L’apôtre Paul fonde toute sa démonstration de l’épître aux Romains sur cette citation de Ha 2.4 : « Le juste vivra grâce à sa foi » (Rm 1.17). « Dieu déclare les hommes justes par leur foi en Jésus-Christ, et cela s’applique à tous ceux qui croient » (Rm 3.22), il déclare « juste celui qui croit en Jésus » (v. 26). « Voici donc ce que nous affirmons : l’homme est déclaré juste par la foi sans qu’il ait à accomplir les œuvres qu’exige la Loi » (v. 28 ; cf. v. 30). « Celui qui place sa confiance en Dieu, qui déclare justes les pécheurs, Dieu le déclare juste en portant la foi à son crédit » (4.5). « Nous avons été déclarés justes en raison de notre foi » (5.1). « On est déclaré juste devant Dieu… uniquement par la foi en Jésus-Christ » (Ga 2.16). « C’est par sa seule grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » (Ep 2.8). L’épître aux Hébreux déclare de son côté : « Sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu » (11.6).
Aucun de ces textes ne mentionne le baptême. Le salut nous est acquis sur la seule base d’un acte de confiance dans l’œuvre accomplie par Jésus-Christ sur la croix.
Jésus avait déjà marqué le lien entre la foi et le baptême dans ses dernières instructions aux apôtres : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Mc 16.16). « Faites des disciples… baptisez-les » (Mt 28.19). Dans le livre des Actes, nous voyons que « ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés&nnbsp;» (Ac 2.41). « Quand (les Samaritains) crurent… ils se firent baptiser, tant les hommes que les femmes » (8.12). « Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? — Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible » (8.36). « Le Seigneur ouvrit son cœur. Lorsqu’elle eut été baptisée »… (16.14-15). « Crois au Seigneur Jésus. il fut baptisé. il se réjouit avec toute sa famille d’avoir cru en Dieu » (16.31-34). « Crispus crut au Seigneur ainsi que toute sa famille. Beaucoup de Corinthiens qui écoutaient Paul crurent aussi et furent baptisés » (18.8).1
1 Pour les confirmations de ce lien entre foi et baptême par des théologiens appartenant à des Eglises qui pratiquent le baptême des enfants, voir BHA pp. 169-171 ; citations de Luther pp. 214-218 ; de Calvin pp. 223-224 ; de Zwingli pp. 225-226 ; d’autres Réformateurs pp. 227s.
Jésus a dit : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Mc 16.16). Dans les Actes, ce sont « ceux qui crurent » qui « furent baptisés ». « Ils crurent et furent baptisés ». « Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » (Ac 8.36). La réponse de Philippe indique l’’empêchement majeur, le manque de foi : « Si tu crois de tout ton cœur, tu peux être baptisé »2. « Pierre demanda : Peut-on refuser de baptiser dans l’eau ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? » (10.47).
2 Ces mots reproduisant la réponse de l’Ethiopien manquent dans la plupart des anciens manuscrits (voir note 2 p. 19). Est-ce toujours p. 19 ?
Les chrétiens avaient leur propre expérience du salut pour juger de l’authenticité de celle des autres : « ceux qui ont reçu le Saint-Esprit comme nous » dit l’apôtre Pierre, « Le Saint-Esprit est descendu sur eux, de la même manière qu’il était descendu sur nous… Dieu leur a accordé le même don qu’à nous quand nous avons cru » (Ac 10.47 ; 11.15, 17).3
3 Confirmations, voir BHA pp. 172-178.
Le lien intime entre la foi et le baptême, inexprimé dans Rm 6, est clairement explicité dans Col 2.12 : « Vous avez été ensevelis avec le Christ par le baptême, et c’est aussi dans l’union avec lui que vous êtes ressuscités avec lui, par la foi en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité des morts ».4
4 Confirmations, voir BHA pp. 179-182.
Là où les bénéficiaires du baptême sont nommés en détail, ce sont toujours des adultes : les disciples de Jean-Baptiste ou de Jésus, Jésus à 30 ans, les Juifs à Jérusalem, les Samaritains (« hommes et femmes »), le dignitaire éthiopien, Saul, Crispus et les Corinthiens qui crurent, les douze disciples d’Ephèse… Ce fait a également été confirmé par de nombreux théologiens pédobaptistes.5
5 C.-à-d. pratiquant le baptême des enfants. Voir BHA pp. 182-186 ; 195-204.
Pour justifier bibliquement le baptême des enfants, on évoque parfois les baptêmes de maisons du livre des Actes. Mais dans aucun de ces passages nous ne trouvons un enfant, encore moins un nourrisson. Dans chaque cas, un détail nous permet d’identifier comme adultes croyants, tous ceux qui étaient baptisés. Chez Corneille ce sont ceux qui « écoutaient la parole » (Ac 10.44). Pierre se demande si l’on peut « refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous », donc ceux qui avaient « parlé en langues et glorifié Dieu » (v. 46-47).
Ceux de la maison du geôlier de Philippes qui ont été baptisés étaient ceux auxquels on avait annoncé la parole en pleine nuit et qui se réjouissent d’avoir cru (16.32-34). A Corinthe, « Cripus crut au Seigneur avec toute sa famille » (18.8). Dans toutes ces familles « des enfants sont absolument exclus » (K. Aland). Le seul cas où l’identité des baptisés n’est pas décelable est celui de la maison de Lydie ; cependant, d’une part, le v. 13 ne parle que de femmes réunies au lieu de prière, c’est à elles que Paul s’adresse ; comme le baptême a lieu à l’endroit même, on n’a donc pas baptisé d’enfants ; d’autre part, il n’est nulle part question d’un mari, il est donc fort hasardeux de construire toute une théorie sur la présence hypothétique d’enfants dans cette maison. D’autre part, le mot de « maison » (oikos) dans l’Antiquité est un concept très vague qui peut n’englober que les esclaves et pas les enfants.
D’autres invoquent différentes paroles isolées :
a) « Laissez venir à moi les petits enfants et ne les en empéchez pas… puis il les prit dans ses bras et les bénit, en leur imposant les mains » (Mt 19.14). Mais Jésus s’est contenté de bénir les enfants en leur imposant les mains, il ne les a pas baptisés.
b) « Vos enfants sont saints » (1 Co 7.14).
Mais le conjoint non croyant est aussi dit « saint » et pourtant il n’a évidemment pas pu être baptisé ! L’étude récente du sens de ce mot « saint » chez les auteurs juifs de l’époque a fait traduire ce verset par « vos enfants sont légitimes ».6
6 Voir la démonstration dans BHA pp. 250-253.
D’autres ont évoqué le parallèle entre le baptême et la circoncision. Les deux rites ont, il est vrai, un certain nombre de points communs : les deux sont des symboles de la grâce, les deux parlent de purification, les deux incorporent leur bénéficiaire dans une collectivité… Mais la circoncision était liée à une race, à un peuple ; le peuple et le peuple de Dieu étaient deux entités identiques, mais le peuple de la nouvelle alliance se recrute un à un.
Dans Col 2.11-12, Paul dit que la circoncision faisait partie de « l’ombre des choses à venir ». En Christ, les chrétiens ont « tout pleinement ». Ils n’ont plus besoin des rites juifs. Ils ont été circoncis en Christ d’une circoncision bien plus efficace : une circoncision spirituelle qui a eu lieu lors de la conversion, du baptême du Saint-Esprit, lorsque le croyant meurt et ressuscite avec le Christ.
Si le baptême avait remplacé la circoncision, les apôtres l’auraient clairement dit lors de la Conférence de Jérusalem (Ac 15), cela aurait résolu toute la question. Or, bien après cette Conférence, les judéo-chrétiens ont continué à circoncire leurs enfants (Ac 21.20-21). Paul a fait circoncire Timothée après son baptême.
On dit aussi que le baptême des enfants illustre la grâce prévenante de Dieu. Certes, la Bible nous parle de la grâce de Dieu qui nous a cherchés avant que nous ne songions à nous tourner vers lui, mais elle ne met jamais cette grâce en relation avec le baptême. La priorité de la grâce est respectée dans tous les cas de baptêmes, aussi dans celui des croyants. Les adultes ont autant besoin que les enfants de cette grâce. La Bible nous dit : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2.4). Mais, le jour de la Pentecôte, Pierre et les apôtres n’ont pas baptisé tous leurs auditeurs en signe de la vocation que Dieu adressait à tous, mais seulement « ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés » (Ac 2.41), donc ceux qui ont répondu à la vocation, ceux qui ont obéi (cf. Ac 8.12-13, 36-38 ; 10.47 ; 18.8).
On dit : « Le baptême des enfants exalte la grâce et la souveraineté de Dieu, le baptême des croyants met trop l’accent sur la part de l’homme, comme si la foi était le moyen du salut ».
Mais, dans le Nouveau Testament, le salut en Jésus-Christ est de toute façon offert à tous les hommes. La part de Dieu dans l’œuvre du salut est première et déterminante, mais, sans réponse de la part de l’homme, elle reste inopérante. La foi est la condition sine qua non du salut ; plus de cent passages bibliques l’affirment. C’est bien « par la grâce que vous êtes sauvés » mais « par le moyen de la foi » (Ep 2.8).
Est-il juste de dire à ceux qui ont été « baptisés » comme enfants qu’ils n’ont pas le droit de se faire « rebaptiser » ?
Quand peut-on parler de rebaptême ?
Le préfixe re indique le retour à un état antérieur ou la répétition d’une action déjà accomplie antérieurement. On reconstruit un bâtiment qui a été démoli, on recoud un bouton qui s’est détaché. On ne peut redescendre qu’après être monté auparavant, le soldat redevient civil parce qu’il l’était avant d’être militaire. Je ne peux employer le mot redire que si je répète ce que j’ai déjà dit. Refaire c’est « faire de nouveau ce qu’on a déjà fait ».
L’usage de ce préfixe se limite donc à des actions identiques ou du moins très semblables. Il ne s’applique pas à des actions différentes : on ne parle pas de reboiser un terrain où n’ont poussé que des légumes ou des arbustes, ni de revernir un bois qui a été peint. Si ma chemise neuve a été mouillée par la pluie, je ne dirai pas que je la relave ni que je la replonge dans l’eau. Puisque baptiser veut dire immerger, peut-on, rien que sur le plan formel, parler de rebaptiser quelqu’un qui a seulement été aspergé ? On parle de remariage pour quelqu’un qui, étant veuf ou divorcé, contracte un nouveau mariage. Dans certains pays, des parents « marient » leur enfant à sa naissance, c’est-à-dire qu’ils le promettent en mariage à un autre enfant. La promesse peut même être scellée par une rencontre de famille et un repas de fête. Imaginez que l’un de ces enfants quitte son pays natal, s’installe à l’étranger et y découvre l’âme sœur avec laquelle il voudrait partager sa vie. Lui diriez-vous : « Non, tu ne peux pas te remarier » ? Personne, dans nos pays, n’appellerait cela un remariage, car la cérémonie qu’il a subie étant bébé, les promesses qui ont été échangées à sa place, n’ont rien de commun avec ce que nous concevons sous le nom de mariage.
Nous avons vu ce que signifie le baptême dans le Nouveau Testament : aux temps bibliques, l’immersion symbolisait l’union avec le Christ, la mort et la résurrection avec lui, la purification des péchés passés, le passage à une nouvelle humanité. Elle était accompagnée d’une confession de foi et de « l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu » (1 Pi 3.21). L’immersion biblique était toujours un baptême de croyants : la foi précédait le baptême.
En fait, aujourd’hui, le baptême des enfants n’est guère différent d’une présentation. Dans certaines Eglises protestantes, on laisse aux parents d’un nouveau-né le choix entre le baptême et la présentation de l’enfant.
Pour la plupart des protestants, le baptême des enfants et la présentation sont deux cérémonies équivalentes. En effet, si deux couples membres d’une telle Eglise venaient avec leur enfant, l’un pour le faire baptiser, l’autre pour le présenter : il s’agirait, en fait — pour les parents, pour le pasteur comme pour l’assemblée — de deux cérémonies ayant la même signification : présentation à Dieu et admission dans « l’alliance de grâce », engagement d’élever l’enfant chrétiennement.
Par quoi différeraient-elles ? Par la formule et la matière. Dire que le premier enfant a été « baptisé » et ne saurait donc être « rebaptisé », c’est accorder à la matière et la formule une vertu « sacramentelle », c’est-à-dire se situer sur la ligne de l’acte symbolique efficace. Car si cet enfant, après avoir choisi personnellement de suivre le Seigneur décidait de se faire baptiser, il s’agirait d’un acte totalement différent — par la forme comme par la signification. Entre le « baptême » des enfants et le baptême biblique des croyants, il n’y a pas plus de points communs qu’entre une inscription sur le registre des naissances et une inscription à un parti politique : dans les deux cas, on utilise la même appellation pour l’acte (baptême, inscription), on se sert de la même matière (eau, encre) et on inscrit le nom du bénéficiaire. A une différence près cependant : lorsqu’un enfant a été inscrit sur le registre des naissances, personne n’appellera « réinscription » toute inscription ultérieure (à une école, un parti) ni ne songera à interdire une inscription volontaire à un parti sous prétexte que la personne a déjà été inscrite lors de sa naissance. Car ce qui compte, dans la vie normale, c’est la signification de l’acte plutôt que son nom, sa forme ou la matière utilisée. Or, dans le deuxième cas, il s’agit de l’aboutissement d’une réflexion, d’un choix et d’une décision — avec toutes les obligations qu’une telle inscription implique.
Si l’on veut envisager cette question d’un point de vue biblique et spirituel, on se demandera si la signification du rite était conforme à celle que Jésus lui a donnée, si les dispositions requises étaient présentes (« faites des disciples, baptisez-les… ils crurent et ils furent baptisés »). Si l’une ou l’autre de ces conditions — ou plusieurs — n’étaient pas réalisées, il ne serait spirituellement pas valable c’est-à-dire qu’il n’aurait aucune valeur, ni pour Dieu, ni pour l’intéressé.
Pour qu’il y ait baptême dans le sens biblique du terme, il faut que la foi précède le baptême et qu’elle soit confessée par le baptisé au moment de son baptême. Cette confession doit être consciente et volontaire, ainsi que l’engagement envers Jésus-Christ comme Seigneur.
L’apôtre Paul a bien compris que si la signification du baptême changeait, il fallait renouveler l’acte ; c’est pourquoi il n’a pas hésité à rebaptiser les disciples d’Ephèse qui avaient seulement reçu le baptême de Jean (Ac 19.3-5). Ce baptême symbolisait la repentance, mais pas l’union de foi avec le Christ, il représentait la mort à soi-même, mais pas la résurrection avec Jésus, il pointait vers le pardon des péchés (Mt 3.11), mais ne pouvait pas en donner l’assurance (Ac 2.38 ; 22.16). C’est pourquoi, il fallait refaire l’acte. Et pourtant, il y avait entre le baptême de Jean et le baptême chrétien bien plus de ressemblances qu’entre un baptême d’enfants et un baptême de croyants : c’étaient tous deux des immersions totales d’adultes qui venaient volontairement confesser leurs péchés (Mt 3.6) et accomplir ce que Dieu avait prescrit.7
7 Pour plus de précisions, voir le chapitre 16 (pp. 295-313) dans BHA.
Se faire baptiser adulte lorsqu’on a été baptisé enfant, ce n’est pas renier ce que les parents ont souhaité et fait, c’est plutôt ratifier au nom de sa foi personnelle ce qu’ils ont voulu exprimer par cet acte.