« Le thème essentiel, unique et le plus profond de l’histoire du monde et de l’humanité, celui auquel tous les autres sont subordonnés, reste le conflit de l’incroyance et de la foi. »Goethe.
(Novizen zum Westöstlichen Divan.)
A travers tout l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres apparaît une frontière divisant les hommes en deux camps opposés. L’Ecriture emploie les images et expressions les plus diverses pour caractériser ces deux camps :
| — | la lumière, | — | les ténèbres (Jn. 1.4-5). |
| — | le blé, | — | la paille (Mt. 3.12). |
| — | les fils du royaume, | — | les fils du malin (Mt. 13.38). |
| — | les enfants de lumière, | — | les enfants de ce siècle (Luc 16.8). |
| — | les fils du Père, affranchis du péché, | — | ceux qui ont pour père le diable ; qui sont esclaves du péché (Jn. 8.32-44). |
| — | ceux qui sont de Dieu, | — | pas de Dieu (Jn. 8.47). |
| — | tout homme né de l’esprit, | — | ce qui est né de la chair (Jn. 3.6-8). |
| — | celui qui croit en moi, | — | celui qui ne croit pas (Jn. 3.18). |
| — | celui qui est avec moi, qui assemble avec moi, | — | celui qui est contre moi, qui disperse (Mt. 12.30). |
| — | mes brebis que je connais et qui me connaissent, me suivent, | — | pas mes brebis, les étrangers, les mercenaires, les loups… (Jn. 10). |
| — | les serviteurs, | — | les infidèles (Luc 12.46). |
| — | les serviteurs d’un futur roi, | — | les concitoyens qui le haïssaient, ses ennemis qui ne voulaient pas qu’il règne sur eux (Luc 19.13, 14, 27). |
| — | les vierges sages, | — | les vierges folles (Mt. 25.1-13). |
| — | les brebis, | — | les boucs (Mt. 25.31-33). |
Cette même ligne de démarcation se retrouve dans les épîtres des apôtres qui distinguent :
| — | ceux du dedans, | — | ceux du dehors (1 Cor. 5.12). |
| — | les concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu, | — | les étrangers, gens du dehors (Eph. 2.19). |
| — | vous qui croyez, | — | les incrédules (1 Pi. 2.7). |
| — | des enfants de Dieu, | — | une génération perverse et corrompue (Phil. 2.14-15). |
| — | les saints, | — | les injustes (1 Cor. 6.1). |
| — | les fidèles, les frères, | — | les infidèles (1 Cor. 6.6 ; 2 Cor. 6.15). |
| — | les frères, | — | les ennemis, les faux-frères (2 Thess. 3.15 ; 2 Cor. 11.26 ; Gal. 2.4). |
| — | les frères en la foi, | — | tous (Gal. 6.10). |
| — | les nôtres, | — | pas des nôtres (1 Jn. 2.19). |
| — | nous qui sommes sauvés, | — | ceux qui périssent (1 Cor. 1.18 ; 2 Cor. 2.15). |
| — | les croyants, | — | le monde, les non-croyants (1 Cor. 7.14). |
| — | l’homme spirituel, | — | l’homme psychique (1 Cor. 2.14-15). |
| — | des hommes dans lesquels Jésus-Christ vit, | — | les réprouvés (2 Cor. 13.5). |
| — | celui qui est né selon l’esprit, | — | celui qui est né selon la chair (Gal. 4.29). |
| — | les enfants de la lumière, du jour | — | les enfants de la nuit, des ténèbres (1 Thess. 5.5). |
| — | ses saints, ceux qui auront cru, | — | ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n’obéissent pas à l’Evangile de notre Seigneur Jésus (2 Thess. 1.10). |
| — | ceux qui ont la foi pour sauver leur âme, | — | ceux qui se retirent pour se perdre (Hbr. 10.39). |
| — | le juste, | — | l’impie, le pécheur (1 Pi. 4.18). |
| — | quiconque confesse le Fils, | — | quiconque nie le Fils (1 Jn. 2.23). |
| — | celui qui est né de Dieu, connaît Dieu, aime Dieu croit au Fils, a le Fils et la vie, | — | celui qui n’est pas né de Dieu, ne connaît pas Dieu, ne l’aime pas, ne croit pas au Fils, n’a pas le Fils, ni la vie (1 Jn. 5.12). |
| — | celui qui est saint, le juste | — | celui qui se souille (Ap. 22.11). |
Fréquemment, par opposition aux destinataires de leurs épîtres qu’ils appellent « vous », les apôtres appellent ceux de l’autre camp :
« les païens » (1 Pi. 2.12 ; 1 Cor. 5.1 ; 1 Thess. 4.5 ; Eph. 4.17-20) ;
« les hommes du peuple et les non-croyants » (1 Cor. 14.23) ;
« des gens dont l’église ne fait aucun cas » (1 Cor. 6.4) ;
« les impies » (2 Pi. 3.17) ;
« les fils de la rébellion » (Eph. 2.3) ;
« ceux qui n’ont pas cru à la vérité, ceux qui périssent » (2 Thess. 2.10-12).
Jésus-Christ et les apôtres caractérisent les membres de ces deux fractions de l’humanité par un grand nombre de traits.
Dans son enseignement, Jésus dépeint les privilèges de celui qui est avec Lui : il vivra par Lui, demeure en Christ comme Christ demeure en lui, il a la vie éternelle, ne périt point, ne vient point en jugement, ressuscitera pour la vie, il n’aura jamais soif mais trouvera en lui une source jaillissante, des fleuves d’eau vive coulant de son sein, il entre dans le Royaume, adore en esprit et en vérité, possède la lumière de la vie et ne marche pas dans les ténèbres, il est réellement libre, il appartient à Christ, le suit, connaît sa voix, fait les œuvres que Christ a faites, ne verra jamais la mort1.
1 « Jésus a tracé la véritable ligne de séparation entre les hommes. Il a apporté ce « ou bien — ou bien » (Entweder-Oder) dans notre race… Il passait à travers son peuple et l’a partagé en deux parts : en ceux qui l’écoutaient et se laissaient sauver et en ceux qui s’achoppaient à Lui et qui, à cause de cela, se perdaient. De la même manière Jésus a traversé toutes les générations de tous les siècles. Il a divisé les hommes en deux camps : ceux qui choisissaient de le suivre et ceux qui choisissaient de le rejeter. Il est l’écueil, au milieu du fleuve du temps qui partage la race humaine en deux camps. » Prof. O. Hallesby : Wie ich Christ wurde, pp. 123-124.
Les apôtres disent des chrétiens qu’ils ont été arrachés du présent siècle mauvais, sont devenus fils L Dieu par la foi, ont revêtu Christ, lui appartiennent, Christ est formé en eux et fait d’eux de nouvelles créatures, ils ont reçu Christ parce qu’ils ont connu la vérité, ils ont été engendrés par la parole de vérité et sont devenus participants de la nature divine, ils ont été rachetés de la vaine manière de vivre héritée de leurs pères. Ils sont ressuscités en Christ, des hommes nouveaux, élus de Dieu, saints et bien-aimés de Dieu, participants de Christ, fils de Dieu, co-héritiers avec Lui ; ils ont la liberté de s’approcher de Dieu, mènent une vie cachée avec Christ en Dieu, sont conduits par l’Esprit de Dieu, aiment Dieu, et sont appelés en Christ à la gloire éternelle, à partager la gloire et l’héritage de Jésus-Christ.
A ceux de l’autre camp Jésus dit :
« Vous ne recevez pas notre témoignage, vous ne croyez pas, vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie, vous n’avez point en vous l’amour de Dieu, vous ne me recevez pas, vous ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu, vous êtes esclaves du péché, votre péché subsiste, vous mourrez dans vos péchés, ma parole ne pénètre pas en vous, vous n’êtes pas de Dieu, vous avez pour père le diable, vous ne connaissez pas Dieu, vous êtes menteurs, vous n’êtes pas de mes brebis. »
Les apôtres parlent des hommes qui ont préféré les ténèbres à la lumière, qui repoussent la parole, agissent contre le nom de Jésus, un peuple rebelle. incrédule, éloigné, sans Dieu, sans espérance dans le monde, vivant sous la puissance de Satan en ennemi de la croix de Christ et dont la fin sera la perdition2.
2 « Les écrivains du N.T. emploient pour parler de la différence entre un chrétien et un non-chrétien les vocables les plus forts que la langue possède. C’est, disent-ils, une différence comme entre la vie et la mort… » O. Hallesby : Wie ich Christ wurde, p. 72.
Deux camps fortement tranchés, nulle part une catégorie intermédiaire, partout l’abrupt de « l’un ou l’autre ».
« Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jn. 5.12) ; tel est l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres3.
3 « Chaque frontière est à la fois défensive et offensive… elle donne aux relations des uns avec les autres, positivement et négativement, de la clarté et de l’assurance. » Karl Müller : Kirche, Gemneinde und Obrigkeit, p. 625.