L’archéologie confirme la Bible

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En Canaan

Josué

Josèphe (Antiquités judaïques V 1.29) dit que Josué était conducteur du peuple d’Israël pendant vingt-cinq ans. Comme il est mort à 110 ans, il avait donc 85 ans lors de la conquête de Jéricho.

Le passage du Jourdain

A la suite d’un tremblement de terre, des bancs d’argile ont très certainement glissé dans le fleuve et interrompu son cours pendant des heures. Cela nous rappelle le Psaume 114.1-7 : « quand Israël sortit d’Egypte, le Jourdain retourna en arrière, les montagnes sautèrent comme des béliers, les collines comme des agneaux. Tremble devant le Seigneur, ô terre ». Dans Juges 5.4 : «Ô Eternel, quand tu sortis de Séhir, quand tu t’avanças des champs d’Edom, la terre trembla ».

L’historien arabe Nuwairi rapporte que le 8 décembre 1267, le lit du Jourdain fut à sec près de Jéricho à cause d’un glissement de terrain en amont. Pendant seize heures, aucune eau ne coula.

En 1906 un tremblement de terre barra le cours du Jourdain dont le lit fut à sec près de Jéricho. En 1924 et 1927, de violentes secousses sismiques firent s’effondrer les rives du fleuve et d’énormes masses de terre barrèrent le cours du fleuve.

Jéricho

Le site de Jéricho1 semble avoir été habité dès l’époque néolithique (8000 av. J.-C.). Jéricho est par conséquent la plus vieille ville connue du monde. Son climat agréable dans la vallée du Jourdain, sa situation près de la mer Morte et la présence d’excellentes sources en ont fait pendant des millénaires un lieu d’habitation permanent (malgré plusieurs destructions). Son importance stratégique comme ville-clé pour l’accès en Canaan depuis l’est a justifié un système de fortifications très élaboré.

1 Détails sur Jéricho dans Encyclopédie des difficultés bibliques 2a p. 51/2 bas. Concernant les fouilles de Mile Kenyon, voir 52/2 à 54/1].

John Garstang et Charles Marston ont exhumé Jéricho. Ils ont trouvé deux murailles parallèles hautes de neuf mètres et sépa- rées de 4.50 m. La première avait 1.80 m d’épaisseur, la muraille intérieure 3.60 m. Au coin nord-ouest, il y avait une tour ou citadelle restée intacte lorsque les murailles se sont effondrées. Probablement que la maison de Rahab était adjacente à cette tour puisqu’elle est restée debout (Josué 6.22, 25). Il semble que ce soit un tremblement de terre qui ait fait tomber les murailles après celui qui avait arrêté le Jourdain deux semaines auparavant. On s’est aperçu que les fondations de la muraille étaient défectueuses. Elles étaient construites sur d’anciennes murailles et en partie sur des briques d’argile cuites au soleil.

Au cours des fouilles de 1931, les archéologues découvrirent la nécropole de Jéricho utilisée par les habitants pour enterrer leurs morts dès les temps les plus reculés. Ils y trouvèrent des scarabées sur lesquels était gravé le sceau royal du pharaon régnant. Les dates s’échelonnent entre 1500 et 1400 av. J.-C. ; il s’agit de 80 scarabées portant les cartouches des Hyksos et des pharaons de la 18e dynastie. D’une tombe, on exhuma des scarabées portant les noms réunis de la princesse Hatshepsout et de Thoutmosis III (1501-1447 av. J.-C.). D’une autre, deux sceaux royaux d’Aménophis III (ou Amenhotep III, 1413-1377 av. J.-C.). Comme la série des scarabées s’interrompait avec les deux sceaux royaux de ce pharaon, il était évident que la ville avait cessé d’exister durant ce règne. La preuve était faite que le règne d’Aménophis III coïncidait avec la chute de Jéricho.

La muraille accusait des inégalités de niveau et même par endroits des brèches, qu’on avait comblées avec un mortier fait de boue. Les fondations se composaient de plusieurs couches de pierres de différentes tailles mal égalisées. La muraille intérieure avait été bâtie sur les restes d’un mur en partie ruiné. A cheval sur les deux murailles, avaient été construites par endroits des maisons, qui les reliaient. La circonférence complète de la ville mesurait environ 600 mètres, mais la Jérusalem conquise par David et la ville de Troie qui a résisté pendant si longtemps aux armées grecques n’étaient pas plus grandes. Les fouilles de 1932 et 1933 ont révélé qu’un tremblement de terre avait fait tomber les murailles à plat vers l’extérieur. En 1927, un tremblement de terre semblable s’est propagé à travers toute la dépression palestinienne à l’est et à l’ouest.

Les fouilles à Jéricho ont confirmé qu’il existait une porte unique encastrée dans une tour du côté oriental donnant accès aux sources d’eau. C’est un édifice important de 18 m de long et 8 m de large. Les scarabées des Hyksos trouvés dans cette aire attestent son occupation par les Rois-Pasteurs. Plusieurs centaines de fragments de vases peints et de poteries chypro-phéniciennes ont été datées entre 1600 et 1400 av. J.-C. Toutes les jarres et tous les vases trouvés dans la ville sont du type du 15e siècle. Aucun spécimen trouvé dans les chambres du palais ne pouvait être attribué à l’époque d’Akhenaton (1377-1361). Tous les scarabées s’interrompaient après le règne d’Aménophis III.

Josué à brûlé la ville : on a trouvé sur le site de Jéricho des cendres trois à quatre fois plus importantes qu’ailleurs. Dans les maisons, il y avait encore des restes de blé, d’orge, de lentilles, de dattes, d’oignons et d’olives, ce qui prouve que la ville n’a pas été pillée. Elle n’a jamais été reconstruite (mais voir 1 Rois 16.34) ; la Jéricho romaine du Nouveau Testament se trouvait ailleurs. Les poteries trouvées dans les restes de la ville ont été datées de la fin de l’âge de bronze (1400). John Garstang, directeur du département des antiquités du gouvernement palestinien, a confirmé cette datation.

Ces résultats ont été remis en question par Mlle Kathleen Kenyon qui a entrepris de nouvelles fouilles sur le site de Jéricho en 1952. D’après elle, ce site serait resté inoccupé de 1550 à 1400 av. J.-C. donc il n’aurait pas pu être détruit à l’époque de la conquête de Canaan, et le récit biblique devient une légende sans fondement historique. En 1978, John Bimson renversa les conclusions de K. Kenyon qui avait basé sa reconstruction sur une céramique bichrome datée d’après l’hypothèse d’une campagne du pharaon Amosis contre les Hyksos en Palestine méridionale. Bimson a daté la céramique de l’époque allant de 1450 à 1400 av. J.-C. Dans ce cas, la destruction de Jéricho se situerait dans la seconde moitié du 15e siècle av. J.-C. – ce qui est exactement la période que la chronologie interne de la Bible suggère pour la conquête. En 1990, un autre archéologue, Bryant G. Wood, a repris les fouilles à Jéricho et montré que la ville était habitée au 15e siècle. Il a, de plus, apporté sept preuves convergentes, parallèles aux données bibliques : 1° la ville était bien fortifiée (Josué 2.5, 7, 15 ; 6.5, 20); 2° elle fut attaquée peu après le temps de la moisson (2.6 ; 3.15 ; 5.11) ; 3° les habitants n’avaient pas la possibilité de fuir avec leurs provisions (6.1) ; 4° le siège fut de courte durée (6.15) ; 5° les murailles se sont écroulées, probablement à la suite d’un tremblement de terre (6.20) ; 6° la ville ne fut pas pillée (6.17-18) ; 7° elle fut incendiée (6.24). « Si l’on compare les données archéologiques concernant Jéricho au récit biblique de sa destruction par les Israélites, on trouve un accord remarquable&énbsp;» (B.G. Wood).2

2 D’après B.G. Wood : « Eroberten die Israeliten Jericho ? » Eineneue Auswertung derarchäologischen Funde » in Bibel u. Gemeinde (1/1995 p. 15-31). Voir aussi l’article de R. Riesner « Les murailles de Jéricho : La recherche biblique entre fondamentalisme et criticisme » dans Hokhma 30/1985 p. 82-90, qui arrive aux mêmes conclusions.
Voir aussi dans Encyclopédie des difficultés bibliques Livres historiques (2a) p. 51/2 à 54/1 d’autres détails sur les fouilles.

Il écrit : « Lorsque j’étais en train de finir mon doctorat en philosophie en 1985, l’année avant de me joindre à l’association de Recherches Bibliques, je me suis penché sur la datation que Kathleen Kenyon assigne à Jéricho et j’ai bien vite découvert qu’elle se trompait et que la date de Garstang était préférable. J’ai présenté les résultats de mes recherches à la Conférence archéologique de 1987. Hershel Shanks, éditeur de Biblical Archaeological Review m’a demandé un article sur ce sujet. Il apparut en 1990 et a diffusé les résultats de mes recherches dans le monde entier.

« La bataille de Jéricho n’est pas terminée pour autant. Je dois encore publier une critique des théories de Kenyon et une étude approfondie des poteries mises au jour au cours de plusieurs expéditions pour démontrer que les conclusions de K. Kenyon étaient fausses et que l’analyse de Garstang était l’interprétation correcte de la datation de la destruction de Jéricho » (sur un site consacré à Jéricho dans Internet).

Dans un autre site, il ajoute : « J’ai pu examiner les poteries découvertes par John Garstang au cimetière de Jéricho au niveau de la destruction de la ville. J’ai été frappé du nombre des poteries qu’il avait publiées datées de l’Age du Bronze récent (env. 1500-1400 av. J.-C.) c.-à-d. de l’époque de la conquête de Canaan, l’époque même où K. Kenyon prétendait que Jéricho était inhabitée ».3

3 Plus de détails dans Jericho Unearthed Associates for Biblical Research PO Box 144 AKRON PA 1750l et dans différents sites récents sur Jéricho (en anglais).

Comme on construisait les nouvelles villes sur les ruines des anciennes, le niveau des constructions s’élevait progressivement. Ainsi la nouvelle ville de Jéricho « atteignit au 13e siècle av. J.-C. une hauteur de 21 m au-dessus de sa situation primitive à l’époque néolithique, quelque 8000 ans auparavant. Bet-Shân et Méguiddo atteignirent la même hauteur au-dessus de leurs fondations de l’époque préhistorique » (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 10).4

4 Meguiddo : voir une représentation du système fortifié d’approvisionnement d’eau dans Panorama du monde biblique p. 83, Images du monde biblique p. 72.

Dans les fouilles archéologiques, il faut aussi tenir compte de l’érosion. « En 150 ans à peine (de 1550 à 1400 av. J.-C.), presque toute la Jéricho de l’âge du Bronze Moyen et ses murs d’enceinte, avec 6 m de détritus au-dessous d’eux, ont été enlevés par l’érosion. Il n’est donc pas surprenant qu’il ne soit pratiquement rien resté des niveaux, encore plus élevés, du Bronze récent (époque de Josué) qui ont été dégradés et érodés pendant 400 ans après leur destruction » (K. A. Kitchen Id. p. 11).

« La Jéricho de l’Ancien Testament (actuellement Tell es-Sultan) fut abandonnée dès l’époque hellénistique, et les habitants s’installèrent près des sources de Aïn-Sultan, sur le site de la Jéricho moderne (Er-Riha).. Il y a par conséquent aujourd’hui trois ‘Jéricho’ » (K. A. Kitchen Id. p. 15) et il est fort possible que l’équipe Garstang-Marston n’ait pas fait ses fouilles à l’emplacement de la Jéricho que Mile Kenyon avait fouillée.

« La première ville de Jéricho devint après un certain temps une bourgade couvrant quatre hectares, entourée de murs, avec des tours de guet imposantes et des maisons rondes, pour une population s’élevant peut-être à 2000 habitants » (Id. Ibid. p. 26).

La conquête de Canaan

Josué 11.1-13 rapporte la victoire des Israélites sur la coalition formée par Yabîn, le roi de Hatsor. Le v. 13 dit que « les Israélites n’incendièrent aucune des villes situées sur les collines, excepté Hatsor, que Josué fit brûler ». James Kelso qui a dirigé les fouilles à Hatsor déclare : « Nous n’avons vu nulle part, dans aucune fouille palestinienne, des indications d’une conflagration plus destructive… Nous sommes obligés de l’identifier avec la conquête israélite ».5

5 Voir « le lien entre et-Tel et Aï » dans Hokhma N° 96 p. 27-30.

Par contre, Sichem semble avoir passé paisiblement sous contrôle israélite : elle n’est pas mentionnée parmi les villes conquises par Josué ; l’archéologie le confirme. La destruction de la ville qui eut lieu entre 1150 et 1100 doit être celle due à Abimélek, le fils de Gédéon (Juges 9).

Une des traces infaillibles de la conquête fut le remplacement des maisons cananéennes par des maisons israéliennes plus primitives. On n’a plus trouvé de temples cananéens construits après 1220. A Béthel, un pilier sacré cananéen fut utilisé comme simple pierre de construction, ce qui montre que les Hébreux n’avaient pas de superstition quant aux menaces qu’auraient pu constituer les objets du culte païen.

Au temps de Josué et des Juges

Vers 1920, on trouva sur le Nil, spécialement à Thèbes et à Sakkarah, de curieux débris de vases et de statuettes avec des inscriptions contenant des menaces et des malédictions. Elles s’adressaient à des fonctionnaires de Canaan et de Syrie. Ces textes magiques portaient des noms de villes citées dans la Bible – et qui existaient par conséquent déjà aux 19e et 18e siècles av. J.-C. : Jérusalem, Askalon, Tyr, Hatsor, Bethchamech, Aphek, Aksaph et Sichem.

Balaam

En 1967, des archéologues hollandais ont trouvé à Tell Deir-alla en Jordanie de nombreux fragments d’un texte araméen écrit à l’encre noire et rouge sur un support de plâtre provenant d’une stèle ou d’un mur. Ces fragments datent d’une période entre le 7e et le 6e siècle av. J.-C. Ils faisaient peut-être partie d’archives ammonites. Il y est question de Balaam, fils de Béor, « le voyant des dieux », qui a eu une vision pendant la nuit. Le lendemain, le peuple a accouru en entendant ses pleurs et il leur a annoncé qu’un jugement « ordonnant les ténèbres » devait s’abattre sur le pays. L’image de Balaam qui ressort de ce document correspond à celle qu’en donne la Bible (Nombres 22 à 25) : un homme égoïste, opportuniste et énigmatique. On se rend aussi compte que ce voyant devait être très renommé et que l’on craignait ses malédictions. C’est pourquoi Balaq, le roi de Moab, l’a fait venir depuis les bords de l’Euphrate pour maudire Israël.

Les Habirou

Il est souvent question dans les documents de l’époque des troubles causés par les Habirou. S’agissait-il des Hébreux ? Etymologiquement, c’est le même mot, maïs nous avons vu (par l’histoire de Joseph) que le terme Hébreux avait une signification plus large que la famille des patriarches. D’après certains documents, il semble que les Cananéens utilisaient ce terme pour désigner tous ceux qui les troublaient.

« Aucune preuve n’existe de relation entre le terme ‘apirou et le terme ‘ibrim (hébreux) ni qu’il y ait eu des liens entre les ‘apirou, les patriarches et le peuple israélite » (Atlas du monde Biblique p. 46). Cet ouvrage fait des ‘apirou des « hors la loi », vagabonds chassés de leur patrie pour des raisons diverses qui se regroupaient en bandes dans les forêts ou les chaînes de montagnes de la haute Galilée.

« La littérature la plus récente concernant les hapiru suggère qu’il n’y a aucun lien ancien entre ces derniers et les Hébreux de la Bible » (David Merling Hokhma N° 96 p. 22).

Beaucoup de lettres d’Amarna (datant de l’époque de la conquête de Canaan par les Israélites) demandent au pharaon d’intervenir contre les Habirou.

Même si les Habirou n’étaient pas les Hébreux, il est bien possible que les habitants des villes menacées par les Israélites les aient assimilés avec eux, les considérant aussi comme des vagabonds chassés de leur patries. C’est ce qui explique que dans des citations suivantes, les Hébreux soient confondus avec les Habirou.

Mitanni

Au 15e siècle av. J.-C. l’empire mitannien (non mentionné dans la Bible) était l’une des grands puissances avec les Hittites et les Egyptiens, avec lesquels ils avaient une frontière commune, cause de beaucoup de troubles. Ceux-ci cessèrent brusquement vers 1400 av. J.-C. où les Mitanniens offrirent la paix à leurs adversaires. La raison de ce revirement était une menace venant d’ailleurs qui les aurait entraînés dans une guerre sur deux fronts. En effet, les Hittites, venus d’Asie Mineure, menacèrent leurs frontières du nord-est. En 1280, Hittites et Egyptiens signèrent un pacte de non-agression et de défense mutuelle : le premier qui nous soit connu dans l’histoire mondiale. Le mariage de Ramsès II avec une princesse hittite scella cet accord. De nombreuses inscriptions à Karnak, Eléphantine et Abou Simbel, et des stèles retrouvées un peu partout décrivent cet événement international.

Gabaon (2 Samuel 2.13)

Gabaon était une « grande ville, comme l’une des cités royales » (Josué 10.2). Elle est connue actuellement sous le nom d’El-Jib, à 9 km au nord de Jérusalem. Elle se trouvait, par conséquent, près de la frontière traditionnelle du territoire de Juda. Les fouilles archéologiques entreprises entre 1956 et 1959 ont permis de découvrir 31 jarres portant l’inscription gb‘n établissant qu’il s’agissait bien de l’ancien emplacement de Gabaon. L’étang de Gabaon était si renommé que toute explication semblait superflue. Aujourd’hui encore, on peut voir deux systèmes d’adduction d’eau datant de l’Age de fer qui fournissaient l’approvisionnement d’eau en cas de siège. L’un des restes de « l’étang » est un réservoir creusé dans le roc, ayant 11 m de diamètre et plus d’une vingtaine de mètres de profondeur. Par des marches d’escalier qui en font le tour, on accède à une source qui, autrefois, remplissait cette citerne jusqu’au bord. C’est probablement à ce réservoir que l’expression se réfère. (D’après J.G. Baldwin 1 & 2 Samuel p. 185).

Les gens de Gabaon furent condamnés à être bûcherons et porteurs d’eau (Josué 9.22-27). Cette punition nous paraît légère, mais il faut savoir qu’en Orient, porter de l’eau est le travail des femmes. C’était donc un travail humiliant pour un homme.

En 1956, les fouilles de James B. Pritchard ont révélé que la ville de Gabaon possédait l’approvisionnement d’eau le plus sophistiqué de la Palestine. Sur 120 m, on avait taillé des conduites dans le rocher massif. 172 marches permettaient aux porteurs d’eau d’accéder à l’étang et aux réservoirs d’approvisionnement.

Le professeur Pritchard trouva lors de ses fouilles un vase sur lequel était marqué le nom de Gabaon et celui d’un nommé Hanania qui était aussi celui d’un prophète de Gabaon (Jérémie 28.1). D’autres vases furent mis au jour, marqués de noms typiquement bibliques d’habitants de la ville (Azarya, Amarya, Nahoum, Méchoullam).

Dans les lettres de Tell-el-Amarna, on trouve un appel du roi de Jérusalem au pharaon ; il se plaint de ce que certains des leurs trahissent leur cause en se liguant aux Habirou. S’agirait-il des Gabaonites ? Sichem aussi a passé aux Habirou. Les excavations à Lakich ont mis au jour un scarabée daté de l’an 1403, qui a orné un temple. Le roi de Sidon écrit à Amenhotep : « Voici, toutes mes villes que le roi a données entre mes mains sont tombées aux mains des Habirou ». Celui de Guébal rapporte : « Abdasherah a fait des conquêtes au-delà du pays des Amorites ; la cité de Sidon a été soumise à l’occupation de ses alliés. Les pays sont pour les Habirou, de sorte qu’il n’y a personne qui soit ami avec moi ».

Josué 10

Le soleil s’est-il arrêté sur Gabaon (Josué 10.12-13) – donc la terre a-t-elle cessé de tourner pendant plusieurs heures ? Certains exégètes suggèrent que l’arrêt du soleil signifie qu’il a cessé de briller ou retenu ses rayons, ce qui a pu se produire lorsque l’orage de grêle a obscurci le ciel. Vu le sens qu’ont les expressions originales, on ne fait pas violence au texte en disant que Josué a demandé que le soleil ne darde pas ses rayons brûlants sur ses combattants fatigués par une longue marche nocturne. Les nuages et l’orage (accompagnés de grêle) ont répondu à sa prière. Le texte dit clairement qu’un miracle a eu lieu, tout comme dans 1 Samuel 7.10 ; 12.18 et 2 Rois 20.9-11 ; Esaïe 38.8 – ou plutôt qu’il y eut deux miracles : l’orage de grêle qui dura des heures et l’obscurcissement du jour. Leur but commun était de donner une victoire complète à Israël et de montrer que son Dieu avait le contrôle des forces qui mouvaient le ciel (cf. Juges 5.20).6 Au temps de Jérémie, Yohanân et les chefs de troupe qui étaient avec lui « rassemblèrent tous leurs hommes et se mirent en route pour attaquer Ismaël, fils de Netania. Ils le rejoignirent près du grand étang de Gabaon » (Jérémie 41.12).

6 Voir l’étude détaillée de ce chapitre et les différentes explications du miracle dans Encyclopédie des difficultés bibliques 2a p. 80-84.

Tell-el-Amarna

A Tell-el-Amarna, la nouvelle capitale de l’Egypte bâtie par Aménophis IV plus connu sous le nom d’Akhenaton, une vieille paysanne trouva en 1888 par hasard une tablette avec des inscriptions. C’était une colline que les indigènes craignaient : un endroit maudit, hanté par des démons – ce qui explique qu’elle était restée intacte et que les pilleurs de tombes ne s’y soient pas attaqués.

Akhenaton, qui en avait fait sa capitale, a été déclaré fou parce qu’il prétendait qu’il n’y avait qu’un seul Dieu et qu’il a éliminé toutes les idoles. Avait-il eu vent de l’enseignement des Hébreux ? Sa réforme se situait à l’époque où les Israélites étaient en Egypte. Il fut assassiné et son successeur Toutankhamon7 a essayé d’éliminer toutes ses traces. Son monothéisme avant Moïse ruine la théorie de Wellhausen (qui voyait en Moïse celui qui avait cherché à surmonter le polythéisme primitif des Hébreux).

7 Voir une reproduction de son masque d’or dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 69, du dossier de son trône le représentant avec son épouse p. 71, d’un coffre orné de scènes de la chasse royale p. 72. Images du monde biblique p. 29.

Par la suite, on a dégagé des ruines 380 tablettes et fragments avec des inscriptions cunéiformes en langue babylonienne. Elles étaient envoyées par les rois de Palestine et de Syrie à Aménophis III et IV (Akhenaton 1400-1360) et Toutankhamon. Beaucoup de lettres provenaient du royaume de Mitanni menacé par les Hittites (qui finirent par le conquérir). La zone contrôlée par l’Egypte était à peu près conforme aux frontières du pays de Canaan (Nb 34.1-12). Les Egyptiens y entretenaient de nombreux centres administratifs. Ces tablettes contenaient aussi des appels à l’aide contre les envahisseurs Habirou. Dans l’une d’elles est même nommé un certain Josué.

Les lettres d’Amarna se rapportent essentiellement aux conflits que les autorités égyptiennes eurent à régler entre les différents petits Etats de Canaan.8

8 Voir la reproduction de la lettre N° 68 de Tell el-Amarna dans G. Archer Introd. AT p. 303 et les commentaires de la correspondance de Tell el-Amarna p. 298-305.

Les Egyptiens semblent avoir favorisé la conquête de Canaan ; Exode 23.28 ; Deutéronome 7.20 et Josué 24.12 parlent de frelons, or le frelon était l’insigne de Thoutmosis III et de ses successeurs. Sihon est Og auraient été défaits avec l’aide des Egyptiens.

Les Moabites

Les filles de Loth ont fait boire leur père et couchèrent avec lui pour avoir une descendance. L’aînée donna naissance à un fils qu’elle appela Moab (issu du père), « c’est l’ancêtre des Moabites qui existent encore aujourd’hui (lors de la rédaction de la Genèse) » (Genèse 19.37).

Les Moabites furent des ennemis héréditaires d’Israël (Juges 3.12 ; 1 Samuel 14.47 ; 2 Samuel 8.2). Au temps où Yoram régnait sur Israël à Samarie, le roi de Moab devait payer chaque année à Israël « un tribut de 100000 agneaux et 100000 béliers avec leur laine » (2 Rois 3.4). « Après la mort d’Achab, les Moabites se révoltèrent contre Israël » (2 Rois 1.1). Yoram demanda à Josaphat, roi de Juda, de venir avec lui attaquer les Moabites (3.7) ; mais ils arrivèrent jusqu’aux portes de la capitale moabite et ne purent y entrer, de sorte que Moab fut libre. Mécha, le.roi de Moab fit graver l’histoire de sa conquête sur une dalle de pierre à l’honneur de Kémosh, leur dieu. La « pierre de Moab », connue aussi sous le nom de « stèle de Mécha », rapporte la version moabite de la révolte. Ce bloc de basalte noir, de 1,15 m de haut et de 68 cm de large à l’origine, a été retrouvé en 1868 dans les ruines de Dibôn, ville natale du roi de Moab. Alan Millard consacre un chapitre à cette découverte archéologique, car « la stèle de Mécha est le seul monument de ce type qui soit connu aussi bien pour Israël et Juda que pour Edom, Moab ou Ammon » (Trésors des temps bibliques, Sator, 1986, p. 117-118). L’inscription rapporte comment « Mécha secoua le joug d’Israël, reconquit une partie du territoire qui appartenait autrefois à Moab, et reconstruisit plusieurs villes… L’inscription est en caractères phéniciens anciens utilisés aussi pour écrire l’hébreu. » Les trente-quatre lignes du texte sont publiées en français dans le Nouveau Dictionnaire Biblique p. 863-864 et par J. A. Thompson dans La Bible à la lumière de l’archéologie, p. 135-136.

Cette « pierre de Moab », qui confirme le récit biblique, se trouve au musée du Louvre. Elle est couverte de caractères phéniciens dans une langue très proche de l’hébreu.9 En 2010, Le monde de la Bible revint sur la découverte de cette stèle. Estelle Villeneuve rappelle que Clermont-Ganneau avait été initié à l’épigraphie hébraïque par Ernest Renan qui « a répandu dans le public français l’idée que la Bible n’était qu’une composition littéraire, sujette à fables et à erreurs. D’un autre côté, la découverte, en Mésopotamie de documents faisant référence à la Bible apporte de l’eau au moulin des tenants d’une parfaite historicité des saintes Ecritures… C’est bien la première fois qu’un document historique de première main apporte un éclairage aussi direct sur un épisode consigné au moins deux siècles plus tard dans la Bible. Sans en confirmer les détails, il en authentifie assurément le contexte… Clermont-Ganneau résumera : ‘cette inscription est à la fois la contrepartie et l’équivalent d’une page originale de la Bible’ » (Le monde de la Bible N° 192, mars-mai 2010 p. 50-51).

9 Un savant français avait fait faire un moulage sur carton mouillé de l’inscription sur la stèle qu’il a essayé d’acquérir. Les gens de l’endroit pensaient qu’elle contenait un trésor ; ils la firent éclater en la chauffant et en y versant de l’eau froide. L’archéologue Clermont-Ganneau racheta une grande partie des morceaux aux villageois et reconstitua la stèle et son inscription grâce au moulage.

Lakich

La ville de Lakich date de quelque 2000 ans avant l’entrée d’Abraham en Canaan ; elle était peuplée de bergers. La première mention biblique de cet ville se trouve dans Josué 10.3. On a retrouvé des références à son roi dans les lettres de Tell-el-Amarna (1400-1360). Lakich était alliée aux Habirou. Josué 10.32 rapporte un siège de deux jours. Elle était entourée de glissants glacis de 35°, exposant les assaillants aux flèches des défenseurs. Telle était la tactique des Hyksos pour la défense des villes. Ce sont eux aussi qui ont introduit les chevaux et les chars en Egypte (cf. le transport de Jacob d’Egypte en Canaan : Genèse 45-46). Le pharaon a poursuivi les Israélites avec des chevaux et des chars. En dehors de Lakich, on a trouvé un khan avec des écuries construit vers 2000 av. J.-C. Puis, pendant 500 ans, la Bible ne parle plus de Lakich. Dans 2 Chroniques 11.9, Roboam le fils de Salomon l’a fortifiée (923-919), ce qui a excité la colère du pharaon Chichaq qui est venu avec une armée de 1200 chars et 60000 cavaliers. Les cités fortifiées de Juda succombèrent et Roboam a dû faire la paix au prix de tout l’or de Jérusalem (2 Chroniques 12). Des restes de ces fortifications de 8 m de haut et entrecoupées de tours subsistent encore. Il s’agit de blocs de calcaire surmontés de briques. On a aussi découvert un puits de 40&nbs;m de profondeur. Sennachérib, roi d’Assyrie, a assiégé Lakich (2 Rois 18.13-14, 17 ; 2 Chroniques 32.9 ; Esaïe 36.2). Après son retour, il a fait faire de ce siège un bas-relief, qui se trouve actuellement au British Museum. Le prisme de Taylor raconte la campagne de Sennachérib.10 Mais les documents taisent le désastre qu’il a subi à Libna et le fait que Jérusalem, sauvée par la prière, n’a jamais été prise. Sennachérib se contente de dire : «J’ai enfermé Ezéchias dans Jérusalem comme un oiseau dans sa cage ».

10 Prisme de Taylor : voir une représentation dans Bible et archéologie p. 58, dans Images du monde biblique p. 84.

Les Perses ont aussi laissé des traces de leur occupation à Lakich. On a retrouvé, de cette époque, des maisons et la résidence du gouverneur avec de nombreuses chambres, des salles de bain, un système de tout-à-l’égout et un temple pour le culte du soleil (cf. Ezéchiel 8.16 à Jérusalem).

Les Philistins

Les Philistins furent pendant longtemps les ennemis redoutables des Israélites. Samson les a combattus et David aura encore maille à partir avec eux. D’où venaient-ils ? Certains de ces Philistins se sont installés sur la côte sud-ouest du pays de Canaan. De la Turquie (pays des Hittites), de la Syrie (Ougarit), de Chypre et du pays des Amorites nous sont parvenus des rapports d’invasions de ces peuples de la mer et des destructions qu’ils ont causées.

« N’ai-je pas fait sortir les Philistins de Crète ? » demande l’Eternel (Amos 9.7). En fait, ils venaient encore de plus loin. On les vit la première fois sur les bords de la mer de Marmara, puis ils suivirent les côtes de la Méditerranée, hordes sauvages qui ne laissaient sur leur passage qu’incendies et ruines. Tout était pillé et détruit. Sous leurs coups l’empire hittite d’Asie Mineure, l’une des trois puissances mondiales du 2e millénaire av. J.-C., succomba. De là, ils gagnèrent la Grèce, puis les îles de Chypre et de Crète.

Leur but était la conquête de l’Egypte, mais en 1157 av. J.-C. le pharaon Ramsès II leur résista vaillamment. Ils étaient arrivés sur des voiliers et des chars à bœufs depuis la Syrie et Canaan. Ramsès engagea la bataille terrestre contre eux et anéantit leurs armées (comme le raconte un bas-relief du temple de Medinet Habu). Un autre bas-relief relate la bataille navale : comme les Philistins ne pouvaient manœuvrer qu’à la voile et qu’il n’y avait pas de vent, les navires égyptiens mus par des rameurs purent s’approcher suffisamment d’eux pour cribler leurs équipages de flèches et couler leurs bateaux. Les fuyards furent abattus sur les rives. Ainsi « les peuples de la mer » furent arrêtés de ce côté de la Méditerranée, mais d’autres tribus prirent pied sur les côtes de Canaan et s’y installèrent si bien qu’ils donnèrent leur nom à tous le pays : Palestine, pays des Peleset (Philistins). Ils s’établirent dans cinq villes fédérées entre elles : « Asdod, Gaza, Askalon, Gath et Ekron » (1 Samuel 6.17).

En passant par les pays où l’on extrayait du fer, ils apprirent le secret de sa fabrication et se forgèrent des armes auxquelles nul ne résistait. En Canaan, ils furent les premiers à se servir du fer pour leurs outils et leurs bijoux. Pour ne pas être vaincus par les mêmes armes, ils imposèrent à tous leurs voisins le monopole de la métallurgie : « A cette époque, il n’y avait pas de forgeron dans tout le pays d’Israël, car les Philistins avaient voulu empêcher que les Hébreux fabriquent des épées et des lances. Tous les Israélites devaient donc se rendre chez les Philistins pour faire affûter leurs socs de charrue, leurs pioches, leurs haches, leurs bêches lorsque leurs bêches, leurs pioches, leurs tridents et leur haches étaient émoussés, ainsi que pour redresser leurs aiguillons » (1 Samuel 13.19-21).

De la région côtière, ils lancèrent des attaques vers la région des collines dans le territoire d’Israël : « En ce temps-là, les Philistins se rassemblèrent pour faire la guerre à Israël et les Israélites se mirent en campagne pour les affronter » (1 Samuel 4.1). La ville de Silo fut détruite vers 1050 (comme l’ont prouvé les fouilles entreprises par une expédition archéologique danoise) et elle ne se releva pas durant les quatre siècles suivants (Jérémie 7.12). La présence des Philistins est facilement discernable grâce aux poteries très caractéristiques par leur forme, leur couleur et leur décoration. On a trouvé des poteries semblables à Mycènes d’où elles étaient exportées dans tout l’Ancien Orient depuis 1400 av. J.-C. Ces exportations cessèrent avant 1200 av. J.-C. car Mycènes avait été détruite, sans doute par les Philistins – qui avaient profité de leur passage dans la ville pour se familiariser avec les techniques des artisans locaux. Ils reprirent les exportations de ces poteries lorsqu’ils furent installés en Canaan.

Leurs lieux d’installation sont repérables par la « poterie philistine », surtout au sud-ouest de la Palestine. On a aussi retrouvé des fonderies où l’on travaillait le fer et le cuivre. C’étaient de bons marchands qui faisaient – avec les Cananéens – l’exportation des produits égyptiens et le commerce par mer entre l’Egypte et la Phénicie.

Le conflit entre les Philistins et les Israélites connut son paroxysme sous les rois Saül et David qui unirent les différentes tribus pour faire un front commun contre l’envahisseur.11

11 Voir un relief égyptien montrant les Philistins prisonniers. Ils sont reconnaissables à leurs coiffures à plumes, dans Des pierres qui parlent p. 103, d’un vase p. 104.

Les Hittites

Pour enterrer sa femme, Abraham a acheté un champ à un certain « Ephrôn le Hittite » (Genèse 23.10). Cet homme faisait-il partie du peuple venu de l’Asie mineure ou d’un groupe local qui avait adopté ce nom ? Les anciens de son village sont appelés « les fils de Heth » (Genèse 23.3w), il se peut donc qu’il s’agissait d’un groupe ethnique local que la similitude des noms a fait confondre avec les Hittites. Cependant, les (vrais) Hittites étaient déjà actifs dans la région au temps des patriarches. Leurs marchands ont pu exercer une certaine influence partout où ils passaient.

Le mot Heth est mentionné 14 fois dans la Bible et Héthien 47 fois. Pour les exégètes critiques du 19e siècle, ces Héthiens n’étaient qu’une des petites peuplades du Moyen-Orient dont les auteurs de la Bible avaient exagéré l’importance en parlant du « pays des Héthiens » (Josué 1.3), ou de «&nbs;tous les rois des Héthiens» (1 Rois 10.29), ou encore en mettant leur puissance en parallèle avec celle de l’Egypte (2 Rois 7.6).

Les Hittites sont mentionnés près de 50 fois dans l’AT. Comme on ne les avait trouvés que dans la Bible, certains auteurs critiques disaient que les auteurs bibliques les avaient inventés. La civilisation hittite était tombée dans un oubli quasi total jusqu’au 19e siècle. Aujourd’hui, on connaît bien l’histoire, la religion, l’art et la loi des Hittites. Les fouilles archéologiques en Turquie et en Syrie ont révélé que l’empire hittite était une puissance mondiale rivale de l’Egypte et de la Babylonie. Il avait des mines de fer en Anatolie et faisait usage de chars avant les autres puissances. La bataille de Qadech (en 1300 av. J.-C.) l’a opposé à l’Egypte.

Leur origine n’est pas encore bien éclaircie ; ils semblent s’être installés en Anatolie au début du 2e millénaire av. J.-C. D’après les rapports des marchands assyriens qui circulaient sur les routes commerciales entre l’Anatolie et la Mésopotamie, les Hittites se sont implantés en Anatolie vers 1900 av. J.-C. Les rois du « Vieux Royaume » ont mené des expéditions guerrières en Syrie et en Babylonie. L’empire hittite du Nouveau Royaume a duré de 1400 à 1180 av. J.-C. Il s’est trouvé en conflit avec l’Egypte jusqu’au jour où Ramsès II a signé un traité de paix avec Hattusili IIL, le roi des Hittites, les deux se reconnaissant comme égaux – pour s’opposer aux Assyriens. Mais au 9e siècle, « la grande Hatti » fut complètement écrasée par les campagnes de Tiglath-Piléser III.

La découverte de 200 tablettes de Tell-el-Amarna en 1887 révéla les activités militaires du roi des Hittites dont se plaignaient des chefs syriens et palestiniens. Au début du 20e siècle, on découvrit 10000 tablettes cunéiformes en Turquie, dans le village de Bogazköy. Parmi elles se trouvait le traité de paix conclu entre les Hittites et les Egyptiens après la bataille de Qadesh, un double de celui gravé en hiéroglyphes sur les murs du temple de Karnak. Un bas-relief égyptien montre un roi hittite présentant sa fille au pharaon Ramsès II.

Y avait-il des portes au tabernacle (1 Samuel 3.15) ?

Le tabernacle était à Silo durant toute la période des Juges (Juges 21.19). Quand la tente a-t-elle été remplacée par une structure en bois ? Personne ne le sait. Le mot hékal (temple, palace) présuppose une construction plus permanente qu’une tente, comme les mots « portes» (1.9 ; 3.15). « Il est probable qu’une fois établi à Silo, le Tabernacle fut organisé d’une manière plus solide et qu’il y eut de vraies portes, au moins à l’entrée du parvis» (Bible annoté III p. 196). L’archéologue israélien Y. Aharoni dit : « Il n’y a pas de doute que c’était là un temple israélite dans le plein sens du mot, une maison de Yahvé en termes bibliques et pas seulement un sanctuaire… Lors des fouilles, on a trouvé des inscriptions avec des noms de familles sacerdotales… ».12

12 The Archaeology of the Land of Israel (London, SCM Press 1982 p. 229.

Ras Shamra

En 1928, en Syrie, un paysan découvrit un souterrain menant à une chambre funéraire. 800 m plus loin, un tertre artificiel, nommé Ras Shamra (« tête de fenouil ») par les habitants, cachait les ruines de l’ancienne ville royale phénicienne d’Ougarit. Les documents qui y furent découverts permettent de se faire une idée des cultes célébrés en Canaan. Ils étaient rédigés dans un alphabet phénicien inconnu au moment de leur découverte. Trois savants s’attelèrent à leur déchiffrement et constatèrent qu’ils traitaient des dieux et des cultes de l’ancien Canaan. Les déesses-mères, cruelles et sauvages, étaient qualifiées de « courtisanes sacrées » ; elles étaient servies par des rites d’une indécence telle qu’on n’en a pas trouvée dans tout l’ancien Orient. Cela explique pourquoi la prostitution sacrée a exercé une telle fascination sur le peuple d’Israël.

Ougarit était pendant deux siècles au centre d’un vaste réseau commercial et culturel qui couvrait tout le Levant et s’étendait jusqu’en Anatolie et en Grèce.13 Dès le 25° siècle av. J.-C. les tablettes d’Ebla la mentionnent sous le nom d’Ougarat. La ville occupait un espace de 21 ha et était bien fortifiée. On a retrouvé des listes de toutes les marchandises échangées (surtout en troc) avec tous les royaumes de la région et les contrées lointaines (voir le tableau de 26 marchandises avec les prix en sicles d’Ougarit dans l’Atlas du monde Biblique p. 45). Les « articles » vont de l’esclave mâle (10 sicles) au vêtement d’écarlate (15 sicles) en passant par un jument (35), un cheval (300), 12 amphores de vin importé (440), un vêtement rituel en lin (25) et un jeune taureau (10 à 17). On voit que les esclaves ne coûtaient pas bien cher !

13 Voir une reproduction d’un bassin d’or orné d’une scène de chasse trouvé à Ougarit dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 85.

A Ras Shamra, les fouilles ont été initiées en 1929 par les Français Schaeffer et Chenet ; ils ont dégagé la bibliothèque du temple, datée de 1400-1350, qui contenait des dictionnaires, des registres de bateaux en huit langues, le tout écrit en cunéiforme avec 28 caractères alphabétiques. Les tablettes étaient en ancien hébreu, mentionnant une religion polythéiste, mais dans laquelle on trouve partout El, Dieu suprême, père des dieux.

Sur ces tablettes, il est question des mêmes sacrifices que dans l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Même les expressions techniques employées pour les sacrifices dans l’hébreu archaïque de ces tablettes sont identiques à celles que nous rencontrons dans le texte original hébreu de l’Ancien Testament.

On y trouve des allusions aux fêtes du 7e jour (= sabbat) ainsi qu’au Léviathan (cf. Esaïe 27.1 et Psaume 74.14). Cette légende s’est répandue jusqu’en Asie: devant le temple d’Angkor au Cambodge, on trouve une rangée de géants en pierre de 2.40 m de haut. Chacun d’eux tient une partie du corps d’un serpent à sept têtes qui a plus de trente mètres de long.

La découverte de milliers de tablettes a permis de mieux connaître la langue hébraïque grâce à ses analogie avec l’ougaritique et la langue éblaïte (d’Ebla). Le sens de mots qui n’apparaissent qu’une fois dans la Bible a pu être éclairci par celui de mots semblables dans ces langues. D’autre part, les dictionnaires trouvés à Ebla ont permis de faire des parallèles avec le sumérien.

Ces tablettes datant d’avant le 14e siècle av. J.-C. (où Ougarit fut détruite) ont aussi répondu à une objection des auteurs critiques qui assignaient toujours une date très récente à des textes contenant des aramaïsmes. Comme on en trouve beaucoup dans ces textes anciens, on a vu que l’araméen était aussi vieux que l’hébreu et que les aramaïsmes dans des textes étaient plutôt des archaïsmes que des preuves d’une composition récente.

Un texte d’Ougarit nous a aussi permis de comprendre un passage mystérieux de la Loi (Exode 23.19 ; 34.26 ; Deutéronome 14.21) qui interdisait de cuire la viande d’un veau dans le lait de sa mère (un passage qui est à l’origine de deux batteries de cuisine dans les ménages juifs stricts). En fait, c’était un rite magique cananéen censé favoriser la fertilité des animaux (et des humains ?). C’est à cause de son caractère idolâtre qu’il fut interdit aux membres du peuple de Dieu.

Toutes ces découvertes ont ruiné la théorie de Wellhausen qui prétendait que toutes les tradition hébraïques s’étaient transmises oralement jusqu’à l’époque de l’exil (ce qui expliquait selon lui beaucoup de déformations et d’incertitudes). En fait, on écrivait beaucoup dès avant Abraham ; on a retrouvé des listes d’objets achetés, d’autres apportés en sacrifices, les tessons de poteries (ostraca) servaient de papier brouillon – et conservaient mieux que le papyrus, les traces de ces anciennes civilisations.14.

14 Papyrus : voir une représentation dans Des pierres qui parlent p. 320-321.

Ces textes ont aussi permis de retrouver des noms employés dans la Bible : Rabschaké, Rabsaris, qui ne sont pas des noms de personnes mais de fonctions : grand vizir, chef de la garde.

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