« Il n’y a rien dont l’Eglise ait davantage besoin que d’être remplie par l’Esprit de Dieu. Cette plénitude est la clé la plus importante d’une vie chrétienne victorieuse et d’un témoignage chrétien rayonnant. Dans la mesure où le Néo-Pentecôtisme met l’accent, avec une nouvelle insistance, sur l’importance de cette plénitude, nous lui en sommes profondément reconnaissants. » (A. Hoekema)1
1 Holy Spirit Baptism (88), p. 79.
Pour beaucoup d’auteurs pentecôtistes et néo-pentecôtistes, les expressions « baptisé du Saint-Esprit » et « rempli du Saint-Esprit » sont équivalentes.2 Bien des chrétiens évangéliques, convaincus par la Bible que le baptême du Saint-Esprit est l’entrée dans la vie chrétienne, parlent de la plénitude de l’Esprit comme d’un deuxième stade de cette vie. Pour les uns, il y a les chrétiens qui ne sont pas encore baptisés du Saint-Esprit, et ceux qui le sont ; d’autres distinguent les chrétiens « charnels » des chrétiens « spirituels » ou « remplis du Saint-Esprit ». Etre « rempli de l’Esprit » correspond, dans cette perspective, à « être baptisé du Saint-Esprit » dans la terminologie pentecôtiste, c’est-à-dire à une seconde expérience — marquée ou non par des expériences sensibles extraordinaires — par laquelle on accède à l’échelon supérieur de la vie chrétienne.
2 On ne peut pas être baptisé (du Saint-Esprit) sans être rempli de l’Esprit » (C. Le Cossec : Le don de l’Esprit (112), p. 5).
Dans ce cas, on comprend ceux qui ne voient, dans toute cette controverse, qu’une querelle de mots. Bien que la seconde terminologie soit plus biblique, ces simples considérations de vocabulaires ne justifieraient pas les oppositions tranchées entre les deux blocs évangéliques.
Chaque chrétien digne de ce nom aspire à une vie de plénitude qui soit davantage à la gloire de Dieu que celle qu’il mène actuellement. Nous désirons tous posséder l’ensemble des bénédictions spirituelles que Dieu tient en réserve pour nous. Mais nous croyons que ces bénédictions supérieures, si elles sont authentiques, sont prévues dans la Parole de Dieu et que, si la Bible seule est notre norme, nous y trouverons ce que Dieu possède de meilleur pour nous.
« Si nous ne désirions pas une expérience plus intense et plus profonde, quelque chose ne serait pas en ordre chez nous. Mais il faut que les bénédictions spirituelles ici-bas se cantonnent à l’intérieur des frontières tracées par le Nouveau Testament » (M. Griffiths).3
3 Op. cit. (15), p. 89.
La Bible parle d’être « rempli de l’Esprit ». Que veut-elle dire par là ?
1. La Bible n’emploie pas l’expression : « la plénitude du Saint-Esprit » comme s’il s’agissait d’un état bien défini et catalogué ; elle parle d’hommes et de femmes qui, à un moment donné, ont été « remplis du Saint-Esprit » ou qui étaient « pleins d’Esprit-Saint » : il s’agit d’une expérience, d’un devenir, d’une qualité de vie, plutôt que d’un état.
2. Les formules : « rempli du Saint-Esprit » et « plein d’Esprit-Saint » ne se trouvent que quinze fois dans le Nouveau Testament : quatorze fois dans les écrits de Luc et une fois dans une épître de Paul. Pour faire de cette doctrine « l’une des plus importantes de la foi chrétienne », il faut donc pouvoir l’appuyer encore sur d’autres textes.
3. Luc et Paul aiment bien les expressions : « plein de » et « rempli de » accompagnées de compléments très divers : plein de lèpre, de colère, de malice et de méchanceté, de bonnes œuvres et d’aumônes, de sagesse, de foi, de grâce et de puissance… rempli de joie, de paix, de connaissance, de consolation, mais aussi : de fureur, de crainte, de jalousie. Dans la même formule, Luc associe parfois l’Esprit-Saint et la sagesse (Ac. 6.3) ou la foi (6.5 ; 11.24). Sur une quarantaine d’emplois de cette tournure au sens figuré dans le Nouveau Testament, deux seulement se rencontrent sous la plume d’un autre auteur (Jn. 1.14 ; 16.6). « Sur vingt-quatre emplois de pimplesthaï (être rempli de) dans le Nouveau Testament, vingt-deux se trouvent chez Luc » (M. Green).
Cela nous montre à quel point le Saint-Esprit, qui a inspiré les écrivains sacrés, respecte leurs structures mentales et leurs habitudes littéraires. Mais cela nous avertit aussi qu’il faudrait se garder de transformer en doctrine rigide une manière de s’exprimer de certains auteurs bibliques.
4. Luc applique les expressions « rempli » ou « plein de Saint-Esprit » à des personnes très diverses, vivant avant ou après l’effusion de l’Esprit : Jean-Baptiste (Lu. 1.15), Elisabeth (1.41), Zacharie (1.67), Jésus (4.1), les disciples de l’Eglise primitive (Ac. 2.4 ; 4.8…), des apôtres (4.8 ; 13.9), des diacres (6.5 ; 7.55 ; 11.24), de simples chrétiens (4.31 ; 13.52) sont dit « remplis » ou « pleins d’Esprit-Saint ».
5. Plusieurs fois, des groupes entiers sont « remplis de Saint-Esprit » (Ac. 2.4 ; 4.31 ; 13.52).
6. Dans certains emplois de ces expressions, la part de Dieu semble prédominante et celle de l’homme insignifiante : Jean-Baptiste était rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère (Lu. 1.15) ; plusieurs fois, Luc parle de nouveaux convertis remplis du Saint-Esprit (Ac. 2.4 ; 4.31 ; 9.17 ; 13.52).
7. D’un autre côté, ces expressions ne sont pas appliquées automatiquement à tous les chrétiens. Au contraire, Luc s’en sert pour caractériser certains hommes de Dieu (Ac. 6.5, 8 ; 7.55 ; 11.24…), les apôtres demandent que l’on choisisse les diacres parmi des chrétiens « pleins d’Esprit-Saint » (Ac. 6.3). Paul commande aux Ephésiens de chercher à être remplis du Saint-Esprit (5.18). Or, il leur dit par ailleurs qu’ils ont déjà été scellés du Saint-Esprit (1.13 ; 4.30). Il s’agit donc d’une grâce qui ne nous est pas accordée ipso facto. L’impératif de Ep. 5.18 nous montre que, pour accéder à la plénitude, le chrétien a, lui aussi, un rôle à jouer.
Essayons de voir d’un peu plus près comment Luc et Paul emploient ces expressions. Nous nous demanderons ensuite s’ils sont les seuls auteurs inspirés qui nous aient transmis ce message et, finalement, qu’est-ce que la plénitude du Saint-Esprit d’après l’ensemble du Nouveau Testament.
Des théologiens ont fait remarquer que Luc emploie, en fait, deux expressions différentes pour parler de la plénitude de l’Esprit : rempli de l’Esprit et plein d’Esprit.4
4 Voir J. Cadier : « Plénitude du Saint-Esprit » dans Le Saint-Esprit (202), pp. 73-102 ; H. Blocher : La plénitude du Saint-Esprit ICHTHUS n° 17 (nov. 71), pp. 21-24. R.T. Forster : Rempli de l’Esprit (Bois-Colombes s. d.).
Dans certains passages, Luc utilise le verbe pimplèmi. Dans tous ces cas, la personne remplie de l’Esprit exerce un ministère de la parole : Jean-Baptiste (Lu. 1.15), Elisabeth (1.41) et Zacharie (1.67) prophétisèrent. Les cent vingt disciples qui se réunissaient dans la chambre haute (Ac. 1.15) furent remplis du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte (2.4) et proclamèrent, dans diverses langues étrangères, les merveilles de Dieu (2.11). Les auditeurs « eurent le cœur vivement touché » et trois mille d’entre eux se convertirent (2.41). Pierre, interrogé par les sacrificateurs, est rempli du Saint-Esprit (4.8) et rend courageusement témoignage à Jésus (4.10-13). Il se trouve dans la situation prévue par Jésus (Mc. 13.11). Les disciples menacés par les autorités juives (Ac. 4.18, 21) osent, dans leur prière, s’opposer à l’ordre des hommes, ils sont remplis du Saint-Esprit (4.31) et se mettent à annoncer la Parole de Dieu avec assurance.
Paul sera rempli du Saint-Esprit (Ac. 9.17) dès sa conversion, mais devant Elymas le magicien qui s’oppose à sa parole (Ac. 13.8), l’apôtre est, de nouveau, rempli du Saint-Esprit (13.9) et prononce, contre ce serviteur du diable, des paroles de condamnation (v. 10) qu’il appuie d’un miracle (v. 11). Le proconsul se convertit (v. 12).
Comme le fait remarquer H. Blocher, dans tous ces textes, le verbe remplir est à l’aoriste, le temps de l’action accomplie à un moment précis.
« Cette plénitude a surtout pour but de rendre efficace leur témoignage en faveur du Christ. Dans tous ces cas, nous voyons que l’Esprit, par sa plénitude, apportait à la parole et au témoignage des apôtres l’autorité de Dieu » (R. Shallis).5
5 « Si tu veux aller loin » (67), p. 35.
La plupart des cas se situent dans un contexte d’opposition : des chrétiens sont remplis du Saint-Esprit pour faire face à des adversaires. « Dans tous ces cas, l’expression « rempli du Saint-Esprit » signifie qu’une parole d’autorité a été prononcée, de la part de Dieu, par des chrétiens : que ce soit une parole de prophétie, de proclamation ou de jugement. Cela ne se passait que dans des circonstances bien précises, sans qu’il soit question d’une répétition ou d’un état permanent. Les situations ressemblaient aux événements de l’Ancien Testament où le Saint-Esprit venait avec puissance sur Saul, Samson ou des prophètes » (M. Griffiths).6
6 Op. cit. (75), p. 73.
L’expression « nous fait songer à un torrent qui s’élance avec violence de la montagne, emportant tout sur son passage, à un vent qui souffle avec impétuosité… C’est la plénitude-acte » (J. Cadier).7
7 Op. cit. (202), p. 91.
Dans d’autres passages, Luc emploie le verbe plèroô ou l’adjectif correspondant plèrès, que nos versions traduisent habituellement par « plein ».
Jésus, « plein d’Esprit-Saint », est conduit au désert où il sera tenté par le diable (Lu. 6.1). Pour être choisi pour le service des tables, il fallait recevoir un bon témoignage et « être plein d’Esprit-Saint et de sagesse » (Ac. 6.3).
Certains des hommes qui avaient répondu à ces conditions nous sont mieux connus : Etienne, « plein de foi et d’Esprit-Saint » (v. 5), « de grâce et de puissance » (v. 8). Ces qualités se manifestent par des prodiges et des miracles (v. 8), une sagesse irrésistible dans la discussion (v. 10) et un discours inspiré par le Saint-Esprit (ch. 7). A la fin de son sermon, Etienne, « plein du Saint-Esprit », voit le Christ (7.55).
Philippe prêche le Christ avec succès (8.5, 35-37, 40), il portera, plus tard, le nom d’« évangéliste » (21. 8).
Barnabas, aussi, est un homme « plein d’Esprit-Saint et de foi » (Ac. 11.24). Le livre des Actes nous donne de nombreuses indications sur ce que Luc entend par là (Ac. 4.36-37 ; 9.27 ; 11.22 ; 12.25 ; 13.1…).
A Antioche de Pisidie, les nouveaux convertis, face aux Juifs persécuteurs, sont « pleins de joie et d’Esprit-Saint » (Ac. 13.52). Dans ce dernier cas, « le verbe grec est à l’imparfait, cela implique que ces disciples ont continué à être remplis par l’Esprit » (A. Hoekema).8
8 Holy Spirit Baptism (88), p. 83.
« Plérès (plein) nous fait songer à un réservoir lentement rempli par une source tranquille et dont les eaux paisibles sont prêtes à s’écouler. Il renferme une idée de force, de sécurité paisible, de plénitude… Il désigne un état de communion forte et habituelle avec l’Esprit » (J. Cadier).9 Rempli de l’Esprit se dit d’une personne « habituellement gouvernée et contrôlée par le Seigneur, l’Esprit, tout comme Jésus l’a été » (M. Green).10 C’est ce que H. Blocher appelle la « plénitude - saturation », une « imprégnation du caractère chrétien par la présence du Saint-Esprit », et R.T. Forster « l’expérience intérieure », « l’effusion paisible, continue, intérieure, cachée qui détermine nos vies et le fruit que nous portons ».
9 Op. cit. (202), pp. 90-91.
10 Op. cit. (72), p. 149.
« On reçoit donc, une fois, le don du Saint-Esprit, lorsqu’on naît à la vie d’En-Haut, mais l’on est ensuite à plusieurs reprises, rempli du Saint-Esprit. En particulier, l’Esprit souverain nous revêtira de puissance à certaines heures de témoignage, d’activité, où cette puissance est nécessaire pour le triomphe de Dieu… » (J. Cadier).11
11 Op. cit. (202), p. 91.
Comme nous l’avons dit plus haut, le seul passage des livres dogmatiques qui parle de la plénitude de l’Esprit, est Ep. 5.18 : « Soyez remplis de l’Esprit ».
A la fin du chapitre 3, l’apôtre semble évoquer la même réalité sans employer le mot « Esprit » : « en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » (3.19).
Que nous apprennent ces deux passages sur la nature de la plénitude de l’Esprit ?
1. L’apôtre mentionne cette plénitude, qu’il souhaite pour les Ephésiens, dans la prière qu’il adresse au Père en leur faveur. La plénitude est donc un don de Dieu qu’il peut accorder en réponse à l’intercession.
Cette plénitude constitue la mention finale de la prière de Paul. Elle est, en quelque sorte, le point culminant de toute une série de requêtes. Elle est, en même temps, le dernier mot de toute la partie dogmatique de l’épître aux Ephésiens.
Quelles sont les requêtes qui précèdent et qui, sans doute, préparent à cette plénitude ? L’apôtre demande
12 Voir Ad. Monod : Explication de l’épître aux Ephésiens (Paris, 1867), p. 202 ss.
13 Voir F. Rienecker : Der Brief des Paulus an die Epheser (Brockhaus, 1961), pp. 124-125.
Il s’agit donc, essentiellement, dans cette plénitude que l’apôtre demande pour les Ephésiens, d’une nouvelle dimension de la vie spirituelle : forces de l’homme intérieur, foi, amour, compréhension, connaissance de Christ. « Toute la plénitude de Dieu » dont le chrétien est appelé à être rempli, c’est le Père (v. 14, voir Jn. 14.23), le Fils (v. 17) et le Saint-Esprit (v. 16) imprégnant et subjuguant tout l’être intérieur du croyant, pour ne laisser aucune place à des pensées, des sentiments ou une volonté opposés à Dieu.
Dans ce passage, il n’y a aucune allusion à une expérience définie, à des dons spirituels ou au service chrétien. Comme dans toute cette première partie de l’épître, nous sommes dans le domaine de la vie intérieure, des réalités spirituelles, de ce que Dieu a fait pour nous — et en nous — par sa grâce.
« Ne vous enivrez pas de vin, c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit » : La deuxième mention de la plénitude de l’Esprit se trouve au milieu de la partie dite pratique de l’épître, parmi des dizaines de conseils concernant la marche du chrétien dans la vie de tous les jours.
a) Œuvre divine ou humaine ?
Dans les trois premiers chapitres, l’apôtre a déployé devant les yeux de ses lecteurs, toutes les grâces que Dieu nous a accordées en Christ : il nous a élus (1.4), rachetés (1.7), scellés de son Esprit (1.13), il nous a fait naître de nouveau (2.1-10) et agrégés à son Eglise (2.11-22). Dans les trois derniers chapitres, Paul nous dit ce que Dieu attend de la part de ceux qui ont accepté la grâce divine. Aux privilèges correspondent des responsabilités.
Dans la première partie de l’épître, l’apôtre expose, en particulier, ce que le Saint-Esprit fait pour nous et en nous. A chaque œuvre de l’Esprit mentionnée dans la partie dogmatique correspond, dans la partie pratique, une responsabilité du croyant envers cet Esprit.
Nous avons été scellés par l’Esprit comme propriété de Dieu (1.13) ; l’apôtre nous demande : « N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu par lequel vous avez été scellés » (4.30). L’Esprit nous donne accès auprès du Père (2.18) ; à nous de faire usage de ce privilège en faisant « en tout temps, par l’Esprit, toutes sortes de prières et de supplications » (6.18). L’Esprit a révélé aux apôtres et aux prophètes le mystère de Christ (3.5) ; notre devoir est de nous servir de « l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu » (6.17). Dieu nous « donne un Esprit de sagesse et de révélation pour le connaître » (1.17) ; en nous dépouillant du vieil homme, nous faisons ce que Dieu nous demande pour être « renouvelés dans l’esprit de notre intelligence » (4.23). Le Saint-Esprit crée l’unité dans l’Eglise (2.22 ; 4.4) ; nous devons nous efforcer de conserver cette « unité de l’Esprit » (4.3). A la prière de l’apôtre pour que Dieu fortifie les Ephésiens par son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte qu’ils soient « remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu », correspond l’impératif de 5.18 : « Soyez remplis de l’Esprit. »
Cette plénitude est donc, à la fois, cadeau de Dieu et conquête humaine — comme d’ailleurs tous les dons de Dieu : l’amour (Ga. 5.22 ; 1 Jn. 3.11), la joie (Ga. 5.22 ; Ro. 15.13 ; 1 Th. 5.16), la paix (Ro. 15.13 ; 1 Th. 5.13), la maîtrise de soi (Ga. 5.23 ; 2 Pi. 1.6), etc. C’est le paradoxe de la logique divine : « Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété… à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu… » (2 Pi. 1.3, 5).
Dans le verset même que nous considérons (Ep. 5.18), ces deux aspects apparaissent dans la forme verbale utilisée par l’apôtre : voix passive et impératif.
b) Souveraineté de Dieu
La voix passive nous rend attentifs à l’œuvre de Dieu : « soyez remplis » ou « laissez-vous remplir », « laissez le Saint-Esprit vous remplir » (New English Bible). Cette forme nous rappelle la prière de l’apôtre dans la première partie : « afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ».
« Le Saint-Esprit est un Dieu souverain. Il a une volonté qui domine infiniment toutes les volontés humaines. Son œuvre, c’est la grâce, et la grâce est toujours en dernier ressort, un don que n’influence aucune volonté ni aucun sentiment humain : « L’Esprit distribue à chacun ses dons comme il le veut » (1 Co. 12.11). La souveraineté du Saint-Esprit définit la puissance spirituelle, non pas comme la puissance du chrétien par le moyen du Saint-Esprit, mais comme la puissance du Saint-Esprit par le moyen du chrétien. Dieu l’Esprit ne peut jamais être employé, jamais être utilisé. On ne se sert jamais de Dieu. On n’a jamais le Saint-Esprit, on ne possède jamais le Saint-Esprit. C’est lui qui nous a, c’est lui qui nous possède pour des fins connues de lui seul… Un chrétien n’a pas de la puissance, comme le laisserait croire une locution fâcheusement répandue dans nos milieux religieux. Il est revêtu de la puissance d’En-Haut (Lu. 24.49)… Cette puissance n’est jamais acquise une fois pour toutes. Si quelque faute, si quelque incrédulité vient rompre en nous la communion avec le Saint-Esprit, cette puissance disparaît. Bien plus, s’il est dans le plan de Dieu, après avoir utilisé tel de ses serviteurs et l’avoir revêtu de puissance dans un but précis, de le laisser quelque temps dans le repos, le silence et de le mettre, en quelque sorte, à l’écart, Dieu est souverain et nous n’avons qu’à accepter sa volonté. La souveraineté du Saint-Esprit nous empêche aussi de fixer les conditions de sa manifestation en nous en lui traçant, en quelque sorte, son programme et ses étapes dans notre vie. Nous avons, au contraire, à nous mettre à sa disposition pour qu’il nous emploie dans le travail qu’il a préparé pour nous et qu’il nous accorde aussi le don qui nous permettra d’accomplir ce travail. » (J. Cadier).14
14 Op. cit. (202), pp. 74-77.
c) Responsabilité humaine
Cependant, le verbe est à l’impératif. Il s’agit donc d’un commandement par lequel l’apôtre s’adresse à notre volonté. C’est un ordre du Seigneur qu’il ne nous est pas loisible de respecter ou non. Si nous sommes chrétiens, nous devons rechercher la plénitude de l’Esprit, Nous avons donc aussi un rôle à jouer dans son acquisition.
d) Qu’est-ce que la plénitude de l’Esprit d’après ce passage ?
1. Elle est ce que Dieu veut pour nous.
Le commandement est précédé d’une exhortation : « Ne soyez pas inconsidérés, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur. » L’apôtre précise ce qu’il entend pas être « inconsidéré » : c’est, par exemple, s’enivrer de vin. Comment comprendre la volonté du Seigneur ? Comment la réaliser ? En étant rempli de l’Esprit.
2. Elle est le contraire de l’ivresse du vin.
Le commandement négatif qui précède celui qui concerne la plénitude nous aide à comprendre, par opposition, ce que l’apôtre entend par là.
a) Celui qui s’enivre fuit la réalité quotidienne, il agit en « insensé » (v. 15), de façon « inconsidérée » ou : inintelligente, stupide (v. 17), car cette réalité, il la retrouve inchangée, alors qu’il sera lui-même de plus en plus incapable de la maîtriser.
A cette attitude s’oppose celle de l’homme rempli de l’Esprit qui, dans les différentes circonstances énumérées dans la suite (5.19-6.9), saura, avec l’aide du Seigneur, dans la force et la sagesse que donne son Esprit, trouver l’attitude qui convient.
b) L’ivresse est appelée débauche, perdition. Dans le mot de l’original (asôtia) se trouve le mot sauver (sôzein) : quelque chose qu’on ne peut pas sauver ou maîtriser. « Il décrit littéralement une condition dans laquelle une personne ne peut plus se sauver, se contrôler elle-même. L’apôtre écrit qu’il faut éviter l’ivresse parce qu’elle implique la perte du contrôle de soi. La maîtrise de soi (egkrateia) est, par contre, citée spécifiquement parmi les fruits de l’Esprit dans Ga. 5.23. Les conséquences de la plénitude de l’Esprit, telles que l’apôtre les décrira, sont des relations intelligentes, contrôlées et saines avec Dieu et le prochain » (J. Stott).15
15 Op. cit. (177), p. 29.
c) Entre l’ivresse alcoolique et la plénitude de l’Esprit, on peut aussi relever quelques traits communs : la personne ivre est dominée par l’alcool, elle agit d’une manière qui ne lui est pas naturelle, sa personnalité est comme supplantée par une autre. Celui qui est rempli de l’Esprit agit, lui aussi, autrement qu’il en avait l’habitude. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Ga. 2.20), « sa force agit puissamment en moi » (Col. 1.29), « notre capacité vient de Dieu » (2 Co. 3.5).
Ainsi, lorsque les apôtres, après avoir été remplis de l’Esprit, parlaient des merveilles de Dieu, les gens disaient qu’ils étaient ivres (Ac. 2.13). Un homme rempli de l’Esprit fera, avec facilité, ce qui le rebuterait normalement : rendre témoignage, se montrer aimable envers ses ennemis, se soumettre aux autres (v. 21), obéir et aimer.
Comme l’ivresse donne des forces et une ardeur étonnantes, ainsi l’Esprit remplit le chrétien d’une puissance et d’un enthousiasme nouveaux. Le vin, comme la plénitude de l’Esprit, fait chanter (5.19). « Comme il y a, au fond de l’impureté, l’abus du besoin d’aimer, il y a, au fond de l’ivrognerie, l’abus d’un certain besoin d’ardeur et d’enthousiasme… la foi seule satisfait ce besoin purement, salutairement et constamment par le don du Saint-Esprit » (Ad. Monod).16
16 Op. cit. (note 12), pp. 346-347.
d) Les deux verbes sont au pluriel. Paul s’adresse, non au chrétien individuel, mais à l’Eglise. « L’occupation habituelle des esclaves durant leurs rares moments de loisir, était la beuverie commune. Que doivent faire les chrétiens entre eux durant leur temps libre ? Festoyer avec de joyeux lurons ? Au contraire, leur dit Paul, allez retrouver vos frères en la foi et là, devenez ensemble pleins d’Esprit-Saint. Si vos réunions sont remplies de l’Esprit, alors vous vous entretiendrez par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels. » (M. Grifiths).17
17 Op. cit. (75), p. 84.
L’Esprit n’est jamais donné pour une exaltation de la personnalité individuelle, mais en vue de l’édification de la communauté (1 Co. 12.7).
Le pluriel nous indique aussi que « cette plénitude de l’Esprit n’est pas un privilège réservé à quelques-uns ; elle est pour tous les croyants » (Hoekema).18 Elle s’acquiert, se conserve et se développe dans les échanges fraternels et par la vie en Eglise.
18 Op. cit. (88), p. 86.
3. Elle transforme nos relations avec Dieu et les hommes.
Comment cette plénitude de l’Esprit se manifeste-t-elle dans notre vie ?
A la suite du commandement (5.18), l’apôtre mentionne quatre traits qui, tous, se rapportent à la vie relationnelle. « La plénitude de l’Esprit implique moins une expérience privée d’ordre mystique, qu’une relation morale avec Dieu et nos prochains » (J. Stott).19
19 Op. cit. (177), p. 30.
a) « vous entretenant par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels » : litt. « parlant les uns aux autres » (cf. le passage parallèle de Col. 3.16 : « instruisez-vous et exhortez-vous… »), « Il est très significatif que la première marque de la plénitude de l’Esprit soit le fait de se parler les uns aux autres. Le premier signe est la communion, une communion spirituelle : « par des psaumes, des hymnes ». La vraie communion s’exprime dans le culte en commun » (J. Stott).20
20 Ibidem (177).
b) « chantant et célébrant les louanges du Seigneur. » Le Saint-Esprit est un esprit de louange, il aime à glorifier le Seigneur Jésus. On peut aussi traduire le deuxième verbe par « jouer ». « Que du secret de vos cœurs, une musique s’élève sans cesse vers lui. »
c) « rendant continuellement grâces pour toutes choses à Dieu. » Seul l’Esprit de Dieu remplissant nos cœurs peut nous donner cette habitude de voir en toutes choses la main du Seigneur et de l’en remercier.
d) « vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. » Dans les versets suivants, l’apôtre développe ce point en passant en revue les différentes relations familiales et sociales.
« La deuxième et la troisième marques de la plénitude concernent nos relations avec Dieu ; la première et la quatrième, celles avec les autres. Les deux principales sphères dans lesquelles la plénitude se manifeste sont l’adoration et la communion fraternelle. Le Saint-Esprit nous place dans une relation normale avec Dieu et l’homme. C’est dans ces qualités et ces activités spirituelles, et non pas dans un phénomène surnaturel, qu’il nous faut chercher les signes de la plénitude du Saint-Esprit » (J. Stott).21
21 Op. cit. (177), pp. 31-32.
Comment pourrions-nous donc définir la plénitude du Saint-Esprit d’après les passages étudiés ?
a) Elle n’est pas une expérience liée à des manifestations surnaturelles.
La seule fois dans le Nouveau Testament où la mention de la plénitude du Saint-Esprit soit liée à des phénomènes extraordinaires est le récit de la Pentecôte, et nous avons vu qu’à bien des égards, il s’agissait d’un événement exceptionnel. Dans les quatorze autres passages où nous trouvons les expressions « rempli » ou « plein du Saint-Esprit », il n’est question ni de parler en langues, ni d’extase ; une seule fois, une vision y est associée : lorsque Etienne, en mourant, vit le ciel ouvert (Ac. 7.55).22
22 Tel n’est pas l’enseignement pentecôtiste sur la plénitude : « Le don du Saint-Esprit comprend toujours une manifestation visible et audible… Il comprend deux phases bien distinctes : une manifestation intérieure suivie d’une manifestation extérieure : a) Manifestation intérieure : « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit (Ac. 2.4). Ce qu’il faut d’abord rechercher, c’est cette Plénitude de l’Esprit, le parler en langues vient ensuite comme b) Manifestation extérieure. Elle découle normalement de la plénitude de l’Esprit. Le parler en langues inconnues est la « manifestation » du Saint-Esprit, normale et biblique, prouvant extérieurement une plénitude intérieure… C’est une expérience comparable à l’extase, Telle est, à des degrés plus ou moins intenses, l’expérience de celui qui est rempli de l’Esprit. » C. Le Cossec (112), p. 5.
b) Elle n’est pas une expérience faite une fois pour toutes.
Pierre fut rempli de l’Esprit avec les cent vingt disciples, le jour de la Pentecôte (Ac. 2.4). Or, lorsqu’il comparut devant le sanhédrin, il fut, de nouveau, « rempli » (4.8 : verbe à l’aoriste, « plénitude-afflux »). Paul, de même, fut « rempli de l’Esprit » le jour de sa conversion (9.17) et, plus tard, devant Elymas le magicien (13.9).
On peut donc être plusieurs fois rempli du Saint-Esprit. Cela nous est confirmé par le temps que Paul emploie dans Ephésiens 5.18 : « Soyez remplis de l’Esprit ». Littéralement : « soyez toujours à nouveau en train de vous laisser remplir par le Saint-Esprit ». Le mode impératif grec a deux temps : l’aoriste qui commande une action faite une fois pour toutes (ex. « Frappez (une fois) et l’on vous ouvrira » Mt. 7.7) et le présent (l’ordre : « Frappez », à l’impératif présent, signifierait : continuez à frapper, à coups répétés). L’apôtre Paul demande donc au chrétien de se laisser toujours à nouveau remplir par l’Esprit.
c) Elle ne transforme pas les croyants en « surhommes chrétiens » avec « des yeux rayonnants, une énergie inépuisable et une personnalité dynamique et fascinante ».23
23 Griffiths op. cit. (112), p. 86.
L’apôtre Paul, un homme rempli de l’Esprit, disait qu’il portait « ce trésor dans des vases de terre pressés de toute manière. dans la détresse… persécutés… abattus… » (2 Co. 4.7-9). Ses adversaires disaient qu’il était « faible, et sa parole est méprisable » (10.10). Il était malade en Galatie (Ga. 4.13), « dans un état de faiblesse, de crainte et grand tremblement » à Corinthe (1 Co. 2.3). Ses collaborateurs n’étaient pas mieux lotis : Timothée souffrait de « fréquentes indispositions » (1 Ti. 5.23) ; Epaphrodite était gravement — et longtemps — malade (Ph. 2.26-27) ; Paul a dû laisser Trophime seul et malade à Milet (2 Ti. 4.20). « C’est pourquoi il est dangereux de comparer un idéal néo-testamentaire présumé avec la réalité actuelle, et de laisser supposer aux croyants des possibilités qui n’existaient même pas du temps du Nouveau Testament » (Griffiths).24
24 Op. cit. (112), p. 89.
d) Elle n’a rien de commun avec le baptême du Saint-Esprit.
Criswell cite cinq différences essentielles entre le baptême et la plénitude de l’Esprit : 1. Il n’est jamais commandé aux chrétiens d’être baptisés de l’Esprit, mais d’être remplis du Saint-Esprit. 2. Le baptême est accompli une fois pour toutes. Etre rempli est un acte qui se répète constamment. 3. Le baptême se rapporte à notre position : c’est quelque chose que Dieu fait pour nous. La plénitude relève de l’expérience. 4. Les résultats diffèrent : notre baptême spirituel nous incorpore au Corps de Christ. La plénitude nous remplit de puissance. 5. Le baptême de l’Esprit ajoute des membres à l’Eglise, la plénitude de l’Esprit y opère des miracles.25
25 The Baptism (42), pp. 20-25.
La Bible nous présente l’homme tel qu’il est. Elle ne mâche pas ses mots pour dénoncer les côtés négatifs. Jésus affirme : « C’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies » (Mt. 15.19). L’apôtre Paul nous dit que les hommes qui « ne se sont pas souciés de connaître Dieu » sont « remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice ; pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité… » (Ro. 1.29).
Mais si le Saint-Esprit vient faire sa demeure en nous, il nous purifie de tous ces péchés. Plus nous lui laisserons de place, plus les fruits de l’Esprit remplaceront les œuvres de la chair, jusqu’au point où l’Esprit occupera toute la place disponible. Comme avant la conversion la fureur ou la jalousie, la crainte ou la tristesse peuvent nous « remplir » (Lu. 5.26 ; 6.11 ; Jn. 16.6 ; Ac. 5.17 ; 13.45 ; 19.28), c’est-à-dire que « ces émotions empoignent et dominent à tel point le cœur et l’esprit que toute autre chose devient secondaire », ainsi maintenant « dans le cœur du croyant rempli de l’Esprit, cet Esprit règne souverainement sur la volonté, les émotions et l’intelligence, mais avec le plein consentement et avec la collaboration du croyant »(Sanders).26
26 The Holy Spirit and His Gifts (160), p. 139.
« Ce qui prend totalement possession de l’esprit d’un homme le remplit » (Thayer). Un récipient est rempli quand il contient tout ce qu’il peut contenir. Il est plein d’huile, par exemple, quand cette huile occupe tout le volume disponible et qu’il n’y a rien d’autre dedans. Dans un homme plein du Saint-Esprit, l’Esprit de Dieu occupe tout l’espace intérieur disponible, ne laissant ni vide, ni place pour le péché ou le Moi. Cette plénitude est marquée par une vie intérieure d’intime communion avec Dieu : foi, amour, connaissance, compréhension des mystères divins (Ep. 3.15-19), par la vie en Eglise, la louange, l’action de grâces et par des relations familiales et sociales ayant comme caractéristiques essentielles : l’amour et la soumission réciproques (Ep. 5.19-6.9). Enfin, elle donne au témoignage du chrétien une autorité et une efficacité qu’il n’aurait pas sans cette plénitude.
Une vie telle que nous venons de la décrire est le but même vers lequel les apôtres voulaient conduire tous les chrétiens. Il est donc impossible qu’en dehors des deux écrits d’un seul auteur inspiré, la plénitude de l’Esprit ne soit mentionnée que dans un ou deux versets des épîtres, c’est-à-dire dans une recommandation parmi soixante-douze autres de la lettre aux Ephésiens. Tous les auteurs du Nouveau Testament ont dû en parler, mais sans doute l’ont-ils fait avec des mots différents.
L’apôtre Jean rapporte les paroles de Jésus sur la source jaillissant jusque dans la vie éternelle (4.14). Celui qui croit en Jésus n’aura jamais faim, jamais soif (6.35). Des fleuves d’eau vive couleront de son sein (7.38), il aura la vie en abondance (10.10), la joie parfaite (15.11 ; 16.24 ; 17.23 ; 1 Jn. 1.4). Qu’est-ce d’autre, sinon une vie remplie de l’Esprit ?
Lorsque l’apôtre Paul parle de l’affranchissement du chrétien par la loi de l’Esprit de vie en Jésus-Christ (Ro. 8.2) et de la vie selon l’Esprit (Ro. 8.5, 13, 15, 26 ; Ga. 5.16 ss.), lorsqu’il dit que « nous sommes plus que vainqueurs » (Ro. 8.37), de quoi parle-t-il sinon de la plénitude de l’Esprit ? Ceux qui sont « spirituels » — par opposition à ceux qui sont « charnels » (1 Co. 3) — ceux qui « marchent selon l’Esprit » (Ro. 8.4) et qui sont « conduits par l’Esprit » ne seraient-ils pas appelés par Luc des chrétiens « pleins d’Esprit-Saint » ? Le passage de Ro. 12.9-21 pourrait être considéré comme une définition pratique de ces chrétiens.
Si nous voulons savoir comment vit un homme rempli du Saint-Esprit, lisons la deuxième épître aux Corinthiens : « toujours plein de confiance » (5.6), toujours triomphant en Christ (2.14), ferme dans les épreuves (11.23 ss.), combattant pour amener toute pensée captive à l’obéissance de Christ (10.45). Dans celui qui est plein du Saint-Esprit, ce n’est plus son moi qui vit, c’est Christ qui vit en lui (Ga. 2.20), il est « rempli en Christ » (trad. litt. de Col. 2.10), « à la mesure de la taille de la plénitude du Christ » (trad. litt. de Ep. 4.13).
Dans une vie remplie du Saint-Esprit, cet Esprit occupe toute la place, c’est pourquoi les petits mots « tout » et « toujours » font allusion à une telle vie. Jésus parlait de la plénitude de l’Esprit lorsqu’il disait : « tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de foute ta force » (Mc. 12.30). Celui qui est rempli de l’Esprit fait « tout pour la gloire de Dieu » (1 Co. 10.31), au nom du Seigneur Jésus (Col. 3.17), il peut tout par celui qui le fortifie (Ph. 4.13), il marchera en toute humilité (Ac. 20.19 ; Ep. 4.2), toute bonne conscience (Ac. 23.1), toute joie (Ph. 2.29), toute sagesse (Col. 1.9, 28 ; 3.16), toute piété (1 Ti. 2.2), toute pureté (1 Ti. 4.12), toute douceur (2 Ti. 4.2), avec une pleine assurance (Ph. 1.20), une entière soumission (1 Ti. 2.11), une parfaite constance (2 Co. 12.12) et plein de douceur (Tit. 3.2), une entière persévérance (Ep. 6.18) et une foi entière (1 Ti. 1.15). Il rend toujours grâces à Dieu (1 Co. 1.4) pour toutes choses (Ep. 5.20 ; Col. 1.3 ; 1 Th. 1.2), il est toujours joyeux (1 Th. 5.16) parce qu’il se réjouit toujours dans le Seigneur (Ph. 4.4). Il a la paix en tout temps (2 Th. 3.16) et poursuit toujours le bien (1 Th. 5.15). Le simple fait que le Nouveau Testament emploie environ mille quatre cent fois ces mots « tout » et « toujours » nous renseigne sur le caractère totalitaire de la vocation adressée au chrétien.
Lorsqu’il est question des « parfaits », où « hommes faits », il s’agit certainement aussi d’hommes remplis de l’Esprit (1 Co. 14.20 ; Ph. 3.15 ; Col. 1.28 ; 4.12 ; Hé. 5.14). Il ne faut toutefois pas comprendre le terme dans le sens d’une perfection morale définitive ou d’une infaillibilité personnelle. Pierre et Barnabas étaient remplis de l’Esprit à la Pentecôte — n’empêche qu’ils ont pris une attitude répréhensible à Antioche (Ga. 2.11-14). Paul fut rempli du Saint-Esprit dès sa conversion, n’empêche qu’il s’est disputé avec Barnabas (Ac. 15.39). La parole de 1 Jn. 1.8 : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes » est aussi valable pour des chrétiens « parfaits » remplis de l’Esprit.
Pour parler d’une vie remplie de l’Esprit, l’apôtre Jean emploie les expressions : marcher dans la lumière, demeurer en lui, l’amour de Dieu est parfait en nous (1 Jn. 2.5 ; 4.12, 18). Dans l’Apocalypse, il parle des « vainqueurs ».
L’apôtre Pierre nous exhorte à être saints, comme Dieu est saint (1.16). Si Luc avait parlé du chrétien qui vit selon la volonté de Dieu et témoigne de son espérance au milieu des païens hostiles (2.12 ; 3.15 ; 4.2), il l’aurait certainement qualifié d’« homme plein du Saint-Esprit ». Jacques l’appelle « l’homme parfait, irréprochable » (1.4 ; 3.2). Pour Jude, c’est celui qui se maintient dans l’amour de Dieu (v. 21) et que Dieu préserve de toute chute (v. 24).
Ainsi, par des mots et des expressions d’une très grande variété — cette même variété qui caractérise tout ce qui sort de la main de Dieu — les écrivains inspirés évoquent une qualité de vie chrétienne supérieure. Impossible de le nier : tous les chrétiens ne possèdent pas cette vie abondante, cette joie parfaite, ces fleuves d’eau vive dont parlait Jésus. Ils ne sont pas toujours « plus que vainqueurs, toujours joyeux,pleins d’assurance, marchant en toute humilité, toute pureté, toute patience », c’est-à-dire qu’ils ne sont pas tous « remplis du Saint-Esprit ».
Mais ils peuvent l’être, Dieu veut qu’ils le soient, sinon il ne leur en parlerait pas presque à chaque page du Nouveau Testament et ne leur commanderait pas : « Soyez remplis de l’Esprit ».