La vie d’Abram est marquée par de nombreuses séparations. Il devait se séparer de sa patrie, de la maison de son père, de Loth, d’Agar, d’Ismaël et même d’Isaac. L’injonction de la séparation se retrouve dans toute la Bible (Deutéronome 28.1-2 ; Esaïe 52.11 ; Ezéchiel 37.21-28 ; Matthieu 19.29 ; 2 Corinthiens 6.17-18 ; Ephésiens 5.11).
Au départ, Abram et sa famille vivaient en citadins aussi bien à Our qu’à Harân. Nous pouvons certainement mesurer le courage qu’il a fallu à notre ancêtre pour se lancer dans une vie de berger nomade, dans un pays inconnu, afin d’obéir à l’appel de Dieu. C’était une rupture radicale avec le passé à un âge où la plupart d’entre nous ne rêvons que d’une vieillesse tranquille.
L’appel de Dieu signifiait la première séparation : se séparer de sa famille, de son environnement familier, de la civilisation dans laquelle il fut élevé et avait vécu pendant 75 ans.
Sans la séparation d’avec son passé, il ne pouvait y avoir de révélation du vrai Dieu. Cette loi est valable pour chacun de nous (comme pour les disciples de Jésus Marc 1.17-18).
L’obéissance d’un seul homme a rendu possible l’accomplissement du plan de bénédiction de Dieu pour toute l’humanité. C’est parce qu’il a consenti à se séparer de la civilisation idolâtre que Dieu a pu l’éduquer et lui apprendre le chemin de la foi, et qu’il a pu devenir l’ancêtre d’une nation, dans laquelle naîtra le Messie par lequel « toutes les familles de la terre » seront bénies.
C’est après qu’Abram eut quitté Harân que l’Eternel lui apparut (12.7) et lui promit de donner ce pays à sa descendance.
La « maison » d’Abram et de Loth comprenait bien plus que leurs deux familles (rien qu’à en juger par les 318 hommes « nés dans sa maison » qu’Abram a pu mobiliser pour poursuivre les quatre rois). A partir de Genèse 12.8, nous lisons qu’Abram « dressa sa tente » (ou « établit son campement ») en différents endroits. C’est donc une existence de nomade ou de semi-nomade qu’il adopta (se fixant plus ou moins temporairement dans la région des chênes de Mamré : 13.18).
« Ce qui montre qu’Abram avait réellement trouvé en Dieu l’unité de sa vie, c’est que partout où il s’arrête, il bâtit des autels » (O. Funcke, p. 24). Les sacrifices qu’il y offrait étaient des symboles de l’offrande de l’âme : expressions de la reconnaissance (« Jusqu’ici, l’Eternel m’a secouru »), de la repentance (« pardonne-moi ») ou de la consécration (« Je m’offre de nouveau à toi, mon Dieu ; je mets mon âme et mon corps à ton service »). Par ces autels, Abram prenait possession, au nom du Dieu vivant, de la terre promise. Il y exprimait aussi sa foi dans l’accomplissement de la parole du Tout-Puissant. Devant ces autels, Abram invoquait le nom de l’Eternel (Genèse 12.8 ; 13.4), à haute voix, devant témoins.
En Canaan, une cause de séparation fut la querelle des bergers d’Abram et de Loth. Or, « les Cananéens et les Phéréziens habitaient alors le pays ». Une querelle entre membres du peuple de Dieu nuit au témoignage envers les non-croyants qui nous observent.
H. Bräumer propose trois raisons :
« Il y avait peut-être aussi un élément de jalousie dans cette dispute, car manifestement, Abram était plus riche que Loth. Le plus jeune se demandait peut-être pourquoi le sort favorisait son oncle, et de quel droit ses troupeaux prenaient plus de place que les siens… Loth ne semble pas avoir partagé la foi d’Abram et, en raison de cela, il ne pouvait pas avoir la même vision des choses » (D. Lane, p. 39).
« Loth accompagnait Abram » (13.5). Il était sorti avec lui de Harân, bien qu’Abram ait été appelé à quitter sa famille. Il l’avait accompagné en Egypte (13.1) et y avait été séduit par les bienfaits de l’abondance. Les nombreux troupeaux des deux familles seront une source de conflits – et de convoitise pour ses voisins. Pour différentes raisons, une séparation s’imposait. C’est Abram qui prit l’initiative d’amener le conflit au grand jour et d’en discuter ouvertement.
Pour Abram, si « des frères » ne peuvent pas rester « unis entre eux » (Psaume 133.1), alors la séparation est un moindre mal. Les croyants ne doivent pas tolérer de querelles entre eux ; mieux vaut alors se séparer (cf. Actes 15.27-40).
En tant que chef de la grande « maison », Abram aurait eu le droit de dicter le choix des régions dans lesquelles chacun devait s’installer. Dans sa générosité, il laisse ce choix à son neveu. Le climat subtropical de la vallée du Jourdain, qui était « comme un jardin de l’Eternel, comme la terre d’Egypte » (13.10), était une tentation trop forte pour Loth, et il choisit la région des cinq villes de la plaine.
La proposition d’Abram pour résoudre le conflit témoigne de sa générosité et de sa volonté de paix – au prix d’un partage désavantageux pour lui. Dieu lui a promis le pays. Il en dispose donc dans sa totalité en laissant à Loth le choix entre les montagnes plus ou moins stériles et la plaine du Jourdain. Le neveu n’a tenu compte ni du droit d’aînesse d’Abram, ni du fait que c’est à lui que Dieu avait promis le pays ; il n’a vu que son avantage et a choisi la riche plaine « dressant ses tentes jusqu’aux environs de Sodome » (13.12) – qui sera pour lui un piège.
Loth a regardé autour de lui : sur trois côtés, il n’y avait que des collines plus ou moins arides qui offraient peu de possibilités de pâturages pour ses troupeaux. Mais il savait que, au sud-est, le Jourdain sinuait à travers une vaste plaine qui devait être très fertile. Il prit sa décision en fonction de ce qui serait le mieux pour lui. Il ne s’est pas demandé ce que Dieu désirait pour lui, pas même ce que son oncle choisirait. Moi, moi, et rien que moi. N’empêche qu’il a fait le mauvais choix (comme la suite de l’histoire le montrera). Le choix de nos lieux d’habitation et de son environnement humain n’est pas indifférent du point de vue chrétien : quelle influence auront-ils sur notre vie spirituelle ? Loth sera progressivement happé par la vie de Sodome, il y choisira ses amis, des maris pour ses filles, son implication « politique » (puisqu’il siégera à la porte). Tout cela découlera de son choix initial. Certes, Dieu peut nous garder n’importe où – à condition que ce soit lui qui nous y envoie.
C’est après ce choix qu’Abram reçoit de Dieu l’assurance que c’est Lui qui lui donnera « tout le pays que tu vois » (v. 15). Loth avait regardé en bas vers la plaine du Jourdain. Dieu bénit le choix d’Abram. Il lui apparaît et lui dit : « Lève les yeux et regarde de l’endroit où tu es vers le nord, le sud, l’est et l’ouest : tout le pays que tu vois, je te le donnerai, à toi et à ta descendance pour toujours. Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre » (13.15-16).
Dieu avait déjà promis ce pays à Abram, mais à présent Loth s’en était approprié la partie la plus fertile. Que restait-il de la promesse ? L’assurance que Dieu l’accomplirait. Dieu commande à Abram : « Lève-toi, parcours le pays en long et en large, car je te le donnerai » (v. 17). Abram obéit : il plie ses tentes et reprend ses pérégrinations jusqu’aux environs des chênes de Mamré, près d’Hébron, au point culminant du pays. Il y construisit un autel à l’Eternel pour louer et adorer Dieu (v. 18). Il s’y fixera pour une période plus longue. Des poteries trouvées à cet endroit indiquent que le site était fréquenté dès le 3e millénaire, donc bien avant le temps d’Abraham.
Nous avons aussi besoin de construire de temps en temps de nouveaux autels de consécration à notre Dieu, de renouveler notre dédicace à son service et de lui demander quelles sont ses directives pour la suite de notre pèlerinage.
« Loth semble avoir été de ces gens qui prennent de bonnes décisions, non par obéissance à Dieu, mais parce que leurs amis prennent ces décisions » (F.B. Meyer). Il a pu se dire que Sodome avait précisément besoin du témoignage d’un membre du peuple de Dieu. Cependant, Dieu ne l’envoyait pas de façon claire et nette à Sodome, et il courait de grands risques en y allant de sa propre initiative. Voyez l’itinéraire de Loth : d’abord, il vit, puis il choisit et se sépara d’Abram, ensuite, il se rendit vers l’est, il planta ses tentes près de Sodome, il y habita et, finalement, il compta au nombre des notables de la ville. Mais, il ne fut plus question de son témoignage ; son influence sur ses concitoyens fut nulle – comme la suite du récit le montre. Au contraire, l’influence de l’esprit de la ville fut fatale à ses filles.
Si nous ne coupons pas nous-mêmes les relations qui nous handicapent dans notre progression spirituelle, Dieu se sert parfois des circonstances pour les couper. Ce fut le cas pour la relation d’Abram avec son neveu Lot. Ce sont les querelles de leurs bergers qui les ont rendus attentifs aux dangers de leur union : ils étaient un scandale pour les Cananéens et les Phéréziens qui habitaient le pays. Abram a pris conscience du problème et a proposé la solution : une séparation entre leurs deux familles – ce qui aurait dû avoir lieu depuis longtemps.
Par la proposition qu’Abram fait à Lot, il démontre qu’il est un homme de foi qui s’attend à Dieu – et non aux conventions humaines – pour avoir sa part. Il devait suffisamment connaître son neveu pour deviner quel serait son choix s’il le lui laissait. Il a accepté d’emblée d’être humainement désavantagé, s’attendant à Dieu pour sa récompense.
« Loth regarda et vit toute la plaine du Jourdain » (13.10). La plaine du Jourdain était « comme la terre d’Egypte » (à laquelle le cœur de Lot était resté attaché). Alors que Dieu demande à Abram : « Lève les yeux », le regard de Lot restait rivé sur le plan horizontal ; il n’arrivait pas à le détacher des avantages matériels qu’il voyait. Celui d’Abram était tourné vers les promesses divines.
« Loth s’établit au milieu des villes de la plaine, dressant ses tentes jusqu’aux environs de Sodome » (v.12) – sans se renseigner sur les gens qui habitaient là et sur ce qui l’attendait. Avant de nous fixer quelque part, nous avons tout intérêt à nous renseigner sur l’environnement que nous y rencontrerons car il aura une influence sur nous.