Dimanche dernier, j’ai assisté avec mes petits-enfants, à un spectacle de cascadeurs. Pendant trois heures, sous la pluie, une foule passionnée suivait les prouesses des voitures roulant sur deux roues, faisant des tonneaux, passant à travers le feu avec une passagère imbibée d’essence sur le capot, volant par-dessus neuf autres voitures pour terminer dans une gerbe de flammes.
L’un des numéros les plus impressionnants consistait à passer à 130 km à l’heure entre deux voitures reliées par un double rail situé à hauteur de la tête du conducteur. Jusqu’au dernier moment, il devait maintenir le volant, rivé vers le but, puis en une fraction de seconde, il devait se baisser ; avec un bruit épouvantable, les rails arrachaient tout ce qui dépassait le volant. Quelques secondes plus tard, le pilote réapparaissait triomphant dans une « décapotable » nouveau style.
Combien d’heures d’exercice et quel courage lui a-t-il fallu pour réussir ce tour ? Quelle concentration sur le but et quels réflexes ! Pour quoi ? Pour l’exploit, la gloire… et quelques sous vite dépensés.
Passer à 130 à l’heure entre deux voitures et sous un rail est un exploit difficile qu’aucun de nous ne réussirait sans doute. Mais Ralph Shallis disait qu’« être responsable dans une Église est la chose la plus difficile et la plus grande du monde ». Que ce soit la chose la plus difficile, vous n’avez sans doute pas de peine à le croire après avoir parcouru ces pages : combien de qualités humaines, morales et spirituelles sont nécessaires ! Que de pièges à éviter, de tentations à vaincre !
Tous les chefs savent qu’il est difficile de mener d’autres, car il y a en chacun de nous une volonté d’indépendance qui ne se plie pas facilement à la volonté d’autrui ; qu’il faille du courage, de l’autorité, de la persévérance, du sens psychologique et bien d’autres qualités, nul ne le contestera. Un leader chrétien a, de plus, un Adversaire qui ne se lasse pas de contrecarrer l’œuvre de Dieu et qui sait que le moyen le plus efficace de la handicaper, c’est de s’attaquer aux responsables. D’où un certain nombre de pièges et de tentations supplémentaires.
Mais être un responsable chrétien est aussi la chose la plus belle et la plus importante du monde. Qu’y a-t-il de plus grand, de plus beau et de plus important que de montrer à des hommes et des femmes le chemin vers la vraie vie, de donner un sens à leur existence, de les voir s’épanouir, croître dans la connaissance et l’amour de Dieu, et trouver à leur tour un service dans lequel ils puissent mettre leurs dons à la disposition du meilleur Maître ? Quand on voit combien les hommes se dépensent pour gagner de l’argent, récolter quelques applaudissements ou réaliser un rêve, on est parfois saisi d’admiration. et de regret. Admiration pour l’abnégation dont ils font preuve lorsqu’il s’agit d’atteindre leur objectif. Regret de ce qu’ils ne vouent pas tout ce temps, ces efforts et ces renoncements à un but moins futile et plus durable. Regret aussi de ce que les chrétiens ne fassent pas toujours preuve du même zèle pour leur cause, pourtant infiniment plus valable.
Pour gravir des échelons et devenir « chef » dans n’importe quelle branche, les gens sont capables de consentir de lourds sacrifices : heures supplémentaires, stages de formation, études arides… Et pour l’œuvre de Dieu, pour l’Église, « colonne et appui de la vérité » (1 Timothée 3.15), que le Christ a aimée au point de se « livrer pour elle » (Ephésiens 5.25) ? N’est-elle pas son « corps », l’instrument de sa volonté auprès des hommes, son Épouse promise aux plus hautes destinées ? « Lorsque le Christ paraîtra, vous paraîtrez aussi avec lui et vous partagerez sa gloire » (Colossiens 3.4).
Notre service dans cette Église a une importance encore bien plus grande que celle de ses buts terrestres. D’après la parabole des mines, les différentes activités que le Seigneur nous confie ici-bas sont pour lui le moyen de connaître notre consécration à sa cause (Luc 19.15b) afin de nous réserver des responsabilités infiniment plus importantes dans le monde à venir.
Mais dès à présent, notre service a des dimensions qui débordent le cadre humain puisque c’est « par l’Église » que Dieu fait connaître sa sagesse infiniment variée aux « dominations et aux autorités dans les lieux célestes » (Ephésiens 3.10). Cette sagesse se manifeste dans les voies infiniment diverses par lesquelles Dieu conduit les uns et les autres à le connaître et à le servir, mais aussi par la sagesse qu’il inspire aux différents membres de son corps, spécialement aux responsables, pour accomplir leur service.
Considérant ces divers buts du service de responsable dans l’œuvre de Dieu, ne vaut-il pas la peine de faire « tous nos efforts » pour réaliser le programme que l’apôtre Pierre nous propose : foi, connaissance, maîtrise de soi, persévérance, attachement à Dieu, amour fraternel et amour tout court (2 Pierre 1.5-7). Un programme que l’on dirait spécialement conçu pour des responsables et de futurs responsables.
« C’est pourquoi, frères, puisque Dieu vous a appelés et choisis, redoublez d’efforts pour éprouver dans toute leur force les effets de cet appel et de ce choix : car si vous agissez ainsi, vous ne tomberez jamais. Ainsi vous seront grand ouvertes les portes du Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 Pierre 1.10-11).