Si, comme nous l’avons vu, le baptême du Saint-Esprit est la nouvelle naissance, existe-t-il un signe — ou plusieurs — qui nous permette de reconnaître si quelqu’un a reçu ou non ce baptême spirituel ?
Jésus et les apôtres emploient souvent le verbe connaître, reconnaître (ginôskô) pour introduire un signe qui permet de discerner la véritable nature de celui qui est en face de nous : « à leurs fruits vous les reconnaîtrez » (Mt. 7.16, 20), comme « c’est au fruit qu’on reconnaît l’arbre » (12.33). Dans sa première épitre, l’apôtre Jean, en particulier, donne aux chrétiens un certain nombre de critères qui leur permettent de discerner si quelqu’un est « né de Dieu », s’il est un « enfant de Dieu », s’il a reçu l’Esprit de Dieu.
Quels sont ces signes ou ces fruits de la vie nouvelle ?
La première fois qu’un homme a reconnu et confessé Jésus comme le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt. 16.16), Jésus a discerné derrière cette confession l’action de l’Esprit de Dieu : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux » (Mt. 16.17). Sans cette révélation intérieure, personne ne peut confesser Jésus comme le Christ, le Seigneur. L’apôtre Paul le déclare : « Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, si ce n’est par le Saint-Esprit » (1 Co. 12.3). C’est pourquoi, au moment du baptême d’eau, c’est-à-dire au moment où l’Eglise reconnaît quelqu’un comme baptisé du Saint-Esprit et incorporé au Corps de Christ, elle lui fait confesser : « Je crois que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Ac. 8.37).1
1 Sur l’authenticité de ce verset, voir A. K. : Le baptême, p. 25, note 3.
Même si ce verset ne faisait pas partie du manuscrit primitif, « il atteste l’emploi d’une confession baptismale à une époque très ancienne… C’est l’une des confessions de foi les plus anciennes que nous connaissions » (O. Cullmann).2
2 Les premières confessions de foi chrétiennes (P.U.F. Paris, 1943), p. 14.
Un jour, il faudra qu’« au nom de Jésus tout genou fléchisse — dans les cieux, sur la terre et sous la terre — et que toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur » (Ph. 2.11). Le chrétien le confesse dès à présent, car il fait déjà partie du monde à venir.
Parce qu’ils ont dit « Kyrios Christos » (Christ est le Seigneur) au lieu de « Kyrios Kaisar » (l’empereur est Seigneur), les chrétiens ont enduré la mort du martyre. « Qu’y a-t-il de si terrible à dire Kyrios Kaisar et à sacrifier ? » demandait le fonctionnaire impérial à Polycarpe de Smyrne.3 Mais, pour le chrétien, confesser que l’empereur est Seigneur, c’est renier Christ comme seul Seigneur. « Si tu confesses de ta bouche : Jésus est Seigneur, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Ro. 10.9).
3 Martyr Polyc. 8, 2.
L’apôtre Jean cite la confession de Christ parmi les critères distinctifs de celui qui est né de Dieu : « Quiconque confesse le Fils a aussi le Père » (Jn. 2.23). « Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse que Jésus est le Christ venu en chair, est de Dieu » (4.2-3). « Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu » (4.15 ; cf. 5.10).
Puisqu’au moment de son baptême le nouveau converti confessait sa foi en Christ, Bruner peut dire que « le baptême d’eau devient le medium exhibitirum (moyen de manifester extérieurement) du baptême dans l’Esprit. Le baptême est la preuve visible, enseignéedans les Actes, de la réception du pardon des péchés liée au don du Saint-Esprit. »4
4 Op. cit. (30), pp. 169-170.
« Le baptême du Saint-Esprit n’est pas une seconde expérience, mais l’expérience initiale par laquelle quelqu’un devient un véritable chrétien. Au temps du Nouveau Testament, cela était marqué, non par le parler en langues, bien qu’il ait pu se produire parfois, mais par le baptême d’eau par lequel le chrétien qui se joignait à l’Eglise donnait un témoignage public de ce qui s’était déjà passé sur le plan spirituel. Le signe nécessaire du baptême de l’Esprit était le baptême d’eau » (Bridge-Phypers).5
5 Op. cit. (24), pp. 115-116.
Calvin disait : « Le baptême sert à notre confession devant les hommes en cette manière : c’est qu’il est une marque et enseigne par laquelle nous déclarons et assurons publiquement quelle est notre foi. »6
6 Institution IV, 15, 1.
Il est évident que cette confession « liturgique » de Christ-Seigneur doit être accompagnée d’une confession pratique : que, par toute notre vie, nous montrions que Jésus est vraiment notre Maître, que nous lui obéissons à présent, au lieu de suivre les directives de notre ancien maître : le péché.
C’est pourquoi le deuxième critère du baptême du Saint-Esprit est :
C’est à cela que le Seigneur pensait plus précisément lorsqu’il parlait des fruits auxquels on reconnaît les vrais prophètes des faux. En effet, il ajoute immédiatement : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt. 7.21). Il oppose ces derniers à ceux qui « commettent l’iniquité » (v. 23) et il illustre sa pensée par la parabole des deux maisons (v. 24-27), d’après laquelle seul subsistera celui qui met ses paroles en pratique.
D’après tout l’enseignement de Jésus, l’obéissance à la volonté de Dieu est l’une des marques essentielles du vrai disciple : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui » (Jn. 14.21, 23). L’habitation de Dieu et de Christ en nous — par l’Esprit — est liée à l’obéissance aux commandements que le Seigneur nous a donnés.
Jésus fut, pour son Père, un fils obéissant (Luc 22.42 ; Jn. 4.34 ; 6.38 ; 8.29 ; Hé. 5.8-9 ; 10.7) ; or, « il nous a laissé un exemple pour que nous suivions ses traces » (2 Pi. 2.21). Les apôtres insistent aussi, avec force, sur l’obéissance (Ro. 1.5 ; 6.17 ; 15.18 ; 16.26 ; 2 Co. 10.5 ; 2 Th. 1.7-8 ; Ja. 1.22, 25 ; 1 Pi. 1.14, 22) et la marche dans la sanctification (Ro. 6.19 ; 12.1-2 ; 1 Th. 4.3, 7, 8 ; Ep. 5.25-27 ; 1 Pi. 3.15 ; Hé. 12.14…). L’apôtre Jean en fait l’un des critères essentiels de la vie nouvelle : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu » (1 Jn. 2.3). « Celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est véritablement parfait en lui : par là nous savons que nous sommes en lui » (2.5). « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui : et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné » (3.24 ; cf. 2.14, 17 ; 3.22-23 ; 5.2-3 ; 2 Jn. 5-6).
Cette obéissance prend différentes formes : Jean la traduit par les expressions : marcher dans la lumière (1.6-7 ; 2.9-10) comme Christ a marché (2.6 ; 4.17) — accomplir ce qui est juste : « quiconque pratique la justice est né de lui » (2.29 ; cf. 3.7) — ne pas aimer le monde (2.15-17) — ne pas pratiquer le péché : « quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. C’est par là que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable. Quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu » (3.9-10 ; cf. 5.18).
Cette transformation du croyant sur le modèle de Christ est à la fois l’œuvre de l’Esprit et la preuve de sa présence (2 Co. 3.18 ; Ro. 8.9-10 ; 13-14).
Un des aspects les plus significatifs de cette marche chrétienne est l’amour.
Jésus en a fait « le signe distinctif du chrétien. la marque pour le caractériser ».7 « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn. 13.35).
7 F. Schaeffer : La marque du chrétien (O.M. France, 1973), pp. 7-9.
« Jésus donne un droit à ce monde. En vertu de son autorité, il lui accorde le droit de juger si vous et moi nous sommes des chrétiens régénérés, en observant si notre amour pour tous les chrétiens est manifeste ou non » (F. Schaeffer).8 Pour l’apôtre Paul, l’amour est « le fruit de l’Esprit » (Ga. 5.22), les autres vertus : la joie, la paix, la patience, etc… ne sont que des manifestations diverses, des aspects variés de cet amour. « Le fruit est unique, Paul parle du fruit, non des fruits. la foi agit par l’amour pour produire un caractère chrétien diversifié » (J.W. Sanderson).9En rapprochant cette parole de Paul de celle de Jésus : « A leurs fruits vous les reconnaîtrez », on retrouve l’affirmation rapportée dans Jn. 13.35. « C’est à l’amour que se reconnaissent les vrais disciples. Si quelqu’un porte comme fruit, dans sa vie, l’amour et ses différentes manifestations, c’est la preuve qu’il a l’Esprit de Dieu en lui. » « Celui qui aime les autres accomplit la loi… l’amour est l’accomplissement de la loi » (Ro. 13.8, 10 ; cf. Mt. 22.40). Dans 1 Co. 13, l’apôtre en fait le test suprême, supérieur aux langues des hommes et des anges, aux dons de prophétie, de connaissance et de foi portés à l’absolu (« science de tous les mystères, toute la connaissance, toute la foi jusqu’à transporter des montagnes), au renoncement total (« quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres ») et même au martyre (« quand je livrerais même mon corps pour être brûlé »).
8 Ibid., p. 15.
9 The fruit of the Spirit (161), p. 126.
Dans son épître, Jean met également l’accent essentiel sur ce critère de la nouvelle naissance : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères… par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité et nous rassurerons nos cœurs devant lui » (1 Jn. 3.14, 19). « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu. » (4.7). « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur » (4.20 ; cf. 2.9, 10 ; 3.10-11, 23 ; 4.11, 12, 16, 21 ; 5. 1, 2 ; 2 Jn. 5).
Jésus et les apôtres nous proposent donc un triple signe du baptême du Saint-Esprit, trois pierres de touche grâce auxquelles nous pouvons éprouver si nous sommes morts et ressuscités avec Christ :
10 The Tests of Life (1885) cité par J. Stott : Epistles of John (London, Tyndale Press, 1969), p. 53.
« Ces trois tests sont inséparables car la foi, l’amour et la sainteté sont, tous trois, l’œuvre du Saint-Esprit. Si Dieu nous a donné son Esprit, alors seulement nous sommes capables de croire, d’aimer et d’obéir (1 Jn. 3.24 ; 4.13). Ainsi quiconque croit que Jésus est le Christ, et aime et pratique la justice, donne par là la preuve qu’il est né de Dieu » (J. Stott).11
11 Ibid.
La même expression se retrouve trois fois dans l’épître, appliquée aux trois critères : « Quiconque pratique la justice est né de lui » (2.29). « Quiconque aime est né de Dieu » (4.7). « Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu » (5.1).
Toutefois, il ne s’agit pas de marques isolées dont on pourrait posséder une ou deux séparément. L’apôtre Jean les unit indissolublement : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu, et quiconque aime celui qui l’a engendré, aime aussi celui qui est né de lui. Nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements » (1 Jn. 5.1-2).
Ces critères ont été donnés non seulement pour « que chacun s’éprouve soi-même» (1 Co. 11.28) mais, de façon évidente, pour que l’Eglise puisse juger ceux qui désirent s’adjoindre à elle, en particulier lors du baptême ou de la Sainte Cène.
La déclaration unique des épîtres sur le problème du Saint-Esprit (1 Co.12. 13) parle à la fois du baptême et du Corps de Christ. L’Eglise baptise ceux qui croient que Jésus est le Christ (Ac. 8.37), qui s’engagent à vivre dans la sainteté (1 Pi. 1.15, considéré par beaucoup comme faisant partie des exhortations adressées aux néophytes lors du baptême) et dans l’amour fraternel (1 Pi. 1.22). Elle admet à la Sainte Cène, symbole du Corps de Christ, ceux qui persévèrent dans la doctrine des apôtres (Ro. 16.17 ; Ga. 1.7-9), qui vivent conformément à leur foi (1&nbs;Co. 5.7 : 2 Co. 6.14-18 ; Ep. 5.5-7) et forment un seul corps avec leurs frères (1 Co. 10.17). Celui qui, sur l’un ou l’autre de ces points, ne remplissait pas les conditions, était exclu de la communion (Mt. 18.15-17 ; 1 Co. 5.11-13 ; 2 Th. 3.6, 14-15 ; 2 Ti. 3.6-9 ; Tit. 3.10-11 ; 2 Jn. 7-11).
Quelle que soit donc l’avenue par laquelle nous venions, nous sommes toujours ramenés vers ces trois mêmes signes attestés à la fois par le Seigneur et par les apôtres dans leurs écrits dogmatiques. Cela n’a rien d’étonnant. La Bible nous apporte deux révélations fondamentales sur la nature de Dieu : il est saint (1 S. 2.2 ; Ps. 22.4 ; Es. 6.3 ; Os. 11.9…) et il est amour (Ex. 34.7 ; Ps. 86.5 ; Es. 54.10 ; 1 Jn. 4.8…). Or, nous sommes appelés à devenir « participants de la nature divine » (2 Pi. 1.4), c’est-à-dire à être saints (Lé. 11.44 ; Jn. 3.9) et aimants (Lé. 19.18 ; Mt. 19.19 ; 22.39…) comme lui (1 Pi. 1.15-16 ; Jn. 15.12). Mais nous pouvons seulement entrer en communion avec lui par la foi en Jésus le Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes (Jn. 14.6 ; Ac. 4.12 ; 1 Ti. 2.5-6). Nous sommes donc ici sur un terrain biblique autrement plus solide qu’en affirmant que le parler en langues est le signe du baptême du Saint-Esprit. Tous ceux qui croient en Jésus mort pour eux sur la croix, qui l’ont accepté comme Sauveur et Seigneur, c’est-à-dire qui s’efforcent de suivre ses commandements et l’exemple de son amour, peuvent être certains d’avoir été baptisés dans le Saint-Esprit pour mourir à leur ancienne nature incrédule, pécheresse et égoïste et être abreuvés de l’Esprit de foi, de sainteté et d’amour qui était en Jésus-Christ.
« Il est impossible de considérer comme chrétienne la doctrine qui fait du parler en langues un signe indispensable de la vie dans l’Esprit de Christ ; par contre, c’est indéniablement une vue chrétienne des choses lorsqu’on dit que l’amour et la sainteté, si manifestes dans le Fils incarné, sont des marques obligatoires de ceux qui prétendent posséder son Esprit. En un mot, l’Esprit de Jésus nous renvoie à Jésus » (M. Green).12
12 I believe (72), p. 54.