La Babylone de Nabuchodonosor s’étendait sur 1012 ha ; elle était plus grande que les villes antiques construites plus tard (sauf Rome). Un mur extérieur de 27 km l’entourait ; il était assez large pour que des chars puissent y circuler et se croiser. Rien que pour le mur de défense nord, on estime qu’il fallut 164 millions de briques. Les célèbres « jardins suspendus », l’une des Sept Merveilles du monde antique, étaient des terrasses soutenues par des voûtes et plantées de toutes sortes d’arbres, de buissons et de plantes fleuries. Ils devaient rappeler à l’épouse du roi sa Médie natale. La ville intérieure, occupant environ 205 ha, était défendue par trois murs et un fossé.
Dieu avait demandé par le prophète Jérémie au peuple de Juda exilé : « Construisez des maisons et installez-vous y, plantez des jardins et mangez-en les fruits… Recherchez la prospérité de la ville où je vous ai déportés et priez l’Eternel en sa faveur, car de sa prospérité dépend la vôtre » (Jérémie 29.5, 7).
Ceux qui ont suivi ce conseil n’avaient pas à s’en plaindre. On a retrouvé les archives d’une famille Murachou qui avait créé une banque internationale et une société d’assurances, de location et de prêt de meubles et d’immeubles à Nippour, avec des succursales dans tout le pays. Ils se sont fait une situation enviable à partir de 587 av. J.-C. Leur banque a subsisté jusque sous le régime persan. Leurs archives contiennent des documents de transactions très diverses faites avec des fermiers, des concessionnaires de canaux et des esclaves, ils s’occupaient aussi de contrats entre les Juifs et les Babyloniens.
C’est à ce genre de profession et au commerce que les Juifs durent leur survie. En effet, s’ils étaient restés paysans, ils se seraient disséminés dans tout le pays et, en quelques générations, ils auraient été absorbés par la population indigène. Leurs nouvelles professions les obligeaient à rester dans les villes où ils purent constituer des communautés et se réunir dans des synagogues.
Au début du 20e siècle, des savants comme C.C. Torrey de Yale ont discrédité comme non historiques les livres des Chroniques, d’Esdras, d’Ezéchiel et même de Jérémie. Ils ont récrit toute l’histoire d’Israël sans exil et sans retour de la captivité, considérant les Chroniques comme un écrit du 3e siècle av. J.-C. et les mémoires d’Esdras comme des faux.
Une fois de plus, les fouilles archéologiques ont réhabilité le rapport biblique contre ces reconstructions. Elles ont montré que toutes les villes de Juda furent détruites à l’époque indiquée par la Bible. D’une population de 250 à 300000, seule la moitié survécut au 8e siècle. Des tablettes de Babylone mentionnent les rations d’huile, de sésame et d’avoine attribuées aux différents captifs.
Sur une tablette trouvée à Babylone, on peut lire que son roi « assiégea la ville de Juda et l’envahit le second jour du mois d’Adar. Il fit prisonnier le roi Yehoyakîn et le remplaça par un homme de son choix. Il reçut un lourd tribut et emmena les habitants à Babylone ». Ce rapport est entièrement conforme au récit biblique de 2 Rois 24-25. D’après les indications chronologiques, il s’agit des 15-16 mars 597 ; le roi Yehoyakîn fut emmené à Babylone et remplacé par son oncle Sédécias. Des tablettes cunéiformes (qui se trouvent au musée du Proche-Orient de Berlin) détaillent les rations alimentaires données aux prisonniers vivant dans le palais, quatre d’entre elles mentionnent les rations « pour Yaukin (Yehoyakîn), roi de Juda », pour ses cinq fils et quatre autres prisonniers, sans doute des Judéens, dont un certain Chélémia (cf. 1 Chroniques 26.14). Yehoyakîn fut gracié par le fils de Nabuchodonosor et admis à sa table (2 Rois 25.27-30).
Nabuchodonosor était avant tout un bâtisseur. Des centaines de milliers de briques portent son nom. Babylone était plus grande que la plupart des villes de l’Ancien Moyen-Orient. Hérodote, qui l’a visitée, parle de ses rues droites bordées de maisons de trois ou quatre étages ;1 53 temples s’y élevaient, 55 chapelles étaient consacrées au dieu Mardouk, 300 aux divinités de la terre, 600 à celles du ciel, 180 autels étaient dévoués à la déesse Ishtar, 180 aux dieux Nergal et Adad. Tous ces cultes comprenaient des rites immoraux. Hérodote rapporte « la déplaisante coutume des Babyloniens : chaque femme du pays doit aller dans le sanctuaire d’Aphrodite (nom grec de la déesse babylonienne Ishtar) et, une fois dans sa vie, se donner à un étranger… Et elle ne doit rentrer chez elle que lorsqu’elle a ainsi honoré la déesse. Celles qui sont belles ont rapidement accompli cette formalité, mais les autres doivent attendre très longtemps, parfois trois ou même quatre ans ». On comprend que, pour les Juifs, Babylone resta « la mère des prostituées et des abominations de la terre » (Apocalypse 17.5).
1 Voir une reproduction de la porte d’Ishtar de Babylone dans A. Millard Trésors des temps bibliques et Des pierres qui parlent p. 134, dans Images du monde biblique p. 94-95. Plan de la ville p. 135, Images du monde biblique p. 12.
Nabuchodonosor restaura aussi la grande ziggourat (reconnue comme ayant été érigée sur l’emplacement de la Tour de Babel) avec la technique décrite pour la Tour de Babel dans Genèse 11.3 : des briques cimentées par du bitume. Elle comportait sept gradins superposés; sa longueur, sa largeur et sa hauteur étaient égales : 90 m.2
2 D’après la tablette de l’Esagil qui se trouve au musée du Louvre.
Dans Jérémie 43.8-13, le prophète annonce que Nabuchodonosor suivrait les Israélites qui s’étaient réfugiés en Egypte et qu’il installerait son trône au-dessus des pierres que Jérémie allait enfouir « dans le sol argileux de la terrasse » (v. 9). Cette terrasse et le palais du conquérant furent découverts par Sir Flinders Petrie à Tell Defenneh à une quinzaine de kilomètres du Canal de Suez. « Sur le côté nord-ouest, dit-il, il y avait une grande plateforme de briques à ciel ouvert… Un espace était réservé en dehors de la porte, couvert d’argile tassée et bordé de briques. Cette plateforme est certainement celle dont parle Jérémie comme prolongeant l’entrée de la maison du pharaon ; c’est là que Nabuchodonosor a déployé son pavillon royal. La présence de Nabuchodonosor à Tahpanhès est attestée par trois cylindres de terre cuite sur lesquels figure une inscription concernant les constructions de Nabuchodonosor à Babylone. Ces cylindres vendus par un Egyptien au Musée du Caire furent trouvés à cet endroit où ils furent probablement enfouis dans la plateforme pour commémorer la visite du grand roi. (D’après Rendle Short Archaeology Gives Evidence p. 42).
Sous le règne de Nabuchodonosor (604-562 av. J.-C.), l’architecture et la littérature connurent un apogée ; lui-même était passionné d’histoire et faisait rédiger les inscriptions qui le concernaient en vieux babylonien (que personne ne parlait plus). L’astronomie – au service de l’astrologie – fit de grands progrès : on savait calculer la date des éclipses du soleil et de la lune et l’on nota pendant trois siècles et demi des observations sur les corps célestes. Nabonide (555-538 av. J.-C.), le dernier souverain babylonien, était passionné d’archéologie, faisant faire des fouilles à l’emplacement des temples en ruine, déchiffrer et traduire de vieilles inscriptions; il fit aussi restaurer la tour en gradins d’Ur. Sa fille, la princesse Bel-Shalti-Nannar a établi, dans un temple d’Ur dont elle était la prêtresse, un musée contenant divers objets provenant des Etats du sud de la Mésopotamie, le tout étant soigneusement inventorié sur un catalogue.
Toute cette civilisation allait s’effondrer sous les coups d’un jeune conquérant, comme le prophète Esaïe l’avait prédit : « Ainsi dit l’Eternel à son oint, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour abaisser les nations devant lui et désarmer les rois, pour ouvrir devant lui les deux battants afin qu’aucune porte ne lui reste fermée. Moi, j’irai devant toi, nivelant les terrains accidentés, fracassant les battants de bronze et brisant les verrous de fer. Et je te donnerai les richesses cachées et les trésors déposés dans des lieux secrets, pour que tu saches que c’est moi, l’Eternel, moi qui t’appelle par ton nom, moi le Dieu d’Israël » (Esaïe 45.1-3).
Le livre de Daniel fut l’objet de sérieuses attaques de la part des auteurs critiques3 parce qu’il contient des prophéties si précises « qu’elles ne peuvent avoir été écrites qu’après les événements ». L’un des arguments pour attribuer une date postérieure au livre est la présence de mots grecs. « Donc il ne peut avoir été écrit qu’après les conquêtes d’Alexandre vers la fin du 4e siècle av. J.-C ».
3 Elles sont détaillées — et réfutées — dans un livre intitulé Daniel in the Critics Den (Daniel dans la fosse aux critiques).
Depuis que S.R. Driver4 a formulé cet argument en 1897, de nombreux documents ont montré que les contacts entre la Grèce et la Mésopotamie dataient du 8e siècle av. J.-C. Les Grecs de la Cilicie et de Chypre vinrent en contact direct avec la Mésopotamie par suite de l’expansion assyrienne des 8e et 7e siècles av. J.-C. Les rois de la Grèce envoyèrent des contributions à l’Assyrie. Des Grecs servirent dans la flotte assyrienne. Au 7e siècle, des mercenaires grecs furent utilisés par les Egyptiens et par Nabuchodonosor contre les Assyriens.
4 Professeur d’hébreu à l’université d’Oxford (1846-1914).
En Palestine, en 1960, sur le site de Mesad Hashavyahiy entre Asdod et Jaffa, des fouilles ont mis au jour une petite forteresse remplie de poteries grecques ; elle fut établie par des Grecs vers 630-625. Ses constructeurs étaient probablement des mercenaires grecs du pharaon Psammétique I. Elle fut conquise par Josias quelques années avant 609 av. J.-C. A l’intérieur des terres, à Arad à l’ouest de la mer Morte, des ostraca mentionnent des provisions données à des Kïttim c.-à-d. des mercenaires grecs servant dans des fortins de Juda.
Nabuchodonosor employait aussi des artisans grecs. Les murs de la salle de son trône étaient décorés avec des capitales ioniques (grecques). On a trouvé à Babylone des tessons de poteries grecques du 7e et du 6e siècle. Cyrus et ses successeurs ont utilisé de nombreux constructeurs ioniens. Vu tous ces contacts, on ne peut plus utiliser la présence de mots grecs comme preuve d’une composition de Daniel après l’époque d’Alexandre.5
5 D’après E. Yamauchi The Stones and the Scriptures p. 90-91.
Daniel 1.1 dit : « La troisième année du règne de Yehoyaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint assiéger Jérusalem ». Cette attaque de Jérusalem la 1ère année de Nabuchodonosor n’est attestée nulle part ailleurs dans l’Ecriture. Or, d’importants textes de la fin du 7e et du début du 6e siècle av. J.-C. appelés « Chroniques babyloniennes ou chaldéennes » ont été publiés par D.J. Wiseman en 1956. Ces Chroniques révèlent qu’après avoir vaincu le pharaon Néko à Karkémish, « Nabuchodonosor retourna au pays des Hatti (la Syrie et la Palestine) et le traversa victorieusement jusqu’au septième mois de Sebat (printemps 604). Au mois de Sebat, il ramena un lourd butin à Babylone ». Daniel et Ezéchiel faisaient partie de cette première déportation.
« La Chronique révèle aussi une bataille jusque-là inconnue en 601 dans laquelle les Egyptiens défirent les Babyloniens. Cela peut expliquer pourquoi Yehoyaqim cessa de payer le tribut à Babylone (2 Rois 24.1), ne tenant pas compte de l’avertissement de Jérémie (37.6ss) et se tournant vers le ‘roseau brisé’ qu’était l’Egypte. Grâce à la Chronique babylonienne, nous pouvons dater très exactement la prise de Jérusalem par les Babyloniens le 16 mars 597, trois mois après la mort de Yehoyaqim. Le récit biblique (2 Chroniques 36.10) correspond exactement au texte babylonien. Après que Nabuchodonosor ait pris la ville et capturé Yehoyakîn, le nouveau roi, la source babylonienne nous informe qu’il ‘nomma un roi de son propre choix, en reçut un lourd tribut et les envoya à Babylone’. Le roi fantoche qui n’a régné que trois mois était l’oncle de Yehoyakîn Mattania ‘dont il changea le nom en Sédécias’ (2 Rois 24.17) » (E. Yamauchi The Stones and the Scriptures p. 83).
« Un jour, le roi Balthazar organisa un banquet en l’honneur de ses mille dignitaires et se mit à boire du vin en leur présence. Excité par le vin, Balthazar ordonna d’apporter les coupes d’or et d’argent que Nabuchodonosor, son père, avait rapportées du Temple de Jérusalem. Il avait l’intention de s’en servir pour boire, lui et ses hauts dignitaires, ses femmes et ses concubines… Après avoir bu du vin, ils se mirent à louer les dieux d’or, d’argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre. A ce moment-là apparurent soudain, devant le candélabre, les doigts d’une main humaine qui se mirent à écrire sur le plâtre du mur du palais royal. Le roi vit cette main qui écrivait. Alors son visage devint blême, des pensées terrifiantes l’assaillirent, il se mit à trembler de tout son être et ses genoux s’entrechoquèrent » (Daniel 5.1-6). La reine-mère l’orienta vers Daniel pour interpréter l’écriture apparue sur le mur.
Daniel traduisit : « Voici mot à mot ce qui est écrit là : ‘Il a été compté : une mine, un sicle et deux demi-sicles’. Et voici l’interprétation : ‘une mine’ : Dieu a ‘compté’ les années de ton règne et les a menées à leur terme. ‘Un sicle’ : Tu as été ‘pesé’ dans la balance et l’on a trouvé que tu ne fais pas le poids. ‘Deux demi-sicles’ : Ton royaume a été ‘divisé’ pour être livré aux Mèdes et aux Perses » (5.25-28). Cette prophétie se réalisa la même nuit : Cyrus le Perse détourna le cours de l’Euphrate et entra dans la ville par son lit asséché. Balthazar fut tué.
Au début du 20e siècle, des archéologues allemands sous la conduite de Robert Koldewey fouillèrent pendant 18 ans (de 1899 à 1917) les ruines de la cité de Babylone. On transporta à Berlin la fameuse porte d’Ishtar et quelque 300 tablettes cunéiformes. Ce n’est qu’en 1933 que l’assyriologue Weidner commença à les déchiffrer. Parmi elles, il trouva quatre reçus de denrées alimentaires portant le nom du roi de Juda Yehoyakîn. Celui-ci vécut dans le palais du roi avec cinq de ses fils et huit autres Judéens également mentionnés dans les textes babyloniens. Ces décou- vertes confirmèrent ce que nous dit la fin du livre des Rois : « La trente-septième année de la déportation de Yehoyakîn, roi de Juda, le vingt-septième jour du douzième mois, Evil-Merodak, roi de Babylone, gracia Yehoyakîn, roi de Juda, l’année de son accession au trône de Babylone, en le faisant sortir de la prison. Il le traita avec bonté et lui accorda une situation supérieure à celle des autres rois exilés avec lui à Babylone. II lui fit quitter ses vêtements de prisonnier et l’admit à prendre, jusqu’à la fin de sa vie, ses repas à sa table. Le roi pourvut chaque jour à son entretien, tant qu’il vécut » (2 Rois 25.27-30 ; cf. Jérémie 52.34).
Ce qui a intrigué les savants des temps passés, c’est qu’aucun document ne mentionne ce roi Balthazar. On a donc vu dans ce récit une pure fiction destinée à encourager les Juifs du second siècle avant Jésus-Christ. Or, en 1854, on découvrit de nombreux petits cylindres de terre cuite couverts de l’écriture babylonienne. L’un d’eux mentionnait le roi Nabonide (celui qui était connu par l’Histoire) et son fils… Balthazar. Nabonide s’était retiré dans une lointaine oasis, laissant le trône à son fils. Une inscription en cunéiforme mentionne que Nabonide « confia un camp à son fils et envoya avec lui les troupes du pays. Il affranchit sa main, il lui confia la royauté. Puis il partit pour une campagne lointaine… il renversa le prince de Teima puis établit sa résidence à Teima ».6
6 Cité dans J. A. Thompson La Bible à la lumière de l’archéologie p. 200.
Balthazar était le fils aîné de Nabonide, donc son prince héritier, le second personnage de l’empire. Dans une inscription, Nabonide dit, en s’adressant à son dieu : « Dans le cœur de Balthazar, mon fils aîné, le produit de mes reins, mets le fruit de ta haute divinité, de façon qu’il ne pèche pas et qu’il ait des biens de ce monde à satiété ! ».
C’est ce qui explique pourquoi Balthazar offrit à Daniel « la troisième place dans le royaume » (5.16) et non la deuxième – que lui-même occupait.
Le célèbre archéologue W.F. Albright a écrit : « L’historicité substantielle de l’édit de Cyrus en 538 a été confirmée par les découvertes archéologiques modernes ».7 En effet, on a trouvé de nombreux textes qui racontent que Cyrus a rétabli les différentes divinités dans leurs lieux d’origine. Il dit sur une tablette : « Je fis revenir dans leurs villes sacrées sur l’autre rive du Tigre, dont les sanctuaires étaient ruinés depuis longtemps, les images qui y demeuraient habituellement et je leur rétablis des sanctuaires permanents. Puissent tous les dieux que j’ai rétablis dans leurs villes sacrées demander quotidiennement à Bel et à Nebo une longue vie pour moi ». Les fouilles ont montré qu’il a rétabli divers temples (par exemple à Ourouk).
7 The Biblical Period Oxford 1952 p. 49.
Ce cylindre en terre cuite de 23 cm de long rapporte la chute de Babylone. « Sans aucun combat, Marduk (le dieu suprême des Chaldéens) fit entrer (Cyrus) dans sa ville, lui épargnant toute calamité. Il livra Nabonide entre les mains de Cyrus, le roi qui n’adorait pas Marduk… Je suis Cyrus, roi du monde, un grand roi, un roi légitime, le roi de Babylone, roi des quatre coins de la terre ».
Sur ce cylindre de terre cuite, Cyrus raconte la manière dont il s’empara de Babylone: « Lorsque je fis une entrée pacifique dans Babylone… Mardouk, le grand maître, m’ouvrit le cœur des Babyloniens, alors que je pensais le prier tous les jours. Mes troupes nombreuses se promenaient tranquillement dans la ville ; je veillai à ce que personne ne fasse peur à Sumer et à Akkad. Je m’occupai volontiers de l’intérieur de Babylone… Je libérai les habitants du joug qui ne leur convenait pas. J’améliorai leur habitat ; je calmai leur tristesse ».
Cette conquête pacifique fut sans précédent dans les méthodes guerrières de l’ancien Orient : sans incendies, sans pillages, sans cruauté envers les guerriers. Cyrus fut le premier souverain à user de tolérance – même religieuse. Après son entrée à Babylone, il fit immédiatement restaurer les statues et les autels des divinités locales, il vénéra chaque jour Mardouk, le dieu principal – alors que les autres conquérants emportaient généralement les statues des divinités vaincues pour les empêcher de protéger leurs adorateurs.
A Ur, Cyrus agit de même. Sur un cylindre de terre cuite trouvé dans les ruines, il dit : «Sin, qui éclaire le ciel et la terre, m’a donné les quatre continents du monde… Je remis les dieux à leur place ».
Cette manière d’agir explique pourquoi il permit aux Juifs de retourner chez eux et de reconstruire leur sanctuaire (Esdras 6.3-5).
Lorsque l’empereur Xerxès eut stipulé que tous les Juifs de son empire devaient être tués, « on convoqua les secrétaires impériaux et, sur l’ordre de Haman, ils écrivirent aux satrapes de l’empereur, aux gouverneurs de chaque province et aux ministres de chaque peuple. Les documents furent rédigés selon le système d’écriture des différentes provinces et dans la langue de chaque peuple. Les messages furent écrits au nom de l’empereur Xerxès et scellés du sceau impérial. Les lettres furent portées par les coureurs dans toutes les provinces de l’empire » (Esther 3.12-13).
Les villes de l’empire babylonien étaient reliées par un immense réseau de routes et de pistes. Lorsque de nouveaux pays étaient adjoints à l’empire perse, on construisit immédiatement une route pour relier leurs grandes villes à Persépolis, la capitale de l’empire perse. Celle qui rejoignait Sardes, la capitale de la Lydie, à la Perse avait 2600 km. Tous les 25 à 30 km, il y avait un relais où le messager pouvait changer de monture ou transmettre son message à un autre cavalier. Ainsi circulaient les ordres de l’empereur et, dans l’autre sens, les rapports des fonctionnaires locaux sur ce qui se passait dans leur pays. Tous les actes officiels étaient rédigés en araméen (comme les chapitres 4 à 7 du livre d’Esdras) auxquels on joignait parfois une traduction dans la langue vernaculaire locale.8
8 Perse : voir une représentation de sacs postaux dans Des pierres qui parlent p. 149.
Dans Esd 5.6, il est question d’une correspondance avec le roi Darius : « Voici une copie de la lettre envoyée à l’empereur Darius par Thathnaï, gouverneur de la province située à l’ouest de l’Euphrate, Chethar-Boznaï et ses collègues, les préfets de la province à l’ouest de l’Euphrate ». Les théologiens critiques y ont vu une invention des Juifs. Or, en 1930, un Egyptien découvrit un sac postal contenant des lettres adressées par les Juifs d’Eléphantine, une île située au sud de l’Egypte, à la hauteur de la moderne Assouan, au gouverneur perse, dans des termes assez semblables à ceux de la lettre des Juifs de Jérusalem à l’empereur Darius.9
9 Darius : voir une représentation de son cylindre servant de sceau dans Images du monde biblique p. 98-99, d’un garde p. 99.
Grâce au décret de Cyrus autorisant le retour des Juifs et la reconstruction du Temple, le peuple de Juda ne subit pas le sort des dix tribus qui se sont mêlées aux populations locales et ont perdu leur identité. Les Judéens auraient sans doute partagé la même destinée s’ils étaient restés pendant plusieurs siècles en Babylonie. Tous les Juifs ne profitèrent pas de l’autorisation donnée (certains se trouvaient trop bien dans la terre d’exil), mais ceux qui revinrent en Israël purent faire renaître le peuple de Dieu et sa vie religieuse.
Le Temple de Jérusalem put être finalement reconstruit sous le deuxième successeur de Cyrus: Darius 1er (522-486 av. J.-C.) qui poursuivit la politique de son prédécesseur et confirma son décret, comme le prouvent beaucoup de documents contemporains. Il agit ainsi vis-à-vis des divinités égyptiennes, comme le montre l’épitaphe d’un médecin égyptien : « Le roi Darius – qu’il conserve toujours la vie ! – me donna l’ordre d’aller en Egypte de façon à rétablir les scribes sacrés et à faire revivre ce qui était tombé en décadence ».
Gadata, l’administrateur des biens de Darius, qui ne suivait pas ces façons d’agir, s’est vu repris vertement par son maître : « Puisque tu ne tiens pas compte de ma manière d’agir envers les dieux, je te ferai sentir un jour la colère que tu as provoquée chez moi, si tu ne changes pas ta méthode ».
La correspondance en araméen d’Esdras avec la cour de Perse a été qualifiée de « faux » par des savants aussi renommés que C.C. Torrey et R.H. Pfeiffer. Or, en 1942, on a découvert dans une jarre en Egypte une lettre d’un roi Adon, probablement roi d’Askalon, demandant l’aide du pharaon Néko contre les forces envahissantes de Nabuchodonosor (2 Rois 23-24). Cette lettre, datée de 604 av. J.-C., est le plus ancien papyrus connu en araméen. Il apporte un accent d’authenticité aux parties de l’AT en araméen.10
10 D’après E. Yamauchi The Stones and the Scriptures p. 81.
Les papyrus de cette île se sont très bien conservés à cause du climat très sec de la région. Une colonie juive s’y était installée parce que des Juifs avaient été engagés comme mercenaires par le pharaon. On y a retrouvé toute une correspondance datée du 5e siècle av. J.-C. (l’époque de Néhémie et d’Esther) qui nous renseigne sur la vie de ces Juifs qui avaient un temple dans lequel « ils adoraient Yahvé et une déesse » (la Loi ?).
Voir dans Internet sous « île d’Elephantine » les « données archéologiques sur la communauté juive d’Eléphantine ».
Selon Esdras 6.1-2, « l’empereur Darius donna l’ordre de faire des recherches dans la bibliothèque où étaient déposés les trésors à Babylone. Et l’on trouva dans Echbatane, la capitale de la province de Médie, un rouleau sur lequel il était écrit » (le décret promulgué par Cyrus). Une telle recherche – fructueuse – suppose un excellent système de classement des documents, car il devait y avoir des milliers de décrets et d’archives à répertorier. En fait, ce système était si efficace que la bibliothèque d’Alexandrie l’a adopté pour classer ses ouvrages.
Néhémie était échanson de l’empereur Artaxerxès. C’était une charge importante car il devait d’abord goûter les vins qu’il offrait à l’empereur (pour voir s’ils n’étaient pas empoisonnés). Souvent les détenteurs d’offices importants étaient des eunuques. Ils ne risquaient donc pas d’éliminer le souverain pour fonder leur propre dynastie.
L’un des opposants de Néhémie fut Guéchem l’Arabe (Néhémie 2.19 ; 6.1, 2, 6). Le musée de Brooklyn a acquis six vases en argent. Trois d’entre eux portaient des inscriptions araméennes provenant du Delta du Nil. L’une d’elles se lit : « Apporté par Qainu bar Guéchem, roi de Qédar, en offrande à han-‘Ilat ». Qédar (Jérémie 49.28) se trouvait au nord-ouest de l’Arabie. « Depuis que Cambyse avait employé les Arabes dans sa conquête de l’Egypte en 525 av. J.-C. les chefs arabes avaient maintenu de bonnes relations avec les Perses. C’est pourquoi l’opposition de Guéchem à Néhémie était importante » (E. Yamauchi The Stones and the Scriptures p. 86).
Les textes perses découverts ont confirmé beaucoup de coutumes auxquelles le livre d’Esther fait allusion : la sensualité de Xerxès (qui agrandit son harem de Persépolis et fut mêlé à une affaire impliquant la femme de son frère et, plus tard, sa fille), les banquets grandioses (Esther 1.6-8), la croyance dans des jours fastes et néfastes (3.7), l’interdiction de tout vêtement de deuil dans le palais royal (4.2), la pendaison comme châtiment suprême (5.14), les vêtements royaux portés par les protégés du roi (6.8), les messages royaux envoyés par des coursiers (3.13 ; 8.10). Les nombreux mots perses dans le livre d’Esther prouvent que son auteur était bien au courant de la situation en Perse.11
11 L’un des arguments contre l’historicité du livre d’Esther est le fait que d’après Hérodote, l’épouse de Xerxès (Assuérus) se nommait Amestris et non Vashti ou Esther. Mais aussi bien le livre d’Esther (2.3, 8ss) que Hérodote (III, 1-3, 31, 68, 88; VII, 2 ; VIII, 103) disent que les rois perses avaient plusieurs femmes. Même si Amestris était la femme principale de Xerxès, il avait peut-être à d’autres moments, une autre favorite qu’il voulait « présenter » (Esther 1.11) et qui aurait été Vashti. Il n’aurait pas osé le faire avec une femme issue de la noblesse, alors que des épouses de second rang participaient aux beuveries des souverains.
Esther 4.11 où Esther se plaint de ne pas avoir été invitée à se rendre auprès du roi depuis un mois, se trouve confirmé par ce que l’histoire nous apprend de Xerxès après sa malheureuse campagne en Grèce : il s’est rabattu sur les plaisirs sensuels et a fait agrandir son harem à Persépolis.
Esther 1.7 raconte qu’au cours du festin donné par le roi des Perses, « on servait des boissons dans des coupes d’or, toutes différentes de formes… Des divans d’or et d’argent étaient disposés sur des dallages de mosaïques faits avec du porphyre, du marbre, de la nacre et de l’agate ». En 1880, des marchands réussirent à acheter un trésor constitué de différents objets d’or : cruche, fourreau, récipients divers, une soixantaine de statuettes en or et en argent. Ce « trésor d’Oxus » provenait peut-être d’un temple où les objets avaient été offerts aux dieux. Il nous donne une idée de la richesse des rois de Perse. La tradition grecque prétend qu’Alexandre le Grand emporta de la ville de Suse 1200 tonnes d’or.12
12 Perses : voir une représentation des gardes de la ville de Suse dans Bible et archéologie p. 133.
Au cours du 5e siècle av. J.-C., l’expansion perse fut stoppée par deux batailles : celle de Marathon (490 av. J.-C.) perdue par Darius 1er, et la défaite navale de Salamine (480 av. J.-C.).
Au 4e siècle, Alexandre le Grand (336-323) remporta la victoire sur Darius III à Issos, puis il se lança vers l’Egypte. Il fut arrêté dans sa progression à Tyr – qu’il vainquit grâce à une jetée artificielle de 600 m construite dans la mer avec les ruines de l’ancienne ville13 et des tours d’assaut de 50 m de haut qui dominaient les hauts remparts défendant la cité. Après un siège victorieux de la ville de Gaza, la route de l’Egypte était libre. Jérusalem et la province de Juda semblent s’être soumises sans résistance au conquérant; en tout cas, les archéologues n’ont trouvé aucune trace de combats ou d’occupation grecque de cette époque en Palestine.
13 Voir A.K. Prophéties réalisées p. 14-15.
Alexandre s’installa en Egypte en 332-331 av. J.-C., y fonda la ville d’Alexandrie qui devint la capitale culturelle du monde nouveau. Il accorda aux Juifs de là-bas les mêmes droits qu’à ses propres sujets, de sorte que, par la suite, cette ville devint l’un des principaux centres du judaïsme, patrie d’Apollos (Actes 18.24). Son rayonnement intellectuel attira beaucoup de Juifs qui se familiarisèrent avec la langue grecque – au point d’oublier l’hébreu. D’où la nécessité de traduire l’Ecriture sainte en grec. D’après la légende, Ptolémée II Philadelphe voulait rassembler dans sa bibliothèque les meilleures productions littéraires du monde d’alors. Il aurait délégué un ambassadeur auprès du grand-prêtre de Jérusalem pour lui demander de lui envoyer des savants capables de traduire les livres sacrés. 72 traducteurs se seraient attelés simultanément à cette tâche, dans 72 cellules de l’île de Pharos, au pied du phare haut de 180 m. Au bout de 72 jours, ils seraient sortis avec leurs traductions, qui se seraient révélées identiques14 – d’où le nom de cette version Septuaginta (Septante). C’est la version que les apôtres citent généralement dans leurs épîtres et qui est devenue la Bible officielle de l’Eglise des trois premiers siècles. Comme les chrétiens la citaient dans leur controverse avec les Juifs, ceux-ci l’ont abandonnée.
14 Ce qui prouve le caractère mythique de la légende. En fait, la Septante serait l’œuvre de 3 ou 4 traducteurs.