Nous avons vu que le diaconat était le ministère, par définition. Tous ceux qui exercent un ministère dans l’Eglise sont des diacres, qu’ils soient apôtres (1 Corinthiens 3.5 ; 2 Corinthiens 3.6 ; Colossiens 1.23), délégués apostoliques (1 Thessaloniciens 3.2 ; 1 Timothée 4.6 ; 2 Timothée 4.11), évangélistes ou anciens : tous sont serviteurs de Dieu et de leurs frères.
Le mot diakonos a, cependant, pris assez tôt un sens particulier dans l’Eglise : dans l’épître aux Philippiens (1.1), les diacres semblent constituer, à côté des évêques, un groupe à part parmi « tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes ». Dans les directives que Paul donne à Timothée vers la fin de sa vie, il énumère les conditions posées à ceux qui doivent être nommés diacres — parallèlement à celles imposées aux évêques. Il s’agit donc d’une fonction précise dans l’Eglise. Dans les salutations finales de l’épître aux Romains, Paul recommande Phœbé, diaconesse de l’Eglise de Cenchrées (16.1) en précisant qu’elle a donné aide à plusieurs, à lui en particulier (v. 2).
C’est donc par ces serviteurs par excellence que nous commencerons notre étude des ministères particuliers — contrairement à ce que font la plupart des études sur ce sujet. Une autre raison milite en faveur de la priorité donnée aux diacres : l’Eglise de Jérusalem semble avoir institué des diacres avant de nommer des anciens. En effet, nous entendons seulement parler des anciens de cette Eglise à partir d’Actes 11.30 (puis 15.2, 4, 6, 22-23 ; 16.4 ; 21.18) alors que, dans Actes 6, on voit nommer sept hommes pour le service des tables. S’agissait-il de diacres dans ce sens particulier, c’est-à-dire de serviteurs officiels de l’Eglise ? Etant donné la rareté des textes concernant notre sujet, il sera utile d’éclaircir cette question car s’il se rapporte effectivement à des diacres, il nous apportera des précisions utiles quant à leur fonction et leur mode d’institution.
Ceux qui répondent à cette question par la négative avancent les arguments suivants :
Ceux qui assimilent les Sept aux diacres font valoir les arguments suivants :
L’examen approfondi de ces arguments fait pencher la majorité des théologiens dans le sens d’une assimilation des Sept aux premiers diacres. Nous pourrons donc inclure ce récit dans nos sources d’information concernant le rôle et la nomination des diacres durant la période apostolique.
Puisque seules les qualifications requises d’un futur diacre figurent dans le Nouveau Testament, nous devrons les examiner avant de préciser la fonction de ces serviteurs, dans l’espoir de trouver dans ce portrait-robot du bon diacre quelques indications au sujet de son activité.
Les Sept devaient recevoir « un bon témoignage », donc être des hommes estimés auxquels on n’avait rien à reprocher et « être remplis d’Esprit-Saint et de sagesse » : preuve que Dieu les avait préparés pour leur service. Leurs qualifications spirituelles autant qu’humaines étaient donc indispensables à l’exercice de ce ministère.
Dans la liste des conditions énumérées en 1 Timothée 3.8-13 figurent six qualifications personnelles et 3 exigences relatives à sa vie familiale.
Si nous comparons cette liste à celle des qualifications exigées des anciens (évêques), nous noterons, pour les diacres, l’absence de trois conditions : hospitalier, propre à l’enseignement, pas un nouveau converti. Les deux dernières différences s’expliquent si le diacre a plutôt des responsabilités d’ordre pratique : n’ayant pas à assumer un enseignement dans l’Eglise, l’expérience spirituelle intervient moins que la disponibilité et, par conséquent, même un chrétien récemment converti peut se voir confier l’office de diacre.
Les autres conditions sont semblables :
| l’évêque doit être : | les diacres : | |
| sobre, sensé, convenable,
ni adonné au vin, désintéressé, irréprochable, qu’il tienne ses enfants dans la soumission avec, une parfaite dignité — si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison… qu’il reçoive un bon témoignage de ceux du dehors. |
dignes, éloignés de la duplicité,
éloignés des excès de vin et des gains sordides, irréprochables, qu’ils sachent bien diriger leurs enfants, et leurs propres maisons. |
Voici, à titre d’exemple, les conditions posées aux diacres de l’Eglise du Plein Evangile de Séoul, l’Eglise dont la croissance est la plus rapide (partie de quelques membres en 1958, elle en avait 45 000 en 1977, et en aurait 250 000 en 1983).
Si nous rassemblons l’ensemble des données d’Actes 6 et des conditions posées dans 1 Timothée 3.8-13, nous pouvons dire que les diacres sont les aides des anciens (comme les Sept l’étaient des apôtres, comme Jean-Marc, Timothée et Tychique l’étaient pour Paul) qui les déchargeaient surtout des tâches matérielles et administratives, mais qui, vu les conditions personnelles et doctrinales qui leur sont posées, peuvent aussi se voir confier des responsabilités spirituelles.
Dans le récit d’Actes 6, le sens actuel de l’expression « servir aux tables » risque de nous orienter sur une fausse piste : il ne s’agissait certainement pas de « serveurs » chargés de distribuer la nourriture pendant les repas. On ne verrait pas pourquoi, dans ce cas, les apôtres auraient posé tant de conditions. Souvenons-nous qu’à cette époque, seuls les riches se servaient d’une table pour manger. D’autre part, le mot table (trapeza) désignait aussi la banque c’est-à-dire le trafic de l’argent (voir Luc 19.23). Les Grecs appelaient les changeurs de monnaie des trapezitoï et leur office : « le métier de la table » (voir Matthieu 21.12 ; Marc 11.15 ; Jean 2.15) parce qu’ils s’installaient sur les places publiques assis à une table sur laquelle ils disposaient leurs pièces d’argent et d’or.
Les Sept étaient donc les administrateurs des biens de l’Eglise qui distribuaient des secours financiers aux nécessiteux plutôt que des plats lors des repas. Il n’est pas impossible que ceux d’entre eux qui restèrent à Jérusalem furent appelés anciens par la suite, puisqu’en Actes 11.30, Barnabas et Saul remettent les sommes recueillies à Antioche « aux anciens » de l’Eglise de Jérusalem. Il est possible que Luc ait rapporté l’exemple des activités d’Etienne et de Philippe pour encourager les diacres à profiter des contacts que leur fournissait leur office pour témoigner de Jésus-Christ. Le témoignage de ces deux hommes a eu, en tout cas, des conséquences très importantes sur l’évolution de l’Eglise primitive : la prédication d’Etienne a entraîné son martyre, la persécution et, par suite, la dispersion des chrétiens de Jérusalem. On peut compter parmi les résultats lointains de son témoignage : la diffusion de l’Evangile au loin (8.4), l’évangélisation de la Samarie par le diacre Philippe (8.5-25), la conversion d’un ministre éthiopien et l’amorce de l’évangélisation d’un pays entièrement païen (8.26-39), la prédication en Philistie (8.40), la conversion du principal adversaire du christianisme (9.1-30), l’annonce de l’Evangile en Phénicie, dans l’île de Chypre et à Antioche (11.19) et l’évangélisation directe des païens (11.20). La ligne de pensée d’Etienne fut si originale et si révolutionnaire qu’elle ne s’est affirmée que lentement dans l’Eglise primitive et qu’il faudra tout le génie et toute l’œuvre de l’apôtre Paul pour la faire triompher. Car, en fait, ce fut lui le véritable héritier spirituel d’Etienne.
« Ceux qui remplissent bien leur ministère s’acquièrent un rang honorable » (1 Timothée 3.13). Certains commentateurs voient dans cette phrase l’idée que le diaconat était — déjà — une étape obligatoire pour devenir ancien. Est-ce cela que l’apôtre a voulu dire ? Les uns objectent : pourquoi alors ne s’est-il pas exprimé plus clairement ? D’autres demandent : qu’est-ce que ce « rang honorable » pourrait signifier sinon « l’œuvre excellente », la « belle tâche » (3.1) de l’évêque-ancien ? N’est-ce pas une application du principe posé par Jésus : « Celui qui est fidèle dans les petites choses l’est aussi dans les grandes » (Luc 16.10). Or, il parlait précisément de la gérance des richesses matérielles qui servent de test pour savoir si l’on peut confier des richesses spirituelles à quelqu’un.
On peut dire que tous les diacres qui s’acquittent bien de leurs fonctions ne sont pas nécessairement « promus » au rang d’anciens car, dans l’Eglise, on ne voit pas les choses selon l’optique du monde et on tient compte davantage des dons et des vocations que des « droits à la promotion ». Les diacres ne sont pas des anciens au rabais, ils ont leur ministère propre, différent de celui des anciens. Dans l’Eglise, il faut que chacun puisse mettre « au service des autres le don qu’il a reçu » (1 Pierre 4.10), sans chercher à déborder sa vocation (« Acceptez vos limites, celles que vous tracent les dons particuliers qui vous ont été départis en vertu de votre foi » (Romains 12.3, P.V.). Si quelqu’un remplit bien son ministère de diacre, il sera certainement plus utile que s’il faisait médiocrement fonction d’ancien — et sa récompense sera plus grande. Mais, d’autre part, il serait bon qu’un ancien ait d’abord fait ses preuves en s’occupant d’un secteur de service limité.
Si donc le diacre peut être appelé à devenir ancien, il est normal que ses fonctions comportent aussi un aspect spirituel. C’est pour cela que les Sept devaient être des hommes « pleins d’Esprit-Saint et de sagesse » et que les diacres doivent « conserver le mystère de la foi dans une conscience pure ». La bonne éducation de leurs enfants et la gestion correcte de leur maison les désignent comme chefs d’équipe valables et administrateurs compétents. Leur honnêteté les rend aptes à superviser les questions financières. Leur caractère digne leur permet de s’occuper des relations publiques en recommandant leur Seigneur et leur communauté.
Quelle est donc la différence entre un « diacre de l’Eglise » et les autres membres, puisque dans l’Eglise, tous les membres ont reçu un don pour l’utilité commune (1 Corinthiens 12.7 ; Ephésiens 4.7 ; 1 Pierre 4.10), tous sont serviteurs de Dieu et des autres ? Nous avons vu que les qualifications exigées du diacre le désignent comme chef d’équipe, administrateur ou responsable d’un secteur donné.
Le diacre est donc une sorte de contremaître qui travaille avec les ouvriers de son équipe, forme les apprentis, conseille, guide, prévoit et porte la responsabilité de son secteur de travail vis-à-vis du maître d’œuvre. La situation idéale serait que chaque secteur de la vie d’une Eglise soit sous la responsabilité d’un diacre directement associé à un ancien : le travail parmi la jeunesse, l’école du dimanche, la mission, les visites, l’accueil, le secrétariat, l’entretien des locaux, l’aide sociale… Tout membre d’Eglise est prêt à aider, servir ses frères, s’occuper d’une tâche donnée, mais le diacre a été officiellement chargé par l’Eglise d’un service bien défini, il en est responsable devant elle et se fait aider par les autres membres. La différence entre les fonctions de l’ancien et celles du diacre tient essentiellement à l’étendue des responsabilités confiées. Le mot épiskopos implique la supervision de l’ensemble de l’Eglise. Si donc, par exemple, un ancien a la responsabilité de l’évangélisation dans l’Eglise, il se préoccupera de la stratégie globale de l’accroissement numérique de la communauté, de la coordination de l’évangélisation avec les autres secteurs d’activité : jeunesse, troisième âge, camps, visites, cassettes, bibliothèque… cherchant à voir comment ces différents ministères peuvent toucher des inconvertis. Les diacres responsables de l’évangélisation auront des secteurs de responsabilités plus limités : l’organisation du colportage, des camps d’évangélisation, des « clubs de la Bible » dans des foyers, de la formation des équipes de choc…
Pendant un temps indéterminé, l’Eglise de Jérusalem a fonctionné sans diacres. Dans les Eglises fondées par Paul et Barnabas, les deux apôtres ont établi des anciens, mais il n’est pas question de diacres. Dans l’épître à Tite, écrite à la même époque que 1 Timothée, l’apôtre ne mentionne pas les diacres. Probablement, la dimension des Eglises de Crète n’exigeait-elle pas encore la même structure que celle d’Ephèse. La règle semble avoir été la même que du temps d’Actes 6 : le besoin crée la fonction.
Lorsque le besoin s’en fait sentir, comment trouver les futurs diacres ? Dieu accorde aux membres de son Corps différents dons de service : le don d’aider (1 Corinthiens 12.28), l’habileté manuelle (Exode 31.3-6), la libéralité, la miséricorde, l’hospitalité, la présidence, la direction. Lorsqu’un don est exercé pour l’utilité commune, il devient manifeste aux yeux des autres, l’Eglise le reconnaît et peut demander à celui qui le possède un service précis — mais limité — dans un secteur où ce don sera utile. L’ancien responsable de ce secteur ne manquera pas de remarquer la disponibilité, les talents et les qualités personnelles de ce collaborateur. En lui confiant différentes tâches, il pourra l’« éprouver » (1 Timothée 3.10) et le former. L’institution de ce frère comme diacre dépendra des besoins de l’Eglise, de sa propre croissance spirituelle et de ses qualifications personnelles et familiales.
Dans beaucoup d’Eglises, les services sont confiés aux « volontaires » : « Qui voudrait bien s’occuper de ceci, se charger de cela… » Les résultats ne sont pas toujours satisfaisants car le volontariat n’implique pas forcément la qualification. La méthode apostolique semble avoir été différente : ce sont les responsables des Eglises qui appelaient des hommes qu’ils estimaient qualifiés et les chargeaient d’une responsabilité : les apôtres envoient Pierre et Jean en Samarie (Actes 8.14), l’Eglise de Jérusalem délègue Barnabas à Antioche (11.22), celui-ci cherche Paul à Tarse (11.25-26), l’Eglise les envoie en mission (13.1-3), Jude et Silas seront envoyés par l’Eglise de Jérusalem (15.22). Paul « fit choix de Silas » (15.40) pour l’accompagner. A Lystre, il entend parler d’un jeune homme duquel les frères de deux Eglises rendent un bon témoignage, il prend l’initiative de l’emmener et de le former (16.1-3). En général, l’Eglise était consultée et donnait son approbation (1 Corinthiens 16.3), éventuellement par un vote (2 Corinthiens 8.19 où apparaît comme dans Actes 14.23 le verbe cheirotonéô qui était, comme nous le verrons plus loin, le terme technique de l’élection à main levée dans les assemblées politiques grecques). L’expérience confirme les avantages de cette méthode : il vaut mieux solliciter des personnes qualifiées pour un service donné que de demander des volontaires.
L’exemple d’Actes 6 nous est peut-être donné pour nous « montrer que les besoins de l’Eglise demandent la création de ministères nouveaux et que cette création s’opère dans le dialogue entre les responsables et l’assemblée; ensemble, iis cherchent à discerner ceux qui ont reçu le don du Seigneur pour le service de leurs frères ». (A. George, M.M., 74, p. 217).
Le verbe dokimazô était employé en Grèce « au sens d’une vérification de l’aptitude ou de l’éligibilité, par exemple, de nouveaux soldats enrégimentés dans la cavalerie, des candidats aux charges de magistrat ou de général, des jeunes gens à admettre parmi les éphèbes. D’après le droit public, cet examen précédait en Grèce l’exercice de toutes les charges publiques » (Spicq, 47, p. 100). « Au sens restreint et suivant l’emploi le plus fréquent, il concerne l’examen des futurs membres du Conseil ou des futurs magistrats… » (L. Gernet, Lysias, Paris, 1926, p. 3).
Il ne faudrait pas être moins prudent pour l’exercice des ministères dans l’Eglise que pour celui des charges publiques dans le monde. On examinait à la fois les qualifications morales et spirituelles énumérées dans 1 Timothée 3.8-10, 12 et la compétence dans l’exercice du ministère. Rien n’est dit au sujet de la durée de cette période probatoire ni sur la forme de l’examen, chaque Eglise a donc toute liberté d’adapter cette directive aux conditions locales, mais elle sera bien inspirée si elle prend ce conseil apostolique au sérieux et réserve le temps voulu à ce stage probatoire. En effet, constater après nomination qu’un diacre n’est pas à sa place expose l’Eglise à de sérieuses difficultés.
Le conseil de Paul à Timothée garde toute sa valeur : « N’impose les mains à personne avec précipitation » (1 Timothée 5.22). Même s’il est susceptible d’autres applications, il ne faut pas oublier que c’est à l’institution officielle dans le ministère qu’il s’appliquait en premier lieu.
Cinq choses sont nécessaires pour être institué dans le diaconat : 1. un don pour un certain service, — 2. un appel de Dieu, — 3. la disponibilité au service, — 4. des qualifications personnelles et familiales, — 5. la reconnaissance de ces quatre conditions par l’Eglise.
Dans le récit de l’institution des Sept (Actes 6.1-6), trois étapes sont notées :
Aujourd’hui, on peut suivre le même schéma: 1. les responsables de l’Eglise proposent à l’assemblée la nomination de diacres. — 2. l’Eglise entière choisit des hommes et des femmes qui se sont fait remarquer par leurs dons et leur disponibilité. (Chaque membre peut, par exemple, noter quelques noms sur son bulletin. Le vote par bulletin secret réserve une plus grande liberté à chacun qu’un vote public à main levée. Les anciens choisiront ceux qui ont recueilli le plus de suffrages — sauf contre-indication morale ou spirituelle connue d’eux seuls). — 3. Les apôtres (c’est-à-dire les missionnaires fondateurs de l’Eglise) ou les anciens déjà en place leur imposent les mains pour marquer leur accord et invoquer la bénédiction de Dieu sur eux.
Dans l’Eglise primitive, la fonction de diacre n’était pas réservée exclusivement aux hommes puisque l’apôtre Paul fait mention d’une diaconesse (Romains 16.1, litt. : diacre, masc.). Dans 1 Timothée 3.11, l’apôtre interrompt son développement concernant les diacres pour parler des « femmes ». Deux interprétations sont possibles : il s’agit des épouses des diacres ou des diacres féminins. La grande majorité des commentateurs optent pour la deuxième alternative pour les raisons suivantes : 1. Tout ce contexte parle des ministères. — 2. S’il avait voulu parler des épouses des diacres, Paul aurait dit : « leurs femmes. » — 3. La structure de la phrase : « les évêques, les diacres de même (v. 8), les femmes de même (v. 11) » suggère le passage à une nouvelle catégorie de serviteurs. — 4. On ne verrait pas pour quoi Paul pose des conditions aux femmes de diacres alors qu’il n’en a pas posées à celles des évêques.
Les textes bibliques ne nous permettent guère de préciser la fonction des diaconesses. De Phœbé, diaconesse de l’Eglise de Cenchrées, Paul dit seulement qu’elle « a donné aide à plusieurs et à moi-même » (Romains 16.2). Peut-être s’appuyait-on pour justifier l’existence et les fonctions de diaconesses sur l’exemple des « saintes femmes » qui suivaient Jésus et l’assistaient (Matthieu 27.55 ; Marc 15.41 ; Luc 8.3).
Au IIe siècle, les diaconesses sont citées dans le Pasteur d’Hermas (Vis. 4.3) et dans la lettre de Pline (Ep. X, 96.8). Elles étaient chargées, entre autres, de faire des visites aux femmes malades et aux personnes âgées, et d’assister les chrétiennes qui se faisaient baptiser.
Un serviteur est un homme qui accomplit un service : dans l’Eglise de Jérusalem, on a nommé des diacres parce qu’un certain service devait être rempli (« choisissez parmi vous sept hommes… que nous chargerons de cet emploi » Actes 6.3). Si les diacres ont passé leur « stage probatoire », « qu’ils exercent ensuite leur service (ministère) » (1 Timothée 3.10). « Ceux qui remplissent convenablement leur service… » (v. 13). « Si quelqu’un assure un service… » (1 Pierre 4.11). Cette formulation montre que le nom diacre est intimement lié, non à la personne, mais au service qu’elle exerce. Diacre est une fonction, non un titre. Dès que la fonction cesse, le titre devient caduc. On est serviteur tant qu’on exerce un service. Lorsqu’on cesse d’exercer le service particulier auquel l’Eglise a rattaché la fonction de diacre, on redevient diacre dans le sens général applicable à tous les chrétiens. La fonction peut cesser soit parce que le service institué par l’Eglise pour répondre à un besoin précis n’a plus sa raison d’être, soit parce que celui qui en avait accepté la responsabilité désire s’en décharger, soit parce que les anciens ou l’Eglise estiment préférable de confier cette responsabilité à un autre membre de l’Eglise. Dans ce dernier cas, il est parfois difficile — mais important — de faire passer l’intérêt de la fonction et le bien de l’Eglise avant des considérations de personne.
Pour assurer la bonne marche et la continuité des différents services, il est bon que chaque diacre et chaque diaconesse responsable d’un secteur d’activité ou d’un service ait en vue l’appel et la formation d’un ou de plusieurs frères ou sœurs plus jeunes qui puissent être associés à son ministère et qui soient capables de le remplacer lorsque, pour une raison ou une autre, sa place sera vacante. L’Eglise entière devrait porter dans une prière constante et une attention active ce souci de la relève de ses différents serviteurs afin que son fonctionnement ne soit pas subitement entravé par la disparition d’un organe vital du Corps. Elle devrait prévoir cette relève suffisamment tôt pour que les diacres ne soient pas obligés de rester en fonction bien au-delà de l’âge où, dans le monde du travail, on accède à une retraite méritée. Le bon fonctionnement du Corps et son adaptation aux conditions sans cesse changeantes de la vie nécessite un renouvellement et un rajeunissement constant de ses cellules. Dans ce sens, certaines Eglises prévoient avec beaucoup de sagesse le renouvellement régulier — par tiers — du corps diaconat, chacun des diacres étant rééligible.
Servir est la notion spécifique de la nouvelle alliance, et « l’élément déterminant de tout ministère dans le Nouveau Testament » (M. Harper, 77, p. 182, cf. p. 76-86).
C’est ce qui apparaît dans l’institution du diaconat qui n’avait aucun parallèle dans les institutions juives ou grecques. Si chaque membre de l’Eglise porte constamment avec lui la question : « Je suis le serviteur de Dieu et de mes frères. Comment puis-je le démontrer ? » — et si chaque « ministre » se souvient : « Je ne suis qu’un serviteur », beaucoup de problèmes relatifs au ministère se résoudront d’eux-mêmes. Les diacres, en particulier, au lieu de « faire des complexes » par rapport aux anciens, se réjouiront d’être au centre de la volonté de Dieu au sujet de son Eglise.