Abraham l’ami de Dieu

8
Melchisédek

(Genèse 14.17-24)

Les heures de victoire sont souvent des heures décisives où notre vie prend l’une ou l’autre orientation. Après la victoire sur Kedorlaomer, Abram voit venir deux personnages très différents qui veulent l’honorer : Melchisédek et le roi de Sodome. Heureusement que Melchisédek est venu en premier pour le fortifier pour la tentation que représentait le roi de Sodome. Nous pouvons aussi être tentés de tirer des avantages très personnels des victoires que le Seigneur nous accorde. Nous avons besoin de nous laisser fortifier par les nourritures célestes pour tenir ferme contre la tentation.

Nous ne lisons rien d’un remerciement de la part de Loth. Par contre, Melchisédek, roi de Salem, exprima sa reconnaissance pour l’action d’éclat accomplie par Abram en lui apportant du pain et du vin pour le sustenter et en le bénissant au nom d’El-Elyon, le Dieu Très-Haut, créateur des cieux et de la terre (v. 19) dont il était prêtre. « Ces paroles qui bénissent Abram attirent notre attention sur la promesse originelle de bénédiction dans Genèse 12.2-3. Puisqu’elles sont prononcées par le roi de Salem, une autre promesse s’accomplit : le nom d’Abraham sera connu parmi les nations » (J. Goldingay, p. 8).

Abram le reconnut comme un adorateur de l’Eternel (v. 22) et, à ce titre, il lui donna la dixième part de son butin. C’est par la révélation générale que Melchisédek était arrivé à connaître Dieu (cf. Romains 1.19-20). Sa prêtrise sera reconnue comme supérieure à la prêtrise lévitique instituée parmi les descendants d’Abram (Psaume 110.1, 4), et préfigurera la prêtrise éternelle de Jésus-Christ (Hébreux 7.15-17).

Hébreux 7.2 dit que « le nom de Melchisédek signifie ‘roi de justice’. Ensuite, il est roi de Salem, ce qui veut dire : roi de paix ». Par ces deux traits, il était une préfiguration de Jésus-Christ. Il était, de plus, « prêtre du Dieu très-hauté » (Hébreux 7.1). Durant toute l’ancienne alliance, les fonctions de roi et de prêtre étaient séparées (cf. 2 Chroniques 26.18). Elles ne sont unies qu’en Melchisédek et en Christ (Zacharie 6.13). La bénédiction qu’Abram reçut avant qu’apparaisse le roi de Sodome a donné à Abram la force de résister à la proposition que ce roi lui fit. Abram, spontanément, donna la dîme de ses biens à Melchisédek.

La rencontre avec Melchisédek

Apparemment, il existait encore, en dehors de la lignée d’Abram, des hommes pieux, adorateurs du Dieu Très-Haut. Si Melchisédek était roi et prêtre à Salem, il devait aussi y avoir des sujets soumis à sa prêtrise qui adoraient Dieu comme lui.

Melchisédek est cité par l’un de ses successeurs sur le trône de Salem : David. A son époque, l’espérance se concentrait sur le Roi-Prêtre qui devait venir : le Messie. David annonce : « L’Eternel l’a juré, il ne reviendra pas sur son engagement : ‘Tu seras prêtre pour toujours selon la ligne de Melchisédek’ » (Psaume 110.4), c.-à-d. roi et prêtre. Les deux offices étaient strictement séparés durant toute l’ancienne alliance. Lorsque le roi Ozias « fut devenu puissant, son cœur se gonfla d’orgueil, ce qui entraîna sa perte. Il fut rebelle à l’Eternel son Dieu, car il pénétra dans son Temple pour offrir des parfums sur l’autel des parfums ». Or, « seuls les prêtres avaient le droit d’offrir l’encens (Nombres 3.10 ; 17.5 ; 18.7 ; 1 Chroniques 23.13). Peut-être Ozias voulait-il imiter les rois païens environnants qui étaient à la fois rois et prêtres » (note de la BS). La prophétie de David annonçait que ces deux offices séparés seraient réunis dans la personne du Messie, roi de justice et de paix, et prêtre pour toujours.

Abram devait être affamé et fatigué en revenant de sa bataille. Dieu veut le réconforter, et il a inspiré à Melchisédek l’idée de lui apporter du pain et du vin. Il savait aussi qu’une bataille plus grande l’attendait : celle contre son propre cœur lorsque le roi de Sodome viendrait avec sa proposition alléchante. C’est pourquoi il veut le fortifier d’abord par l’un de ses fidèles serviteurs.

Abram reconnaissait la validité de la prêtrise de cet adorateur du Dieu très-haut (première mention de ce titre dans l’Ecriture), Créateur et Souverain des cieux et de la terre, et il lui offre la dîme de ses biens.

L’auteur de l’épître aux Hébreux, pour démontrer la supériorité de la prêtrise du Christ sur celle des prêtres juifs, se réfère à ce don de la dîme d’Abram à Melchisédek : « Remarquez quel rang éminent occupait cet homme pour qu’Abraham, le patriarche, lui donne la dîme de son butin » (7.4). « Melchisédek, qui ne figure pas parmi les descendants de Lévi, a reçu la dîme d’Abraham. En outre, il a invoqué la bénédiction de Dieu sur celui qui avait reçu les promesses divines. Or, incontestablement, c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur » (v. 6). Les prêtres lévitiques descendants d’Abraham étaient encore « en lui » lorsqu’il a reconnu la supériorité de Melchisédek en lui versant la dîme (v. 9-10). Si Melchisédek était une préfiguration du Christ, cela démontre la supériorité du Christ sur ces prêtres lévitiques.

Dans un certain sens, Jésus-Christ fut un prêtre selon la ligne de Melchisédek (Psaume 110.4), mais Hébreux 7.3 dit que c’est lui qui fut rendu « semblable au Fils de Dieu ». C’est le Christ qui est l’archétype. De toute éternité, il avait les caractéristiques de Melchisédek : sans origine et sans fin, prêtre pour toujours. Ce roi de Salem fut en quelque sorte une anticipation du prêtre-roi Jésus-Christ.

La prêtrise d’Aaron fut instituée pour le peuple d’Israël, mais Lévi, l’ancêtre des prêtres juifs, était encore dans les reins d’Abraham lorsque celui-ci a donné la dîme à Melchisédek (Genèse 14.20 ; Hébreux 7.4), reconnaissant en quelque sorte la supériorité de sa prêtrise – qui représentait celle du Christ. De plus, Melchisédek était roi – ce qu’aucun prêtre lévitique n’a été. Il était par ce trait une anticipation de Celui qui sera un jour le Roi de justice et de paix (Hébreux 7.2) et le Roi des rois.

Jésus-Christ n’était pas un prêtre selon l’ordre d’Aaron. Il ne pouvait donc pas officier dans le Temple. Et, l’épître aux Hébreux nous dit que c’est une prêtrise éternelle (Hébreux 7.3).

A la lumière d’Hébreux 7.1-10, devons-nous voir ici dans l’apparition de Melchisédek une christophanie (apparition du Christ) ou bien était-il un personnage historique ?

F.F. Bruce répond : « Hébreux 7.3 dit que Melchisédek a été ‘rendu semblable au Fils de Dieu’ ; à la lumière de cette déclaration, nous pouvons écarter l’idée d’une christophanie. Le Fils de Dieu n’a pas pu être ‘rendu semblable’ à lui-même. Nous devrions voir en Melchisédek un personnage historique, vivant dans la première partie du second millénaire av. J.-C. ; il était roi de Salem, ville de Canaan, et prêtre du Dieu Très-Haut (nom sous lequel le Créateur était désigné là-bas).

« D’après notre récit, nous voyons simplement en Melchisédek l’un des derniers représentants de la croyance monothéiste primitive qu’il partage encore avec Abram. En effet, le Dieu Très-Haut qu’il adore est reconnu par Abram comme un seul et même Dieu, celui que lui-même adore sous le nom de YavHe (v. 22). C’est au représentant vénérable de cet ancien ordre de choses qu’Abram, l’initiateur de la nouvelle économie, paie la dîme. Le sacerdoce que Melchisédek exerçait, il le tenait de sa piété personnelle ; et c’est sous ce rapport que l’épître aux Hébreux le compare à Jésus, qui, lui aussi, n’était pas sacrificateur par droit d’hérédité, mais par la ‘puissance de la vie indestructible qui était en lui’ (Hébreux 7.16). De plus, dans le Psaume 110, Melchisédek est présenté comme le type du Messie, parce qu’il réunissait les deux charges de la royauté et de la sacrificature, qui restèrent strictement séparées par la loi durant tout le cours de l’ancienne alliance » (Bible annotée, p. 212).

« La figure historique de Melchisédek est également une préfiguration du Messie ; cela veut dire que les actes et les paroles de Melchisédek, le roi de Salem du temps d’Abram, sont un prologue, une promesse qui ne trouvera son accomplissement qu’en Jésus-Christ.

» Melchisédek était un prêtre d’El Elyon. El était le nom par lequel les Babyloniens, les Assyriens, les Phéniciens et d’autres peuples invoquaient Dieu. L’Hébreu appelle Dieu ‘El’ ou ‘Elohim’ lorsqu’il veut désigner le Dieu de l’univers, celui des peuples et du monde physique. El Elyon signifie : ‘le Dieu très-haut’. La traduction ‘le plus haut Dieu’ mène sur une fausse piste, car le ‘Dieu très-haut’ n’est pas ‘le plus haut’ comparé à d’autres dieux, mais ‘l’Unique absolu’.

» Au milieu du paganisme cananéen, Melchisédek est monothéiste, il est un représentant de la foi originelle en un seul vrai Dieu, comparable à Hénoc et Noé qui vivaient dans la proximité de Dieu : ils ‘marchaient avec Dieu’ (Genèse 5.22, 24 ; 6.9). Melchisédek vivait encore dans la relation avec Dieu des premiers temps, du temps de la religion primitive qui s’était maintenue à Jérusalem malgré tout le paganisme » (H. Bräumer, 1. Mose (2), p. 90-92).1

1 Pourquoi cet épisode avait-il une si grande importance pour l’auteur de l’épître aux Hébreux ? Voir l’entrée Genèse 14.18-20 dans l’EDB I.

L’offre du roi de Sodome (Genèse 14.21)

Pourquoi le roi de Sodome a-t-il fait cette offre à Abram ? Nous ne le savons pas. L’une de ses motivations pouvait être la peur : ce guerrier puissant qui avait vaincu les quatre rois élamites pouvait se retourner contre eux et les soumettre à son joug (et à son tribut). Alors, autant avoir de bonnes relations avec lui. Si Abram lui laissait les personnes, il reconnaissait déjà sa souveraineté sur elles ; le butin le paierait pour sa peine.

Il faisait appel à un point sensible d’Abram : sa richesse et son influence. S’il acceptait ce cadeau, il deviendrait l’homme le plus riche de la région. Mais Abram s’est peut-être souvenu des cadeaux du pharaon qui ont été une cause de difficultés pour lui (entre autres, de la séparation d’avec Loth).

Pourquoi Abram a-t-il refusé les biens que le roi de Sodome lui offrait ? « Je ne prendrai rien… pour que tu ne puisses pas dire : J’ai enrichi Abram » (14.23). Il reconnaissait que seule l’aide de Dieu lui avait permis de remporter cette victoire. Il ne voulait pas que l’appât du butin ternisse la gloire de Dieu et son témoignage auprès des habitants du pays. Jusqu’à présent, c’était Dieu qui lui avait accordé toutes ses richesses. Devait-il accepter d’en devoir une partie au roi de Sodome ? De plus, sa foi lui faisait espérer que bientôt, tout le pays lui appartiendrait. – Abram veut garder une totale indépendance vis-à-vis du roi de Sodome : accepter un cadeau, c’est toujours devenir débiteur de celui qui vous l’offre. Abram veut seulement être débiteur de l’Eternel.

« Les temps de grands succès sont souvent le signal d’une grande tentation » (F.B. Meyer). On peut établir le parallèle entre la proposition du roi de Sodome et la tentation de Jésus lorsque le diable lui offre tous les royaumes de la terre en échange d’un simple acte de soumission. Abraham et notre Seigneur ont refusé de devoir quoi que ce soit à l’ennemi.

« Peut-être n’est-ce pas l’argent qui nous tente. Cela peut aussi être le statut, le prestige ou l’influence dans un cercle donné. Si nous sommes prêts à adapter notre attitude ‘inflexible’ ou à abaisser nos normes ‘déraisonnables’, à nous rapprocher quelque peu de la manière dont les non-chrétiens voient les choses, alors nous pouvons être vraiment ‘in’, réellement acceptés comme l’un des leurs, et toutes sortes d’enrichissements peuvent venir à nous – c’est du moins ce qu’on nous laisse à entendre. Tout cela semble si raisonnable que seul l’œil de la foi peut percevoir le piège » (D. Jackman, p. 61).

Mais Abram reste réaliste : d’autres que lui peuvent ne pas endosser ses principes, et il ne veut pas les y obliger ; c’est pourquoi il les laisse se servir de ce que le roi de Sodome propose.

Questions

  1. Quel exemple nous donne Melchisédek ?
  2. Notre Seigneur est aussi « roi de justice et de paix ». Qu’est-ce que cela implique pour nous ?
  3. Que signifie pour nous la prêtrise de Jésus-Christ ?
  4. Comment réagissons-nous aux offres du « roi de Sodome » ? Quelle forme concrète ces offres peuvent-elles prendre dans notre vie ?

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant