peuple. Désormais il y aura une distinction entre l’Israël de nom et le véritable peuple de Dieu, le reste dans Israël. Au temps du Sinaï, tout le peuple avait été Eglise. Dorénavant ces deux réalités ne se recouvrent plus entièrement. L’appartenance au peuple de Dieu n’est pas une affaire de chair et de sang. Il y a donc une « réduction progressive » dans le plan de Dieu. Le cercle du salut devient plus étroit. Dieu avait commencé son œuvre avec l’humanité. Il l’avait poursuivie avec un seul peuple d’entre les peuples de la terre. Maintenant, Il opère par un reste, une minorité fidèle de ce peuple. Il se concentre sur quelques-uns afin d’atteindre le grand nombre… Dieu dit : « Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple », mais Il dit aussi : « C’est pourquoi : sortez du milieu d’eux et séparez-vous d’eux » (2 Cor. 6.16). (Dr Visser’t Hooft.)2

2 Misère et Grandeur de l’Eglise, pp. 13-15. Ed. Labor, Genève. Voir à ce sujet les prophéties de l’A.T. concernant le reste : Es. 4.3 ; 10.21 ; 11.11 ; 11.16 ; 37.32 ; 49.6 ; Jr. 23.3 ; 50.20 ; Ez. 14.22 ; Mich. 2.12 : Soph. 3.13 ; ainsi que Rom. 2.17-29.

« Par ses représentants officiels, la nation, comme telle, a refusé d’accueillir Jésus ; dès ce moment la foi prend un caractère purement individuel et pour ainsi dire sporadique. » (F. Godet.) 3

3 Commentaire sur l’Evangile de Jean, t. II, p. 62.

En effet, comme nous allons le voir, l’appel au salut prend dans la bouche de Jésus-Christ et des apôtres un caractère

A. CARACTÈRE INDIVIDUEL DE L’APPEL4

4 « Dans l’Ancien Testament c’est la nation comme entité qui est appelée à la repentance. Il est question d’une conversion collective, d’un réveil de la nation. Dans Ez. 36 il est essentiellement question de péchés nationaux… Il n’est pas question dans les pages de l’A.T. de conversions individuelles dans le sens qui nous est familier par l’usage ultérieur du terme… Tous les enfants furent élevés « dans l’Alliance » et on leur apprenait à penser qu’ils se trouvaient « à l’intérieur » de sorte qu’aucune expérience de décision ultérieure ne leur était demandée. » John Baillie : Baptism and Conversion, pp. 59-61.

La loi et les prophètes de l’Ancienne Alliance disent : « Vous observerez… vous écouterez ». Jésus-Christ ne s’adresse plus au peuple pris en bloc, il s’adresse aux individus qu’il a devant lui :

« Toi, suis-moi » ;

« Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »

Ce caractère individuel se trouve constamment souligné par des expressions comme : « celui qui », « Ceux qui » que nous rencontrons environ 130 fois dans les Evangiles (après suppression des parallèles synoptiques, bien entendu : 70 dans Mt. — 30 en plus dans Mc. et Lc., 30 dans Jn.).

— « quiconque » (env. 30 fois dans les Evangiles, 20 dans les synoptiques, 10 dans Jean) ;

— « si quelqu’un… » (13 fois) ;

— « si un homme… tout homme qui… que chacun… nul… plusieurs…, etc. »

En tout nous lisons près de 200 fois ces expressions, mises par les Evangiles dans la bouche de Jésus et qui font ressortir que l’appel est essentiellement personnel.

Si nous poursuivons notre enquête à travers le reste du N.T. nous découvrirons que les apôtres ont strictement maintenu dans leur enseignement, ce caractère individuel du salut :

— celui qui — quiconque : 40 fois dans les Actes, 160 fois dans les épîtres de Paul (et Hbr.), 140 fois dans les autres épitres et Apocalypse ;

— Si quelqu’un : 60 fois en dehors des Evangiles ;

— Chacun, quelques-uns, nul, plusieurs… 80 fois.

Donc : nous rencontrons près de 500 fois dans l’enseignement des apôtres, des expressions qui parlent d’un salut individuel. Nous en trouvons près de 700 dans l’ensemble du N.T.

Ces petits mots constituent comme la trame de la pensée néo-testamentaire. Ils prouvent mieux que beaucoup de versets que c’était l’individu désormais, placé en face de Dieu, qui avait à prendre personnellement position. Comme le dit le professeur Kellerhals : « Nous sommes interpellés tout à fait personnellement, placés devant une décision et appelés à croire et à obéir. »5

5 E. Kellerhals : Bekehrung und Wiedergeburt, p. 7.

Cet individualisme est quelque chose d’assez neuf sur le plan religieux.

« Pour la première fois dans le monde hellénique, la religion devient individualiste. On est préoccupé du salut individuel. Dans les religions classiques l’individu était complètement oublié. » (E. de Faye.)6

6 E. de Faye : Esquisse de la Pensée d’Origène (Ed. Leroux, Paris 1925), p. 110.

De ce caractère individuel de l’appel découle une forme nouvelle du « peuple de Dieu » de la Nouvelle Alliance.

« Dieu crée l’Eglise par Christ, en appelant l’individu au moyen de la Parole annoncée. Par l’annonce de cette Parole les hommes sont placés chacun pour sa part devant la décision et l’Eglise se constitue lorsque des hommes répondent par la foi à la Parole. » (Nils Alstrup Dahl.)7

7 Das Volk Gottes, p. 248.

« Seule une communauté d’hommes basée sur une décision personnelle de la vie pour Christ peut être appelée chrétienne — quelle que soit sa forme. » (E. Brunner.)8

8 Dogmatik III, p. 14.

Tout le christianisme médiéval qui se reflète dans les différentes formes de catholicisme, a laissé délibérément de côté l’aspect individuel de l’appel au salut, retombant dans l’économie de l’Ancienne Alliance. Schleiermacher a opposé les deux chemins d’accès au salut dans une phrase célèbre : « Le contraste peut être saisi de la manière suivante : le protestantisme fait dépendre la relation de l’individu avec l’Eglise de sa relation avec Christ, alors que le catholicisme fait dépendre la relation de l’individu avec Christ de sa relation avec l’Eglise. »9

9 Schleiermacher : Der Christliche Glaube (1821), pp. 137-138.

Mais est-ce que tous les protestantismes actuels sont protestants dans le sens de cette définition ?

Selon la confession d’Augsbourg la vraie Eglise est « là où l’Evangile est annoncé dans sa pureté et où les sacrements sont administrés conformément à la règle ». Selon la Bible, « l’Eglise n’est pas là où l’Evangile est prêché dans sa pureté, mais là où il y a la foi ; où la foi n’est pas pure orthodoxie — conformité avec l’enseignement de l’Eglise — mais nouvelle création, nouvelle naissance. » (E. Brunner.)10

10 Le Renouveau de l’Eglise, p. 16.

Si « la communauté réunie pour entendre la prédication (Predigtgemeinde) est composée de ceux qui sont placés personnellement devant le choix de l’acceptation ou du refus du don de Dieu »11, la vraie église ne comprend que ceux qui répondent par la foi à l’offre du salut qui leur est faite. C’est la profession de foi individuelle qui manifestera cette réponse.

11 Dietrich Bonhoeffer : Sanctorum communio (Münich 1954), p. 186.

« La profession de foi en Christ qui faisait seule le membre de l’Eglise apostolique et qui doit faire seule à jamais les membres de toutes les Eglises, c’est la profession de la foi individuelle, de la foi qui n’existe chez un homme que lorsqu’il croit qu’il a été individuellement perdu à cause de ses péchés, que Christ est mort pour lui individuellement, que Christ est dès à présent son Sauveur à lui individuellement. » (A. de Gasparin.)12 Et la meilleure profession de foi reste celle que Jésus-Christ a instituée, le baptême : « Le baptême souligne le caractère individuel de l’appel de la Grâce tout en liant le croyant à l’Eglise. » (Aug. Lemaître.)13

12 Les Ecoles du Doute et l’Ecole de la Foi, p. 390.

13 Foi et Vérité, p. 468.

B. CARACTÈRE CONDITIONNEL DU SALUT

Chacune des expressions relevées plus haut est suivie de l’énoncé d’une condition à remplir pour s’approprier les promesses de Dieu :

« Celui qui a faim et soif de justice,
celui qui cherche, qui frappe,
qui est fatigué et chargé,
si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu,
si quelqu’un veut venir après moi...
quiconque écoute la Parole et la met en pratique
ceux qui obéissent à Dieu
ceux qui se repentent et qui croient. »

50 fois au moins nous retrouvons l’énoncé de cette condition du salut : « quiconque croit en Lui ne périt pas… celui qui croit au Fils a la vie éternelle… »

Ce caractère conditionnel est aussi souligné par le petit mot si que nous lisons au moins 42 fois suivi d’une condition précise à remplir :

« si vous ne vous repentez pas, vous périrez » ;
« si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme de petits enfants. vous ne pouvez entrer dans le royaume de Dieu » :
« si vous ne croyez pas… » ;
« si tu crois de tout ton cœur » ;
« si vous gardez mes commandements » ;
« si vous demeurez dans ma parole » ;
ou encore par des impératifs : « Il faut que vous naissiez de nouveau… crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé… »

Christ a accompli parfaitement et totalement l’œuvre du salut que le Père lui avait confiée. Sur la croix Il s’est écrié : « Tout est accompli ». Mais ce salut n’est acquis à l’homme que lorsque celui-ci le saisit personnellement par un acte de foi.

« La foi est la décision de l’individu seul. Celui-là croit qui ose se placer tout seul en face de Dieu, et qui peut rester seul avec son Dieu dans sa chambre, L’Eglise ne peut se composer que de telles individualités, dont chacune porte devant Dieu la pleine responsabilité de sa foi. » (E. Brunner.)14

14 Le Renouveau de l’Eglise, p. 18.

« La foi se présente avant tout comme une réponse au message chrétien : 1 Cor. 15.11 ; Rom. 10.14. » (Mgr Cerfaux.)15

15 La Théologie de l’Eglise suivant Saint Paul, p. 123.

« C’est le Saint-Esprit qui nous lie les uns aux autres dans l’amour dont Christ nous a aimés et, du côté humain, c’est la foi qui est fondamentale : elle consiste à se rejeter totalement sur cet amour et à ouvrir son cœur, son esprit et son âme à son influence. » (L. Newbigin.) 16 Notons que le salut n’était acquis dans l’Ancienne comme dans la Nouvelle Alliance que par la foi. Par là se manifeste la continuité du plan de Dieu à travers les alliances différentes.

16 L’Eglise, p.68.

C’est par la foi qu’Abraham fut justifié (Rom. 4) et de même ce sont « ceux qui ont la foi qui sont fils d’Abraham » (Gal. 3.7). Le chapitre 11 de l’épitre aux Hébreux est une magnifique illustration de cette vérité : « C’est par la foi qu’Abel…, Hénoch…, Noé…, Abraham…, Jacob…, Joseph…, Moïse…, etc... furent sauvés. »

« Tous ceux qui furent sauvés dans le passé le furent par la foi, non par leur appartenance à un groupe ethnique. » (Harold Bender.)17

17 These are my people, p. 9.

Inversement les apôtres nous démontrent que

« Tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël… ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu » (Rom. 9.7-8).

« Le vrai Juif, ce n’est pas celui qui en a les apparences ; et la vraie circoncision, ce n’est pas celle qui est apparente dans la chair » (Rom. 2.28 ; voir aussi : 1 Cor. 10.1-5 ; Hbr. 3.10, 11, 16, 19 ; 1 Rois 19.18 ; Es. 8.5-20 ; 29.13 ; Joël 2.13).

Jean Baptiste avertit les Juifs : « Ne dites pas en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père » (Mt. 3.8), et Jésus les prévient : « Si vous étiez des enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres qu’Abraham a faites » (Jn. 8.39) 18.

18 Voir Harold S. Bender : These are my People, pp. 5-13. — Alan Stibbs : God’s Church, pp. 16-23 ; 51-59.

Il en est de même de toutes les bénédictions spirituelles en Christ. Elles sont toutes là à notre disposition, mais pour se les approprier l’enfant de Dieu doit remplir un certain nombre de conditions que la Parole de Dieu lui rappelle :

« celui qui garde sa parole… ses commandements… » ;
« ceux qui Lui obéissent, qui L’invoquent, qui L’aiment… » ;
« celui qui confesse que Jésus est Fils de Dieu… » ;
« celui qui aime son frère… » ;
« celui qui veille et qui garde ses vêtements »  ;
« celui qui persévérera jusqu’à la fin » ;
« ceux qui sont fidèles, sanctifiés… » ;
« ceux qui s’approchent de Dieu par Christ… » ;
« quiconque pratique la justice… » ;
« celui qui hait sa vie en ce monde » ;
« ceux qui marchent selon l’Esprit ».

Affirmer que l’homme n’a aucun rôle à jouer pour que son salut devienne effectif, c’est donc se mettre en opposition avec l’enseignement biblique19.

19 « Dans tout l’Ancien Testament il existe une corrélation claire entre la révélation divine et la responsabilité humaine, entre la fidélité de Dieu et la confiance de l’homme, entre les exigences de Dieu et l’obéissance humaine. » E. Brunner : Dogmatik III, p. 312.

Sa participation, limitée à l’appropriation volontaire des bénédictions acquises par Christ, ne ternit en rien l’œuvre de Christ et elle sauvegarde le don le plus précieux que Dieu ait fait à l’homme : sa liberté.

C. CARACTÈRE SÉLECTIF DE LA PRÉDICATION DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

Ce caractère découle obligatoirement des deux précédents : si l’appel s’adresse à l’individu, si on lui demande de remplir certaines conditions, cet appel créera automatiquement une sélection parmi les auditeurs : il y aura ceux qui seront prêts à remplir les conditions exigées et ceux qui le refuseront. L’appel de Jésus-Christ prévoit ces deux options possibles :

« celui qui croit au Fils a la vie éternelle,
celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jn. 3.36) ;
« si un homme ne nait de nouveau il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu… tout homme qui est né de l’Esprit… » (Jn. 3.3, 8) ;
« celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,
quiconque fait le mal… ne vient point à la lumière » (Jn. 3.19-21).

L’Evangile nous rapporte qu’immédiatement après les messages de Jésus-Christ, la frontière se dessinait concrètement entre ceux qui crurent en Lui et ceux qui persistaient dans l’incrédulité.

« plusieurs crurent en son nom » (Jn. 2.23 ; 7.31 ; 8.30 ; 10.42 ; 11.45) ;
« un beaucoup plus grand nombre crurent… » (4.41) ;
« cet homme crut » (4.50) ;
« vous ne croyez pas. vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (5.38, 40, 43, v. 8.45 ; 10.25) ;
« vous ne me recevez pas » ;
« il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient point » (6.64)20.

20 « Nous arrivons là à la décision : Moi ou Toi — c’est-à-dire Moi, mon seul Maître ou Toi mon Seigneur. Cette décision c’est la foi. » E. Brunner : Dogmatik III, p. 324.

Jésus ne dit-Il pas Lui-même qu’Il est venu « apporter la division sur la terre » (Lc. 12.51), « car désormais cinq dans une maison seront divisés : trois contre deux, et deux contre trois ; le père contre le fils et le fils contre le père ; la mère contre la fille et la fille contre la mère ; la belle-fille contre la belle-mère et la belle-mère contre la belle-fille. » (v. 52-53.)

Cette même sélection se fait après la prédication des apôtres. Lors de la Pentecôte l’apôtre Pierre lançait l’appel : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ. et, par plusieurs autres paroles, il les conjurait et les exhortait, disant : Sauvez-vous de cette génération perverse. Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés et, en ce jour-là le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes. » (Ac. 2.38-41.)21

21 « L’élection (Klésis) se rattache étroitement au mot qu’emploie le N.T. pour désigner l’Eglise (ekklesia). L’Eglise naît par le fait que Dieu, selon le conseil éternel de son amour, appelle les hommes, de tous les peuples et de toutes classes, pour les faire sortir de « ce monde », de cette « génération perverse », et les introduire dans une existence toute nouvelle, tout autre, une société surnaturelle, céleste ou spirituelle, messianico-eschatologique. » E. Brunner : Le Renouveau de l’Eglise, pp. 11-12.

Tout au-long du livre des Actes, après la prédication de l’évangile nous lisons :

« plusieurs crurent, beaucoup, peu, un certain nombre, un grand nombre de personnes, une grande multitude, quelques-uns crurent, une foule assez nombreuse se joignit au Seigneur » (en tout 23 fois). Il est question du « nombre de ceux qui avaient cru », « des milliers de Juifs ont cru ». Ces expressions nous montrent que, dans la foule des auditeurs, une ligne de démarcation se traçait insensiblement : certains franchissaient la ligne, d’autres restaient en deçà :

« Les uns furent persuadés. les autres ne crurent point » (Act. 28.24)22. L’annonce de l’Evangile divise les hommes en deux camps opposés ; elle est une occasion offerte par Dieu à l’homme, de passer d’un camp à l’autre en usant de sa liberté.

22 « Que le christianisme redevienne ce qu’il fut toujours : une secte… à cette condition il pourra se mesurer avec le siècle. » A. Vinet.

« Pour être un homme véritable il faut tout d’abord être un dissident. » Emerson.

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