Abraham l’ami de Dieu

7
La guerre

(Genèse 14.1-16)

Après la querelle entre les bergers d’Abram et de Loth, nous assistons à la guerre entre deux puissances : une coalition de rois élamites et babyloniens attaque les rois de Sodome et de Gomorrhe (où Loth habitait à présent). Les richesses naturelles et minières de la région avaient suscité la convoitise de ces rois.

Les alliances entre roitelets locaux sont un phénomène courant du début du deuxième millénaire dans l’histoire de la Mésopotamie. Les documents de ce temps-là font état d’alliances comprenant jusqu’à vingt rois.1 Kedorlaomer venait d’Elam. On sait qu’une forte dynastie élamite était engagée dans des conquêtes territoriales à cette époque. Elle a conquis et saccagé la ville d’Our. Ce roi s’est engagé dans la vallée du Jourdain en venant du nord, conquérant les villes qu’il y rencontrait, imposant ses conditions et ses péages à tout le trafic entre l’Asie et l’Afrique et soumettant tous les habitants au paiement d’un tribut. Il s’était allié à trois autres rois de la vallée de l’Euphrate.

1 Voir K.A. Kitchen, Ancient Orient and Old Testament, London 1966, p. 45.

Il mena des campagnes de conquête vers le sud et soumit les villes de la vallée du Jourdain, s’assurant ainsi le contrôle de la route entre Damas et Memphis en Egypte. Lorsque Loth établit sa résidence à Sodome, toutes les villes de la plaine étaient obligées de payer un tribut à Kedorlaomer. A la fin, les hommes de Sodome et de Gomorrhe, d’Adma, de Tseboïm et de Tsoar se lassèrent de ce joug et refusèrent de lui payer le tribut. Celui-ci vint promptement ramener les rebelles à la raison. « Ils battirent les Rephaïm à Achteroth-Qamaïm, puis les Zouzim à Ham, et les Emim à Chavé-Qiryataïm. Ils défirent les Horiens dans leur montagne de Séir, et les poursuivirent jusqu’au chêne de Parân, aux confins du désert. En revenant sur leurs pas, ils arrivèrent à Eyn-Michpath, c’est-à-dire Qadech, ravagèrent tout le pays des Amalécites et battirent les Amoréens qui habitaient Hatsatsôn-Tamar » (14.5-7).

Avant de s’attaquer aux villes du sud de la vallée du Jourdain, ils ont soumis tous les peuples environnants, prenant en quelque sorte en tenaille Sodome et ses alliés. Les rois de la plaine furent incapables de résister à la puissance des alliés mésopotamiens, qui avaient probablement des chars et certainement des chevaux. Alors ils s’enfuirent (v. 10), laissant le champ libre aux envahisseurs – qui s’emparèrent de tous les biens et emmenèrent les habitants restés sur place pour les vendre comme esclaves. Loth, établi à Sodome, dut subir le sort de ses concitoyens.

Un rescapé vint avertir Abram. Peut-être était-ce l’un des bergers de Loth qui savait où trouver le patriarche. Que fera Abram lorsque ce messager lui apporte la nouvelle ? Va-t-il dire : « C’est bien fait ! Il n’avait qu’à… » ? « Abram n’avait que 318 hommes à sa disposition ; il aurait pu prétexter la faiblesse de ses moyens pour ne pas intervenir. Nous savons par l’histoire profane que Kedorlaomer était un chef important, et qu’il n’était pas homme avec qui l’on pouvait plaisanter. De plus, à l’époque, il était le chef d’une confédération de quatre rois qui venait juste d’en battre cinq autres. Abram aurait eu de bonnes raisons de ne pas se mêler au conflit. Une intervention de sa part ressemblait étrangement à un suicide. Alors pourquoi intervenir ? Un homme de foi raisonne différemment. Un membre de sa famille était en difficulté, et cela l’emportait sur toute autre considération » (D. Lane, p. 56).

Abram avait « trois cent dix-huit hommes bien entraînés, nés dans sa maison » (v. 14). Il avait profité des temps paisibles pour prévoir le moment du combat. Lorsque Dieu nous accorde des temps de paix, nous devrions aussi nous entraîner pour le combat de la foi qui pourra venir plus tard.

Immédiatement, « il arma 318 hommes et poursuivit les quatre rois jusqu’à Dan ». Malgré son infériorité numérique, il les battit (sans doute pendant qu’ils étaient en train de célébrer leur victoire), récupéra tout le butin et libéra Loth, sa famille et les autres prisonniers. Son affection pour son neveu passait par-dessus l’offense que celui-ci lui avait faite.

Abram l’Hébreu (v. 13, c.-à-d. « l’étranger » pour les gens du coin) devait être bien accepté par ses voisins, puisqu’ils étaient « alliés d’Abram », et qu’ils l’ont immédiatement soutenu dans sa poursuite des quatre rois (v. 24). L’ennemi avait couvert quelque 180 kilomètres. Abram rattrapa les envahisseurs à Dan, au nord de la région, près des sources du Jourdain. Ils s’enfuirent vers Damas, laissant leur butin et leurs prisonniers derrière eux.

Après son attaque-surprise sur eux, Abram les poursuivit encore sur une centaine de kilomètres, de peur qu’ils ne se retournent contre lui. Qu’un immigrant ait libéré les gens du pays était un fait suffisamment remarquable pour donner lieu à des manifestations de recon naissance comme nous le lisons dans les v. 17-24.2

2 Ce récit de la défaite des rois mésopotamiens est-il historiquement fiable ? S’agit-il de faits historiques ou de légendes ? Voir l’entrée sur Genèse 14 dans l’EDB I. Comment expliquer que les rois de Sodome et de Gomorrhe « tombèrent dans les puits de bitume » ? Voir l’entrée sur Genèse 14.10 dans l’EDB I. Que nous apprennent ces versets sur Abram et sa « famille » ? Voir l’entrée sur Genèse 14.14-16 dans l’EDB I.

Le fait qu’Abram possédait 318 serviteurs donne une indication de la dimension d’une ‘famille’ patriarcale. Si ces hommes étaient mariés – ce qui semble logique s’ils étaient des serviteurs à demeure ou des esclaves – et n’avaient qu’un seul enfant chacun, Abram se trouvait à la tête d’une communauté d’au moins un millier de personnes. Cela lui donnait un prestige considérable et une certaine sécurité personnelle, mais devait aussi créer des problèmes – ne fût-ce que pour pourvoir régulièrement aux besoins de tous ces gens.

« L’heure où les autres sont amenés à voir les conséquences négatives de leurs décisions est celle où notre Dieu les place entre nos mains afin que, par notre fidélité et notre altruisme, ils apprennent à comprendre ce qu’il y avait de faux dans leur manière d’agir » (O. Stockmayer, p. 40).

Questions

  1. Comment réagissons-nous lorsque des membres de notre famille (physique ou spirituelle) sont agressés ou en danger ?
  2. Et si, comme Loth, ils se sont mis eux-mêmes dans le pétrin ?
  3. Comment nous entraînons-nous au combat spirituel (Ephésiens 6.10-20) ?

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