Les recommandations de 1 Timothée 3.1-7 ; Tite 1.5-9 et 1 Pierre 5.1-4 énumèrent un certain nombre de conditions à remplir par ceux qui « aspirent » à la fonction d’ancien. On peut les classer grosso modo en quatre groupes d’importance inégale, les qualités spirituelles et morales étant bien plus nombreuses et plus importantes que les autres. En regroupant les indications dispersées dans les trois passages mentionnés, nous pouvons brosser le tableau suivant :
L’ancien doit être saint c’est-à-dire qu’il doit « rechercher la sanctification » dans sa propre vie (Hébreux 12.14 ; cf. 1 Thessaloniciens 4.1-8), être un modèle pour chacun, attaché à la sainte parole, c’est-à-dire stable dans sa foi et sa théologie ; il ne doit pas dominer le troupeau.
Il doit posséder une certaine maturité spirituelle, l’apôtre demande qu’il ne soit « pas un nouveau converti de peur qu’enflé d’orgueil il ne tombe sous le jugement du diable » c’est-à-dire que l’orgueil suscité par cette nomination précoce pourrait lui faire encourir une condamnation semblable à celle qui a sanctionné la révolte orgueilleuse du diable. Cela n’implique pas d’avoir plus de 50 ans (cf. 1 Timothée 4.12). Il s’agit bien de maturité spirituelle (Nombres 11.16).
« Les dirigeants, nous dit L. Richards, sont caractérisés par la maturité, non par leurs dons. Pourquoi la maturité est-elle si importante ? Parce que les dirigeants devront agir parmi le peuple de Dieu et être des exemples par leur service… les chrétiens ont besoin d’avoir parmi eux des hommes dont les vies sont des modèles incarnés de ce que tous les membres du peuple de Dieu sont appelés à devenir (Hébreux 13.7). » (L. Richards, 81, p. 301).
L’ancien doit être :
L’évêque doit être mari d’une seule femme. Cette condition exclut évidemment la polygamie (officielle ou secrète). L’expression a été interprétée de diverses manières :
Il doit « bien diriger sa maison » et tenir ses enfants dans la soumission : qu’ils soient fidèles (pas nécessairement croyants, v. p. 107) c’est-à-dire pas rebelles ni accusés de débauche : il ne serait pas prudent de confier la famille de Dieu qui constitue l’Eglise à quelqu’un qui manque de sagesse ou d’autorité dans sa propre famille. Ces conditions ne signifient pas nécessairement que l’ancien devait être marié et avoir des enfants — bien que ce soit la situation normale d’un responsable qui doit pouvoir donner des conseils à des pères et des mères de famille.
Il doit être hospitalier. Cette condition se comprend encore mieux au Ier siècle puisque les lieux servant d’hôtels étaient des endroits plutôt malfamés. « Elle ne signifie pas que l’ancien doive aujourd’hui tenir table ouverte pour les paresseux ou les pique-assiette, ni qu’il doive héberger ceux qui aiment se promener » (G. Millon, (s.d.), p. 36). Cette qualification concerne essentiellement l’épouse de l’ancien. De toute façon, il est légitime de considérer également les qualifications de cette dernière lorsqu’on songe à un candidat-ancien.
L’ancien doit « avoir une bonne réputation auprès des non-chrétiens afin qu’il ne soit pas exposé au scandale et pris dans les pièges du diable » (1 Timothée 3.7 New Engl. Bible cf. Ecclésiaste 7.1). La réputation d’une Eglise et celle de ses responsables sont liées. Si un homme a fait l’objet d’un scandale public, le discrédit en rejaillit sur l’Eglise si celle-ci place un tel homme parmi ses dirigeants. C’est pourquoi, la première condition posée à un surveillant est d’être irréprochable : qu’on ne puisse pas lui reprocher de manquement positif à la loi civile ou morale ou aux normes courantes du comportement (anegklètos : pas de reproches).
Il doit être juste c’est-à-dire donner à chacun ce qu’il lui doit, et impartial, capable de juger objectivement (cf. 2 Samuel 23.3-4).
L’ancien doit être capable d’enseigner, d’exhorter et de réfuter les contradicteurs. C’est pourquoi, dans Ephésiens 4.11 il est question des pasteurs-docteurs, les deux dons se rapportant au même bénéficiaire. Enseigner ne veut pas nécessairement dire : donner un enseignement en public ou à des adultes : il peut aussi s’agir de l’enseignement un à un ou de celui des enfants, mais dans tous les cas, la transmission de connaissances exige d’abord l’acquisition de ces connaissances et leur renouvellement constant. Un ancien qui n’a pas eu de formation intellectuelle peut aisément la compenser aujourd’hui par la lecture. Lecture et étude de la Bible d’abord, pour en acquérir une connaissance approfondie, mais aussi d’autres livres propres à améliorer la connaissance de la Parole et du cœur humain. Dans des fermes reculées des Cévennes, j’ai rencontré des paysans abonnés au Figaro littéraire. Ce que certains font par amour de la culture générale, d’autres ne pourraient-ils pas le faire par amour pour le Seigneur et du ministère qu’il leur a confié ?
Suivant le cadre dans lequel devra s’exercer le ministère de l’ancien, la capacité de réfuter les contradicteurs pourra justifier des études spécialisées. En effet, les contradicteurs de la « saine parole » à laquelle l’ancien doit rester attaché sont bien plus nombreux aujourd’hui que du temps de Paul : musulmans, marxistes, néo-libéraux, catholiques, Mormons, Témoins de Jéhova… sans compter les autres déviations des différentes sectes et tendances chrétiennes. Avec l’étude des arguments à opposer à ces erreurs, l’enseignement de la saine doctrine et la pratique de l’exhortation constituent les buts essentiels d’une formation au ministère. Sans envisager nécessairement un ministère à plein temps, chaque ancien devrait envisager la possibilité d’une formation biblique pour être à même de mieux accomplir sa tâche.
« Les dirigeants doivent être ‘capables d’enseigner’, mais, dans le contexte biblique, l’enseignement n’est pas l’activité formelle que ce mot nous suggère, il n’est pas non plus confiné à la prédication. C’est la capacité de communiquer la signification de la Parole de Dieu pour nos vies. Une personne qui a le don d’enseignement aidera les autres à évoluer vers une vie en plein accord avec la Parole de Dieu (v. Tite 2 où beaucoup de mots différents nous décrivent ce don et ce ministère). » (L. Richards, 81, p. 301).
Le candidat-ancien doit faire preuve d’une sainte ambition : « Si quelqu’un aspire à être évêque. » Bien qu’il s’agisse sans doute d’un dicton que Paul reprend, il ne le réfute pas. L’aspiration au ministère ne prend pas nécessairement la forme d’un acte officiel de candidature à cette charge. Elle se reconnaît au désir de servir la cause du Seigneur, à la disponibilité pour toute œuvre utile — même cachée.
C’est « volontairement » que les anciens doivent paître le troupeau (1 Pierre 5.2). Cela exclut toute pression morale pour faire accepter un tel poste ou pour y maintenir un homme qui le ferait à contre-cœur. Il est, certes, possible qu’un ancien passe par un temps de découragement où les difficultés de sa tâche lui donnent envie de « jeter le manche après la cognée ». Un encouragement fraternel peut prévenir une démission hâtive et injustifiée. Cependant, si l’ancien persiste dans sa volonté de se démettre de ses fonctions, il ne faut pas lui opposer un refus fondé sur des règlements : la Parole de Dieu prime tout autre statut et elle demande le volontariat pour cette fonction.
Dans son testament spirituel (2 Timothée), l’apôtre Paul reprend d’une autre manière, l’énumération des qualités du bon serviteur de Dieu. Ce qui le caractérise, c’est :
On peut appliquer toutes ces caractéristiques au bon ancien. Pour en avoir un commentaire plus détaillé, chaque ancien — ou futur ancien — lira certainement avec profit le tableau que fait W. Nee (75) du Vrai serviteur de Dieu.
Dans sa Théologie pastorale (1850), A. Vinet relevait comme qualités maîtresses du serviteur de Dieu le sérieux, la simplicité, l’esprit pacifique, la douceur, la loyauté et le désintéressement (42, p. 130-153). On peut y ajouter celles que R.E.O. White considère comme essentielles pour un bon ancien : l’énergie, l’initiative (opposée à l’inertie), un jugement sain (la sagesse dont parle Jacques 1.5), la capacité de tirer le meilleur des gens (comme Barnabas le « fils de l’encouragement »), une pensée claire, l’art d’unifier un groupe (A guide to pastoral care (Pickering and Inglis, London)).
La Didaché (fin Ier siècle) recommande : « Elisez-vous des évêques et des diacres dignes du Seigneur, des hommes doux, désintéressés, véridiques et éprouvés ; car ils remplissent, eux aussi, près de vous, le ministère des prophètes et des docteurs » (15.1-2).
Si l’ancien doit fonctionner au sein d’un collège presbytéral, l’aptitude à la collaboration avec d’autres est de première importance. Dans un article paru dans Leadership in the Churches (80, p. 58s), John Boyes énumère les caractéristiques d’un groupe d’anciens ou de diacres fontionnant de manière efficiente. Dans un tel groupe on trouve :
Un tel climat n’est pas facile à créer, et surtout à maintenir. Avec les années, un collège d’anciens qui n’a pas bénéficié de l’apport de « sang neuf » suffisamment énergétique pour remettre la procédure de prise de décision en question peut voir se développer un syndrome que Boyes appelle la « pensée de groupe ».
La « pensée de groupe » est caractérisée par les symptômes suivants :
J. Boyes préconise comme mesures pratiques pour éviter ce syndrome maladif :
Une question délicate se pose souvent dans les Eglises actuelles : un ancien — ou un diacre — dont un ou plusieurs enfants restent inconvertis ou se conduisent mal, doit-il démissionner ?
1. Nous avons dit plus haut que enfants « fidèles » (Tite 1.6) ne veut pas nécessairement dire : croyants. Le mot pista a les deux sens. C’est donc le contexte et le passage parallèle de 1 Timothée 3.4 (« qu’il tienne ses enfants dans la soumission ») qui commandent le choix entre les termes croyants et fidèles. Ici, Paul prend soin de préciser : « qui ne soient ni accusés de débauche ni rebelles (ou indisciplinés). » Des enfants peuvent parfaitement répondre à ces conditions sans avoir — encore — opté pour Jésus-Christ.
2. Il est difficile de fixer un âge où les enfants « devraient » s’être décidés à suivre Jésus-Christ, par conséquent, difficile de savoir le moment où un ancien devrait démissionner. Une telle exigence ferait peser sur les enfants des serviteurs de Dieu une pression malsaine, inconciliable avec le climat de liberté dans lequel Dieu voudrait que chacun prenne cette décision existentielle de sa vie. Cela équivaudrait à lui dire : « Si tu ne te convertis pas, tu seras responsable de la démission de ton père. »
3. Une vie droite, conforme à la Parole de Dieu a, certes, un grand pouvoir persuasif. Elle a, de plus, des promesses précieuses de bénédictions divines pour les descendants (Deutéronome 5.10 ; 7.9). Cependant, même ces bénédictions ne priveront pas les enfants des croyants de leur liberté de choix. Dieu aime et appelle, mais il ne force personne. Accuser des parents d’avoir raté l’éducation de leurs enfants parce que l’un ou l’autre se conduit mal est un manque d’amour et c’est souvent injuste.
4. Ce qui est déterminant, c’est que la condition posée par Paul s’applique au moment du choix de l’ancien : « Que tu établisses des anciens dans chaque ville s’il s’y trouve quelque homme irréprochable, mari d’une seule femme, ayant des enfants fidèles… » Elle constitue un critère — parmi d’autres que nous avons vus — permettant de sélectionner parmi des chrétiens qui n’ont jamais exercé la fonction, ceux qui offrent le plus de garanties de faire de bons anciens. Le but de cette condition est clairement indiqué dans 1 Timothée 3.4-5 : « Si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Eglise de Dieu ? » Si quelqu’un a su bien élever ses enfants et trouver la « voie dorée » entre la permissivité et la sévérité excessive pour ne susciter en eux ni licence ni révolte, il donne par là une preuve de sa sagesse dans les relations avec autrui. Les fonctions d’un ancien comportent un aspect éducatif pour lequel les expériences positives acquises dans le milieu familial constituent à la fois une préparation et un gage de réussite.
Lorsqu’un ancien est en place depuis un certain temps, il a eu le temps de donner de nombreuses preuves de sa capacité de « prendre soin de la maison de Dieu » (1 Timothée 3.5). Si son « échec » (peut-être seulement provisoire) avec l’un ou l’autre de ses enfants n’est confirmé par aucune carence importante de sa fonction d’ancien, il n’y a aucune raison pour priver l’Eglise du ministère d’un frère qui a fait ses preuves — et d’ajouter à sa souffrance la honte d’un discrédit public.
5. L’insistance de Paul sur cette condition dans les deux lettres devrait cependant faire réfléchir l’ancien qui se trouve dans ce cas : n’a-t-il pas négligé sa famille au profit d’activités diverses ? A-t-il suffisamment encouragé ses enfants à s’intégrer aux activités de jeunesse de son Eglise pour qu’ils y rencontrent d’autres jeunes qui veulent suivre le Seigneur afin de grandir entourés d’amitiés solides ?
L’Eglise aussi devrait s’interroger: le conseil des anciens n’a-t-il pas exigé de ce frère trop de temps et de forces, de sorte qu’il n’était plus suffisamment disponible pour ses enfants et leurs problèmes ? L’Eglise a-t-elle eu la vision du travail parmi les jeunes pour leur permettre d’évoluer dans un milieu qui les aide à construire leur vie sur des bases positives ?
Bien des jeunes grandissent aujourd’hui sans père (enfants de parents divorcés élevés par la mère, père toujours absent — au propre ou au figuré). On pourrait citer bien des exemples où un travail de jeunesse bien conçu avec des chefs valables (Flambeaux, Claires-Flammes) a permis à ces jeunes de devenir des chrétiens équilibrés et engagés. Il ne faut donc pas faire porter toute la responsabilité d’un échec aux seuls parents ou à leur engagement dans l’œuvre de Dieu.
En tenant compte de ces responsabilités partagées, ancien et conseil d’anciens devraient avoir un entretien en toute franchise et voir ensemble, devant le Seigneur, quelle serait la meilleure solution : si l’ancien est déchargé pour un temps des problèmes de la communauté, aura-t-il effectivement l’occasion de consacrer le temps gagné à la prière pour ses enfants et aux activités et entretiens avec eux ? Ne risque-t-il pas de se retirer de la vie d’Eglise d’une manière telle qu’un retour dans le corps des anciens sera difficile par la suite ? Ou bien les autres anciens devraient-ils libérer leur collègue de toute responsabilité qui demande l’exercice d’une autorité qui risque d’être contestée par une partie de l’Eglise ? Certains frères se sentiront peut-être poussés, à la suite de cet entretien, à entourer les enfants en danger, à prier pour eux avec plus de persévérance, à les inviter. A un certain âge, les jeunes sont plus réceptifs aux étrangers qu’à leurs propres parents. De toute manière, il faudrait que la décision, adaptée aux circonstances du moment, apparaisse de part et d’autre comme un geste d’amour envers le frère éprouvé et non comme une mesure de discipline.