Josué un conquérant selon le cœur de Dieu

7
La traversée du Jourdain

L’obstacle qui séparait le peuple d’Israël du Pays Promis était le Jourdain. Or à l’époque de la moisson où l’on devait le franchir, « il débordait continuellement par-dessus ses rives » (3.15). Comment un peuple de deux millions de personnes, avec de petits enfants, des vieillards, des troupeaux et de nombreux bagages pourrait-il franchir cet obstacle ? Jéricho se croyait bien à l’abri derrière cet obstacle infranchissable – sans un miracle du Seigneur. Or ce miracle eut bien lieu. Comme Dieu avait utilisé le vent pour assécher la mer des Roseaux, il a utilisé un glissement de terrain pour assécher le fleuve. La vallée du Jourdain se trouve sur l’une des plus importantes failles de l’écorce terrestre. Elle est donc souvent sujette à des tremblements de terre. Un tel tremblement a dû avoir lieu, provoquant un glissement de terrain près de la « ville d’Adam située à côté de Tsartân » (3.16). Les terres déplacées ont bouché le lit du fleuve, formant un lac avec les eaux d’amont et laissant le lit à sec en aval, de sorte que le peuple put passer à pied sec.

Un glissement semblable mettant le fleuve à sec eut lieu le 11 juillet 1927, asséchant le fleuve pendant 21 heures et demi, démontrant la réalité du récit biblique. Les historiens ont signalé un phénomène semblable le 7 décembre 1267 où le Jourdain fut asséché pendant une dizaine d’heures. L’archéologue B.G. Wood dit que les eaux du Jourdain ont probablement été arrêtées à Adam, l’actuelle Damiya, à une trentaine de kilomètres de l’endroit où les Israélites ont traversé le fleuve. Toute la vallée du Jourdain est sujette à des phénomènes sismologiques causant des glissements de terrains susceptibles de bloquer les eaux du fleuve. De tels glissements suivis de l’assèchement du Jourdain ont eu lieu en 1160, 1267, 1546, 1834, 1906 et 1927.5 Un historien arabe décrit celui de 1267 en expliquant qu’une colline du côté ouest du Jourdain s’effondra dans le fleuve et en obstrua le cours. Pas un filet d’eau ne coula du côté sud de Damiya. Lors du tremblement de terre de 1927, une paroi rocheuse haute de 450 m s’écroula dans le Jourdain près de la cluse de Damiya, de sorte que ses eaux cessèrent de couler durant 21 heures. Dieu peut donc se servir de phénomènes naturels. Le miracle consistait dans le fait que c’est au moment où les Israélites se sont apprêtés à traverser le Jourdain que les eaux se sont arrêtées.

5 D’après Amos Nur dans « The Stanford Earth Scientist » in Stanford Observer Stanford University, Nov 1988/5.

La Palestine, et particulièrement la vallée du Jourdain, est située sur l’une des fractures de l’écorce terrestre.6 Les fouilles archéologiques ont mis au jour des preuves de séismes dans le passé. La Bible elle-même indique que des tremblements de terre ont accompagné l’entrée des Israélites dans la Terre promise. Juges 5.4-5 dit : « O Eternel, lorsque tu sortis de Séir, lorsque tu t’avanças depuis les champs d’Edom, la terre se mit à trembler et le ciel se fondit en eau : les nuées déversèrent une pluie abondante. Devant toi, Eternel, les montagnes ont vacillé, devant le Dieu du Sinaï, oui, devant l’Eternel, Dieu d’Israël». Le Psaume 114 célèbre aussi la traversée de la mer Rouge et du Jourdain : « La mer le vit et prit la fuite, le Jourdain reflua, et toutes les montagnes se mirent à bondir ainsi que des béliers. Et toutes les collines se mirent à sauter ainsi que des cabris… O terre, tremble devant le Maître, oui, devant le Dieu de Jacob » (v. 3-4, 7).

6 J.H. Alexander rappelle que « la Vallée du Grand Rift est l’une des plus grandes cassures géologiques de la Planète ; elle se creuse déjà au niveau des lacs Nyassa et Turkana dans l’est africain, puis se prolonge par la mer Rouge. A son extrémité nord, elle se divise en deux bras, et tandis qu’elle se comble à l’ouest dans le golfe de Suez, elle ‘emprunte’ à l’est le golfe d’Aqaba, pour aboutir ensuite à la plus profonde dépression terrestre où se situe la mer Morte. Le niveau de cette mer s’est encore abaissé de plus de 7 mètres au cours de notre génération pour se creuser à 400 mètres au-dessous du niveau des océans. Et c’est dans cette vallée sans issue, unique dans tout le relief terrestre, que se jette le Jourdain, le fleuve choisi par Dieu pour délimiter Canaan, la Terre promise à Israël. Sur le plan sismique, la région se situe dans l’une des zones les plus sensibles et les plus instables de la Planète.
« Certains commentateurs ont pensé que si un barrage naturel avait retenu en amont les eaux du Jourdain, c’était aussi pour permettre à Israël de traverser le fleuve asséché sur un large front » (Josué p. 41, 44, 46).

« Les eaux s’arrêtèrent près de la localité de ‘Adam’, l’actuelle Tell ed-damiye qui en a gardé le nom, au confluent du Yabbok et du Jourdain. Il est donc parfaitement logique que, dans l’actualisation du miracle de la mer Rouge au sanctuaire de Jéricho, ce phénomène ait été choisi comme illustration et ait permis l’historicisation’ du miracle. Cela ne retire rien au prodige lui-même qui n’est réduit ni à un phénomène normal, ni à une ‘routine’, mais, au contraire, cela l’insère efficacement dans l’histoire, en dehors de toute sphère mythique» (J.A. Soggin Josué p. 49).

« Les eaux s’arrêtèrent, non à l’endroit où se tenait l’arche, mais, comme le montre la suite, bien au-dessus, à Adam, près de Tsartan. Le lit du Jourdain en cet endroit, est extrêmement resserré, et il est aisé de comprendre comment, par une cause quelconque, soit un éboulement barrant cet étroit passage, soit un soulèvement du sol (la contrée montre des traces d’actions volcaniques), soit autrement, le cours du Jourdain put être momentanément empêché, les eaux au-dessus refluant au nord et celles d’en bas s’écoulant rapidement dans la mer Morte et laissant ainsi un vaste espace libre au peuple. On lit dans Harper (The Bible and modem Discoveries) les données suivantes, tout à fait concordantes : ‘Le mot Adam, qui signifie rouge, se retrouve dans le nom de rivière Rouge que donnent les Arabes à un affluent du Jourdain qui se jette dans ce fleuve en ce même endroit. Ce nom vient probablement de la couleur d’une glaise rouge à travers laquelle il coule. La localité porte les traces de convulsions géologiques’. Ici encore comme au passage de la mer Rouge, le miracle consista plutôt dans la coïncidence que dans le fait lui-même. En 1512 le Blenio, en Suisse, présenta un phénomène analogue; de même en 1846, la Motala, en Suède, près de Norköping, la rivière se mit à baisser un matin à neuf heures avec une telle rapidité que l’après-midi à quatre heures son lit était à sec. Le lendemain matin l’eau reparut et reprit son cours ordinaire » (BA 3 p. 14).

« A mesure qu’ils avançaient vers le milieu du lit du fleuve, les eaux se retiraient devant eux, le courant lui-même étant arrêté à une très grande distance, près de la ville d’Adam, qui est à côté de Tsartan ». Cela se situerait à vingt-cinq kilomètres en amont de Jéricho et il semble probable que le lit du fleuve ait été asséché sur trente à quarante-cinq kilomètres. On a trouvé un parallèle intéressant entre le déroulement de ce chapitre et les événements de 1267 que raconte un historien arabe et 1927 signalés plus haut. « Ces événements peuvent suggérer une explication ‘naturelle’ de ce qui arriva des siècles auparavant ; mais accepter cette explication ne diminue en rien l’intervention surnaturelle qui ouvrit la voie à Israël au moment même où il en avait besoin. Les prêtres qui se tenaient dans le lit asséché du fleuve pendant le passage de la nation étaient le signe que c’était là l’œuvre de Dieu » (H. J. Blair NCB p. 246).

Le fait que cet assèchement eut lieu à l’époque où le Jourdain débordait de ses rives (3.15) et au moment où les prêtres touchaient l’eau du fleuve était dû à une intervention miraculeuse de Dieu.

En préparation de la traversée du Jourdain, « Josué dit au peuple : Purifiez-vous, car demain l’Eternel fera des prodiges au milieu de vous » (3.5). Dieu avait déjà demandé au peuple de se purifier avant de se révéler du haut du mont Sinaï (Exode 19.10-15). Cette purification comportait le lavage des vêtements et le fait de se tourner vers Dieu, d’obéir à ses commandements. Les prêtres devaient prendre le coffre de l’alliance et se porter devant le peuple (3.6). Le coffre de l’alliance, signe de la présence divine, devait précéder le peuple. Les chefs du peuple lui donnèrent les ordres suivants : «&nbs;Quand vous verrez les prêtres-lévites emporter le coffre de l’alliance de l’Eternel, votre Dieu, vous quitterez le lieu où vous êtes installés et vous le suivrez. Vous maintiendrez entre vous et le coffre de l’alliance une distance d’un kilomètre. Vous ne vous en approcherez pas plus. Ainsi vous saurez quel chemin emprunter, car vous n’avez encore jamais fait ce trajet » (3.3-4).

L’Eternel s’adressa à Josué et lui dit : « Aujourd’hui même, je commencerai à t’honorer aux yeux de tout Israël pour qu’ils sachent que je serai avec toi tout comme je l’ai été avec Moïse » (3.7), puis il lui donna une indication précise concernant la traversée du fleuve : « Donne aux prêtres qui portent le coffre de l’alliance l’ordre suivant : ‘Dès que vous aurez atteint le bord du Jourdain et que vous aurez mis les pieds dans l’eau, arrêtez-vous là’ » (3.8).

« Alors Josué s’adressa à tous les Israélites et leur dit : Approchez-vous et écoutez les paroles de l’Eternel, votre Dieu. Voici comment vous saurez que le Dieu vivant est au milieu de vous et qu’il ne manquera pas de déposséder en votre faveur les Cananéens, les Hittites, les Héviens, les Phéréziens, les Guirgasiens, les Amoréens et les Yebousiens : Le coffre de l’alliance du Seigneur de toute la terre va traverser le Jourdain devant vous. Maintenant, choisissez douze hommes dans les tribus d’Israël, un par tribu. Dès que les prêtres qui porteront le coffre de l’Eternel, le Seigneur de toute la terre, poseront la plante des pieds dans le Jourdain, le fleuve sera coupé en deux : les eaux venant de l’amont s’arrêteront net en formant comme un mur » (v. 9-13).

Pourquoi choisir ces douze hommes (v. 12) ? Après la traversée du Jourdain, l’Eternel dit à Josué : « Choisissez parmi le peuple douze hommes, un par tribu, et demandez-leur d’aller chercher douze pierres au milieu du lit du fleuve à l’endroit où les prêtres se sont arrêtés, et de les apporter à l’endroit où vous camperez cette nuit » (4.2-3). Ces douze hommes devaient apporter des pierres mémorielles rappelant aux générations futures le miracle de la traversée du Jourdain par tout un peuple.

L’assèchement du Jourdain permettait au peuple de le traverser sur un large front : un millier de gens pouvaient le franchir sur une largeur d’un kilomètre. Des spécialistes ont estimé qu’il a fallu à peine plus d’une heure pour cette traversée. Pendant tout ce temps, les prêtres se sont arrêtés au milieu du fleuve (v. 17).

Pourquoi les prêtres devaient-ils rester au milieu du fleuve ?

Les prêtres se tenaient à côté du coffre sacré, symbole de la présence de Dieu. Tant que Dieu était là, l’eau n’allait pas revenir. Le peuple « traversa rapidement le fleuve », sans doute en partie par peur ou manque de foi. Peut-être que les prêtres auraient bien aimé les imiter pour se trouver rapidement sur la terre ferme, mais étant « les modèles du troupeau », ils devaient rester jusqu’à ce que le dernier Israélite ait traversé le fleuve. Ils ont dû exercer leur foi en mettant les pieds dans l’eau qui débordait des rives (3.15), et davantage encore en restant jusqu’à la fin au milieu du Jourdain. C’est au moment où ils poseront leurs pieds sur la terre ferme que les eaux du fleuve reviendront et reprendront leur cours habituel (v. 18).

« Nous trouvons au Jourdain, d’une manière particulière, la mort à ce que nous sommes dans notre ancien état et le commencement d’un nouvel état, dans la puissance de la vie avec le Christ, avec lequel nous sommes ressuscités. Cette mort et cette résurrection nous introduisent actuellement dans toutes les bénédictions célestes » (H.R. Josué p. 26).

Les pierres mémorielles

Quand tout le peuple eut fini de traverser le Jourdain, Josué, sur ordre de l’Eternel, choisit douze hommes et leur demanda de chercher des pierres au milieu du fleuve et de les apporter à l’endroit où le peuple allait camper cette nuit-là. « Ces pierres resteront comme un signe au milieu de vous. Lorsque par la suite vos fils vous demanderont ce que ces pierres signifient pour vous, vous leur répondrez : ‘Les eaux du Jourdain ont été coupées en deux devant le coffre de l’alliance de l’Eternel lorsqu’il a traversé le fleuve. Ces pierres servent de mémorial rappelant pour toujours aux Israélites que les eaux du Jourdain ont été coupées en deux’ » (4.6-7). Ce mémorial avait plusieurs buts : 1° Il devait témoigner de la fidélité de Dieu à ses promesses : il a tenu parole en amenant son peuple dans le pays de Canaan. 2° C’était un signe pour les générations futures de ce que Dieu avait accompli. C’était la manière orientale d’enseigner aux générations suivantes les grandes œuvres de Dieu (4.6). 3° Ce mémorial montrait la puissance de Dieu aux enfants d’Israël (v. 22-24). 4° Il enseignait aussi aux nations voisines que le Dieu d’Israël était le seul Dieu (v. 24).

Les Israélites firent ce que Josué leur avait ordonné. « Josué érigea aussi douze autres pierres au milieu du lit du Jourdain, à l’endroit où les prêtres qui portaient le coffre de l’alliance avaient posé leurs pieds, et elles y sont restées jusqu’à ce jour » (v. 9).

Ces douze autres pierres devaient être érigées au milieu du Jourdain. N’allaient-elles pas être rapidement emportées par le courant ? Les hommes choisis dans les tribus (4.2) devaient probablement l’être pour leur force. Ils étaient donc capables de porter de grosses pierres. Ce mémorial convenablement édifié devait pouvoir résister au courant, sans doute pas très fort à cet endroit. De plus, celui qui a rédigé le texte dit que le mémorial s’y trouvait encore à l’époque de la rédaction. Il était certainement visible quand le Jourdain était réduit à un petit filet d’eau.

Jos 3.14-17 a donné un résumé de la traversée du Jourdain par le peuple. Le chapitre 4 revient en arrière pour rappeler en détail l’histoire des deux tas de pierres mémorielles de cette traversée : l’un au milieu du fleuve et un autre sur la rive. Les douze hommes avaient déjà été mentionnés dans 3.12 ; ce chapitre dit quelle était leur tâche. Ils représentaient les douze tribus, donc l’ensemble du peuple était impliqué dans leur action. Ils devaient prendre des pierres à l’endroit où les prêtres s’étaient tenus avec le coffre de l’alliance (le fait qu’ils devaient les porter sur leurs épaules montre qu’il s’agissait de grosses pierres) et les déposer à un endroit identifié par la suite comme étant Guilgal (v. 20), la base des opérations dans le pays. Ce signe ressemblait à la Pâque qui enseignait aux générations futures que Dieu avait racheté son peuple de l’esclavage égyptien (Exode 12.26-27).

Josué 4.9 dit qu’un tas de pierres fut aussi érigé au milieu du Jourdain, à l’endroit où les prêtres s’étaient tenus avec le coffre sacré. Lorsque les eaux du fleuve étaient basses, ces pierres en émergeaient et témoignaient du miracle qui avait eu lieu. Il devait être associé à celui que Dieu avait fait pour la traversée de la mer des Roseaux (v. 23). Les Psaumes 66.6 ; 106.9 et 114.3 associent ces deux miracles. C’étaient des témoignages de la puissance de l’Eternel pour tous les peuples de la terre (v. 24). Un autre effet fut celui sur les nations habitant le pays de Canaan : « Tous les rois des Amoréens établis sur la rive occidentale du Jourdain et tous les rois des Cananéens établis sur le littoral de la mer Méditerranée apprirent que l’Eternel avait asséché le Jourdain devant les Israélites jusqu’à ce qu’ils l’aient traversé. Alors le courage leur manqua et ils perdirent tous leurs moyens en face des Israélites » (5.1). Au moment de la rédaction du livre de Josué, ces pierres s’y trouvaient toujours (4.9). Ces deux tas de pierres répondaient au principe des deux témoins nécessaires pour attester la vérité d’un fait. Ils symbolisent aussi l’identification du chrétien avec la mort du Christ (représentée par l’immersion du baptême) et sa résurrection avec le Christ (représentée par sa sortie des eaux du baptême). Par la mort à la vie !

« Les douze pierres sont, non seulement notre mort et notre résurrection avec le Christ – le Jourdain signifiait cela – mais le mémorial de cette mort et cette résurrection, vu en Christ ressuscité et entré dans la gloire. Ce monument nous rappelle ce que nous devons être désormais» (H.R. Josué p. 31).

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant