Face à la tentation

Conclusion

Comment résister à la tentation ?

La Parole de Dieu et l’expérience nous proposent 10 moyens de ne pas y céder :

1° La prière. Si nous prions : « Garde-nous de céder à la tentation », nous nous attendons évidemment à l’aide de Dieu pour fortifier notre volonté de résistance aux diverses tentations. De plus, nous savons que « nous demandons quelque chose qui est conforme à sa volonté » puisque c’est Jésus qui nous a enseigné cette prière, donc que « Dieu nous écoute ». « Et si nous savons qu’il nous écoute, nous savons aussi que l’objet de nos demandes nous est acquis » (1 Jn 5.14-15). Nous pouvons donc nous fonder sur l’exaucement de cette prière — que nous répéterons au moment de la tentation. Dieu fera sa part ; à nous de faire la nôtre : refuser de céder à la tentation.

2° La Parole de Dieu. Nous apprenons par l’exemple de Jésus que son arme contre les suggestions du diable fut la Parole de Dieu. Plus nous la connaîtrons, plus nous ferons provision de projectiles à lancer à l’Adversaire au moment de la tentation : « Comment commettrais-je un acte aussi abominable et pécherais-je contre Dieu » (Gn 39.9) ; « Si un homme parvenait à posséder le monde entier, à quoi cela lui servirait-il, s’il perd sa vie ? » (Mc 8.36).

3° La foi. La Parole de Dieu affirme : « Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d’en sortir pour que vous puissiez y résister » (1 Co 10.13).

« Dieu n’est pas homme pour mentir, ni humain pour se repentir. A-t-il jamais parlé sans qu’il tienne parole ? Et n’accomplit-il pas ce qu’il a déclaré ? » (Nb 23.19)

« Dieu ne ment pas » (Tt 1.2).

« Il est impossible que Dieu mente » (Hé 6.18).

Notre foi peut donc saisir avec une entière certitude la promesse qu’il nous a faite : il prépare pour nous le moyen de sortir de la tentation pour que nous puissions y résister. Si nous y succombons, c’est que nous n’avons pas saisi ce moyen.

4° La prudence. Après avoir prié ainsi, nous n’allons pas nous placer nous-mêmes dans des situations qui favorisent la tentation. Vous connaissez peut-être l’histoire de ce patron qui cherchait un chauffeur. Trois candidats se présentèrent. « A quelle distance d’un précipice pouvez-vous conduire ma voiture ? leur demanda-t-il. — À un mètre, répondit le premier. — À 50 centimètres, renchérit le deuxième. — Je m’éloignerai le plus possible du précipice, dit le troisième ». Inutile de dire que c’est lui qui fut pris.

Si nous nous approchons de trop près de la tentation, nous flirtons avec elle et nous démontrons que notre prière ne correspondait pas vraiment à notre désir profond. Si nous sommes sincères, nous ferons tout de notre côté pour ne pas nous exposer imprudemment aux tentations auxquelles nous nous savons sensibles (notre « talon d’Achille »). « Connais-toi toi-même » : ce vieux conseil de Socrate nous sera utile dans notre lutte pour la victoire sur la tentation. Si nous connaissons notre faible pour la boisson ou pour la nourriture, nous éviterons tous les lieux et les rencontres où nous savons qu’on nous offrira à boire ou à trop manger et où il nous sera difficile de refuser ; si nous sommes faibles devant le sexe opposé, nous éviterons de provoquer des situations où nous nous trouverons en tête à tête comme le fut David avec Bath-Chéba. Si nous sommes tentés par les sites porno, nous mettrons l’ordinateur dans une pièce fréquentée par les autres membres de la famille ou nous garderons la porte de notre bureau ouverte ; nous nous interdirons Internet lorsque nous sommes seuls à la maison ou à notre lieu de travail, et nous renouvellerons notre prière au moment d’allumer l’ordinateur.

Si une relation extraconjugale me tente, j’éviterai toute rencontre avec la personne concernée, je veillerai à ne jamais me trouver seul avec elle, je renoncerai à lui téléphoner ou bien je limiterai les entretiens à des obligations professionnelles. Je disciplinerai mes pensées pour qu’elles ne s’attardent pas sur la personne : « Stop ! Tu as demandé à Dieu de te garder de céder à la tentation. C’est le moment de prouver que ta prière était sérieuse, que tu voulais ce que tu demandais ». On pourrait paraphraser la parole de Jésus : « Si quelqu’un entretient pour une femme (ou un homme) une pensée de désir, il (ou elle) a déjà commis adultère avec elle (lui) dans son cœur ». À moins qu’il s’agisse de deux célibataires (ou solobataires) ; mais alors, il faut sérieusement se poser la question : « Est-ce que je veux l’épouser ? ». Si la réponse est non, toutes les précautions ci-dessus s’imposent pareillement.

5° Les alliés. La tactique du diable consiste à nous isoler devant la tentation. David se trouvait seul à Jérusalem, ses hommes étaient en guerre à Rabba. Jésus fut seul au désert. Face à la tentation aussi, « il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Nous chercherons des alliés contre elle, des « conjurés », pour lutter ensemble, des chrétiens auxquels nous aurons confessé notre faiblesse et qui prieront pour nous (« garde-le de céder. »), un ami qui intercédera fidèlement pour nous et nous posera de temps en temps des questions indiscrètes. La pensée de devoir lui confesser une chute peut être un moyen de plus de nous garder au moment de la tentation.

6° Veiller aux portes. Nous savons par la Bible et par notre expérience que l’une des portes d’entrée favorites de la tentation, c’est notre œil. Nous veillerons donc avec soin à ce que nous offrons à nos yeux comme lectures, programmes de télé et d’Internet. Si nous avons appris à nos dépens l’influence néfaste qu’a sur notre résistance à la tentation la vision (ou l’imagination) de certaines scènes, nous éviterons de fournir cette aide à la prochaine tentation.

7° Exercer sa volonté. Le premier conseil de Dieu à un homme confronté à la tentation fut : « Toi, maîtrise-le (le mauvais désir) » (Gn 4.7). La maîtrise de soi par la volonté joue un rôle capital dans la lutte contre la tentation. Donc tout ce qui fortifie notre volonté nous donnera un atout dans notre combat : exercices physiques, renoncements volontaires, jeûne, le « quart d’heure de volonté » de William James. La maîtrise soi est à la fois un fruit de l’Esprit (Ga 5.23) et un objectif proposé à notre sanctification : « Faites tous vos efforts pour ajouter à votre foi la force de caractère… la maîtrise de soi » (2 Pi 1.5-6).

8° Les dérivatifs. Si un cours d’eau cause des dégâts sur son parcours, on le dévie en lui imprimant un autre itinéraire. Les tentations se jouent d’abord au niveau des pensées, c’est donc sur elles qu’il faut agir pour leur donner un autre cours. « Prévenir vaut mieux que guérir » s’applique aussi dans ce domaine. Chaque fois que je pense à manger ou à boire, je dévie ma pensée vers une prière ou une lecture. Si un site interdit me tente, je me branche sur « Top chrétien » ou un site qui correspond à mon hobby. Lorsque je pense à une personne qui n’est pas pour moi, je peux prier pour elle ou pour d’autres frères et sœurs tentés comme moi.

Si je suis tenté de passer trop de temps devant la télé ou des jeux d’ordinateur, je m’impose des obligations pour ces moments libres : prendre ma liste d’intercession, la Bible ou un livre d’édification ou d’étude, une histoire qui me passionne, écrire à quelqu’un, faire un travail manuel, jouer d’un instrument, dessiner… « L’oisiveté est la mère de tous les vices » ; nous l’avons vu pour David. Elle est en tout cas une puissante alliée de la tentation. « La nature a horreur du vide ». Evitons donc les temps morts en ayant toujours une occupation pour les remplir.

9° Une saine réflexion. Un peu de bon sens peut parfois nous éviter de succomber à la tentation : si je lui cède, qu’aurai-je de plus ? Quelles en seront les conséquences ?

Les Proverbes font appel à ce genre de réflexion pour nous garder de céder à l’attrait du vin, de la paresse et de la femme frivole.

« Le vin est plein d’insolence et l’alcool rempli de tapage, celui qui s’en laisse griser ne pourra être sage » (20.1). « Celui qui aime les plaisirs tombera dans l’indigence, celui qui a un faible pour le vin et la grande vie ne sera jamais riche » (21.17). « Ne couve pas de tes regards le vin vermeil quand il brille de son éclat dans la coupe : il descend si aisément, mais finit par mordre comme un serpent et te piquer comme une vipère. Tes yeux verront alors des choses étranges et tu laisseras échapper des paroles incohérentes, tu auras l’impression d’être couché en pleine mer, ballotté comme un matelot en haut d’un mât. ‘On me frappe, diras-tu, mais je n’ai pas mal, on m’a roué de coups, je n’ai rien senti. Quand me réveillerai-je ? Il faudra que je trouve encore quelque chose à boire’ » (23.31-35). « L’ivrogne et le gourmand tombent dans la misère, et ceux qui somnolent seront bientôt vêtus de haillons » (23.21).

« Qui travaille sa terre aura de quoi manger, mais qui court après des futilités sera rassasié de misère » (28.19). « A la saison froide, le paresseux n’a pas envie de labourer, au temps de la moisson, il cherche à récolter, mais ne trouve rien » (20.4). « ‘Je vais faire juste un petit somme, dis-tu, juste un peu m’assoupir, rien qu’un peu croiser les mains et rester couché un instant.’ Mais pendant ce temps, la pauvreté s’introduit chez toi comme un rôdeur, et la misère comme un pillard » (6.10-11). Le résultat d’un « petit somme », c’est un domaine où « les orties ont tout envahi, les ronces recouvrent le sol et le muret de pierres est en ruines » (24.31).

C’est surtout contre l’adultère que les Proverbes mettent en garde. Ils font appel à « la clairvoyance » (5.2) qui discerne « la fin amère comme l’absinthe » (5.4) que la femme adultère prépare à celui qui s’engage avec elle. « Ses pas aboutissent au séjour des morts » (v. 5). « Eloigne-toi d’une telle femme, et ne t’approche pas de l’entrée de sa maison de peur que ta dignité ne devienne la proie d’autrui, et les années de ta vie celles d’un homme cruel » (v. 8-9), c.-à-d. du mari de la femme que « la jalousie met en fureur, il sera sans pitié au jour de la vengeance. Il ne se laissera apaiser par aucune indemnité ; il ne l’acceptera pas, même si tu multiplies les présents » (6.34-35). C’est pourquoi « celui qui commet un adultère est dépourvu de sens, agir ainsi, c’est se détruire soi-même ; celui qui fait cela ne récoltera que souffrances et déshonneur, sa honte ne s’effacera jamais » (v. 32-33). « Car, à cause d’une femme débauchée, on peut être réduit à un morceau de pain, et la femme adultère met en péril une vie précieuse » (v. 26). Tout le chapitre 7 met en garde contre une relation avec « la femme d’autrui » en faisant appel à une saine réflexion sur les conséquences d’un tel acte.

On peut appliquer cette « saine réflexion » à toutes les autres tentations. Jointe à la prière, la prudence et l’exercice de sa volonté, elle permettra souvent de triompher de l’Ennemi. La question déterminante est finalement celle que Jésus a posée au malade à la piscine de Béthesda : « Veux-tu être guéri ? » (Jn 5.6).

A un homme qui se plaignait de sa dépendance du tabac, je demandais : « Que donneriez-vous à celui qui vous montrerait comment en être délivré ? — Je lui donnerais 500 euros, car je les récupérerais rapidement. — Vous pouvez préparer le chèque ». Le lendemain, je lui ai demandé s’il l’avait préparé. « Non. J’ai réfléchi : au fond, j’aime la jouissance que fumer me procure et je n’aurais pas envie d’en être privé ». « Qu’un tel homme ne s’imagine pas obtenir quoi que ce soit du Seigneur (ni la victoire sur la tentation). Son cœur est partagé, il est inconstant dans toutes ses entreprises » (Jc 1.8-9). Alors que « si l’un de vous manque de sagesse (pour lutter contre la tentation), qu’il la demande à Dieu qui la lui donnera, car il donne à tous généreusement et sans faire de reproche » (1.5).

10° Se réfugier en Jésus. C’est le conseil que donnait Madame Jeanne Guyon, une amie de Fénelon (fin 17e siècle), dans un livre qu’elle a écrit pendant qu’elle était enfermée à la Bastille à cause de sa foi : « Connaître les profondeurs de Jésus-Christ », livre qui fut brûlé par centaines sur ordre de Louis XIV sur les places publiques de plusieurs villes françaises. Voici ce qu’elle écrivait :

« Au cours de cette aventure à la recherche de Dieu, les tentations, ainsi que les distractions, sont un gros problème que vous allez rencontrer. Votre attitude à cet égard demande de l’attention. Car si vous essayez de lutter directement avec les tentations, vous ne ferez que les exacerber. De plus, au cours de ce combat, votre âme sera loin de cette relation intime avec le Seigneur. Or, il est primordial que cette relation intime avec Lui soit toujours et avant tout le but unique de notre âme. Par conséquent, quand vous êtes tenté de pécher, ou de vous laisser distraire par des choses extérieures à Dieu, faites simplement ceci : détournez-vous de ce péché et, au même moment, venez tout près de votre Seigneur. Ce n’est pas plus difficile que ça !

« Que fait un petit enfant quand il a peur ou quand il est troublé ? Il ne reste pas planté là, à lutter contre ce qui l’effraye. De plus, il ne va même plus regarder ce dont il a peur. Il fait une seule chose : il court se jeter dans les bras de sa maman. Il sait que là il est en sécurité. C’est exactement de la même manière que vous devez vous enfuir de toute tentation et courir vous réfugier dans les bras de votre Père céleste.

« Si dans votre faiblesse, vous essayez d’attaquer vos ennemis, vous serez souvent blessé et vaincu. Mais, croyez-moi, il y a un autre chemin : dans les moments de tentation et de distraction, mettez votre foi en action et ainsi, vous resterez tout simplement en présence de Jésus-Christ. Et je vous assure que vous trouverez là une source de force instantanée. C’est ce que David a lui-même expérimenté : ‘J’ai constamment l’Eternel devant mes yeux. Parce qu’Il est à mes côtés, je ne chancelle pas. Alors, mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse. Et mon corps, lui, repose en sécurité’ (Ps 16.8-9). Dans l’’Exode, nous lisons aussi : ‘L’Eternel combattra pour vous ; et vous, pendant ce temps, gardez le silence’ (Ex 14.14) ».

« Loué soit Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Co 15.57). « Tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde, et la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » (1 Jn 5.4).

Et si la victoire tarde…

Si, malgré toutes ces précautions, vous continuez à être tentés ? Vous avez la victoire sur le plan des actes et des paroles, mais les pensées mauvaises continuent à vous assaillir, votre regard s’égare sur l’objet de vos désirs et vous vous rendez compte que votre convoitise n’est pas morte.

Qu’est-ce que cela signifie ? Dieu ne nous a-t-il pas promis de nous faire « toujours triompher en Christ » et d’être « plus que vainqueurs » (2 Co 2.14 ; Rm 8.37 cf. 1 Jn 5.4 ; Ap 12.11) ? Pourquoi dois-je continuer à lutter contre ces vieilles tentations ?

Peut-être qu’un passage de l’Ancien Testament peut nous aider à comprendre l’intention divine. Pourquoi, lors de la conquête du Pays promis, Dieu n’a-t-il pas éliminé tous les ennemis ? Jg 3.1-3 énumère les nations que « l’Eternel laissa subsister pour mettre à l’épreuve les Israélites qui n’avaient pas participé aux guerres pour la conquête de Canaan. Il voulait que les nouvelles générations d’Israélites, qui n’avaient pas connu la guerre, apprennent ce qu’est la guerre. L’Eternel laissa donc dans le pays les cinq principautés philistines, tous les Cananéens et les Sidoniens, les Héviens qui habitaient la chaîne du Liban depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu’à Lebo-Hamath ».

Dieu veut aussi que nous apprenions à faire la guerre aux tendances de notre vieux Moi qui subsistent en nous. Il n’est dit nulle part que notre « chair » (notre nature pécheresse, l’homme livré à lui-même) est morte ; c’est nous qui devons la faire mourir, la « crucifier » (Ga 5.24).

Dieu nous laisse bagarrer contre nos désirs et nos mauvaises pensées pour que nous devenions forts et victorieux en lui. Il veut nous préparer pour notre vocation céleste : nous aurons à régner avec lui.

Un vieux cantique allemand de Johann Kaspar Lavater (1741-1801) m’est revenu en mémoire : Fortgekämpft und fortgerungen. Il dit à peu près ceci :

Il faut lutter et combattre
Persévérer jusqu’au but.
Dans la nuit la plus obscure,
Ton Sauveur est avec toi
Et il veut t’encourager.

Il te conduit par sa main,
Crois-le et ne doute pas.
Si tu te crois délaissé,
Prie et lutte sans faiblir !
Bientôt, tu remercieras,
Tu retrouveras ta joie.

Bientôt, tu verras sa face,
Espère, à travers tes larmes.
Il veut exercer ta foi.
Dieu, l’Amour, ne peut qu’aimer ;
Bientôt, finira ta peine.

Détourne tes yeux du monde,
Ne regarde pas derrière,
Ni à gauche ni à droite !
Tourne tes yeux vers Jésus,
Vers ta demeure éternelle.

Bien des chrétiens ont passé par ces mêmes expériences. George Matheson priait :

« Rends-moi captif, Seigneur,
De ta volonté sainte…

Je succombe à la peine,
Ah ! Garde-moi debout !
Celui que ton amour enchaîne
Seul, triomphe de tout.

Seigneur, désarme-moi !
Que ma chair frémissante
De ta grâce toute-puissante
Subisse enfin la loi !
Sous mes pieds, les couronnes
D’un monde condamné !
Les vrais biens sont ceux que tu donnes
A qui t’a tout donné ! »

(Traduit par Ruben Saillens : Sur les ailes de la foi n° 308).

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