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QU’ARRIVA-T-IL SUR LA CROIX ?

Chez tous les bijoutiers du monde on offre des croix, de New York à Rome. Les vêtements ecclésiastiques sont généralement ornés de croix, devant et derrière. Les églises ont des croix partout, en pierre, en bois, en ciment, en bronze ou en fer. Parfois, à la fin de l’année, certains immeubles en Amérique ont leur façade illuminée par une croix formée par des fenêtres éclairées. Les croix gigantesques se voient à des kilomètres.

Que signifie donc la croix de Jésus ? Si nous interrogeons un passant, dans la rue, il répondra sans doute : « Je pense que c’est le symbole du christianisme », ou bien : « Jésus fut un martyr cloué sur une croix. » On vous dira peut-être que c’est un mythe. Un passionné d’Histoire vous dira que c’était un mode d’exécution de la justice romaine.

Le poète Thomas Victoria donne sa réponse à cette question. Il imagine ce que Jésus aurait pu exprimer sur la croix. Il le représente crucifié, entouré par la foule fascinée par sa mort.

Jésus les regarde et dit :

« Le bois de la croix est si doux
Et si doux sont les clous,
Puisque je meurs pour vous. »

L’apôtre Paul exprime une pensée voisine quand il écrit : « A peine mourrait-on pour un juste ; quelqu’un, à la rigueur, donnerait sa vie pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous en ce que, alors que nous étions encore des pécheurs, le Christ est mort pour nous » (Romains 5.7, 8).

Saint Paul résume ainsi le message qu’il fit entendre aux habitants de la cité marchande de l’Antiquité, Corinthe : « Je n’ai pas voulu prêcher autre chose parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié » (1 Corinthiens 2.2).

Le Corinthien moyen que l’on aurait interrogé sur la croix aurait répondu comme le ferait aujourd’hui un citoyen moyen d’une ville d’Amérique ou d’une autre partie du monde. La ville de Corinthe était célèbre par son immoralité et sa dépravation. Ce n’était pas l’endroit idéal pour y élever des enfants. Les Corinthiens étaient intelligents, corrompus sexuellement et pensaient sans doute que la prédication de la croix était insensée, ridicule et même stupide, Saint Paul, en y réfléchissant, écrit : « La folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Corinthiens 1.25).

A Corinthe, la prédication de la croix était un scandale pour les Juifs et une stupidité pour les Grecs. Les philosophes avaient une telle confiance en leurs capacités mentales qu’ils croyaient pouvoir dévoiler les mystères de Dieu : Saint Paul, cependant, considère l’homme naturel (il entend par là celui qui n’est pas habité par l’Esprit de Dieu) comme incapable de comprendre les choses de Dieu. Il pense que le péché oblitère notre compréhension de la vérité au point de nous empêcher de reconnaître la vérité qui concerne Dieu.

L’Esprit de Dieu, au préalable, ouvrira notre intelligence si nous voulons comprendre ce que la Bible dit de la croix : que notre séparation d’avec Dieu a pour conséquence le recouvrement de notre intelligence par une sorte de voile.

La croix paraît ridicule à l’homme qui reste à « l’extérieur », mais pour ceux qui ont fait l’expérience de sa puissance transformatrice, elle est devenue le seul remède capable de guérir les maux dont souffre tout homme, aussi bien que ceux du monde entier.

Pourtant, malgré cette puissance qu’il possède, l’Evangile du Christ crucifié reste sans intérêt pour des millions d’hommes. Ce fait a été analysé par saint Paul en ces termes : « Où est le sage ? où est le scribe ? où est le critique de ce monde ? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? Car, puisque le monde, avec sa sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication » (1 Corinthiens 1.20-21).

Comment pouvons-nous traiter de folie le message de la croix ? Avons-nous si bien réussi dans la conduite de nos vies personnelles, de notre famille, de notre société que nous puissions nous prétendre des sages ? Il est temps de renoncer à nos prétentions à la sagesse intellectuelle et d’avouer que nos plus grands esprits sont déconcertés devant les problèmes de la vie.

Dieu peut merveilleusement changer des hommes et des femmes par le message proclamant la croix. Il sait diagnostiquer la maladie dont nous souffrons, et y porter remède, efficacement. Il nous offre sa sagesse à la place de nos échecs.

Dans notre vie quotidienne, nous utilisons un tas d’instruments dont nous ne comprenons pas le fonctionnement, Nous tournons le robinet de notre lavabo sans réfléchir à la manière dont l’eau a été captée et transportée jusqu’au tuyau le long de nos murs. Et que dire d’une ordonnance de notre médecin ? Illisible, nous ne la discutons pas. Nous payons ce que le pharmacien nous demande, en pensant peut-être que c’est trop cher, mais nous faisons confiance à la science et au bon vouloir du docteur.

Ainsi nous ne sommes sans doute pas capables de comprendre la signification profonde de la croix, mais elle peut nous guérir quand même, car la Bible, avec le poids de son autorité, y voit la réponse au problème de notre péché.

Qu’est-il arrivé sur la croix ?

La croix est au centre de la vie et du ministère de Jésus-Christ. Certains théologiens ont pensé que Dieu n’avait pas prévu la mort du Christ, et a dû adapter ses plans aux circonstances. La Bible enseigne très clairement que la croix n’a pas été une surprise pour Dieu. Le Christ a été « livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu » (Actes 2.23).

Dieu a décidé de vaincre par la croix Satan, le fourbe usurpateur, occupant sans titre la terre. Quand Satan, au moyen de ses fallacieuses promesses, a séparé l’homme de son Créateur, dans le jardin d’Eden, il fut plus qu’un séducteur. Mystérieusement il acquit une sorte de pseudo-souveraineté sur l’homme. Et, comme il redoutait l’intervention du Christ, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour interrompre son ministère : il déchaîna contre lui les attaques les plus féroces, et le fit assassiner. Mais Satan fut pris à son propre piège. Il n’avait pas compris que Dieu aimait l’homme si intensément qu’il était prêt à laisser son Fils être la victime de l’arrogante violence des forces démoniaques. Satan fit un mauvais calcul. Il n’avait pu concevoir l’infinie grandeur de l’amour de Dieu et la sagesse de son plan.

La puissance de Satan fut détruite à la croix. « Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3.8).

Quel coup porté à Satan ! Certes il peut encore faire illusion, et ses astuces sont toujours redoutables, mais la victoire que Jésus a remportée sur lui à la croix garantit sa destruction. « Il anéantit celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable » (Hébreux 2.14). Ainsi la plus grande défaite de l’Histoire est, en dépit des apparences, la plus grande victoire.

Par la croix, Dieu n’a pas seulement vaincu Satan, il a réconcilié l’homme avec lui-même. Le Christ a délivré les esclaves que Satan avait asservis et les a réconciliés avec lui. La Bible décrit ainsi le plan de libération élaboré par Dieu : « Nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu’aucun des chefs de ce monde n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire » (1 Corinthiens 2.7-8).

La croix révéla un éternel secret : « Le mystère qui a été caché pendant des siècles, mais manifesté maintenant » (Romains 16.25-26).

S’il a été possible qu’un seul homme, Adam, mène l’humanité à la ruine, n’est-il pas possible qu’un homme la rachète ? C’est ce qu’affirme la Bible : « Comme tous meurent en Adam, de même tous revivront dans le Christ » (1 Corinthiens 15.22).

Ce que la croix a coûté

Nous sommes des hommes remplis d’émotions, de désirs et de craintes, comment pourrions-nous concevoir, même de très loin, en tirant au maximum sur notre imagination, ce que Dieu a ressenti quand il a permis à son fils d’aller jusqu’à la croix ? S’il avait pu pardonner nos péchés par un autre moyen, s’il avait pu résoudre autrement les problèmes du monde, Dieu n’aurait pas permis à Jésus de mourir.

Dans le jardin de Gethsémané, la veille de sa mort, Jésus pria dans la nuit : « Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi » (Matthieu 26.39), en d’autres termes : S’il y a un autre moyen de racheter l’homme, mon père, trouve-le ! Il n’y avait pas d’alternative. Et il dit alors : « Non pas ma volonté, mais la tienne » (Matthieu 26.39).

Il est important de savoir qu’en priant ainsi Jésus n’envisageait pas seulement le fait de sa mort. Il était l’unique, sa mort le fut aussi. Ce qui s’est passé pour lui quand il est mort n’est arrivé et n’arrivera pour personne d’autre. Pour saisir cette vérité, il est nécessaire d’étudier la révélation de Dieu qui prépara le ministère terrestre du Christ : l’Ancien Testament.

La religion orthodoxe juive est fondée sur la grâce de Dieu. La relation que Dieu établit avec Israël est une alliance spécifiant que les Israélites seront son peuple et que lui sera leur Dieu (Deutéronome 7.6). Comment, dans ce type de relation, Israël pouvait-il exprimer son amour pour son Dieu ? En faisant exactement sa volonté, précisée dans la loi de l’Ancien Testament. Mais il est impossible d’obéir en tous points à la loi et d’éviter de la violer, c’est-à-dire de pécher ; car, en effet : « Le péché, c’est la transgression de la loi » (1 Jean 3.4).

Les sacrifices offerts dans le Temple ont été institués par Dieu pour montrer concrètement comment la culpabilité et la punition d’un coupable pouvaient être transférées d’une personne sur une autre. Dans l’Ancien Testament, on voit ainsi un animal innocent porter symboliquement la punition du coupable en étant tué.

Pourquoi Dieu a-t-il sciemment donné à son peuple une loi impossible à exécuter ? La Bible nous fait comprendre que la loi fait office de miroir. En la regardant, nous découvrons ce qu’est la justice parfaite. Les Dix Commandements décrivent la vie agréable à Dieu. Si nous sommes séparés de Dieu par le péché, la loi nous fait prendre conscience de ce péché en nous faisant constater notre condition spirituelle véritable. Le miroir ne nous renvoie pas une image très attrayante !

Le péché constitue une dette qu’il faut rembourser. C’est pourquoi, dès l’origine, Dieu a institué le système des sacrifices au moyen duquel nous pouvons retrouver une relation satisfaisante avec Dieu. Dans l’Ancien Testament, les coupables apportent des animaux pour les offrir à Dieu. Ces sacrifices sont, en quelque sorte, l’ombre de la réalité du grand sacrifice futur.

Moïse prescrit, dans le chapitre 4 du Lévitique, le sacrifice que doit offrir un chef quand il est coupable, Il se déroule en sept étapes :

  1. « Si c’est un chef qui a péché…
  2. il offrira en sacrifice un bouc
  3. mâle sans défaut.
  4. Il posera sa main sur la tête du bouc,
  5. qu’il égorgera… ; c’est un sacrifice d’’expiation.
  6. Le sacrificateur prendra avec son doigt du sang de la victime expiatoire, et il en mettra sur les cornes de l’autel…
  7. Ainsi le sacrificateur fera pour ce chef l’expiation de son péché, et il lui sera pardonné » (v. 22-26).

Notez le déroulement des opérations. L’homme a péché et a besoin du pardon de Dieu. Il amène un animal, en parfait état, au prêtre. Il pose ses mains sur la tête de la victime.

Symboliquement, ce geste signifie que la faute et son châtiment sont transférés sur l’animal. Le sacrifiant égorge alors la victime en sacrifice d’expiation et le prêtre marque l’autel avec un peu de sang versé.

Quelle est la signification de tout cela ? C’est l’expiation qui décharge le pécheur de sa faute. La relation rompue entre l’homme et Dieu est rétablie par « l’expiation », et l’homme est « pardonné » par Dieu.

Les sacrifices étaient une sorte de démonstration pédagogique, visuelle, expliquant aux hommes la possibilité de transférer sur quelqu’un d’autre la punition, conséquence de la faute. Certes, le transfert était seulement symbolique, car « il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte le péché » (Hébreux 10.4). Mais Dieu pardonnait les péchés d’Israël par anticipation : il comptait d’avance ce qu’il ferait à la croix. Jésus, « après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu » (Hébreux 10.12).

Dieu n’a pas institué ce système parce qu’il était sanguinaire ou injuste. Il voulait que nous comprenions de cette manière deux vérités fondamentales : d’abord l’horreur du péché et ensuite la valeur de la croix sur laquelle Dieu lui-même satisferait aux exigences de sa justice absolue. « Il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, non pas avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle » (Hébreux 9.12).

Quand le Christ a expié le péché, il a pris la place des hommes et des femmes coupables. Si Dieu avait déclaré nul le péché par décret divin, en publiant à travers l’univers une sorte de document céleste, sans une expiation impliquant honte, agonie, souffrance et mort du Christ, alors on pourrait penser que Dieu est indifférent en face du péché. Nous serions enclins à persévérer dans le mal et la terre deviendrait un enfer.

Dieu, par la souffrance de Jésus, participe lui-même à l’acte expiatoire. Le péché a percé son cœur. Il a ressenti la douleur de chaque clou et du coup de lance. Dieu souffrit de la chaleur du soleil. Il fut blessé par les sarcasmes de la foule et les coups des bourreaux. Sur la croix, nous voyons l’amour de Dieu souffrant en portant sur lui la culpabilité du péché de l’homme. Cet amour est seul capable de fondre le cœur du pécheur et de l’amener à la repentance et au salut. « Celui qui n’a point connu le péché, il (Dieu le père) l’a fait devenir péché pour nous » (2 Corinthiens 5.21).

Le sens de la communion

Bien des gens ne comprennent pas le sens de la communion. Pour eux, le service de communion, l’Eucharistie, n’a pas de signification mystique. Pourtant ce rite concerne la croix. En l’instituant, Jésus se compare à l’agneau qu’on offrait en sacrifice expiatoire et dit à ses disciples et à tous ceux qui croient en lui : « Ceci est mon corps brisé pour vous. » C’est, symboliquement, ce qu’il a fait sur la croix. Quand la coupe est offerte, l’accent est mis sur le fait que son sang est versé pour le pardon des péchés. Les éléments, le pain et le vin, nous font comprendre la réalité de l’expiation et du pardon. Nous pouvons les toucher, les goûter, les voir. Nous avons le pain dans notre main et le Christ dans le cœur. Nous tenons la coupe, mais nous avons la joie du pardon par le sang du Christ dans notre cœur.

John Duncan, un des plus célèbres théologiens écossais, était professeur à New College, à Edimbourg. Un jour, à l’occasion d’un culte de Sainte Cène, lorsque l’on présenta les éléments à une jeune fille de seize ans, celle-ci se tourna vers l’officiant pour lui faire signe qu’elle ne voulait pas boire de la coupe. John Duncan, voyant ce qui se passait, étendit son bras, toucha l’épaule de la jeune fille et lui dit tendrement : « Prends-la, ma petite, c’est destiné aux pécheurs ! »

Comment comprendre ?

Le mystère de la mort du Christ dépasse notre entendement. On ne peut imaginer les profondeurs de l’amour d’un Dieu qui donne son fils pour payer un prix si atroce ; comment un esprit humain pourrait-il sonder cet abîme ? Nous devons accepter ce fait par la foi, ou bien conserver sur nos épaules le fardeau de notre culpabilité. Nous ne pourrions jamais expier nos propres péchés, il nous faut donc accepter ce que le Christ a fait pour nous. Notre salut est accompli par le Christ, nous devons l’accepter par la foi, à la gloire de Dieu.

Le Christ a pris sur lui le châtiment que nous méritions.

Mon associé et ami Cliff Barrows m’a raconté une histoire illustrant cette vérité. Il lui arriva, un jour, de prendre sur lui la punition méritée par ses enfants désobéissants. « Ils avaient fait quelque chose de défendu, alors je les ai avertis que s’ils recommençaient je devrais les punir. En rentrant chez moi, après mon travail, j’ai découvert qu’ils n’avaient pas écouté ce que j’avais dit et ils avaient recommencé. J’en ai été tout retourné, mais je n’avais pas le courage de les punir. »

Tout père qui aime ses enfants comprendra le dilemme de Cliff. Souvent nous avons été dans le même cas, en face de nos enfants. Alors voilà ce qu’il a fait : « Bob et Bettie étaient jeunes ; je les ai appelés dans ma chambre, j’ai enlevé ma chemise, ai pris ma ceinture, et je me suis agenouillé, torse nu, au pied de mon lit, Je leur ai donné l’ordre de me donner dix coups de ceinture, chacun. Tu aurais dû voir couler les larmes ! Pas les miennes. Ils ne voulaient pas me frapper. Mais je leur ai dit que toute faute méritait salaire, et malgré leurs sanglots ils durent me battre. »

Cliff souriait quand il me raconta l’incident. « Je dois admettre que ça faisait mal. Je n’ai d’ailleurs jamais recommencé, mais je n’ai plus jamais eu à les punir, non plus, car ils ont retenu la leçon. Nous nous sommes embrassés et nous avons prié ensemble. »

De façon infiniment plus incompréhensible, au-delà de ce que ressentent nos cœurs et nos esprits, nous savons que le Christ a payé le châtiment mérité par nos péchés, passés, présents et futurs.

Il est mort sur la croix pour cela !

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