L’archéologie confirme la Bible

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A l’époque des rois

David

« Comme le nom de David n’apparaît sur aucune inscription contemporaine, certains en ont conclu que son existence était une fiction. Mais en juillet 1993, on découvrit à Tell el-Qadi (l’ancien Dan au nord d’Israël) un fragment de stèle de basalte élevée par un roi araméen… et sur lequel figurait une inscription en araméen qui… mentionnait la ‘maison de David’… Quelque cent trente ans après sa mort, David était donc de toute évidence considéré comme un personnage historique » (P. Lawrence Atlas de l’histoire biblique p. 67). Cette découverte met fin aux théories qui niaient l’historicité de David.

David et Goliath

Goliath était certainement mal inspiré lorsqu’il s’est moqué de David et de sa fronde. Il aurait dû savoir que son adversaire avait une arme mortelle et qu’il avait sur lui l’avantage de la mobilité et d’une action à longue distance. En effet, les frondeurs pouvaient toucher leur objectif à 90 m avec une pierre lancée à plus de 160 km à l’heure. Un bon frondeur était capable de toucher « un cheveu sans le manquer » (Juges 29.16) – après s’être exercé pendant des années.

Après la défaite de Saül, Israël était asservi par ses vainqueurs philistins. Il connut une remontée spectaculaire sous le règne de David. Cette expansion du royaume d’Israël fut favorisée par l’absence de grandes puissances étrangères qui auraient pu lui faire échec : ni en Mésopotamie, ni en Syrie, en Asie mineure ou en Egypte, aucun Etat n’était plus à la hauteur pour s’opposer à des conquêtes territoriale d’Israël.

Depuis 1085 av. J.-C. l’empire d’Egypte se disloquait, dominée par les prêtres de Thèbes qui ne songeaient qu’à accumuler des richesses pour les temples de leurs dieux. Une partie de la population était leurs esclaves, 15% des terres cultivables leur appartenaient, nourrissant 500000 bêtes. Ils possédaient en plus : 88 bateaux, 53 ateliers et 169 villes monopolisées par la fourniture de tout ce qu’il fallait pour rehausser le faste des cérémonies en l’honneur de leurs dieux. Rien que l’entretien des jardins sacrés d’Amon dans Pi-Ramsès occupait 8000 esclaves. Aussi l’Egypte était-elle méprisée dans tous les Etats étrangers et David n’avait rien à craindre de sa part. Il étendit donc sa souveraineté vers le sud et conquit Edom qui avait autrefois refusé le passage aux Israélites sortis de l’Egypte. Il s’appropria aussi le désert d’Araba jusqu’au golfe d’Aqgaba, une contrée riche en minerais de fer et de cuivre, afin de briser le monopole métallurgique des Philistins. Pour la construction du Temple que son fils devait entreprendre, « David prépara une grande quantité de fer destiné à la fabrication des clous et des charnières pour les battants des portes, ainsi qu’une masse incalculable de bronze » (1 Chroniques 22.3). Du même coup, il s’assura la souveraineté sur la plus importante route caravanière vers le sud de l’Arabie, la route de l’encens, par laquelle il pouvait se rendre aux ports de la mer Rouge qui permettaient d’atteindre les côtes sud de l’Arabie et celles de l’Afrique orientale.

Au nord, David progressa à partie de la Transjordanie jusqu’à l’Oronte. « David battit Hadadézer, roi de Tsoba, du côté de Hamath, pendant qu’il était en campagne pour rétablir sa domination sur la région de l’Euphrate » (1 Chroniques 18.3). Cette guerre est confirmée par des textes assyriens de la même époque. Depuis la vallée de l’Oronte, au pied du Liban jusqu’à Etsion-Guéber, au sud de l’Arabie, son empire s’étendait sur 600 kilomètres. La progression de ses armées est jalonnée par des traces de destructions et d’incendies, des ruines de temples païens et d’épaisses couches de cendres sur les murs écroulés.

La conquête de Jérusalem

L’un de ses exploits remarquables de David fut la conquête de Jérusalem. « Le roi marcha avec ses hommes sur Jérusalem pour combattre les Yebousiens qui habitaient la région. Ceux-ci déclarèrent à David : Tu n’entreras pas ici ! Même des aveugles et des boiteux te repousseraient. C’était une manière de dire : David n’entrera pas dans la ville. Mais David s’empara de la forteresse de Sion, qu’on appelle la cité de David » (2 Samuel 5.6). Pour cela, il usa d’un stratagème. « Ce jour-là, David avait déclaré à ses hommes : Celui qui veut battre les Yebousiens n’a qu’à grimper par le canal souterrain pour les atteindre » (v. 8). Quel était ce canal souterrain dont il semble avoir eu connaissance ? Ce n’est qu’en 1867 que l’on trouva la clé de l’énigme.

Le capitaine britannique Warren visitait la célèbre source du Guihon, l’un des principaux points d’eau de la ville (appelée depuis lors « Source de la Vierge »). Son attention fut attirée par un trou dans le rocher à quelques mètres au-dessus de la source. Le lendemain, armé d’une échelle et d’une corde, il grimpa dans le trou qui menait à un puits vertical. Etant un alpiniste rôdé, il put progresser dans cette cheminée sur une trentaine de mètres pour découvrir une galerie étroite pourvue de marches. Après avoir avancé à quatre pattes dans l’obscurité, il aperçut une lueur et parvint à une pièce voûtée remplie de vieilles poteries. Sortant par une fente du rocher, il se trouva en pleine ville.

L’examen de ce puits par une équipe archéologique révéla qu’il datait du 2e millénaire av. J.-C. : il avait été creusé pour permettre aux habitants de la ville d’accéder à la source au cas où leur cité serait assiégée. C’est par ce tunnel secret que les éclaireurs de David parvinrent à entrer dans la ville et à en ouvrir les portes aux soldats de leur armée.

Cette découverte est un trait de plus qui montre la parfaite fiabilité historique des récits bibliques. Le théologien Martin Noth, qui se situe plutôt parmi les auteurs critiques, dit que « les textes ayant trait à David doivent pour la plupart être considérés comme la relation exacte de faits historiques » – bien que les documents écrits de cette période soient très rares. Cette rareté est due aux matériaux employés pour consigner les documents et au climat de la Palestine. Après la découverte de l’alphabet, les tablettes d’argile sur lesquelles on avait gravé les documents cunéiformes ne convenaient plus à une écriture cursive. On se servit donc de poteries (ostracas) et de papyrus sur lesquels on écrivit avec de l’encre. Contrairement à l’Egypte, le climat de la Palestine était humide, effaçant l’encre et pourrissant les papyrus.

La grotte d’Adoullam (1 Samuel 22.1)

La grotte d’Adoullam où David s’est réfugié a été identifiée par l’archéologue français Clermont-Ganneau avec celle d’Aid-est-el-ma à une vingtaine de km de Bethléhem, au sud-ouest de Jérusalem. Elle était d’un accès difficile, au flanc de la vallée de Wady-es-Sunt, la vallée des Térébinthes, où David avait battu Goliath ; elle était donc facile à défendre. David y a composé les Psaumes 57 et 142.

La Poésie de David

«Même à l’époque de David, la psalmodie hébraïque était déjà l’héritière d’une tradition vieille de plusieurs siècles ; on ne peut donc apporter d’objection ni à l’existence des psaumes de David, ni à celle des psaumes plus anciens » (K.A. Kitchen Traces d’un monde p. 149). Nous possédons des hymnes vieux de plusieurs millénaires, avec titre, sous-titre, colophon1, et même nom d’auteur.

1 Note finale d’un manuscrit.

Les psaumes de David

Dans son Introduction à l’Ancien Testament parue en 1941, R.H. Pfeiffer de l’Ecole critique a daté les psaumes attribués à David des années 400 à 100 av. J.-C. parce que leur niveau spirituel est « trop élevé » pour une période aussi ancienne que celle de David. Les découvertes d’Ougarit et de Qumrân ont montré que les psaumes doivent être datés tôt dans l’histoire d’Israël. Les textes ougaritiques ont des parallèles significatifs avec ceux des psaumes. Or, Ougarit fut détruite en 1200 av. J.-C. Le parallélisme de ses psaumes avec ceux des Hébreux milite donc en faveur d’une date de composition ancienne. Les compositions des Esséniens de Qumrân accusent de grandes différences avec les psaumes bibliques ; ce sont plutôt des mosaïques de versets bibliques. Ces deux séries d’arguments ont amené Albright à dater les psaumes du 10e siècle av. J.-C. ou peu après ; il considérait comme « hypercritique » le fait de dénier leur composition à David.2

2 History Archaeology p. 35.

Psaume 56.9 : un vase pour les larmes

Dans Psaume 56.9, David prie : « Toi, tu tiens le compte de chacun des pas de ma vie errante, et mes larmes même tu les gardes dans ton outre. Leur compte est inscrit dans ton livre ». Les archéologues ont trouvé ces « outres » qui sont en fait des vases à long col (de 7 à 15 cm) que l’on tenait sous les yeux pour recueillir les larmes (en cas de deuil, par exemple, ou pour pleurer ses péchés). Ils étaient ensuite scellés et conservés en lieu sûr. A la mort de leur propriétaire, ils étaient enterrés avec lui comme sa propriété la plus précieuse.3

3 Vases de larmes : voir une représentation dans Des pierres qui parlent p. 179.

Salomon

Les remparts de Salomon (1 Rois 9)

1&nnbsp;Rois 9.15 parle de remparts que Salomon a fait construire autour de Jérusalem, de Hatsor, de Méguiddo et de Guézer. Ceux des trois dernières villes ont été retrouvés ; il s’agit de deux murs parallèles reliés par des murets transversaux déterminant de petites pièces étroites allongées.

Les archéologues de l’Université hébraïque de Jérusalem ont découvert en 2010 une partie de la muraille de la ville datant du 10e siècle av. J.-C., c.-à-d. du temps du roi Salomon. La partie dégagée a 70 m de long et 6 m de haut. L’archéologue Eïlat Mazar déclarait : « C’est la construction la plus remarquable que nous ayons découverte jusqu’à présent de ce temps-là ». Dans la muraille, on a trouvé une maison de porte, les restes d’une tour de garde qui avait primitivement 12 m de haut et un magasin royal. Des tessons de poteries confirment que la muraille a été élevée au plus tard vers la fin du 10e siècle av. J.-C. Les restes de poteries découvertes proviennent de jarres ayant plus d’un mètre de diamètre – les plus grandes qui aient été découvertes à Jérusalem. Elles étaient probablement destinées à des réserves alimentaires. Sur l’une d’entre elles se trouve un sceau avec l’inscription : « Pour le roi ». Cette découverte confirme les rapports du 1er livre des Rois.4

4 D’après la revue Idea Spektrum du 3 mars 2010 p. 16.

Hatsor reconstruite par Salomon

L’archéologue israélien Yadin s’est servi de la Bible pour retrouver les restes de la ville de Hatsor qui avait été « la capitale des royaumes du nord » (Josué 11.10). Une couche épaisse de cendres recouvrait une zone construite de près de 70 ha, témoignant de la destruction de la ville par Josué.

La Bible dit que Salomon a reconstruit la ville. En creusant sous les couches les plus récentes, les archéologues ont retrouvé les fortifications faites par Salomon : une double muraille reliée par des murs intermédiaires et formant des casemates. Ils ont même retrouvé la porte de la ville de Salomon très semblable à celle de Méguiddo – qui avait aussi été reconstruite par Salomon. Avant de faire les fouilles, Yadin a copié le plan de la porte de Méguiddo. Il l’a tracé sur le sol et a dit aux ouvriers : « Fouillez ici et vous trouverez une salle ». Cela se passa exactement comme il l’avait dit. Etait-ce de la magie ? « Lorsque je leur relus le passage de la Bible, ceux qui la connaissaient ont compris comment nous étions parvenus à cette découverte. Jamais le prestige de la Bible n’avait été aussi grand. A Méguiddo et à Hatsor, il y avait donc des portes de conception et de dimensions similaires ».

Salomon avait aussi reconstruit Guézer. Sous les directives de l’Université hébraïque de Jérusalem, une expédition américaine a retrouvé là aussi la porte et, sur son sol, une poterie du 10e siècle, c.-à-d. du temps de Salomon.

Elath (1 Chroniques 26)

La ville nommée Elath par Samuel et les Rois (et qui s’appelle aujourd’hui Eilath) avait une longue histoire. L’archéologie nous dit que Salomon l’a développée comme centre industriel pour extraire et fondre du cuivre et du fer. Tous les objets en bronze étaient fabriqués dans la vallée du Jourdain entre Soukkoth et Tserédata dans des moules de terre glaise (v. 16-17). Le site de cette usine a été mis au jour par les archéologues.

C’est aussi d’Elath que Salomon envoyait des vaisseaux au long cours (2 Chroniques 8.17-18). Ensuite, la ville fut détruite. Josaphat la rétablit, mais son aventure commerciale échoua (20.35-37). Puis les Edomites en prirent possession. Ozias la reprit, sans doute à cause de son importance stratégique comme porte vers le monde extérieur.

En effet, les v. 6ss montrent qu’il voyait grand. Son long règne et celui de son contemporain Jéroboam II en Israël furent une période d’expansion pour les deux royaumes. La mention de la prise d’Elath présente donc d’emblée Ozias comme un homme de vision et d’ambition.

C’est la caractéristique d’un bon chef : il voit plus loin que les hommes qui l’entourent, anticipant les événements, prêt à mener le peuple par un chemin qu’il ne connaît pas (Esaïe 42.16), persuadant les Israélites qui n’aimaient pas la mer que la conquête d’un port leur ouvrait un accès important vers les richesses des contrées lointaines. (D’après M. Wilcock The Message of the Chronicles p. 227-229).

Commerce de Salomon avec Saba

Israël et l’Arabie du sud étaient distants de plus de 2000 km. Pouvait-il y avoir une relation commerciale entre les deux Etats ? Le récit de la visite de la reine de Saba le suppose (sa visite avait certainement aussi un but économique). Mais en est-on sûr ?

Sur le marché des antiquités de l’Arabie du sud est apparue une inscription sur une plaque de bronze provenant probablement des murs d’un temple ; les lettres apparaissent en relief en sabéen, la langue sud-arabique, dans une écriture alphabétique. La plaque est datée du début du 7e siècle av. J.-C. Le texte décrit une expédition commerciale « vers Dedan, Gaza et les villes de Juda ».5

5 D’après un article d’André Lemaire dans Biblical Archaelogical Review Janv.-Fév. 2010 p. 55-59.

Les énormes quantités d’or de Salomon (1 Rois 5-10)

La Bible parle des richesses fabuleuses de Salomon. « Les archéologues, qui ne sont pas des gens crédules, ont vérifié point par point ce que la Bible en dit ; l’ensemble de leurs travaux en la matière est en quelque sorte le chef-d’œuvre de la recherche biblique. Débarrassée de ses fioritures, la ‘légende’ de Salomon apparaît bien comme la froide relation de faits historiques » (W. Keller La Bible arrachée aux sables p. 160).

C’est une expédition américaine dirigée par Nelson Glueck qui s’est donné pour mission de vérifier la source de cette richesse. Dans le désert au sud de la Palestine, les archéologues trouvèrent du minerai de fer et de la malachite c.-à-d. du carbonate de cuivre. Près de ces gisements, ils découvrirent des galeries qui avaient servi à des exploitations minières. Les fouilleurs trouvèrent des hameçons de cuivre, des briques et des scories. Les débris de poteries permettaient de fixer la date de ces trouvailles : elles étaient toutes postérieures à l’an 1000 av. J.-C. elles dataient donc de l’époque de Salomon. On mit au jour les ruines des logements des ouvriers, des moules de fonderie et des masses de scories de cuivre.

L’expédition poussa jusqu’à Eilath sur la mer Rouge (Etsion-Guéber) où elle découvrit les traces de chantiers navals et la plus grande fonderie de l’ancien Orient. C’est là que l’on a fabriqué l’autel d’airain et la grande cuve destinés au Temple de Jérusalem ainsi que les deux colonnes de bronze qui se trouvaient à l’entrée du sanctuaire (1 Rois 7.15ss ; 2 Chroniques 4).

C’était la confirmation de la prédiction de l’Eternel à Moïse : « L’Eternel ton Dieu va te faire entrer dans un bon pays, un pays plein de cours d’eau, de sources et de nappes souterraines qui s’épandent dans la plaine et la montagne… C’est un pays… dont les roches contiennent du fer, et où tu pourras extraire du cuivre des montagnes » (Deutéronome 8.7, 9). Il y a quelques dizaines d’années, personne n’aurait cru que l’on pouvait extraire du fer et du cuivre de la terre d’Israël. En fait, Salomon a élevé son pays à la première place parmi les puissances. économiques du Croissant fertile. Il a fait appel aux artisans de Tvr (1 Rois 7.13-14), à ses marins (1 Rois 9.27) et aux spécialistes phéniciens de la construction navale. « En effet, le roi disposait d’une flotte de navires au long cours qui naviguaient avec ceux de Hiram et qui, tous les trois ans. revenaient chargés d’or, d’argent, d’ivoire, de singes et de paons » (1 Rois 10.22). « De plus, les navires de Hiram, qui rapportaient de l’or d’Ophir, ramenèrent aussi de là-bas une grande quantité de bois de santal, et des pierres précieuses » (v. 11). Salomon s’était aussi assuré le monopole du commerce des chevaux et des chars (v. 28-29).

Différents passages du livre des Rois (1 Rois 6.21-22, 28, 30-32 ; 7.48-5 ; 10.2, 11, 14, 16-17, 21-22) parlent de grandes quantités d’or employées par Salomon pour ses constructions. Dans un article de Vox evangelica (1981 p. 5-18) intitulé « Salomon dans toute sa gloire », l’archéologue Alan Millard (professeur d’assyriologie) tente de rendre ces nombres crédibles en les comparant à des quantités de métaux précieux trouvés dans des fouilles archéologiques ou mentionnées dans des documents émanant du Croissant fertile de la même époque.

L’or était l’un des premiers métaux découverts par l’homme : on a trouvé des ouvrages de joaillerie datant du 6e millénaire av. J.-C. Lorsque Sir Leonard Wooley a découvert le cimetière royal d’Ur en Chaldée, le monde fut étonné de la quantité de coupes, de joyaux et d’instruments de musique en or datant d’un millénaire avant le trésor de Toutankhamon. A Ur, il y avait des outils et des armes en or: une scie, des ciseaux, une herminette et un hibou, des lances, des haches et des poignards, qui n’ont évidemment jamais servi à un usage ordinaire, mais étaient pour la parade comme des marques du rang de leur possesseur. En 1922, Howard Carter a mis au jour les trésors fabuleux du jeune pharaon Toutankhamon enseveli dans son cercueil en or pesant 110,4 kg et entouré d’écrins de bois plaqués d’or. A Ougarit, on a également trouvé des objets en or qui avaient échappé aux pilleurs. Les rois d’Assyrie trônaient sur des sièges complètement euvelopppés d’ioire et se servaient de vaisselle en or. Des objets sculptés en ivoire étaient recouverts d’une mince couche d’or qui en épousait toutes les formes. Les soldats perses ont emporté à Suse et à Ecbatane le butin en or trouvé à Kalah : des épées de parade, une coupe de 20 cm de hauteur et d’un diamètre égal.

Tous ces objets retrouvés ne représentent qu’une petite quantité de ce qui existait alors. Les parois et les portes des temples égyptiens étaient plaquées d’or. Les piliers et les portails d’entrée l’étaient également Vers 1450 av. J-C. le pharaon Thoutmosis III a fait ériger 12 colonnes de 3,50 m de haut représentant des faisceaux de papyrus. En fait, d’après une inscription, ils avaient primitivement une hauteur de 16,25 m ; chacun d’eux était entièrement couvert d’or comme les obélisques hauts de 32, 42 et 53 m. Le temple de Karnak avait de grandes portes en or pur, en Assyrie et en Babylonie, on a aussi trouvé des trônes, des statues, des tables et un équipement cultuel doré.

Si l’on fait le compte de toutes les richesses apportées à Salomon par le roi de Tyr et la reine de Saba, ajoutées à celles importées d’Ophir, on trouve un poids de 666 talents par an (1 Rois 10.14), soit 21,6 tonnes. Millard mentionne en comparaison les réserves d’or de la Grande Bretagne : 673 tonnes. Thoutmosis III a ramené de ses conquêtes un butin de 11,3 tonnes d’or, mais un autre pharaon, Osorkon 1 (924-889 av. J.-C.) a fait à divers temples des dons se montant à 205 tonnes d’or et d’argent. D’où avait-il ces richesses ? Le père d’Osorkon était Sheshonq 1er, le Chichaq de la Bible, qui a pris l’or du Temple de Jérusalem et des trésors de la Judée. Sa victoire est inscrite sur le temple de Karnak.

Aucune de ces données ne prouve que celles de la Bible sont exactes, mais la comparaison avec les richesses des souverains des pays environnants montre que ces nombres n’ont rien d’extravagant et que Salomon pouvait bien disposer de tout ce que la Bible lui attribue, Comparées aux richesses d’Osorkon (205 t), ou à celles trouvées à Suse (1178 t d’or) ou encore en Perse (6942 t), les 21,6 tonnes d’or qu’il recevait annuellement sont encore relativement modestes.

1 Rois 6 parle du Temple de Salomon recouvert d’or fin à l’intérieur comme à l’extérieur. Tous les anciens rois avaient l’habitude d’honorer leurs divinités en revêtant leurs temples de feuilles d’or. Les fentes étroites que l’on peut encore voir sur les colonnes étaient là pour y insérer les bords des feuilles d’or martelées sur la pierre. Ailleurs, on a retrouvé la marque des clous qui fixaient ces feuilles sur les murs planes. Ces traces nous montrent que les descriptions de la Bible correspondaient bien à la réalité.6

6 L’or de Salomon : voir des représentations dans Des pierres qui parlent p. 105-108.

La visite de la reine de Saba

L’un des récits les plus fascinants de l’Ancien Testament est celui de la visite de la reine de Saba. Théologiens et cinéastes ont beaucoup brodé sur cette « légende », mais là aussi l’archéologie a montré qu’il s’agit d’un fait historique répondant à des besoins économiques très précis. En effet, le royaume de Saba produisait des quantités d’aromates et recevait de l’Orient de l’or, des pierres précieuses et du bois de santal. Pour ne pas accumuler toutes ces richesses, il fallait les exporter vers les pays mésopotamiens et la Grèce. Or, la route caravanière depuis Marib, la capitale du royaume, passait par Israël. Les chameaux parcouraient 2000 km dans le désert de l’Arabie, emportant toutes ces richesses vers les empires du vieux monde. Il fallait donc négocier avec Israël le droit de passage vers l’Egypte, la Phénicie et la Syrie. C’était certainement l’un des buts du voyage de la reine de Saba.

Le royaume de Saba n’a été exploré qu’en 1928 par des archéologues allemands. Il leur a fallu de longues négociations pour obtenir l’autorisation de fouiller l’ancienne capitale Marib dont les ruines se dressaient à près de 2000 m d’altitude. Ils y distinguèrent un sanctuaire ovale de plus de 110 m de long dédié au dieu de la lune. Un superbe portique y menait, suivi de marches recouvertes de plaques de bronze. Autrefois, des colonnes hautes de 5 m supportaient le toit. Mais l’hostilité de la population des tribus environnantes et des autorités locales obligèrent les archéologues d’interrompre leurs travaux. Ils y revinrent à quatre reprises emportant des documents relatifs aux activités économiques du royaume de Saba avec celui d’Israël.

« La reine de Saba entendit parler de la réputation que Salomon avait acquise grâce à l’Eternel. Elle vint donc pour éprouver sa sagesse en lui posant des questions difficiles » (1 Rois 10.1). On peut supposer que ces questions n’étaient pas toutes philosophiques ou théologiques. « Elle arriva à Jérusalem avec une suite importante et des chameaux chargés d’épices, de parfums, d’or en très grande quantité et de pierres précieuses. Elle se présenta devant Salomon et lui parla de tout ce qu’elle avait sur le cœur » (v. 2).

Pourquoi la reine de Saba est-elle venue à Jérusalem ?

La Bible annotée soutient la thèse classique. « Ce fut sans doute à la suite des expéditions de la flotte à Ophir, port de mer situé dans le voisinage de son pays, que cette reine entendit parler de la sagesse de Salomon ainsi que du nom du Dieu qu’il adorait. Cette visite n’est pas la seule de ce genre que Salomon ait reçue (1 Rois 4.34 ; 10.24 ; 2 Chroniques 9.23, 24).

« L’historien sacré a raconté celle-ci comme la plus mémorable. Rien, en effet, ne témoigne davantage de la splendeur unique de ce règne, que ce long et difficile voyage entrepris par une femme, non dans un but politique, mais simplement pour voir et pour entendre le roi dont la renommée était parvenue jusqu’à elle. Le souvenir de cet événement s’est conservé à travers les siècles, même hors des limites de la Palestine, comme le prouvent les légendes que deux peuples de l’antiquité ont brodées sur ce voyage, à savoir les Arabes et les Abyssins. Jésus lui-même a cité comme exemple à ses auditeurs cet épisode de l’histoire du règne de Salomon (Matthieu 12.42).

« Dans les Psaumes et dans les prophètes, la visite de la reine de Saba est le type des hommages que tous les païens rendront un jour au Roi suprême d’Israël, au Messie. Psaume 72.8-11 ; Esaïe 60.6 » (BA 4 p. 62).

W.S. LaSor émet timidement quelques objections : « Cf. 2 Chroniques 9.1-9, 12 ; Josèphe, Antiquités VIII 6.5s. Les commentateurs sont de plus en plus convaincus de la vérité historique de cette visite. Le royaume de Saba fut florissant entre 900 et 450 av. J.-C. environ. Les inscriptions assyriennes mentionnent certaines reines des 8e et 7e siècles. On ne sait pas très bien si Saba se réfère au royaume du sud de la péninsule d’Arabie, ou à l’un de ses avant-postes du nord. On peut invoquer des raisons valables à la visite de la reine : Salomon contrôlait l’extrémité nord du Golfe d’Aqaba (et par conséquent la route qui allait d’Arabie en Egypte). Il avait créé un commerce maritime menaçant sérieusement celui des caravanes qui avait grandement fait prospérer les royaumes de l’Arabie du sud. L’excuse donnée à la visite de la reine fut évidemment son désir de voir le fameux roi » (Nouveau Commentaire Biblique p. 346).

Le fait que Salomon avait équipé une flotte marchande sur la mer Rouge, une flotte qui pouvait peut-être se rendre jusque dans l’Océan Indien, affectait sans doute le monopole commercial de Saba et, en particulier, son trafic par caravanes. Etait-ce l’une des « questions difficiles » que la reine a posées à Salomon ? Comme le rapport sur la flotte de Salomon (9.26-28) précède immédiatement le récit de la visite de la reine, on pourrait penser que la clarification de cette question était l’un des motifs principaux de la visite, mais les v. 23-24 impliquent qu’elle venait d’abord à cause de la sagesse de Salomon.

Ce récit de la visite de la reine de Saba est inséré entre la mention de l’or obtenu par les expéditions maritimes et par le commerce (9.28) et la liste de tout l’or de Salomon (10.14-25). D’après 5.14, des délégations étrangères venaient auprès de Salomon à cause de sa sagesse. Après l’achèvement de ses travaux et l’organisation de son commerce, ses richesses furent également un motif de telles visites.

La reine de Saba n’était pas la femme d’un roi, mais une souveraine. Des textes assyriens du 8e siècle av. J.-C. nomment des reines dirigeant des tribus d’Arabie du nord.

D.J. Wiseman (1918-2010, professeur d’assyriologie à l’Université de Londres) est plus catégorique : Cette visite n’était pas un « concours de sagesse » entre des rois puissants. Elle était certainement basée sur une mission commerciale, puisque Salomon contrôlait alors la mer Rouge et les routes de caravanes depuis l’Arabie orientale jusqu’à Etsyôn-Guéber.

Les « questions difficiles » que la reine de Saba a posées à Salomon n’étaient pas des énigmes comme celles de Juges 14.12, mais des questions diplomatiques et éthiques. Selon Josèphe, Hiram avait posé des questions semblables. L’épreuve n’était pas un exercice intellectuel ; elle avait pour but de s’assurer que l’on avait en face de soi un partenaire commercial digne de confiance et un allié fiable, capable de vous apporter de l’aide. La grande quantité d’or offerte par la reine (v. 10) impliquait la conclusion d’un traité commercial ou même d’une alliance. (D’après 1-2 Kings p. 129).

Pour comprendre cette visite, il faut se souvenir que la ville de Saba contrôlait les ports du sud-ouest de l’Arabie et les routes commerciales entre l’Inde, l’Afrique orientale et la Méditerranée. D’autre part, le succès commercial de Salomon et la validité de ses accords commerciaux avec Hiram dépendaient des bonnes relations avec les gens de Saba. Nelson Glueck disait : « Lorsqu’on se rend compte du très long voyage que cela devait être pour un souverain d’une riche partie de l’Arabie de parcourir à dos de chameau près de 2000 km pour voir Salomon, il est difficile de croire que cette reine ait entrepris ce déplacement fatigant simplement pour s’extasier devant le faste du roi de Jérusalem ».7

7 The Other Side of Jordan New Haven, Conn., American School of Oriental Research 1940 p. 85. (cité H. Vos 1, Kings p. 76).

Après le schisme

A la mort de Salomon, son fils Roboam « ne tint pas compte du conseil des responsables et il parla durement au peuple » (1 Rois 12.8). Alors les dix tribus du nord se détachèrent de celle de Juda et de la maison de David et se donnèrent comme roi Jéroboam. « C’est ainsi que les Israélites du nord sont en révolte contre la dynastie de David jusqu’à ce jour » (1 Rois 12.19). « Roboam et Jéroboam furent tout le temps en guerre l’un contre l’autre » (1 Rois 14.30). Cette situation se prolongea durant leurs successeurs (1 Rois 15.16). « Le roi Asa mobilisa tous les Judéens sans exception… pour fortifier la ville de Guéba sur le territoire de Benjamin ainsi que celle de Mitspa » (v. 22). Une expédition d’archéologie américaine découvrit les ruines de l’ancienne forteresse frontalière de Mitspa: c’était un mur d’enceinte de 8 m d’épaisseur qui devait constituer la frontière entre les deux parties du peuple d’Israël.

Le royaume d’Israël (du nord) devait se battre au sud contre Juda (renforcé parfois par les Philistins) et au nord contre les Araméens jusqu’à ce que ceux-ci fussent vaincus par les Assyriens. A ce moment-là, le pharaon Chichaq envahit le royaume du Sud et le pilla : « La cinquième année du règne de Roboam, Chichaq, roi d’Egypte, vint attaquer Jérusalem. Il s’’empara des trésors du Temple de l’Eternel et de ceux du palais royal. Il prit absolument tout, notamment tous les boucliers d’or que Salomon avait fait faire » (1 Rois 14.25-26).

Sur le mur extérieur sud du temple de Karnak, un bas-relief représente cette campagne de pillage de Chichaq en Israël. Le dieu Amon y présente 156 prisonniers hébreux enchaînés au pharaon. Chacun d’eux représente une localité dont le texte indique le nom (que l’on retrouve dans la Bible). Y est mentionné entre autres Méguiddo — dans les ruines de laquelle est nommé Chichaq (par son nom égyptien de Sheshonq), confirmant la parfaite historicité du récit biblique.

Les Israélites du nord furent à présent menacés par les Assyriens. Après avoir vaincu leurs ennemis intérieurs et extérieurs, ceux-ci purent entreprendre une politique de conquête. Assourbanipal dit dans une inscription : «&nbs;Je partis d’Alep, je traversai l’Oronte. Je partis de l’Oronte… je conquis des villes… j’y fis un grand massacre, je détruisis, je rasai, j’incendiai. Je fis prisonniers les guerriers vivants. Je les empalai devant leurs villes. J’y établis des colons assyriens ».

Le roi d’Israël Omri fonda sur une colline d’environ 100 m de haut une ville puissamment fortifiée : Samarie (1 Rois 16.24). Les Assyriens reconnurent la valeur de ce roi : un siècle après sa disparition, ils parlaient encore dans leurs textes cunéiformes d’Israël comme de « la maison d’Omri ».

Dix-huit ans après la mort d’Omri, Salmanasar III, après la bataille de Karkémich sur l’Euphrate, s’engagea sur le chemin de la Palestine : « Sur des bateaux en peaux de bélier, je traversai… l’Euphrate durant sa crue » dit-il dans une inscription. Mais il fut arrêté en Syrie par une coalition syro-palestinienne comprenant 2000 chars de combat et 10000 soldats d’Achab.

Achab était ce roi d’Israël que confronta le prophète Elie. Il avait épousé Jézabel, la fille du roi de Sidon, et introduit à son instigation le culte de Baal dans le peuple de Dieu. Elie lui a annoncé une sécheresse de trois ans et demi (1 Rois 17.1 ; Jacques 5.1). Ces différents faits, traités longtemps de légendes, ont été confirmés par des fouilles archéologiques. Elles montrèrent que Samarie avait été construit sur un terrain vierge (comme le dit 1 Rois 16.24). Ses murs d’enceinte avaient 5 m de large. Dans les ruines du palais royal, les fouilleurs trouvèrent de grandes quantités d’ivoire, certains portant de belles gravures. C’était la « maison d’ivoire » d’Achab (1 Rois 22.39). Dans la cour nord, on découvrit une grande piscine : sans doute, celle où fut lavé le char d’Achab souillé de son sang.

Sous le règne de Yoram, le fils d’Achab, Mécha, le roi de Moab, refusa de payer le tribut à Israël (2 Rois 3.4-5). Les Israélites, les Judéens et les Edomites attaquèrent les Moabites par le sud et les vainquirent (v. 25).

Les rois de Juda furent ensevelis dans la Cité de David, au sud de la vieille ville de Jérusalem. Malheureusement, des travaux d’extraction de pierres endommagèrent les inscriptions des tombes. Le roi Ozias ne fut pas enterré à côté des autres rois parce qu’il était lépreux. En 1931, on découvrit sur le Mont des Oliviers une inscription du 1er siècle disant : « Ici furent amenés les ossements d’Ozias, roi de Juda – défense d’ouvrir». A cause de sa lèpre, les ossements d’Ozias furent déplacés loin du site funéraire des rois.

Chichaq (1 Rois 14)

La Bible raconte que 5 ans après la mort de Salomon, le pharaon Chichaq envahit la Palestine (1 Rois 14.25, 28 ; 2 Chroniques 12.2-12). Sur les murs du temple de Louxor, ce pharaon a fait graver une liste des villes attaquées. On y trouve, entre autres, Méguiddo — où l’on a découvert il y a quelques années une plaque de pierre portant inscrits quelques noms de Chichaq.

D’après les données bibliques et celles de l’archéologie, Chichaq passa à travers Israël et Juda, s’emparant d’un riche butin (v. 26). Il prit les trésors du Temple de l’Eternel et ceux du palais royal. Il s’appropria absolument tout, notamment tous les boucliers d’or que Salomon avait fait faire (2 Chroniques 10.16-17 ; Roboam les fit remplacer par des boucliers en bronze).

Sur ses documents, il se vante d’avoir pris 150 villes au cours de cette campagne. Les Chroniques disent que Jérusalem même fut sérieusement menacée. Seule la repentance de Roboam et des responsables lui évita d’être mise à sac (2 Chroniques 12.9-16).

En rentrant, le pharaon fit ériger des temples au nord et au sud de l’Egypte. Sur celui de Thèbes (Karnak), un pan de mur est couvert d’inscriptions mentionnant les villes et les villages ravagés et ramenés sous la souveraineté égyptienne. Son fils a consacré aux dieux de l’Egypte 200 tonnes d’or et d’argent – dont une partie provenait des trésors du Temple de Jérusalem et de ceux du palais royal.

Les palais d’ivoire (1 Rois 22.39)

Cette expression a longtemps intrigué les exégètes jusqu’au jour où des archéologues découvrirent dans le palais du roi Sargon à Kalah en Mésopotamie des plaques d’ivoire sur lesquelles étaient sculptés des fleurs, des dieux égyptiens, des animaux et des fruits. Sargon les a probablement emportées du palais d’Achab – qui les tenait de Tyr (Ezéchiel 27.15) avec laquelle il entretenait d’excellentes relations grâce à sa femme Jézabel, une fille du roi des Phéniciens (1 Rois 16.31). Amos a prédit que « les palais d’ivoire périront » (3.15).

Amos 6.4 tance les grands de son peuple en disant : « Vous voilà allongés sur des lits incrustés d’ivoire ». On a retrouvé de ces meubles incrustés d’ivoire dans les palais d’Assyrie où ils avaient été apportés comme butin de guerre. Amos parle encore des « maisons ornées d’ivoire » (3.15). Salomon avait déjà fait « fabriquer un grand trône d’ivoire plaqué d’or fin » (1 Rois 10.18), Achab s’était fait construire un « palais d’ivoire » (1 Rois 22.39), c.-à-d. aux murs recouverts de panneaux d’ivoire ou meublé de lits et de chaises incrustés d’ivoire. Le Psaume 45, v. 9 mentionne aussi « les palais d’ivoire » et Ezéchiel 27.6 dit que le pont des bateaux de Tyr « est en ivoire incrusté dans du bois ». Ces objets d’apparat étaient particulièrement précieux, utilisant l’ivoire importé par les vaisseaux de Tarsis (1 Rois 10.22). Lors des fouilles à Samarie, on a trouvé plus de 500 fragments d’ivoire, dont près de la moitié étaient sculptés par les artistes phéniciens à la solde de Jézabel, la femme phénicienne d’Achab. Lorsque les envahisseurs ne pouvaient pas emporter les meubles, ils en arrachaient l’or qui les recouvrait (et qui était souvent plaqué sur l’ivoire).8

8 Voir des reproductions d’ivoires sculptés dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 109-111, Images du monde biblique p. 65, 73, 75, 77.

Sichem (2 Chroniques 10)

Sichem occupait une position centrale dans le territoire d’Ephraïm (Jos 21.20s.) entre les monts Ebal et Garizim. Des fouilles archéologiques ont prouvé que le site était habité depuis 2000 av. J.-C. Abram avait construit un autel dans ses environs (Genèse 12.7). Jacob y a acheté un terrain (Genèse 33.18s.). Joseph y a cherché ses frères (Genèse 37.12). Sa momie y fut enterrée (Genèse 50.25 ; Josué 24.32). Après la conquête du pays, Josué y convoqua le peuple pour renouveler l’alliance avec l’Eternel (Josué 8.30-35). Avant sa mort, il y rassembla les anciens du peuple (Josué 24). C’était donc un lieu au passé historique prestigieux. De plus, Jéroboam, le meneur des mécontents du royaume du nord, venait du territoire d’Ephraïm. Le prophète Ahiya lui avait promis la royauté sur les dix tribus avant sa fuite en Egypte (1 Rois 11.26-40). La mort de Salomon l’avait décidé à revenir de l’Egypte. Il s’est sans doute rendu en premier lieu dans sa ville de Tseréda (1 Rois 11.26). C’est là que les représentants des tribus du nord sont venus le chercher pour qu’il les rejoigne à Sichem.

La sécheresse du temps d’Elie (1 Rois 17)

Josèphe atteste cette sécheresse en se basant sur les écrits de l’auteur grec Ménandre qui s’était inspiré de sources phéniciennes. Le dieu Baal, dieu de la pluie et de la tempête, était aussi responsable de la sécheresse ; les tablettes de Ras Shamra le confirment.

Au Carmel (1 Rois 18)

« Dans la scène du Carmel, l’autel, le bois, les victimes sont comme une réduction du bûcher rituel avec lequel on célébrait, à Tyr, le ‘réveil’ de Melqart » (Roland de Vaux : « Les prophètes de Baal sur le mont Carmel » in Bible et Orient, p. 497). Les archéologues ont retrouvé des effigies et des statuettes de Baal, sous la forme d’un individu debout, tenant dans sa main un éclair frappant le sol (Pritchard : The Ancient Near Eastern in Pictures Relating to the Old Testament, p. 168 n° 490).

La Stèle de Mécha (Moab ; 2 Rois 3)

Avant la découverte de la stèle de Mécha, les auteurs critiques prétendaient que la figure du roi Mécha avait été inventée par les auteurs bibliques, car ce nom n’apparaissait nulle part dans des documents extrabibliques ; de plus, d’après eux, le pays de Moab était trop stérile pour que l’on puisse y élever des moutons dont la laine pouvait servir de tribut. La pierre de Moab, toute muette qu’elle fut, a réfuté définitivement ces objections et confirmé 2 Rois 3.4-5.9

9 Voir autres détails sous Moab et Moabites.

C’était le document écrit le plus ancien de la Palestine. La stèle de Moab et le texte biblique se complètent mutuellement. La Bible décrit surtout les succès des Israélites au début de la campagne – que la stèle ne mentionne pas. La Bible se contente de faire brièvement allusion à la fin de la guerre, alors que Mécha s’attarde sur sa victoire.

Les trois alliés furent sauvés de la soif en creusant, sur un conseil donné par l’Eternel et transmis par Elisée, des fosses dans le lit asséché du torrent (2 Rois 3.16). Un géologue a fourni l’explication de ce miracle : il suffit de creuser des fossés dans le tuf des abords de la mer Morte pour qu’ils se remplissent très vite d’une eau qui ruisselle du haut des plateaux environnants et que les formations minérales traversées par elle colorent en rouge. C’est pourquoi les Moabites ont cru voir du sang et ont pensé que les alliés s’étaient entre-tués (3.23).10

10 Voir une reproduction de la pierre de Moab dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 117, dans Bible et archéologie p. 121.

Le soldat sur lequel s’appuyait le roi (2 Rois 7.2)

2 Rois 7.2 parle d’un serviteur du roi, littéralement : « le soldat sur la main duquel le roi s’appuyait ». Il s’agissait d’un homme qui accompagnait toujours le roi et se tenait derrière lui sur son char, l’empêchant de tomber en arrière. Un bas-relief montre Tiglath-Piléser à côté d’un conducteur de char ; derrière lui se tient un troisième homme dont la fonction semble être de tenir le roi pour lui éviter de tomber en arrière lorsque le char passait sur un cahot de la route.

Jéhu (2 Rois 9-10)

2 R 9 raconte comment le soldat Jéhu forma une conspiration pour renverser Yoram, le roi d’Israël. On a retrouvé son nom sur l’obélisque noir de Salmanasar III, roi d’Assyrie, qui fut trouvé dans les ruines de son palais à Kalah.11 Il représente des délégués de cinq nations apportant leur tribut à Salmanasar, parmi eux se trouve Jéhu « fils (= successeur) d’Omri » qui apporte de l’or, de l’argent, des coupes et des cruches en or, des vases et d’autres récipients, un sceptre et des lances. L’obélisque, qui a presque 2 m de haut, est la seule représentation d’un roi d’Israël.

11 Voir une reproduction de l’obélisque noir de Salmanasar III dans G. Archer Introd. AT p. 324 et dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 119, Images du monde biblique p. 78.

La scène se passe la 16e année du règne de Salmanasar III, c.-à-d. en 841 av. J.-C. C’est sans doute Jéhu qui s’est mis sous la protection du roi d’Assyrie (ce que la Bible ne raconte pas).

Sous le règne de Jéroboam II (2 Rois 14.23-29)

Le règne de Jéroboam II fut une époque de grande prospérité — et de grandes injustices sociales. Amos les a dénoncées : « L’Eternel dit ceci : Israël a commis de nombreux crimes ; il a dépassé les limites. Voilà pourquoi je ne reviendrai pas sur l’arrêt que j’ai pris, car pour un pot-de-vin ils vendent l’innocent, et l’indigent pour un morceau de pain. Ils piétinent les pauvres en leur brisant la tête dans la poussière, et ils faussent le droit des humbles. Le fils comme le père vont vers la même fille, c’est ainsi qu’ils m’outragent, moi qui suis saint. Près de chaque autel, ils s’étendent sur des vêtements pris en gage et, dans le temple de leurs dieux, ils vont boire le vin que l’on a perçu comme amende » (Amos 2.6-8).

Une soixantaine d’ostraca trouvés à Samarie révèlent l’existence d’un groupe de fonctionnaires royaux vivant grassement des envois des exploitations de la région : vins vieux, huiles parfumées, ivoires gravés.

Hatsor (2 Rois 15.29)

Hatsor, située sur un axe caravanier allant de la Phénicie à Babylone, était déjà mentionnée sur les tablettes égyptiennes de Tell-el-Amarna et dans les archives de Mari. Les fouilles entreprises par l’archéologue israélien Yadîn firent apparaître 22 niveaux d’occupations différentes couvrant la période allant du bronze ancien (2500 av. J.-C.) jusqu’à l’époque hellénistique.

Le roi Osée et Salmanasar V (2 Rois 17.3-7)

2 Rois 17.3-7 raconte que « Salmanasar, roi d’Assyrie, vint attaquer Osée qui lui fut assujetti et lui paya un tribut… Osée s’est révolté contre le roi d’Assyrie… qui envahit tout le pays et arriva à Samarie qu’il assiégea pendant trois ans. La neuvième année du règne d’Osée, le roi d’Assyrie s’empara de Samarie et déporta les Israélites en Assyrie ». D’après des documents assyriens (les annales de Khorsabad), le successeur de Salmanasar V, Sargon II prétend avoir pris Samarie. C’est pourquoi Parrot a cru que la Bible s’est trompée12. Une étude plus récente a montré que c’est le rapport biblique qui est juste. En effet, d’après l’archéologue Hallo, Salmanasar V mourut en décembre 722 après la chute de Samarie. Sargon peut avoir collaboré au siège de Samarie en tant que commandant en second et s’être approprié la victoire après le décès de son prédécesseur.

12 Ninive et l’Ancien Testament p. 44-45.

La fin du royaume du nord

En 745 av. J.-C., un ancien soldat monta sur le trône de l’Assyrie sous le nom de Tiglath-Piléser III (Poul). Il envahit la côte de la Méditerranée et transforma des royaumes indépendants en provinces assyriennes tributaires de son empire. Il nota dans ses annales : « Je reçus le tribut de Ménahem de Samarie », confirmant 2 Rois 15.19-20 : « De son temps, Poul, roi d’Assyrie, envahit le pays ; mais Menahem lui donna trente-quatre tonnes d’argent pour qu’il l’aide à se maintenir sur le trône et à renforcer son pouvoir. Menahem se procura cet argent en prélevant un impôt sur tous les Israélites fortunés, à raison de cinquante pièces d’argent par personne, et il le versa au roi d’Assyrie. Celui-ci accepta de se retirer du pays et retourna chez lui ».

Le peuple fut mécontent de cet asservissement qui le saignait, et un complot renversa le fils du roi Menahem, Peqahya. Un personnage de la cour, Peqah l’assassina et prit le pouvoir (1 Rois 15.27). A partir de là, le parti anti-assyrien régissait la politique d’Israël. Une coalition contre l’Assyrie se forma sous la direction de Restsîn, le roi de Syrie. Des textes cunéiformes (Campagnes vers l’ouest et campagnes contre Gaza et Damas) confirment point par point le récit biblique de 2 Rois 15.29-30 et 16.9, en insistant sur les cruautés perpétrées par les armées assyriennes.

Après cela, Israël fut anéanti et décimé par les déportations. Son territoire fut divisé en provinces administrées par des fonctionnaires assyriens cruels. A la suite d’un complot, le dernier vestige de l’Etat d’Israël, c.-à-d. la ville de Samarie et quelques kilomètres carrés de champs de blé et d’orge, qui avaient résisté pendant trois ans à un siège, furent conquis par Sargon II, le successeur de Salmanasar V.

Dans la première moitié du 19e siècle, des archéologues mirent au jour les restes de Ninive13 et de Khorsabad, la capitale de Sargon II, le palais d’Assourbanipal et sa bibliothèque de 20000 tablettes recouvertes de textes cunéiformes, mais ce n’est qu’au début du 20e siècle que l’on put les déchiffrer. « Les documents assyriens renferment une masse de renseignements et de précisions qui viennent renforcer le caractère historique de l’Ancien Testament » (W. Keller La Bible arrachée aux sables p. 201). Les annales assyriennes disent à propos de Samarie : « J’installai là des habitants des pays et des prisonniers. Je plaçai mes fonctionnaires à leur tête et je leur imposai un tribut… ». L’Ancien Testament confirme : « Le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babylone, de Kouta, de Avva, de Hamath et de Sepharvaïm et les obligea à s’établir dans les localités de Samarie, à la place des Israélites déportés. Ils occupèrent la Samarie et s’installèrent dans ses villes » (2 Rois 17.24). Ce fut l’origine des Samaritains méprisés par les Juifs.

13 Ninive voir une reproduction de la porte d’entrée dans Images du monde biblique p. 79.

Le royaume de Juda

En Juda, le roi Ahaz avait versé régulièrement le tribut au roi d’Assyrie. Quand Ezéchias devint roi, « il se révolta contre le roi d’Assyrie et cessa de lui être assujetti » (2 Rois 18.7). Les Philistins d’Asdod se révoltèrent aussi contre Ninive. La ville fut assiégée et prise par les Assyriens (Esaïe 20.1). Sargon le raconte ainsi : « J’assiégeai et je pris Asdod… Je considérai comme butin de guerre ses dieux, son épouse, ses fils, sa fille, sa fortune, le trésor de son palais et tous les habitants de son pays. J’établis dans les villes une nouvelle population ».

Ezéchias tomba malade et fut guéri par une masse de figues appliquée sur son ulcère (un remède traditionnel). « Vers cette même époque, Merodak-Baladân, fils de Baladân, roi de Babylone14, fit parvenir un message et des présents à Ezéchias ; car il avait appris sa maladie » (2 Rois 20.12). Ce Merodak-Baladän, un grand amateur de jardins potagers, fut un adversaire acharné des Assyriens. Ezéchias « se sentit flatté de la venue des envoyés et leur fit visiter tout le bâtiment où l’on conservait les objets précieux, l’argent et l’or, les aromates et les huiles parfumées. Il leur montra aussi son arsenal militaire et tout ce que contenaient ses trésors : il n’y eut rien dans son palais ni dans tout son royaume qu’Ezéchias ne leur fit voir » (v. 13). Il se préparait également pour la guerre : « Ensuite, Ezéchias se mit courageusement à reconstruire toute la muraille de la ville là où elle avait des brèches et il suréleva les tours. Il la doubla d’une seconde muraille à l’extérieur, renforça les terrasses aménagées pour les cultures dans la cité de David. Il fit aussi fabriquer une grande quantité d’armes et de boucliers » (2 Chroniques 32.5). « Ce fut aussi lui, Ezéchias, qui fit obturer l’issue supérieure des eaux de la source de Guihôn et les canalisa plus bas vers l’ouest de la cité de David » (v. 30). Il fit creuser le canal souterrain pour amener les eaux de la source de Guihôn jusqu’à l’étang de Siloé afin d’alimenter la ville en eau en cas de siège.15

14 Un bas-relief sur du basalte le représente faisant un don à un fonctionnaire ; voir une représentation dans Bible et archéologie p. 59.

15 Tunnel de Siloé : voir une représentation de la pierre apposée à l’entrée dans Bible et archéologie p. 123.

L’aqueduc d’Ezéchias (2 Rois 20)

2 Rois 20.20 parle de la construction d’un aqueduc par Ezéchias « pour amener l’eau dans la ville ». 2 Chroniques 32 précise qu’il fit « obturer les sources d’eau situées en dehors de la ville… ils bouchèrent toutes les sources y compris celle dont l’eau s’écoulait par un canal souterrain » (v. 3-4). Il « fit obturer l’issue supérieure des eaux de la source de Guihôn et les canalisa plus bas vers l’ouest de la cité de David » (v. 30). Ce « canal souterrain » fut découvert en 1880 par un enfant qui s’est aventuré muni d’une torche dans un tunnel qui alimentait un réservoir au sud de Jérusalem. On découvrit une inscription sur la paroi même du tunnel16 qui racontait que deux équipes d’ouvriers partant chacune d’une extrémité du tunnel ont creusé en se dirigeant d’après les coups de pioche de l’autre équipe. Elles ont ainsi fini par se rencontrer au milieu des 534 m du tunnel. Le but de ces travaux était d’une part d’empêcher, en cas de siège, les assaillants de trouver de l’eau près de la ville, d’autre part de fournir de quoi boire à la population assiégée.17

16 Elle fut enlevée par les Turcs et se trouve actuellement au musée d’Istanbul.

17 Tunnel d’Ezéchias : voir une représentation dans Bible et archéologie p. 87, dans Des pierres qui parlent p. 117. Piscine de Siloé : voir une représentation dans Bible et archéologie p. 188.

Sur l’inscription découverte en 1880, on peut lire : « Voici comment se fit la percée : alors que (les tailleurs de pierre brandissaient leurs) outils en direction l’un de l’autre et alors qu’il restait encore 3 coudées (env. 1,50 m), (on entendit) la voix d’un homme interpellant l’un de ses compagnons parce qu’il y avait une crevasse du côté droit. Et le jour de la jonction, les tailleurs de pierre ouvrirent la brèche jusqu’à se rencontrer, face à face, masse contre masse. Alors les eaux coulèrent de la source au réservoir sur 1200 coudées (moins de 600 m) et la hauteur du rocher au-dessus de la tête des tailleurs de pierre était de 100 coudées (env. 50 m).

Sennachérib (2 Rois 18)

2 Rois 18 raconte la prise de Samarie par les Assyriens. « La 14e année du règne d’Ezéchias, Sennachérib, roi d’Assyrie vint attaquer toutes les villes fortifiées de Juda et s’en empara » (v. 13).

Plus tard, il vint assiéger Jérusalem, mais Ezéchias, encouragé par le prophète Esaïe, refusa de se rendre. Dieu intervint, il frappa 185000 hommes dans le camp assyrien, de sorte que « Sennachérib leva le camp et repartit pour Ninive » (2 Rois 19.36). Il fit représenter cette campagne sur un bas-relief et la raconta sur deux prismes (le prisme de Taylor qui se trouve au British Museum18 et un autre qui est à Chicago). Il y dit qu’il assiégea et prit 46 places fortes de Juda, mais ne parle pas d’une prise de Jérusalem. Il mentionne seulement Ezéchias enfermé « comme un oiseau dans sa cage » qui lui envoya par la suite un tribut important. Ce récit confirme donc le récit biblique de 2 Rois 18.14-16 ; Esaïe 36-37 et 2 Chroniques 32 ainsi que la délivrance accordée par l’Eternel à ceux qui lui ont fait confiance.

18 Voir une reproduction du prisme hexagonal de Sennachérib mentionnant son expédition contre Juda, dans G. Archer Introd. AT p. 383. Prisme de Taylor voir une représentation dans Des pierres qui parlent p. 124.

« La quatorzième année du règne d’Ezéchias, Sennachérib, roi d’Assyrie, vint attaquer toutes les villes fortifiées de Juda et s’en empara » (2 Rois 18.13). C’est durant cette campagne qu’eut lieu le siège de Lakich représenté par le bas-relief conservé au British Museum.19

19 Lakich : voir une représentation d’une poterie avec des inscriptions dans Des pierres qui parlent p. 130 ; voir une représentation de la chute de Lakich dans Images du monde biblique p. 87.

Le prisme de Sennachérib

Le roi d’Assyrie Sennachérib se vante sur ce prisme d’avoir « encerclé et conquis 46 villes d’Ezéchias de Juda ». Il en a fait sortir 200150 personnes, des chevaux, des mules, des ânes, des chameaux, des bœufs et des moutons en grand nombre ». Par la suite, Ezéchias a fait porter à Ninive « 30 talents d’or, 800 talents d’argent, des pierres précieuses, de l’antimoine, de grands blocs de cornaline, des divans d’ivoire, des peaux d’éléphant, de l’ivoire, de l’ébène, tout ce qui a de la valeur, ses filles, ses épouses royales, des chanteurs et des chanteuses. Il a envoyé son ambassadeur m’offrir son tribut et me rendre hommage ».

Sur le prisme hexagonal découvert à Ninive, il dit : « Ezéchias de Juda ne s’est pas soumis à mon joug… J’investis sa place », mais elle ne tomba pas – comme le raconte la Bible. « C’est pourquoi voici ce que l’Eternel déclare au sujet du roi d’Assyrie : Il n’entrera pas dans la ville, aucun de ses archers n’y lancera de flèche, il ne s’en approchera pas à l’abri de ses boucliers et il ne dressera aucun terrassement contre elle. Il s’en retournera par où il est venu, sans entrer dans la ville, l’Eternel le déclare. Je protégerai cette ville et je la sauverai par égard pour moi-même et pour mon serviteur David. Cette nuit-là, l’ange de l’Eternel intervint dans le camp assyrien et y fit périr 185000 hommes. Le lendemain matin au réveil, le camp était rempli de tous ces cadavres. Alors Sennachérib, roi d’Assyrie, leva le camp et repartit pour Ninive, où il resta » (2 Rois 19.32-36).

En 1938, l’archéologue Starkey découvrit aux environs de Lakich une fosse commune où 2000 cadavres avaient été enfouis en toute hâte, ce qui confirme qu’une épidémie semble avoir décimé l’armée assyrienne.

Les récits de 2 Rois 18-19 ; 2 Chroniques 32 et Esaïe 36-37 mentionnent diverses tractations d’Ezéchias devant la menace assyrienne. Elles sont confirmées par le prisme de Sennachérib et les bas-reliefs des palais assyriens20 – qui ajoutent des manœuvres politiques du roi de Juda qui ne figurent pas dans la Bible. Ces détails nous font mieux comprendre la motivation des envoyés du Chaldéen Mérodak-Baladân auprès d’Ezéchias (2 Rois 20.12-13).

20 Assyrie : voir une représentation des taureaux ailés gardant l’entrée du palais dans Panorama du monde biblique p. 89. Comment les rois étaient servis : voir une représentation d’un bas-relief dans Panorama du monde biblique p. 93.

2 Chroniques 33.11 dit qu’après que Manassé ait égaré le peuple et refusé d’écouter les avertissements, « l’Eternel fit venir contre eux les généraux du roi d’Assyrie qui capturèrent Manassé. Ils lui mirent des crochets au nez, l’attachèrent avec des chaînes de bronze et l’’emmenèrent à Babylone ». Une stèle21 montre le roi assyrien Esarhaddon tenant des cordes attachées à des anneaux fixés aux lèvres de deux captifs. Elle illustre – et confirme – la manière dont les Assyriens s’assuraient la soumission de leurs vassaux.

21 Représentée dans Bible et archéologie (Ed. Ligue pour la lecture de la Bible) p. 61.

Jérusalem, une fois de plus, avait été épargnée mais, comme le décrit le prophète Esaïe : « Le pays que vous habitez est désertique, vos villes sont détruites par le feu, vos campagnes sont ravagées sous vos yeux par des étrangers. Oui, tout est dévasté et comme renversé par un envahisseur. La communauté de Sion est restée désolée comme une hutte au milieu d’une vigne, comme un abri dans un champ de concombres, comme une ville entourée d’armées ennemies » (Esaïe 1.7-8).

Sennachérib ne revint pas à Sion, étant trop occupé par sa lutte contre les pays mésopotamiens. « Un jour, pendant qu’il se prosternait dans le temple de son dieu Nisrok, ses fils Adrammélek et Saretser l’assassinèrent de leur épée, puis s’enfuirent dans le pays d’Ararat. Un autre de ses fils, Esar-Haddôn, lui succéda sur le trône » (2 Rois 19.37). Esar-Haddôn lui-même le raconte ainsi : « Mes frères se montrèrent infidèles… Ils se révoltèrent. Pour régner à sa place, ils tuèrent Sennachérib. Je me suis mis en fureur comme un lion… Ces voleurs de trône s’enfuirent dans un pays inconnu. Je parvins à la rive du Tigre que je fis franchir par mes troupes. Au cours du mois d’Addar, j’arrivai à Ninive… Je montai avec satisfaction sur le trône de mon père… Je suis Esar-Haddôn, roi du monde, roi d’Assyrie, fils de Sennachérib ».

Au 7e siècle : Nombres 6.24-26

Le texte (abrégé) de Nombres 6.24-26 (la bénédiction d’Aaron : « Que l’Eternel te bénisse et te protège… ») a été trouvé dans une tombe sur une amulette en argent datant du 7e siècle av. J.-C. C’est le texte biblique le plus ancien connu jusqu’à cette heure – qui montre que les paroles bibliques étaient déjà utilisées comme des protections magiques. Cela prouve également que le texte des Nombres était déjà ancien à l’époque où certaines théories critiques en fixent la rédaction.

Sargon (Esaïe 20.1)

Pendant longtemps, les auteurs critiques considéraient Esaïe 20.1 comme l’une des plus grandes erreurs de la Bible puisque ce nom de Sargon n’existait nulle part ailleurs dans les documents historiques anciens. Or, les archéologues ont dégagé son palais à Khorsabad. Une inscription confirme la déclaration d’Esaïe : « Azouri, le roi d’Asdod s’est parjuré et ne voulait plus me payer de tribut. Rempli de colère, j’ai marché contre Asdod avec mon capitaine et je l’ai prise ». Une autre inscription dit que Salmanasar V mourut pendant le siège de Samarie, et que lui, Sargon, lui a succédé et qu’il a déporté 27290 Israélites ; il a reconstruit Samarie, y a déporté des Assyriens et a nommé un gouverneur.

Le palais de Sargon occupait plus de dix hectares ; les murailles avaient entre 2 m 75 et 4 m 90 d’épaisseur. Des taureaux ailés gardaient l’entrée du palais. Une inscription dit : « Moi Sargon, j’ai édifié ce palais pour ma gloire ». Dans la cour se trouvaient trois temples, une ziggourat munie de tours, un harem luxueux et beaucoup de salles.

Les Assyriens étaient connus pour leur cruauté. Le vainqueur d’une bataille devait indiquer le nombre de vaincus. Pour en faciliter le dénombrement aux scribes, les généraux avaient l’habitude de couper les mains aux soldats vaincus. Un bas-relief montre d’innombrables mains coupées, un autre présente des hommes, des femmes et des enfants captifs que l’on conduit sous la menace de la férule, à d’autres, on crève les yeux. Pour les faire marcher, on enfonce un crochet dans leur langue et leur mâchoire. Si l’un d’eux est récalcitrant, « on tire brusquement sur la corde qui arrache la langue avec sa racine ». Assourbanipal se vantait d’avoir écorché la peau à tous ceux qui se sont élevés contre lui et d’en avoir garni les colonnes de son temple. Un roi prétend avoir brûlé 3000 captifs ; un autre : « pour les monuments que j’ai érigés j’avais besoin de corps humains après avoir coupé les têtes et les membres ». Ces actes de cruauté servaient de propagande pour assurer à l’Assyrie une sujétion sans réplique de tous les peuples soumis.

Déportations

Les déportations de populations entières semblent avoir été une pratique courante dans l’antiquité. Au 15e siècle av. J.-C. le roi égyptien Aménophis II déporta quelque 100000 Syriens en Egypte à la suite de deux campagnes militaires ; un roi hittite déporta 66000 personnes, mais les Assyriens semblent avoir été les grands spécialistes de ces déportations. Le roi Sargon a fait 38 déportations différentes. On estime que les rois assyriens ont déporté quelque 4 millions d’individus. Ils se servaient de ces prisonniers pour leurs grands travaux.

C’était Tiglath-Piléser III qui avait inauguré la politique de la déportation des peuples vaincus pour les empêcher de se révolter (n’étant plus sous la protection de leurs dieux locaux).

La ville de Ninive (Jonas 4.11)

Jonas 4.11 parle de la ville de Ninive, « cette grande ville où vivent plus de cent vingt mille personnes qui ne savent pas distinguer le bien du mal, sans compter des animaux en grand nombre ». Les auteurs critiques prétendaient qu’aucune ville de cette époque ne pouvait contenir 120000 habitants. Entre temps, des fouilles à Nimroud, à une trentaine de kilomètres de Ninive, ont mis au jour un monument du roi Assournasirpal II qui avait commencé à attaquer Israël. Sur ce monument, il est question, entre autres, d’un banquet donné pour l’inauguration de son palais auquel ont participé 70000 personnes « les plus importantes de Ninive » — ce qui suppose une population totale comprenant bien plus d’habitants.22

22 Voir une reproduction d’un partie du relief du palais d’Assourbanipal (garde du palais royal) dans G. Archer Introd. AT p. 396.

La chute de Ninive

Le prophète Nahoum a prédit ce qui semblait impossible alors : la chute et la destruction de Ninive, la capitale de l’Assyrie, une ville immense s’étendant sur 749 ha, entourée de 12 km de murs (Nahum 2.7-9). En 663 av. J.-C., les Assyriens conquirent la ville égyptienne de Thèbes. Leur roi Assourbanipal se vante : « Je conquis toute la ville… Je pris et j’emportai en Assyrie de l’argent, de l’or, des pierres précieuses, toutes les richesses de son palais, des costumes multicolores, des tissus de lin, de magnifiques chevaux, des esclaves, deux grands obélisques en bronze éclatant d’un poids de deux mille cinq cents talents et les portes du temple. J’ai pris à Thèbes un butin énorme, d’une valeur incalculable ». Le prophète Nahoum évoque cette mise à sac de la capitale de la Haute-Egypte (Nahum 3.8-10) qui ne s’en releva jamais.

Cette victoire fit des Assyriens les maîtres du monde d’alors : tous les peuples du Croissant fertile étaient devenus leurs vassaux. Mais dès la mort d’Assourbanipal (en 621 av. J.-C.), commença la décadence de l’empire assyrien. Les Mèdes (avec Cyaxare) et les Babyloniens (avec le roi Mérodak-Baladân) étaient unis dans leur dessein d’anéantir la puissance assyrienne. En 625, le Chaldéen Nabopolassar avait pris le pouvoir et fondé l’empire néo-babylonien.

A la même époque, des hordes barbares de Scythes envahirent la Mésopotamie, incendiant et pillant tout sur leur passage (voir Sophonie 2.4-7). Ensuite les Mèdes et les Néo-Babyloniens attaquèrent les Assyriens par le nord et le sud. Sur les rives du Tigre, Assur, la puissante forteresse tomba en 614.

En 612, Ninive fut assiégée. Le palais impérial fut incendié, les trésors de la ville furent pillés, comme le dit la Chronique babylonienne de Nabopolassar : « Ils prirent un imposant butin dans le temple et réduisirent la ville en un monceau de décombres » – comme Nahoum l’avait annoncé (Nahum 3.7). Ninive succomba, comme l’avait aussi prédit Sophonie (2.13).

Dès que la nouvelle fut connue en Israël, le roi Josias « expulsa tous les devins et les idoles de la Mésopotamie » (2 Rois 23.24). « De son temps, le Pharaon Neko, roi d’Egypte, monta vers le roi d’Assyrie, sur le fleuve de l’Euphrate. Le roi Josias se porta au-devant de lui mais Neko le fit périr à Méguiddo, à la première rencontre » (v. 29 Colombe et Bible de Jérusalem). Au lieu de « monta vers le roi d’Assyrie », d’autres versions ont : « partit en campagne contre le roi d’Assyrie », « monta contre » (Darby). La Bible en français courant a : « le Pharaon Néco, roi d’Egypte, conduisit son armée vers l’Euphrate pour secourir le roi d’Assyrie ; le roi Josias voulut s’opposer au passage des Egyptiens… ». L’assyriologue C.I. Gadd fit la découverte d’un texte cunéiforme déposé au British Museum qui tranche entre les deux interprétations : « Le roi d’Assyrie alla chercher une grande armée égyptienne et se porta contre Harân pour la conquérir ». Lorsque les troupes égyptiennes s’approchèrent de Canaan, Josias voulut les empêcher de soutenir l’ennemi mortel de son peuple, pensant peut-être que si l’Assyrie était livrée à elle-même, elle s’écroulerait ; sa petite armée tenta de leur barrer la route, mais Josias fut tué à Méguiddo (2 Rois 23.29-30).

La fin du royaume de Juda

Après leur victoire commune sur l’Assyrie, les Mèdes et les Néo-Babyloniens se partagèrent l’empire vaincu. Quant à Néko, il dut s’enfuir quatre ans plus tard, après la défaite de son armée à Karkémish, et traverser Canaan penaud, sous les moqueries de Jérémie (46.17-22). « A cette époque, le roi d’Egypte cessa ses expéditions militaires, car le roi de Babylone s’était emparé de tous les territoires qui, depuis le torrent bordant la frontière nord de l’Egypte jusqu’à l’Euphrate, avaient été sous domination égyptienne » (2 Rois 24.7). Mais apprenant la mort de son père, Nabuchodonosor fut obligé de retourner à Babylone où les affaires du pouvoir le retinrent loin de Canaan.

Vers le début du 6e siècle av. J.-C., « sous le règne de Yehoyaqim, Nabuchodonosor, roi de Babylone, l’attaqua et Yehoyaqim fut assujetti à Nabuchodonosor pendant trois ans » (2 Rois 24.1). « Puis il se révolta de nouveau contre lui » (en 597). Plus tard, le roi de Babylone vint assiéger Jérusalem et la prit, il emmena le successeur de Yehoyagim, le roi Sédécias, en Babylonie (2 Rois 25.1-8).

Les derniers chapitres du 2e livre des Rois racontent comment Nabuchodonosor, roi de Babylone, mit fin au royaume de Juda en s’emparant de Jérusalem. Des traces du raid des Babyloniens ont été trouvées à Lakich : il s’agit de quelques fragments de poteries appelés « ostraca », sur lesquels un officier de l’armée de Juda a fait parvenir, depuis son avant-poste, un rapport à son commandant à Lakich. Il mentionne, entre autres, le passage d’un général qui se rendait en Egypte, sans doute pour y négocier avec le pharaon une intervention contre le roi de Babylone (cf. 2 Rois 24.20). Les messages sont écrits à l’encre avec les plus anciens caractères hébreux que nous connaissions23. L’un de ces messages fait allusion à des signaux de fumée qui servaient à la communication entre les différentes unités de l’armée. Un autre fait état d’un avertissement prophétique que l’auteur fait suivre. Peut-être s’agissait-il de la mise en garde de Jérémie contre l’appel au pharaon pour combattre le roi de Babylone. En effet, « l’Eternel adressa un message à Jérémie lorsque Nabuchodonosor, roi de Babylone, et toute son armée, ainsi que tous les royaumes de la terre soumis à sa domination et tous les peuples combattaient contre Jérusalem et contre toutes les villes de son territoire… ». Le prophète rapporta ce message au roi Sédécias « pendant que l’armée du roi de Babylone combattait Jérusalem et toutes les villes de Juda qui tenaient encore, c’est-à-dire Lakich et Azéqa, car c’étaient là les places fortes de Juda qui résistaient encore » (Jérémie 34.1, 7).

23 Les Textes anciens du Moyen-Orient (Ancient Near-Est Texts) de Pritchard (p. 322) disent que les ostraca de Lakich étaient rédigés en hébreu classique.

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