Il s’agissait de prendre d’abord Jéricho, clé d’entrée du pays, et ses villes environnantes, donc la partie centrale du pays. C’était une bonne stratégie, divinement conçue. Cela empêcherait les villes du sud et du nord de s’allier contre l’envahisseur. Mais la ville de Jéricho était complètement bouclée : « La ville de Jéricho avait soigneusement fermé toutes ses portes et s’était barricadée derrière, par peur des Israélites. Plus personne n’entrait ni ne sortait par ses portes » (6.1).
Josué reçoit un ordre étrange. Tout d’abord, l’Eternel lui dit : « Regarde, je te livre Jéricho, son roi et tous ses guerriers ». Donc il n’y avait plus rien à faire ? Si, « Pendant six jours, toi et tous tes soldats vous ferez chaque jour le tour de la ville, une fois par jour. Sept prêtres portant chacun un cor fait d’une corne de bélier précéderont le coffre de l’alliance. Le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville, et les prêtres sonneront du cor. Quand le peuple les entendra produire, avec leur cor, un son prolongé, tout le monde poussera un grand cri, et les remparts de la ville s’écrouleront sur place. Alors le peuple donnera l’assaut, chacun droit devant soi » (6.3-5). Bizarre ! N’était-ce pas insensé de croire qu’un son du cor et un grand cri du peuple feraient s’écrouler les remparts de la ville ?
Ces remparts étaient conçus pour rendre tout assaut pratiquement impossible. L’ennemi rencontrait d’abord une muraille de pierres de 4 mètres de haut et 2 mètres d’épaisseur. Puis venait une pente de 35 degrés difficile à grimper sur laquelle les attaquants étaient exposés aux tirs des défenseurs. Impossible d’y appuyer des échelles pour donner l’assaut à la muraille principale haute de 10 mètres et large de 4 mètres. Les deux murailles étaient séparées par un espace de 4 à 5 mètres (sur lequel des maisons étaient construites, comme celle de Rahab).7
7 Que savons-nous de Jéricho ? Voir EDB 2 sur Josué 6 (p. 51).
Les instructions pour le tour de la ville étaient précises : en tête venaient les soldats armés conduits par Josué, puis, au centre de la colonne venaient sept prêtres qui devaient sonner dans des cors faits de cornes de bélier (chofars), d’autres les suivaient portant le coffre de l’alliance. Le premier jour , toute cette procession faisait en silence le tour de la cité ; on n’entendait que le son des cors. On peut imaginer les défenseurs et les habitants de Jéricho montés sur les deux murailles contemplant ce spectacle étrange. S’attendaient-ils à ce qu’après avoir fait le tour, les attaquants gravissent la pente entourant les remparts&énbsp;? Déjà les archers étaient prêts à les cribler de flèches. Mais non ! Après ce tour de la ville, ils sont tous rentrés à leur camp.
Deuxième jour, les habitants entendaient le son du cor. Vite, on se précipitait sur les remparts pour assister au spectacle : même schéma. Troisième jour, les enfants se sont joints aux spectateurs et si les processionnaires étaient silencieux, les gens de Jéricho ne devaient pas manquer de leur adresser des quolibets moqueurs. La même scène se reproduisit le quatrième, le cinquième, le sixième et le septième jour. Non, ce jour-là, la procession commençait plus tôt et, après avoir fait le tour de la ville, elle refaisait un deuxième tour, puis un troisième, un quatrième, un cinquième, un sixième et un septième tour. Vont-ils continuer ainsi toute la journée ? Non, ce jour-là, les prêtres poussèrent un son prolongé et tout le peuple poussa un grand cri et… les murailles s’écroulèrent et tout le peuple donna l’assaut à la ville, chacun droit devant soi. Josué avait prévenu que tout ce que contenait la ville devait être consacré à l’Eternel, comme premier fruit du pays ; donc, personne n’avait le droit d’emporter du butin ; l’argent, l’or et le bronze devaient être versés au trésor du tabernacle (6.19).
John Garstang rappelle que la Palestine est située dans une zone sujette à de fréquents tremblements de terre. En 1837, 4000 personnes périrent à la suite d’un tel tremblement à Safed. Celui de 1927 a causé un désastre national. Plusieurs centaines d’immeubles s’effondrèrent. A Jéricho, un hôtel tomba en ruine. Cette ville se trouve particulièrement menacée par des séismes. La muraille extérieure étant tombée vers l’extérieur, est-ce la fondation déficiente (les ruines instables d’une ancienne fortification) qui fut la cause de sa chute ? Un tremblement de terre pourrait bien avoir causé l’effondrement au moment déterminé par Dieu. (D’après Joshua, Juges p. 144-145).
« Les auteurs critiques prétendent que l’historicité de la chute de Jéricho dans les circonstances rituelles décrites par notre passage paraît extrêmement problématique.
« Les résultats des fouilles archéologiques présentent de la Jéricho de la fin de l’âge du Bronze et du début de l’âge du Fer, un tableau qui est absolument incompatible avec le récit rapporté ici. Ceux qui soutiennent à outrance l’historicité du chap. 6 ne peuvent pas ne pas considérer ces résultats comme décourageants » (J.A. Soggin Josué p. 68).
Soggin se base ensuite sur les fouilles de Mlle Kenyon pour affirmer que tout le récit de Josué 6 est le résultat d’un travail de « re-historisation » d’un ancien récit dont l’intention principale était liturgique (procession de l’arche).
Le site de Jéricho semble avoir été habité dès l’époque néolithique (7000 av. J.-C.). Jéricho est par conséquent la plus vieille ville connue du monde. Son climat agréable dans la vallée du Jourdain, sa situation près de la mer Morte et la présence d’excellentes sources en ont fait pendant des millénaires un lieu d’habitation permanent (malgré plusieurs destructions). Son importance stratégique comme ville-clé pour l’accès en Canaan depuis l’est a justifié un système de fortifications très élaboré.
Tous ces éléments ont fait de Jéricho le centre de fouilles archéologiques le plus important après Jérusalem. Plusieurs campagnes de fouilles ont été menées au cours des 19e et 20e siècles. La première d’entre elles eut lieu en 1867-68 par l’ingénieur anglais Ch. Warren. Il découvrit les restes d’antiques fortifications. De 1907 à 1909, puis en 1911, une expédition austro-allemande a daté la muraille extérieure de l’âge du bronze moyen.
Dans les années 1930-1936, l’Anglais John Garstang a entrepris des fouilles sur le site de l’ancienne ville de Jéricho (Tell es-Sultan). Il a trouvé, en particulier, une double muraille d’enceinte manifestement détruite par un tremblement de terre. Il rattacha cette muraille à une couche de vestiges détruits qu’il data du début du 14e siècle av. J.-C. Cela correspondait aux données bibliques et à la date de la conquête selon la chronologie longue aux environs de 1400 av. J.-C.
Ces résultats furent contestés par Kathleen F. Kenyon qui reprit les fouilles sur le site en 1952. Elle prouva que la double muraille remontait au 3e millénaire av. J.-C. D’après elle, le site de Jéricho serait resté inoccupé de 1550 à 1400 av. J.-C. Donc il n’aurait pas pu être détruit à l’époque de la conquête de Canaan et le récit biblique devient une légende sans fondement historique. C’est à ces résultats que beaucoup de critiques bibliques se sont arrêtés puisqu’ils confirmaient leur attitude sceptique face aux récits bibliques.
Les différentes tentatives des Evangéliques pour réfuter la thèse de K. Kenyon ne se sont pas avérées convaincantes. Cependant, en 1978 parut un livre de John J. Bimson8 qui renversa toutes les conclusions précédentes. D’après une révision de la chronologie égyptienne, l’exode pouvait avoir eu lieu vers 1470 av. J.-C. sous Thoutmès III. Le site de Jéricho cesse d’être un argument contre l’idée d’une conquête violente pour devenir un indice, voire un argument de poids en faveur de l’hypothèse d’une conquête précoce et guerrière de Canaan par les Israélites. K. Kenyon avait basé sa reconstruction sur une céramique bichrome datée d’après l’hypothèse d’une campagne du pharaon Amosis contre les Hyksos en Palestine méridionale. Cette hypothèse a dû être abandonnée. Bimson a daté la céramique de l’époque allant de 1450 à 1400 av. J.-C. Dans ce cas, la destruction de Jéricho se situerait dans la seconde moitié du 15e siècle av. J.-C. – ce qui est exactement la période que la chronologie interne de la Bible suggère pour la conquête. Neuf sites importants ayant fait l’objet de fouilles présentent des traces de destruction dans les couches datées de la fin du 15e siècle av. J.-C. Les résultats de Bimson ont bien entendu été contestés par ceux qui voyaient leurs conclusions concernant le caractère légendaire des récits bibliques mises en cause ; mais d’autres auteurs critiques ont montré qu’ils étaient capables de rectifier leurs théories. I. Maxwell Miller dit, par exemple, en conclusion de son compte rendu des travaux de Bimson qu’il « présente une hypothèse plausible venant s’ajouter à celle qui est communément admise. Il démontre ainsi que ceux qui datent l’exode et la conquête du 13e siècle ne possèdent pas le monopole du témoignage de l’archéologie ».9
8 Redating the Exodus and Conquest.
9 Journal of Biblical Literature 99 (1980) p. 135.
Nelson Gluek pensait avoir prouvé que la Jordanie orientale n’était pas occupée au 15e siècle av. J.-C. ; James R. Kautz a démontré en 1982 qu’il n’y avait pas eu d’interruption dans le peuplement de cette région à cette période. On revient donc aux conclusions de Garstang concernant un éventuel tremblement de terre vers 1400 dans la région de Jéricho. Zeev Reches de l’institut Weizman a trouvé, au cours de nouvelles fouilles, des traces indubitables de séisme sur des murailles. Ainsi, les guides qui font visiter les couches de l’antique Jéricho et qui déclarent qu’elles n’ont rien à voir avec Josué « seront-ils bientôt obligés de revoir leur commentaire, et peut-être pas seulement eux ».10
10 D’après un article de Rainer Riesner « Les murailles de Jéricho » dans Hokhma 30 (1985) p. 82-90.
En 1990, la Biblical Archaeological Review11 publiait un article de l’archéologue Bryant G. Wood qui a repris les fouilles à Jéricho et examiné les conclusions de Mlle Kenyon sous la loupe. Il a trouvé correcte la datation de la double muraille du début de l’âge de bronze, mais celle de la destruction de la ville, qu’elle datait de la fin de l’âge de bronze (env. 1550 av. J.-C.), est très sujette à caution.
11 N° 2, 1990 p. 44-59, traduite en allemand dans Bibel u. Gemeinde (1/1995 p. 15-31).
En fait, K. Kenyon a fondé toute sa conclusion sur l’absence de céramique bichrome dans les couches datant de 1550 à 1400. Cette céramique était importée de Chypre et avait été trouvée dans plusieurs tombes de Meguiddo. C’était manifestement un produit de luxe dont l’absence n’a rien d’étonnant dans les quartiers pauvres fouillés par Mme Kenyon (constituant une surface de quelque 80 m2 sur les 2 à 2,5 ha que comprend l’intérieur de la ville). « Pourquoi devrait-on s’attendre à trouver, dans un milieu culturel de ce genre, des céramiques exotiques importées ? » (B.G. Wood). Sur le même site, Kenyon avait trouvé beaucoup de céramiques autochtones auxquelles elle n’a prêté aucune attention. Elle en a fait don aux musées britanniques, français et allemands. Wood les a examinées (en particulier celles qui se trouvent dans la section des Antiquités orientales du Musée du Louvre à Paris) et en a déduit qu’elles dataient de la fin de l’âge de bronze et prouvaient, par conséquent, que la ville était habitée à cette époque.
Comme Bimson, Wood a réfuté l’idée (lancée par K. Kenyon) d’une destruction de la ville par les Egyptiens après la domination hyksos. En effet, quand les Egyptiens attaquaient une ville, c’était peu avant la récolte du blé où l’approvisionnement des habitants était moindre (et par conséquent, leur résistance l’était également). Comme on a retrouvé de grandes provisions de blé à Jéricho, on peut en conclure que l’attaque a eu lieu après la moisson – ce qui correspond aux données bibliques (Josué 3.15 : « c’était l’époque de la moisson », Rahab avait mis des tiges de lin à sécher sur son toit, Jos 2.6).
Wood ajoute trois autres preuves à l’examen des céramiques :
1° la stratigraphie de la City IV : de la phase 32 examinée par K. Kenyon (1650-1550 av. J.-C.) jusqu’à la destruction de la City, Kenyon a constaté l’existence de 20 phases tectoniques pendant lesquelles 3 grandes et 12 petites destructions eurent lieu. Une tour de fortification fut détruite et reconstruite quatre fois. Si les conclusions de Kenyon étaient exactes, ces 20 phases auraient dû avoir lieu en un seul siècle, ce qui est invraisemblable.
2° Garstang avait découvert une série de scarabées datés du 18e au 14e siècle av. J.-C. Quatre d’entre eux portent des noms de pharaons (Hatshepsout : 1503-1483 ; Touthmôsis III : 1504-1450, et deux d’Aménophis III : 1386-1349). Un autre porte le sceau de Touthmôsis III. Ces scarabées déposés dans des tombes prouvent que le cimetière de la ville fut utilisé jusqu’à la fin de l’âge de bronze I.
3° L’analyse d’un morceau de charbon de bois au carbone C 14 permet de le dater avec une précision de ± 40 ans de l’année 1410 av. J.-C. Cette analyse prouve que la destruction de la ville eut lieu aux environs de l’année 1400 (et non en 1550 comme K. Kenyon le supposait).
Des dépôts considérables de blé prouvent que la ville n’a pas été assiégée pendant de longs mois, comme c’était le cas d’autres villes palestiniennes. De plus, les conquérants ne se sont pas emparés de ces réserves, comme c’était l’habitude. Ceci est absolument unique. Cela correspond à Josué 6.17-18 qui interdisait de prendre quoi que ce soit dans la ville.
Wood énumère sept preuves convergentes, parallèles aux données bibliques : 1° la ville était bien fortifiée. (Josué 2.5, 7, 15 ; 6.5, 20) ; 2° elle fut attaquée peu après le temps de la moisson (2.6 ; 3.15 ; 5.11) ; 3° les habitants n’avaient pas la possibilité de fuir avec leurs provisions (6.1) ; 4° le siège fut de courte durée (6.15) ; 5° les murailles se sont écroulées, probablement à la suite d’un tremblement de terre (6.20) ; 6° la ville ne fut pas pillée (6.17-18) ; 7° elle fut incendiée (6.24).
« Si l’on compare les données archéologiques concernant Jéricho au récit biblique de sa destruction par les Israélites, on trouve un accord remarquable » (B.G. Wood).12
12 D’après B.G. Wood : « Eroberten die Israeliten Jéricho ? » Eine neue Auswertung der archäologischen Funde » in Bibel u. Gemeinde (1/1995 p. 15-31). Voir aussi l’article de R. Riesner « Les murailles de Jéricho : La recherche biblique entre fondamentalisme et criticisme » dans Hokhma 30/1985 p. 82-90, qui arrive aux mêmes conclusions.
LL. Jensen tire quatre leçons principales de cet épisode :
1° Dieu demande une obéissance inconditionnelle. La particularité des instructions que Dieu donne à Josué au sujet de la prise de Jéricho n’a suscité aucune question de sa part (6.2-5). Il aurait pu demander : « Pourquoi marcher au lieu de combattre ? Pourquoi marcher pendant six jours et en silence ? Pourquoi sonner du cor ? ». Mais s’il voulait la fin prévue par Dieu, il devait accepter sa méthode. Il suffisait aussi au peuple d’écouter les instructions de Josué (6.6-11) puis, par la foi, d’y obéir.
2° L’importance de l’unité. La marche autour de Jéricho a dû impressionner l’armée d’Israël par la puissance de son unité. Les Israélites n’avaient jamais marché ainsi auparavant (la traversée du désert n’était pas une marche militaire). A présent, tous les Israélites étaient liés par une tâche commune face à l’ennemi.
3° La nécessité de la pureté. Israël devait apprendre que s’emparer de certaines choses appartenant aux païens allait les souiller. La cité de Jéricho devait être consacrée à l’Eternel (6.17). Prendre ce qui est consacré à Dieu plaçait sous une malédiction (6.18). Les objets d’or et d’argent devaient être remis aux prêtres pour le service du sanctuaire (6.19) alors que les habitants et le bétail devaient être détruits (6.21).
4° Une vision renouvelée de Dieu. Dieu va ajouter quelques révélations à celles qu’il a données au peuple dans les plaines de Moab : sa présence constante symbolisée par le coffre sacré au milieu des combattants.
Sa souveraineté : la bataille d’Israël contre ses ennemis était celle de Dieu. Les cors utilisés par les prêtres n’étaient pas des trompettes militaires, mais celles du jubilé, car il s’agissait d’une entreprise religieuse, non militaire.
Ses exigences totalitaires. Les Israélites devaient apprendre qu’avec Dieu il n’y a pas de demi-mesure. Il a promis tout le pays de Canaan. Il a puni tous les incrédules dans le désert pour leur désobéissance. Il a demandé que toutes les tribus aident à la conquête du pays. La circoncision devait être pratiquée sur tous les membres masculins du peuple, toute la Loi devait être respectée de tout cœur. Autour de Jéricho, tout le peuple devait pousser des cris. La ville devait être entièrement détruite. Le nombre 7, symbolisant la totalité relevait cet aspect de Dieu (6.3-4).
Son omnipotence, prouvée par le miracle. Le moment précis de la chute des murailles était prédit par Dieu (6.5). C’est exactement ce qui s’est passé (6.20).
Sa sainte colère. Le châtiment des Cananéens a révélé un autre aspect de Dieu qui voulait purifier le pays qu’il allait donner à son peuple des souillures et de la corrupion du polythéisme cananéen. La prostitution religieuse, les sacrifices d’enfants et d’autres pratiques corrompues ou brutales étaient des dangers potentiels pour le peuple d’Israël. Le péché ne pouvait pas cohabiter avec la sainteté.
Toutes ces leçons restent valables pour les chrétiens : la foi et l’obéissance verront la chute des forteresses de l’Ennemi sous la puissante main de Dieu. Car le «Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3.8). (D’après Jensen Joshua p. 61-63).
« Les villes de ce temps-là n’étaient pas très grandes. Jéricho mesurait 210 m × 120 m. Sa circonférence était d’env. 660 m. Nous ne connaissons pas la longueur de la colonne qui faisait le tour de la ville. Cela dépendait de sa largeur. Vu le grand nombre de marcheurs, on peut penser que la tête de la colonne était depuis longtemps retournée au camp lorsque les autres continuaient à marcher » (M.H. Woudstra The Book of Joshua p. 109).
Quel effet cette marche devait-elle faire sur les habitants de Jéricho ? Cette marche six jours durant autour de la ville a sans doute désemparé la population de Jéricho qui s’attendait à combattre ou du moins à repousser les assaillants ; or, rien ne se passait ; les Israélites continuaient leur procession autour de la ville. Probablement qu’après deux ou trois jours de surveillance et d’étonnement, chacun est retourné à ses occupations habituelles – n’imaginant pas que par ce délai, Dieu leur donnait une occasion de se repentir (comme Rahab).
Ce tour de la ville ressemblait davantage à une procession religieuse qu’à une stratégie militaire. Il annonçait l’arrivée de l’Eternel comme Roi, à la fois à son peuple pour signifier le don du pays et à ses ennemis pour les juger et les détruire. L’emploi des chofars (6.4) renforçait l’idée d’un rite religieux, car il était utilisé tous les vendredis soirs pour annoncer le commencement du sabbat. Il l’était également pour inaugurer la fête des trompettes (Lévitique 23.24) qui avait une signification prophétique importante (Esaïe 27.13 ; Joël 2.1s.).
Les six premiers jours, les prêtres n’ont probablement produit qu’un son bref avec leur cor, mais le septième jour, ils devaient faire entendre un son prolongé et tout le peuple devait pousser un grand cri : tout cela par la foi et sans voir le résultat de leurs actions. La répétition du nombre 7 rappelait le sabbat : Dieu voulait commencer une œuvre nouvelle (comme lors de la création) et assurer le « repos » de son peuple.
Le trajet ne pouvait dépasser un kilomètre. Normalement, on le parcourt en un quart d’heure. Peut-être qu’une foule non organisée mettrait le double du temps (en comptant quelques pauses), soit une demi-heure. Les sept tours ont donc pu se faire en un peu plus de trois heures.
En ordonnant au peuple de pousser des cris, Josué lui rappelle que « Dieu vous livre la ville » (cf. v. 2 ; 8.1, 18 ; Juges 3.28 ; 4.7 ; 7.9, 15 ; 1 Samuel 23.4). Tout en étant un événement historique, la chute de Jéricho avait aussi un caractère symbolique : la première ville du Pays promis allait tomber aux mains d’Israël simplement par les cris poussés par le peuple sur l’ordre de Josué, serviteur de l’Eternel. Le symbolisme de cet événement est aussi exprimé par la malédiction sévère appliquée à Jéricho : tout et tous seront absolument et irrévocablement consacrés à l’Eternel. Rien ni personne ne pourra être racheté. Cette destruction devra être vue comme un prélude du jugement final de tous ceux qui ne se plieront pas à la volonté de Dieu (cf. Jérémie 51.63-64 ; Apocalypse 18.20-21). (D’après M.H. Woudstra The Book of Joshua p. 112-113).
Les recherches archéologiques menées sur le site de Jéricho montrent que la ville était entourée de deux murailles séparées par un espace sur lequel étaient construites des maisons (dont celle de Rahab). La muraille extérieure consistait en un talus de 45 m de haut, au pied de la colline. Les fouilles ont dégagé un mur de briques appuyé directement sur le talus. A un endroit, ce mur était conservé sur 24 m de hauteur. Ce talus protégeait une partie plate sur laquelle s’élevait une deuxième muraille large de 20 m et haute de 37 m. Entre les deux murs, on trouvait le quartier pauvre de la ville dont les murs n’avaient qu’une seule rangée de briques. Certaines maisons étaient directement adossées au mur extérieur. C’est ce qui explique que Rahab ait pu faire échapper les deux espions par une fenêtre donnant sur l’extérieur de la ville (Josué 2.15).
Les fouilles ont montré que ces murailles se sont « écroulées sur place » (Josué 6.20). On a trouvé des pierres de ces murailles jusqu’à l’extérieur de la ville. Le rempart s’est très probablement écroulé à la suite d’un tremblement de terre, comme s’en étaient produits d’autres depuis lors dans la vallée du Jourdain. De plus, on a trouvé les traces d’un incendie ayant détruit toute la ville : sur toute la surface des fouilles, une couche d’environ un mètre d’épaisseur contenant des produits calcinés couvrait toute la ville.
Comme dit plus haut, toute la vallée du Jourdain se situait sur une faille où les tremblements de terre étaient fréquents. Les recherches archéologiques de Garstang ont prouvé que les murailles se sont écroulées à plat vers l’extérieur.13 Il est aussi possible que le Seigneur soit intervenu par un miracle pour faire écrouler les murailles. S’il y a eu un tremblement de terre, le miracle consistait en la coïncidence entre le cri des Israélites et l’écroulement des murailles.
13 Voir A. Kuen L’archéologie confirme la Bible p. 82-86.
L’élément déterminant qui fit tomber les murailles de Jéricho, ce fut la foi des Israélites. L’auteur de l’épître au Hébreux l’affirme : « Par la foi, les murailles de Jéricho se sont écroulées quand le peuple en eut fait le tour pendant sept jours » (Hébreux 11.30). Josué et les Israélites ont fait confiance à Dieu, même si l’ordre donné leur a paru insensé. Encore aujourd’hui, « la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » (1 Jean 5.4).
Les deux hommes que Josué avait envoyés pour explorer la ville furent délégués à la maison de Rahab renfermant toute sa parenté. Cette maison avait été préservée de la destruction par un miracle du Seigneur. Ils firent sortir tous ceux qui s’y trouvaient et les installèrent en dehors du camp d’Israël.
Des païens ne pouvaient pas être admis dans le camp qui était saint ; rien d’impur n’avait le droit d’y entrer (cf. Lévitique 13.46 ; Nombres 5.3 ; Deutéronome 23.3, 14). Après le temps de l’accomplissement des rites prévus, ils furent reçus dans la communauté (v. 25) et Rahab fut intégrée au peuple juif (v. 25 ; Matthieu 1.5). Sa foi est relevée deux fois dans le NT (Hébreux 11.31 ; Jacques 2.25).
Par la suite, Rahab fut assimilée au peuple et devint même une ancêtre de David et du Messie. La notice « Elle a habité parmi les Israélites jusqu’à aujourd’hui » est intéressante, car elle montre que, contrairement aux théories critiques, la rédaction de ces événements eut lieu peu après, du vivant de Rahab. Sa parenté fut sans doute intégrée au peuple d’Israël (les hommes par la circoncision).
Par un serment solennel (6.26), Josué maudit quiconque rebâtirait la ville de Jéricho, relèverait ses murailles et en referait une base militaire (c’est le sens du verbe traduit par « rebâtir », comme le montrent 1 Rois 15.17 et 2 Chroniques 11.5 où le même verbe est employé). La prophétie accompagnant cette malédiction fut accomplie dans 1 Rois 16.34 lorsqu’au 8e siècle av. J.-C., Hièl de Béthel a de nouveau fortifié Jéricho et que son fils aîné Abiram et son cadet Segoub moururent.14
14 Voir EDB 2 : Josué 6 Cette histoire de la chute de Jéricho n’a-t-elle pas été démentie par les fouilles archéologiques p. 34.