Marie est rentrée à Nazareth, mais pour la naissance, elle a dû se rendre avec son mari à Bethléhem, à cause du recensement publié par l’empereur Auguste qui ordonnait que tout le monde devait se rendre dans la localité d’où il était originaire – et pour accomplir la prophétie de Michée qui a prédit que le Messie naîtrait à Bethléhem (Michée 5.1). Joseph, étant originaire de Bethléhem, la ville de son ancêtre David, c’est là qu’ils devaient aller.
La légende a dramatisé l’histoire de la naissance de Jésus : Marie est sur le point d’accoucher, on frappe à toutes les portes, personne ne veut les recevoir, les caravansérails sont pleins à cause du recensement, ils doivent se réfugier dans une grotte remplie de bêtes et c’est là que naît le bébé, que l’on couche dans une mangeoire.
La réalité était sans doute moins dramatique. Joseph était un homme sensé ; il n’a probablement pas entrepris le voyage de Galilée en Judée à quelques jours de l’accouchement. Le texte dit : « Durant leur séjour à Bethléhem arriva le moment où Marie devait accoucher » (Luc 2.6). Ils se trouvaient donc déjà là depuis quelque temps. Joseph devait avoir des gens de sa parenté dans cette ville d’où il était originaire. Les règles de l’hospitalité lui commandaient de s’adresser d’abord à eux – et leur commandaient de les recevoir dans l’une des maisons de sa famille. Mais même s’il avait été étranger, on n’aurait pas laissé une famille dans la rue.
C’est donc dans une maison que le couple a logé pendant quelque temps. Chaque maison était composée d’une entrée spacieuse où logeaient les bêtes et, à environ 1,20 m plus haut, on trouvait deux pièces : l’une réservée à la famille et l’autre destinée aux visiteurs (kataluma : chambre d’hôte). Or, dans la maison qui a accueilli Joseph et Marie, cette pièce était déjà occupée (peut-être par un jeune couple qui n’avait pas encore construit sa maison, ou qui était revenu chez les parents, ou par d’autres membres de la famille venus pour le recensement). C’est ce que dit Luc 2.7 : « il n’y avait pas de place pour eux dans la kataluma (pièce réservée aux hôtes) ». Ils se sont donc installés dans la pièce du dessous où logeaient habituellement les moutons (qui étaient dans les pâturages avec les bergers). Dans cette pièce, il y avait une mangeoire pour les bêtes. C’est là que Marie a couché son enfant, car c’était l’endroit le plus approprié.7
7 Pour la justification de cette version, voir l’Encyclopédie des difficultés bibliques Vol. Evangiles-Actes p. 362-364.
Même si les conditions étaient moins primitives que dans la grotte de la tradition, elles n’étaient guère idéales : loin de chez soi et des siens, Marie et son fils n’ont pas bénéficié des soins et de l’affection qui entourent normalement une naissance. Dès son entrée dans le monde, Jésus était marqué par la pauvreté. Comme dit le poète Francis Jammes : « Il n’a pas choisi le palais des rois, mais ce coin étroit, sordide et moisi » – lui, le seul être au monde qui pouvait choisir la famille et l’endroit où il allait naître !
Seule consolation pour la famille : la visite des bergers qui lui ont rapporté ce que les anges leur ont dit. Confirmation du message de l’ange Gabriel : oui, cet enfant est bien « le Sauveur du monde, le Messie, le Seigneur ».
Plus tard : la visite des mages d’Orient dont les cadeaux royaux seront bien appréciés lors de la fuite et de l’installation en Egypte.
« Marie gardait toutes ces choses et les repassait dans son cœur » (Luc 2.19). C’est auprès d’elle que Luc a pu recueillir tous ces souvenirs qui constituent « l’Evangile de l’enfance », pendant les deux années où Paul était incarcéré à Césarée et où Luc se trouvait près de lui.
A partir de la fuite en Egypte et lors du retour, le Saint-Esprit communique ses indications à Joseph. Marie passe au second plan.