Samuel Gobat était né en 1799 dans un village du Jura bernois. Après une première enfance pieuse, il s’éloigna peu à peu de la foi, préférant passer son temps à danser, à jouer aux cartes et à d’autres « divertissements frivoles » — tout en maintenant les apparences d’un garçon pieux et sage. Il raconte : « Un dimanche, pour plaire à mes parents, j’étais allé à l’église comme d’habitude. Je dormis pendant tout le service. L’après-midi, je dansai avec la jeunesse du village et je promis à quelques camarades de passer la nuit avec eux à jouer aux cartes. Mais au moment où je me glissais hors de la maison à l’insu de mes parents, je fus tout à coup saisi du sentiment de la présence de Dieu. Je rentrai et pris la Bible pour en lire quelque passage. Depuis des années, je ne l’avais plus lue que par obéissance envers mes parents. Lorsque je l’eus ouverte, le courage me manqua parce que je me sentais sous le poids de la colère de Dieu et me sentais indigne de lire sa sainte Parole. Tous les sophismes par lesquels j’avais étayé mon incrédulité étaient comme anéantis par ce sentiment de la présence de Dieu, et la Bible se retrouvait être pour moi la vraie et indubitable Parole de Dieu, mais, hélas ! à cette heure-là pour ma condamnation.
» Je me retirai dans ma chambre. Dès que je fus seul, je considérai mon état de perdition, puis peu à peu, je me mis à prier à peu près en ces termes : “O mon Créateur, on m’a enseigné dès mon enfance que tu as envoyé ton Fils dans le monde pour sauver les pécheurs et les rendre heureux. S’il en est réellement ainsi, veuille me révéler ce Sauveur, car je suis un pécheur perdu. Aie pitié de moi !” Mais plus je priais, plus mon angoisse s’accroissait. Je sentais qu’il n’y avait plus qu’un pas entre moi et la mort éternelle. Je croyais voir devant moi — était-ce en réalité ou seulement en imagination ? — trois mauvais esprits. Ce qui est certain, c’est que Satan était près de moi et me poussait au désespoir. Mon angoisse était terrible. Jusqu’à trois heures du matin, je demeurai dans les supplications et les larmes. Alors je vis — était-ce en réalité ou seulement en imagination ? — une quantité de rayons lumineux qui descendaient comme du plafond de ma chambre et se réunissaient tous à ma droite dans un vase de terre. A cette vue, les trois mauvais esprits reculèrent de quelques pas. Alors je rassemblai tout mon courage et je dis à Dieu les paroles de Jacob : “Je ne te laisserai point aller que tu ne m’aies béni ! Et si je dois périr, je veux périr ici à genoux en ta présence”. A ces mots, les trois mauvais esprits disparurent. Tout à coup, je sentis le poids de mes péchés enlevé et j’éprouvai une joie inexprimable. Je sentais la présence du Seigneur et la plénitude de son amour qui m’assurait avec une force divine du pardon de mes péchés et de ma réconciliation avec Dieu ».
Lorsque sa mère le trouva épuisé après cette nuit de combat, il fut d’abord tenté de lui répondre évasivement, mais, rassemblant son courage, il lui raconta ce qui s’était passé. Ce fut l’occasion, pour elle comme pour son mari de trouver aussi l’assurance du pardon de ses péchés, comme ce fut le cas pour d’autres frères et sœurs. Après avoir dormi quelques heures, il vit par la fenêtre une dizaine d’anciens camarades réunis. Il demanda à Jésus la force de leur rendre témoignage. Malgré sa timidité, il courut vers eux et leur raconta sa nuit mémorable en leur disant qu’il se séparait d’eux — à moins que quelques-uns veuillent suivre le même chemin que lui. Il s’attendait à des railleries, mais au bout d’un moment de silence, l’un des boute-en-train de la troupe lui dit : « Tu as raison, je le sais, mais je ne peux pas te suivre pour le moment ». Deux ans plus tard, ce garçon se convertit et devint l’occasion d’un réveil dans sa région.
Peu après sa conversion, Samuel se mit à lire les nouvelles des Missions. En priant pour les Juifs et les païens, il ressentit le désir de se consacrer à l’œuvre missionnaire, demandant à Dieu de lui montrer si ce désir correspondait à sa volonté. En rentrant chez lui après avoir présenté cette prière à Dieu, il trouva une dame qui lui demanda tout à coup s’il ne voudrait pas devenir missionnaire. Sur sa réponse positive, elle écrivit sans tarder à la Maison des Missions de Bâle. Trois semaines plus tard, il reçut une lettre lui annonçant qu’il était admis pour la prochaine session. Sa formation eut lieu à Bâle, Paris et Londres, puis il fut envoyé en Palestine et en Egypte. Son véritable champ d’activité fut l’Abyssinie, avant qu’il soit nommé évêque de Jérusalem.6
6 D’après A. Rollier : Samuel Gobar, sa vie et son œuvre Bâle 1885.
Ernst Modersohn dirigeait la maison d’accueil de Bad Blankenburg. Un jour, il vit arriver une institutrice de Silésie avec des yeux si tristes qu’il se mit à prier instamment pour que Dieu lui ôte ces yeux tristes. Un jour, au café de l’après-midi, l’un des hôtes raconta comment il s’était converti. Notre institutrice lui demanda : « Vous étiez si mauvais que vous avez dû vous convertir ? — En fait, nous devons tous nous convertir un jour ou l’autre. — Sûrement pas moi : mes supérieurs me rendent le meilleur témoignage. Je n’ai certainement pas besoin de me convertir ». La conversation se poursuivit avec des arguments de part et d’autre. « A la fin, dit Modersohn, Mademoiselle Hanisch vint vers moi et me demanda mon avis. Je ne pus que confirmer la nécessité de ce changement radical. — Peut-être ce changement a-t-il eu lieu pour moi lors de ma confirmation. — Votre “peut-être” me fait penser que vous n’en êtes pas trop sûre. — Il faut que je réfléchisse ».
Mais cette réflexion ne l’amena pas à penser qu’il lui manquait peut-être quelque chose d’essentiel. Au contraire, elle se cabra contre la parole entendue et, un jour, j’ai entendu qu’elle avait pris ses cliques et ses claques et était partie à Iéna. « Si elle revient ce soir ici, nous voulons en conclure que le Seigneur veut la convertir ici ». Elle fut de retour le soir même. « Vous savez ce qui vous attend ici ? Nous avons demandé votre retour comme un signe que Dieu veut vous convertir à Blankenburg. — Ne vous faites pas d’illusions à ce sujet ! ».
« Ses vacances touchaient à la fin. Un matin, elle vint dans mon bureau : “C’est un temps terrible que j’ai vécu ici : vous m’avez pris tout ce qui constituait mon fondement : ma piété, mon zèle, tout ! Je me sens plus pauvre et plus misérable que jamais dans ma vie. — Cela me réjouit, lui dis-je. — Comment, éclata-t-elle, cela vous réjouit ! — Oui, car aussi longtemps que vous étiez pieuse et zélée à vos propres yeux, le Seigneur ne pouvait rien faire pour vous. Mais se sentir pauvre et misérable est la bonne disposition pour venir à Jésus. N’a-t-il pas dit : “Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos” ? — Pensez-vous qu’il puisse m’accepter dans cet état ? — Je ne le pense pas : j’en suis certain, car il a dit : “Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi”. Je lui ai exposé encore plus précisément le chemin du salut, puis nous nous sommes agenouillés tous deux. Et là, il se passa quelque chose de merveilleux : lorsque nous avons commencé à prier, elle avait toujours ses yeux tristes et lorsque nous nous sommes relevés ses yeux brillaient de bonheur. “Je n’ai pas besoin de vous demander si le Seigneur vous a acceptée et s’il a exaucé votre prière. — Non, je sais que Jésus accueille les pécheurs et il m’a accueillie”.
» Elle est rentrée avec des yeux épanouis. Lorsque le directeur de l’école l’a saluée le jour de la rentrée, il lui a dit : “Je vois que les vacances vous ont fait beaucoup de bien. — Oui ce fut un bon temps. — Vous savez à qui vous me faites penser ? — A une fiancée. — C’est vrai, je me suis fiancée pendant ces vacances. — Alors on peut vous féliciter ? — Pas précisément : je me suis fiancée au Seigneur Jésus. — Ah bon !”, et il se détourna pour saluer d’autres collègues.7
7 D’après H. Bruns Ernst Modersohn Giessen-Basel, Brunnen Verlag 1953 p. 58-61.