La dernière chevauchée

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LE CHEVAL ROUX ET SON CAVALIER

Le cavalier qui fait la guerre

Revenons à Jean qui, quelque part au-dessus de Patmos se tient tremblant devant le trône éternel de Dieu. Le cheval blanc monté de son sinistre cavalier, tout droit sorti du livre descend du ciel pour causer des ravages sur la terre. Le serviteur céleste de Dieu crie de nouveau le commandement du Tout-Puissant : « Viens ! ». Immédiatement, un second cavalier surgit du livre au pas de charge et serre la bride devant le trône. Dieu parle-t-il au cavalier ? Jean ne rapporte que ceci : le second cavalier « reçut le pouvoir d’enlever la paix de la terre et d’amener les hommes à s’entretuer ». Est-ce Dieu lui-même qui tend au cavalier à une épée romaine ? Jean se contente de dire qu’« une grande épée lui fut donnée ». Le cavalier soulève-t-il l’épée en signe de salut ou enfonce-t-il simplement l’éperon dans les grands flancs palpitants du cheval rouge-sang pour disparaître de leur vue et plonger vers le monde d’ici-bas ?

Rappelez-vous ceci : Dieu ne provoque pas la guerre. Dieu avait un plan infiniment plus grand pour sa création – et ce plan a d’abord été une réalité, et aucune trace de guerre ou de conflit ne venait alors souiller l’œuvre parfaite qu’il avait créée. Mais l’homme, créé libre, a choisi de désobéir à Dieu, et la nature déchue dont il a hérité par voie de conséquence s’est traduite par des guerres, non par la paix. Cette vision est le moyen que Dieu utilise pour nous montrer notre folie et nous mettre en garde contre ses conséquences. Comme Harry Truman n’a pas voulu obéir aux signes qui l’avertissaient de l’éruption prochaine du Mont Saint-Helens, de même toute l’humanité au cours de l’Histoire a refusé d’écouter les avertissements de Dieu. Je me suis souvent demandé si, tandis que les claquements des sabots de ce fulminant cheval roux résonnaient encore aux oreilles de Jean, il n’a pas entendu d’autres sons : le cliquetis d’épées qui se croisent, le bruit de lourdes lances de fer qui transpercent la chair et broient les os, des cris perçants de femmes et des pleurs d’enfants, des gémissements de blessés et des râles de moribonds ?

Ecoutez ! On entend le claquement lointain de ces mêmes sabots se rapprocher de l’endroit où vous êtes en train de lire. D’autres sons se font entendre, couvrant ce bruyant claquement de sabots : le crépitement métallique de mitrailleuses, le sifflement de lance-flammes et de salves de mortiers, le craquement d’écoles, de maisons et d’églises embrasées, le son très aigu de missiles à têtes nucléaires piquant droit au but, l’explosion de bombes de cinquante mégatonnes sur nos villes, le cri de la terreur et de la mort. et le silence d’une terre desséchée et désolée.

Les deux scènes que je viens de décrire, l’une ancienne, l’autre contemporaine, n’ont rien d’exagéré. Car l’apôtre Jean était pleinement conscient du grondement et de l’horreur de la guerre. Peu de temps avant que Jean ne voie le jour et n’exerce son ministère, de 67 à 37 avant notre ère, la Palestine avait connu une révolution meurtrière et sanglante. Sans l’aide des équipes de journalistes ou le comptage pour les services de télévision, les historiens de l’Antiquité ont estimé à 100.000 les pertes en vies humaines provoquées par ce conflit. Et juste avant l’exil de Jean, en 61 de notre ère, les romains écrasaient une autre révolte menée par la reine Bondicca au nord de l’Empire, faisant périr plus de 150.000 soldats et civils. Dans les 68 et 69 après Jésus-Christ, quatre César différents s’étaient succédés à la tête de l’Empire romain. Chacun avait provoqué un bain de sang sans précédent.

Guerre, anarchie, frère contre frère, voisin contre voisin – la faillite totale de relations humaines saines a marqué l’histoire de l’humanité. Le cavalier au cheval roux chevauche depuis la nuit des temps, et la vision de Jean lui fut donnée comme signe avant-coureur de cet holocauste final où le Messie lui-même interviendra et écrasera les alliés du mal à Harmaguédon. C’est cette guerre effroyable, la pire de toutes, que Jésus a prédite quand il déclara « qu’il n’y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais de pareille. Et si ces jours n’étaient abrégés, personne ne serait sauvé ».

Il est tout à fait naïf et insensé d’oublier que le sinistre cavalier porteur de guerre poursuit aujourd’hui encore sa chevauchée intrépide en se dirigeant vers nous. Notre terre est devenue un village ; nous sommes tous voisins. Le sinistre claquement des sabots du cheval roux fait entendre ses battements irréguliers au cœur de notre planète investie. Les stocks de bombes à hydrogène qui, actuellement en comptent quelque 60.000 donnent à l’humanité le pouvoir de détruire la terre entière dix-sept fois de suite en produisant des flammes nucléaires atteignant 130 millions de degrés – tout cela en l’espace d’un aveuglant éclair.

Il est désormais révolu le temps où nous pouvions parler de la guerre avec légèreté. Jusqu’au 6 août 1945, les guerres étaient plus ou moins circonscrites à des champs de bataille et des espaces maritimes précis. L’intendance devait franchir de longues distances pour être opérationnelle. Les océans, le terrain montagneux, les grands axes enneigés, les contrées désertiques et les fleuves créaient autant de barrières naturelles qui retenaient la guerre et donnaient au moins aux combattants une illusion d’éloignement et de sécurité. Pour les Américains du nord en particulier, les guerres se livraient jusqu’alors « là-bas » sur « des rivages étrangers ».

Mais hélas ! le 6 août 1945 à 8h 15 du matin, on tirait la sonnette d’alarme dans les studios du centre de radiodiffusion japonais. Un journaliste se précipita pour lire les nouvelles qu’il venait de recevoir du quartier général de Chugoku : « Trois avions ennemis ont été signalés au-dessus de Saijo… ». Soudain, il y eut un aveuglant éclair de lumière bleue sur Hiroshima, qui se prolongea par un sinistre champignon nuageux. Ce devait être le symbole d’un âge nouveau pour les décennies à venir.

Le journaliste disparut en fumée et la station radio fut rasée. L’ère nucléaire avait commencé. Le bombardement d’Hiroshima et Nagasaki mit fin de façon brutale à cette terrible guerre. On oublie parfois qu’il sauva aussi des vies. Beaucoup de personnalités japonaises d’aujourd’hui, même dans les deux villes martyres, vous diront que la bombe a probablement sauvé des millions de vies japonaises aussi bien qu’alliées parce que les Japonais auraient combattu jusqu’à la dernière goutte de sang pour éviter la défaite. Mais, dans cet instant, la guerre prenait un visage définitivement nouveau.

Malheureusement, trop de gens nés après ce jour-là se refusent obstinément à changer leurs conceptions dépassées de la guerre. On ne veut pas croire à la réalité de l’horrible puissance qu’on a libérée. On préfère rester dans un paradis artificiel : la guerre ne touche que les autres.

Il est ahurissant de penser qu’au moins quinze nations possèdent aujourd’hui l’arme atomique et qu’au moins vingt-cinq autres cherchent par tous les moyens à l’obtenir. Si l’on ajoute toutes les armes nucléaires accumulées par l’U.R.S.S., les U.S.A., la Grande-Bretagne, la France, l’Inde, la Chine et au moins dix autres pays, on est en mesure de se représenter l’énorme puissance de destruction que se forgent les nations du monde les unes contre les autres. Maintenant, la guerre ne se passe plus nécessairement « là-bas ». Le cavalier au cheval roux a couvert toute la distance à parcourir. Le claquement des sabots annonce l’écho assourdissant de la guerre dans les rues de nos villes. Que faire ? Que pouvons-nous faire pour ralentir sa course ?

Avant de répondre à cette question, prenons le temps de considérer une chose vite oubliée dans notre hantise d’une guerre nucléaire : c’est le risque bien plus grand d’une séparation éternelle d’avec Dieu. Face à l’éternité, les horreurs d’une guerre nucléaire seront passagères. Le drame réservé à tous ceux qui rejettent la miséricorde, la grâce et le salut en Christ est bien plus grave de conséquences.

Souvenons-nous aussi de ce moment précédant de peu la trahison, et la crucifixion de Jésus, où le Maître s’éloignant du temple de Jérusalem, donna, lui aussi, cet avertissement : « Vous entendrez parler de guerre et de bruits de guerres : gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Des nations s’élèveront les unes contre les autres, des royaumes les uns contre les autres ».

Alors qu’il prononçait ces paroles, se tramait le crime le plus hideux et le plus horrible de tous les temps et de toute éternité, L’homme allait crucifier le Prince de la Paix. Il est cependant capital de ne pas oublier ceci : malgré l’avertissement du Christ à propos des guerres répétées et des bruits de guerre, il est inconcevable de rester insensible aux luttes fratricides de notre humanité. Notre silence serait une approbation des ravages causés par les armes de destruction massive. Nous devons avertir les nations de ce monde qu’elles doivent se repentir et se tourner vers Dieu pendant qu’il en est encore temps. Notre devoir est aussi de proclamer que le pardon et la paix sont accordés à ceux qui acceptent Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur.

Je suis allé prêcher dernièrement en Europe centrale, en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie. Je ne pouvais m’empêcher de penser à toutes ces guerres qui se sont livrées dans ces contrées rien que pendant les deux derniers siècles – pour beaucoup sans raison apparente. L’une des grandes tragédies de l’histoire, c’est que le cavalier au cheval roux a parcouru, et parcourt encore toute la terre, et qu’il laisse toujours derrière lui mort et destruction.

Il y a quelque temps, le magazine Newsweek intitulait son éditorial « Guerres permanentes » (28 juin 1982) « Harmaguédon ». Ce triomphe final et tragique du « Mal » sur le « Bien » ! « Voilà la direction que l’homme contemporain persiste à prendre » constate le professeur de psychiatrie de l’Université de Harvard, Robert Coles dans son article « Psychologie et Harmaguédon » publié dans un numéro récent de « la Psychologie aujourd’hui » (mai 82). Quand le président Reagan s’adressa, en Angleterre, aux chambres des Lords et des Communes réunies, son allocution fut télédiffusée un peu partout dans le monde. Il déclara que dans le monde entier, « nous voyons autour de nous aujourd’hui les manifestations de notre terrible dilemme nous annoncer la fin des temps ». Il déclara encore que pendant notre lutte désespérée pour coexister au milieu des armes nucléaires menaçant la race humaine, la hantise d’une guerre mondiale plane sans cesse sur nos têtes. Il confia ensuite qu’« aucun président, aucun congrès, aucun premier ministre, aucun parlement ne peut passer un seul jour entièrement libre de cette menace ». (New York Times, 9 juin 1982).

Le président Reagan, dans une déclaration au 3ème Congrès International de Médecins pour la prévention d’une guerre nucléaire, qui se tenait à Amsterdam en juin 1983, a dit : « Aucune tâche n’a plus grande importance pour nous, pour nos alliés, et pour le monde entier que de travailler (…) à la régression des arsenaux nucléaires et au mouvement vers une paix authentique ». Monsieur Olof Palme, premier ministre socialiste de Suède, souvent critiqué vis-à-vis de Monsieur Reagan avait déclaré : « Si le président Reagan en est venu à la conclusion qu’il est impossible de gagner une guerre nucléaire, alors il est en fin de compte sur la bonne voie » (le Times de Londres, 20 Juin 1983).

Au milieu de l’année 1982, eut lieu une « Session spéciale des Nations Unies sur le Désarmement ». Elle fut précédée d’une immense Campagne de propagande dans le monde entier. Mais le Secrétaire général de l’’O.N.U., Javier Pérez de Cuellar, déplora que toute l’affaire se réduisit apparemment à « beaucoup de bruit et d’agitation pour rien ». L’homme, dit-il, s’est engagé dans une cause infernale et aveugle qui débouchera sur la troisième guerre mondiale. Le président de l’Assemblée générale, Ismat Kittani, se fâcha et demanda : « Qu’ont fait les gouvernements du monde pour satisfaire la demande que les peuples de partout leur ont adressée avec ardeur pour enrayer cette Course folle aux armements ? ». Il donna lui-même la réponse : « Vous et moi connaissons la réponse, mais je veux la proclamer à l’attention du monde : Rien ! ». Pas une seule arme n’a été détruite depuis bien des années. On a calculé qu’en 1983 plus d’un milliard de dollars avait été consacré aux dépenses d’armement. Peu nombreux sont ceux qui nient que l’homme est en train de s’armer en vue d’Harmaguédon.

Récemment le magazine Time consacrait son article présenté en couverture au même sujet : « Concevoir l’inconcevable : les craintes croissantes d’une guerre nucléaire ». Peter Newman, rédacteur du magazine Macleans, qui vient de rentrer d’une tournée des capitales européennes, semble penser que la guerre est inévitable. Jonathan Schell, dans son ouvrage « La destinée de la terre », lance cette exhortation : « Les indifférents à la menace d’une guerre apocalyptique sont, du fait de leur assoupissement, en passe de tomber dans l’oubli ». Un sondage mené conjointement par la A.P. et la N.B.C. révèle que 68% des Américains jugent vraisemblable l’entrée en guerre des Etats-Unis pour les années à venir. Caroll Allen explique que « la loi de Murphy reste valable et ce qui peut aller mal, tôt ou tard ira mal ». Le Wall Street Journal conclut : « Il est impossible de se tenir à l’abri de l’extermination de la race humaine sur cette planète, sinon en prévenant la guerre nucléaire ».

Une question se pose : « Ce temps de « la fin » dont parle tant la Bible en termes très pittoresques est-il arrivé ? Les Ecritures enseignent incontestablement qu’il y aura une fin – prochaine – à l’histoire humaine que nous vivons. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce sera la fin d’un monde dominé par le mal. La Bible enseigne que Satan est véritablement le prince de ce monde et le « dieu » du monde actuel. Tant qu’il sera à l’œuvre dans ce monde, en conflit constant avec Dieu et occupé à ses besognes meurtrières, il y aura des guerres.

La Bible enseigne qu’un certain nombre de signes, faciles à reconnaître, se manifesteront à l’approche de la fin de cet âge. Tous ces signes semblent aujourd’hui passer au premier plan. Jésus a dit (Matthieu 24) qu’il y aurait des famines, des épidémies et des tremblements de terre en divers endroits mais que ce serait seulement le commencement. Il dit aussi que les hommes « se trahiront et se haïront les uns les autres, et que plusieurs faux prophètes apparaîtront. A cause des progrès du mal, l’amour du plus grand nombre se refroidira ». Puis il a dit : « Et cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin ». Si l’on ne considère, par exemple, que ce dernier signe, nous voyons au moyen des technologies nouvelles la possibilité d’annoncer l’Evangile au monde entier avant la fin de ce siècle. Mais l’un des signes les plus importants indiqués par Jésus est : une intensité croissante des guerres. Référez-vous à Daniel que Jésus a cité comme faisant autorité pour cette période finale précédant la venue de son règne. Le prophète nous assure de façon très inquiétante que « la guerre se poursuivra jusqu’à la fin ». Lisez par exemple les. chapitres 11, 13 et 16 de l’Apocalypse qui indiquent l’avènement de « la Bête » (c’est-à-dire l’Antéchrist). Elle « fera la guerre ». Et la question suivante est posée : « Qui peut combattre contre elle ? ». La réponse devient évidente un peu plus loin dans le texte : « il lui fut donné de faire la guerre… et de vaincre… Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue et toute nation ».

Le « Los Angeles Times » du 2 septembre 1980 cite le Chinois Den Xiaoping sur l’imminence d’une guerre mondiale : « Tôt ou tard, la guerre éclatera. Et quiconque croit le contraire commet une tragique erreur ».

Pourtant le monde entier désire ardemment la paix. Jamais auparavant, il n’y a eu plus de conférences sur la paix, plus de débats sur la paix, plus de manifestations pour la paix. Si l’on organisait un sondage à l’échelle mondiale, je crois que plus de 95% de l’humanité voterait pour la paix – la paix presque à n’importe quel prix, surtout quand on sait les conséquences dramatiques d’un holocauste nucléaire. Si la nature de l’homme ne pouvait être changée, je devrais cautionner le raisonnement pessimiste du président Reagan : « L’homme a utilisé toutes les armes qu’il a pu inventer. Nul besoin d’une boule de cristal pour prédire une guerre nucléaire ». Le Président lui-même recourt à cet argument : « Dans une guerre nucléaire, toute l’humanité serait perdante ». Andréi Sakharov, le scientifique soviétique dissident, doué d’une intelligence brillante, et pourtant controversé, a ainsi averti le monde : « Je sais que les sentiments pacifistes sont très forts. Je suis profondément solidaire de l’aspiration des hommes à la paix… C’est un facteur extrêmement important, mais, je le répète, il ne suffit pas à exclure la possibilité d’un dénouement tragique » (Newsweek : 4 juillet 1983, p. 23).

Leonid Brejnev, président soviétique et chef défunt du parti communiste, a dit un jour : « Seul un candidat au suicide peut engager une guerre nucléaire ». Son successeur, Youri Andropov a déclaré : « Quels que soient le lieu et les circonstances du déclenchement d’une tourmente nucléaire, elle sera vite incontrôlable et provoquera une catastrophe mondiale ». Le Général Omar Bradley, célébrant l’anniversaire de l’armistice, a déclaré en 1948 : « Nous avons percé le mystère de l’atome et rejeté le Sermon sur la Montagne. Le monde a atteint les sommets de la science en restant dépourvu de conscience. Nous vivons dans un monde de géants nucléaires et de nourrissons en morale ». L’un des dangers de l’époque actuelle est de se laisser absorber par la menace d’un cataclysme au point d’oublier de garder nos esprits en Christ et nos yeux fixés sur lui. Rien ne le surprendra.

Jésus disait : « Mais gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin ». Il précisait qu’il y aurait de nombreuses guerres, peut-être par milliers, avant la dernière grande guerre – et avant son retour –. Dans ce climat de tensions croissantes, il disait : « Gardez-vous d’être troublés ». Depuis qu’il a prononcé ces paroles, deux mille ans ont vu des périodes de guerre et de paix alterner – de grandes et de petites guerres, des guerres civiles et des guerres mondiales. Mais la technologie a changé tout cela de façon spectaculaire. Du fait des armes nucléaires, biologiques et chimiques, il n’y aura probablement plus qu’une seule grande guerre mondiale.

Jésus indiqua que lorsque ce type de guerre deviendra réalité, « si ces jours-là n’étaient abrégés, personne ne survivrait ». Cette parole fait allusion à la guerre totale, dont l’issue probable, à savoir la destruction de toute la race humaine, ne laisse pas place à l’intervention divine. Jamais auparavant, le cosmicide absolu, c’est-à-dire la mort du monde, n’a été aussi imminent. Il n’existe aucun précédent dans la science politique ou dans l’histoire pour guider les hommes qui sont aujourd’hui aux commandes du pouvoir. L’humanité peut avoir toujours connu la guerre, mais jamais dans l’envergure annoncée en Matthieu 24 et en Apocalypse 6. L’homme n’avait jamais possédé les moyens de rayer sa propre espèce de la face de la terre. Voilà la situation du second cavalier d’Apocalypse et les armes dont il dispose. De plus, il détient le pouvoir d’ôter la paix de la terre. Cela signifie sans doute une guerre mondiale et non de simples guerres localisées ou civiles, ni même des conflits internationaux conventionnels. On assiste en ce moment à une polarisation politique et militaire. De puissants blocs se sont constitués, et s’ils finissent par s’affronter, cela se traduira par la série de batailles la plus titanesque de l’Histoire. Ce sera une guerre si intense et si destructrice que, à moins d’une intervention puissante de Dieu pour en arrêter le cours, l’humanité entière périrait. Jérémie signalait qu’un jour viendrait où « vos villes ne seront plus que décombres sans habitants ».

Combien mourront ? Albert Einstein prédisait que dans un échange nucléaire de pleine envergure au moins un tiers de la population mondiale périrait. C’est la même proportion que la Bible indique : « Un tiers de tes habitants mourra de la peste et sera consumé par la famine au milieu de toi ; un tiers tombera par l’épée autour de toi ». C’est là une prophétie directe qui montre combien mourront à cause de l’épée du second cavalier. Un scientifique soviétique a dernièrement avancé presque exactement ce même chiffre pour décrire le bilan d’un échange nucléaire.

Ce sont là des mots effrayants. Mais la crainte n’atteint pas ceux qui placent leur foi entièrement en Christ. Jésus a dit à ses disciples : « Gardez-vous d’être troublés ».

Aurons-nous vraiment un siècle de paix, ou même davantage ? Oui. La guerre n’est pas une fatalité. Si, dans une attitude de repentance vraie, l’humanité voulait bien se tourner vers Dieu en laissant ses péchés de désobéissance, d’idolâtrie, d’orgueil et de convoitise, et de la guerre elle-même ou de ses causes, alors la paix peut régner. Mais pour le moment je ne vois guère de signes d’une repentance à l’échelle mondiale.

Le livre de l’Exode rapporte que Dieu envoya fléau sur fléau à Pharaon et aux Egyptiens de l’Antiquité pour qu’ils laissent Israël s’affranchir du joug de l’esclavage, à savoir quatre cents ans de souffrances. Suite aux fléaux venaient les promesses de Pharaon, mais en fait, « le cœur de Pharaon était endurci et il n’était pas disposé à écouter, selon ce que l’Eternel avait dit ». Plus tard, l’auteur de l’Apocalypse espère la venue d’un temps où Dieu jugera une fois de plus la terre par des fléaux – et malgré cela, « les hommes qui ne furent pas tués par ces fléaux ne se repentirent pas des œuvres de leurs mains ; ils ne cessèrent pas d’adorer les démons, et les idoles d’or, d’argent, d’airain, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher, et ils ne se repentirent pas de leurs meurtres, ni de leurs enchantements, ni de leur débauche, ni de leurs vols ». La grâce, la miséricorde et la bonté de Dieu ne les avaient pas amenés à la repentance. Ses châtiments n’ont pas non plus amené les hommes à se repentir jusqu’à ce jour. Cela dénote la dureté et la froideur du cœur humain qui ne connaît pas Dieu. Le second cavalier de l’Apocalypse devra contribuer à apprendre à l’homme sa responsabilité devant le Créateur au travers des souffrances de la guerre.

Nous en arrivons à la question suivante : Pouvons-nous faire quelque chose face à ce problème de la guerre ? La réponse est oui ; en tant que chrétiens, nous avons une responsabilité. Nous devons rechercher la paix et œuvrer pour la paix chaque fois que nous le pouvons et ou nous le pouvons. Jésus a dit : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés Fils de Dieu ». Notre Seigneur et Sauveur nous a ordonné de travailler à une paix juste sur cette terre. Quand les anges ont annoncé sa naissance, ils ont dit : « Paix sur la terre aux hommes qu’il agrée ». Si le cavalier au cheval roux est messager de guerre, Christ est assurément messager de paix.

Le Nouveau Testament comporte toutefois des passages déroutants, par exemple : « N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera ».

Jésus ne parle certes pas de la guerre au sens propre, mais il fait allusion à une guerre spirituelle conséquente à l’écoute et l’acceptation de l’Evangile. Pour John Wesley, c’était l’épée de l’amour. Jésus vint répandre l’amour sur la terre, et cet amour sépare les gens. Dans la même maison, il peut y avoir des convertis et des inconvertis. Cette situation est souvent source d’incompréhension, de frictions et même de divisions. L’Evangile est à la fois source d’unité et de division. La paix avec Dieu, la paix de Dieu et la paix entre nations est possible seulement si nous désirons nous repentir de nos péchés, écouter Dieu et croire en lui. A nous qui sommes ses serviteurs, ses disciples, ses frères et sœurs, le Maître demande d’être ses alliés pour la cause d’une paix véritable et durable. Il ne promet nulle part que nous réussirons sans lui. Mais il nous appelle à faire de notre mieux pour affronter les situations de guerre et de paix, pour travailler à la paix malgré les faibles chances de succès. C’est là le mystère de la comptabilité entre la souveraineté de Dieu et la libre volonté de l’homme. Nous devons attendre le retour du Christ incessamment, mais il nous faut aussi agir comme s’il ne devait pas revenir avant mille ans.

J’ai ressenti un grand choc quand la première bombe atomique est tombée sur le Japon. J’ai le souvenir de la peur m’envahissant. En fait, j’ai fait part de cette réaction de peur à un célèbre pasteur américain peu après Hiroshima, lui avouant mes sentiments quant à la menace d’une guerre nucléaire et je lui ai demandé son avis sur la position d’un chrétien. Le problème ne semblait pas le concerner. Je soulignai le danger que représentait la découverte de cette nouvelle puissance. Je n’avais aucune idée à l’époque des proportions incontrôlables que prendrait la course aux armes nucléaires ; pourtant je pressentais que nous détruirions le monde si d’une manière ou d’une autre nous n’apprenions pas à maîtriser la puissance que nous avions libérée.

Je n’oublierai jamais sa réponse : « Oh ! Billy, à ta place, je ne m’inquièterais pas pour de telles choses. Dieu est aux commandes. Il est souverain ». Déjà les estimations du nombre de victimes à Hiroshima dépassait 100.000 et les fouilles laborieuses des décombres n’étaient pas terminées. Après avoir pris congé de ce grand serviteur de Dieu, je me trouvai déconcerté par son apparente insouciance.

Il avait raison, du moins jusqu’à un certain point. Ce qui était inouï à Hiroshima, c’était la spectaculaire concentration de l’horreur. Les mêmes personnes épouvantées par ce réel cauchemar considèrent rarement le fait que 50.000 personnes meurent tous les ans sur les routes des U.S.A. (la moitié des victimes par excès d’alcool). Nous ne prenons pas le temps de réfléchir aux milliers de bébés qui meurent entre les mains des avorteurs chaque mois, ni aux milliers qui souffrent et meurent de la drogue et de ses suites. Dieu contrôle la situation mondiale, c’est clair. Si nous croyons en Jésus-Christ, la peur ne peut dominer nos vies. La victoire de Christ sur le tombeau a privé la mort de son aiguillon. Dieu a fixé un temps pour le retour du Christ. Nous avons la promesse qu’il ne permettra pas que la terre soit de nouveau détruite.

Cependant, l’insouciance apparente de mon ami pasteur ne semble pas refléter le commandement du Christ. Jésus nous a appelés à être des artisans de paix. Quand un fléau menace de faire disparaître une tribu africaine ou un peuple indien d’Amérique du Sud, nous y envoyons des médecins et des équipes d’auxiliaires médicaux au nom du Christ pour sauver les vies menacées. Pourquoi se taire alors que l’on fabrique et amasse des armes capables non seulement de tuer la tribu africaine ou le peuple indien mais aussi menacer de détruire toute la population de la terre et les systèmes vitaux indispensables à la vie.

On a cité ces paroles de Jules Masserman, médecin et psychiatre : « Des experts confirmés en affaires internationales et militaires s’accordent à penser qu’à moins d’un renversement des tendances actuelles, il y a quatre chances sur cinq pour qu’une guerre nucléaire anéantisse la civilisation dans la prochaine décennie ». Il nous appartient à tous d’essayer, à la lumière d’une telle déclaration de renverser les tendances actuelles. Nous ne pouvons pas continuer à vivre sur ce rythme frénétique. Dans l’Ancien Testament, l’Ecclésiaste le dit bien : « la folie est dans leur cœur pendant leur vie ». Une sorte de folie s’est emparée de la race humaine.

Ce que les nations doivent faire pour établir la paix.

En mai 1982, je suis allé à Moscou pour prêcher l’Evangile dans les églises et pour prononcer un discours substantiel sur la paix devant une conférence internationale de responsables religieux. Outre les juifs et les chrétiens, les dirigeants de toutes les religions du monde étaient présents. L’éventualité d’un holocauste nucléaire avait pesé lourdement sur mon cœur. Il était temps à mon avis de prendre la parole pour placer ce sujet dans une perspective biblique. Je commençai à comprendre que la guerre a toujours été premièrement un problème moral et spirituel qui nous concerne tous. Bien des frères et sœurs en Christ furent déçus de ce que j’allais aborder le sujet de la paix, qui plus est à Moscou. La presse mondiale était divisée. Certains me critiquaient ou me traitaient de naïf, et l’on déforme parfois terriblement ma pensée. D’autres, en particulier les journalistes, mes compagnons de voyage ayant fait un reportage détaillé des événements à Moscou, se montrèrent bienveillants. Voici quelques extraits de mon discours là-bas. Mes idées y sont exposées. Car l’enjeu de la question, c’est l’avenir de nos enfants, de leurs enfants et de tous les enfants du monde entier – si du moins un tel avenir existe. La Bible est le fondement de mon allocution. J’y ai parlé de la cause de la guerre et des trois types de paix possibles selon l’enseignement de la Bible. Je me suis exprimé sur les droits de l’homme et d’autres sujets apparentés. Lisez-le comme tel :


« C’est un disciple de Jésus-Christ qui s’adresse à vous aujourd’hui… et je déclare que tout ce que j’ai jamais été, tout ce que je suis et tout ce que j’espère être dans cette vie ou dans la vie future, je le dois à Jésus-Christ. Pendant ces quelques minutes, je voudrais donc présenter ce que je crois être la responsabilité du chrétien dans le maintien de la paix à l’ère nucléaire d’après l’enseignement de la Bible. »


Je croyais alors – comme aujourd’hui encore – que nous pouvions faire quelque chose pour contrôler la course aux armements. S’opposer à la menace croissante d’une guerre nucléaire paraît tout à fait confirmer l’appel du Christ à être des artisans de paix sur la terre. Pourtant, pendant ces premières années de l’âge nucléaire, je n’ai guère agi dans ce domaine particulier. J’ai prêché l’Evangile dans le monde entier, ce qui était ma vocation essentielle, et dès le début j’ai mis les gens en garde contre la guerre dans mes sermons. Je les ai exhortés à se repentir, car ce qui mène à la guerre, c’est le péché. Je les ai appelés à se tourner vers Dieu avant qu’il ne vienne juger le monde. Peut-être aurais-je dû faire plus ?

Dans « l’orage s’annonce », le premier volume de ses mémoires sur la seconde guerre mondiale, Winston Churchill a rappelé les moqueries dont il avait été l’objet dans les années 30 pour avoir averti son pays de l’approche de la guerre. Comme Noé ou les prophètes, Churchill essuya railleries, mépris et ridicule. Il continua pourtant ses mises en garde. Je regrette maintenant de n’avoir pas pris position beaucoup plus fermement contre la course aux armes nucléaires à ses débuts quand on pouvait encore l’arrêter. A l’époque, j’ai fidèlement accompli ma mission première, proclamer l’Evangile de Christ et appeler les pécheurs à la repentance. Cependant, comme je le préciserai plus loin dans ce chapitre, je ne suis pas favorable au désarmement unilatéral et je ne suis pas un pacifiste. Tant que la sécurité de mon pays sera menacée (et je ne me fais pas d’illusions sur les intentions des ennemis de notre manière de vivre et de sauvegarder la liberté) notre système de défense doit être efficace. Mais quiconque a le sens de l’histoire pressentira que quelque chose d’unique se prépare actuellement dans le monde.


Dans une ferme du centre des Etats-Unis, on trouve un monument marquant l’endroit exact du centre géographique de la nation. C’est un point fixe de référence à partir duquel, à ce que je comprends, tous les autres points géographiques de la nation peuvent être calculés. Chacun d’entre nous a son point de référence, et pour moi qui suis chrétien, le point de référence quant à ma vie et ma pensée, c’est la Bible : les Saintes Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testaments.

L’humanité entière vit sous une épée de Damoclès nucléaire, ignorant si quelqu’un va appuyer sur le bouton ou donner l’ordre qui détruira une grande partie de la planète.

La possibilité d’une guerre nucléaire n’est donc pas seulement une question d’ordre politique. Bien sûr, il nous faut comprendre que des causes de conflit et des problèmes latents sont à éliminer, avant d’envisager la résolution du problème nucléaire, et ces facteurs doivent également être pris en considération. Ces causes permanentes ont provoqué de sérieux conflits politiques entre les nations, et cela ne correspond pas à l’intention de Dieu.

La course aux armes nucléaires est en premier lieu un problème moral et spirituel qui nous affecte tous. J’ai la conviction que les réponses simplement politiques ne suffiront pas, mais qu’il est temps maintenant pour nous d’engager le monde à rechercher des solutions spirituelles. Notre approche du problème de la course aux armes nucléaires doit être tout autre. Il faut trouver le moyen de rompre le cercle vicieux de la propagande mêlée à l’antipropagande, de l’attaque et de la contre-attaque, de la méfiance qui produit un surcroît de méfiance parmi les nations. Il faudrait aussi désamorcer le cycle sans fin de l’escalade des politiques de dissuasion, toutes plus performantes les uns que les autres. Il faut éviter certaines politiques qui mènent inévitablement les nations au bord de la guerre nucléaire. Fuyons les conflits politiques et idéologiques surgissant de toute part et tempérons-les au nom du caractère sacré de la vie humaine.

J’approuve Albert Einstein qui a dit : « La puissance de l’atome a tout changé sauf notre manière de penser. Nous devrons transformer nos mentalités de façon significative si l’humanité survit ». Peut-être une conférence comme celle-ci, en mettant l’accent sur la nature spirituelle de l’homme et sur la nécessité de donner des réponses spirituelles à ses problèmes peut-elle contribuer à promouvoir cette transformation des mentalités.

Le pape Jean-Paul II a affirmé : « Exposé comme il l’est à l’anéantissement nucléaire, l’avenir de notre planète dépend d’un seul facteur : l’humanité doit faire volte-face sur le plan moral ». Mais alors se pose cette question : comment cela est-il possible ? Dans le domaine technologique, l’homme a de beaucoup dépassé sa capacité morale de maîtriser les résultats de ses découvertes. C’est l’homme lui-même qui doit changer. La Bible enseigne qu’un renouveau spirituel permet cette transformation. Jésus-Christ a enseigné que l’homme peut et doit renaître spirituellement.

Ceci m’amène à quelques commentaires particuliers sur une perspective chrétienne de paix dans une ère nucléaire.

Tout d’abord, le chrétien part de l’affirmation biblique du caractère sacré de la vie : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ». Le monde n’est pas le fruit du hasard, pas plus que la vie humaine n’est un accident biologique. Dieu est à l’origine de l’existence de toutes choses. En outre, l’homme tenait une place tout à fait spéciale dans la création de Dieu : l’homme, seul, fut créé à l’image de Dieu. Il avait en lui les caractéristiques morales de Dieu lui-même et l’une des raisons est que l’homme et Dieu pouvaient ainsi entretenir des relations d’amitié. La vie humaine est sacrée non seulement parce que Dieu l’a créée, mais aussi parce qu’il nous aime et qu’il désire entretenir une relation personnelle avec nous. La vie est un don sacré de Dieu, et détruire la vie humaine constitue une offense au projet initial que Dieu a conçu pour sa création. L’individu a de la dignité aux yeux de Dieu, et ce fait fondamental met en relief son caractère unique et souligne sa valeur dans la société.

En second lieu, la Bible enseigne cependant, que, l’homme, la créature s’est détournée de Dieu, le Créateur. Nos premiers parents ont choisi délibérément de se rebeller contre Dieu et, depuis lors, le chaos s’est installé dans le monde de Dieu à cause de ce choix. Cette révolte contre Dieu, la Bible l’appelle le péché. Ce péché qui brise le lien qui unissait l’homme à Dieu, mais qui brise aussi les liens des hommes entre eux et va même jusqu’à entrainer le désordre dans la vie personnelle de chacun. La haine vient remplacer l’amour ; la convoitise le partage ; le désir de Puissance et de domination sur autrui vient remplacer l’esprit de service et l’humilité. Là où il y avait la paix règne la guerre. Le premier fils d’Adam et Eve a commis le premier acte de violence en tuant son frère.

En conséquence, nous vivons dans un monde défiguré et perverti. Peut-être ne comprenons-nous pas vraiment pourquoi un Dieu tout-puissant et plein d’amour permet que le mal règne dans notre monde ? Mais, malgré nos opinions diverses, il convient de souligner que c’est l’homme, et non Dieu, qui est coupable de l’existence du mal dans le monde. L’homme en porte la responsabilité, car il à reçu la capacité de faire librement des choix moraux et qu’il a choisi délibérément de désobéir à Dieu. Le monde tel qu’il existe actuellement n’est pas ce que Dieu désirait à l’origine.

Dans une perspective biblique, j’ai donc la conviction que la question fondamentale pour nous aujourd’hui n’est pas essentiellement d’ordre politique, sociale, économique ou même morale ou humanitaire. Les problèmes les plus profonds de l’humanité sont avant tout d’ordre spirituel. Ils prennent racine dans le refus de l’homme de rechercher la voie de Dieu pour sa vie. Le problème réside dans le cœur humain, que Dieu seul peut changer.

Pendant la seconde guerre mondiale, Albert Einstein a contribué à faire venir un photographe allemand aux Etats-Unis. Ils se sont liés d’amitié et le photographe a pris un certain nombre de photographies d’Einstein. Celui-ci n’avait jamais aimé les photographes, il n’avait jamais aimé se faire photographier. Mais un jour, il a fait face à la caméra et à commencé à parler. Il a parlé du désespoir que suscitait en lui le fait que sa formule E=mC2, et sa lettre au président Roosevelt avaient rendu possible la bombe atomique, et que ses recherches scientifiques avaient entraîné la mort de tant d’être humains. Il cessa de parler. Dans ses yeux immensément tristes, on pouvait lire une interrogation et un reproche.

A cet instant précis, le cameraman arrêta la caméra, Einstein leva les yeux et le cameraman lui demanda : « Vous ne croyez donc pas à une paix éventuelle ? » « Non ! répondit-il. Tant qu’il y aura l’homme, il y aura des guerres ».

La Bible dit : « D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas vos passions qui combattent dans vos membres ? Vous convoitez, et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir ; vous avez des querelles et des luttes ». Jésus a déclaré : « Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées… les meurtres… les cupidités, les méchancetés, la fraude… l’orgueil, la folie ».

J’ai la conviction que la possibilité d’une guerre nucléaire est l’un des signes les plus manifestes et les plus tragiques de la révolte de l’homme contre l’ordre divin dans la génération actuelle. J’inclus ici tout l’éventail d’armes modernes capables de détruire la vie, qu’elles soient conventionnelles, biochimiques ou nucléaires. Je sais que le problème de la légitime défense nationale est complexe. Je ne suis pas pacifiste, ni favorable au désarmement unilatéral. La police et les forces militaires seront malheureusement nécessaires tant que la nature humaine restera ce qu’elle est. Mais la production incontrôlée d’armes destinées à une destruction massive par les nations du monde est une fièvre insensée qui menace de consumer une grande partie de notre monde et de détruire le don sacré de la vie.

Du point de vue chrétien, la possibilité d’une guerre nucléaire prend donc sa source dans l’ambition démesurée et la convoitise du cœur humain. La propension au péché se transmet de génération en génération. C’est pourquoi Jésus a prédit qu’il y aurait des guerres et des bruits de guerres jusqu’à la fin des temps. Le psalmiste a écrit : « Ma mère m’a conçu dans le péché ». Il faut donc reconnaître et palier ce tragique et terrible défaut de la nature humaine. Voilà pourquoi je pense désormais que la course aux armes nucléaires n’est pas la volonté de Dieu et que, en tant que chrétien, j’ai la responsabilité de tout faire pour travailler à la paix et contre la guerre nucléaire.

J’ai dit que la vie est sacrée parce que Dieu l’a faite ainsi et que l’homme a dénaturé le don de la vie en se rebellant contre la volonté de Dieu. Mais cela signifie-t-il que la paix n’est pas possible ? Non ! La paix pourrait être possible si nous acceptions de nous humilier et de réapprendre à établir la paix de Dieu.

Ceci m’amène a un troisième point. Le mot paix est utilisé dans la Bible dans trois directions principales.

Il y a d’abord la paix spirituelle. Il s’agit de la paix entre l’homme et Dieu.

En second lieu, il y a la paix psychologique, c’est-à-dire la paix intérieure.

Troisièmement, il y a la paix relationnelle, la paix parmi et entre les hommes.

Le péché, dit la Bible, a détruit ou sérieusement affecté ces trois dimensions de la paix. A la création, l’homme était en paix avec Dieu, avec lui-même et ses semblables. Mais après sa rébellion, sa communion avec Dieu fut brisée. Il n’était plus en paix ni avec lui-même, ni avec les autres.

Ces trois dimensions de la paix seront-elles un jour rétablies ? La Bible est affirmative. Elle nous dit que l’homme seul est incapable de réparer les relations brisées, mais que Dieu le peut, et qu’il l’a fait.

La Bible enseigne que Jésus-Christ était le Fils unique de Dieu, et qu’il fut envoyé dans le monde pour ôter nos péchés par sa mort sur la croix, nous donnant ainsi la possibilité d’être en paix – en paix avec Dieu, en paix avec nous-mêmes et en paix avec les autres. C’est pourquoi Jésus-Christ est au centre de la foi chrétienne. En ressuscitant d’entre les morts, Christ a montré une fois pour toutes que Dieu choisit la vie et non la mort. La tradition orthodoxe et sa liturgie sacrée mettent en particulier l’accent sur l’aspect capital de cet événement glorieux, source de joie triomphale. La Bible dit : « le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur ». Le signe suprême de l’aliénation de l’homme, c’est la mort ; le signe suprême de l’amour réconciliateur de Dieu, c’est la vie.

Vous remarquerez que le symbole commun à tous les croyants est la croix, dans toute la chrétienté. Nous croyons que, sur la croix, fut donnée la possibilité d’une paix durable dans toutes ses dimensions. La Bible dit du Christ que « Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute sa plénitude et à réconcilier par lui tout avec lui-même,… en faisant la paix par le sang qu’il a versé sur la croix ». De lui, la Bible dit encore : « Car il est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié ! Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient près ».

Le chrétien se réjouit à la pensée d’un temps futur de la paix sur la création tout entière. Les chrétiens du monde entier prient la prière que Jésus enseigna à ses disciples : « Que ton règne vienne. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». C’est alors que le problème spirituel de l’humanité sera pleinement résolu.

La Bible et les croyances chrétiennes enseignent qu’il y aura un jugement universel. Christ reviendra, d’après les termes du Credo, « pour juger les vivants et les morts ». Mais alors le royaume de Dieu sera établi, et Dieu interviendra pour faire toutes choses nouvelles. C’est là notre grand espoir pour le futur.

Dans l’intervalle, Dieu est déjà à l’œuvre. Le royaume de Dieu n’est pas seulement un espoir pour l’avenir mais aussi une réalité présente. Où que ce soit, quand des hommes et des femmes se tournent vers Dieu dans la repentance et la foi, et cherchent alors à faire sa volonté sur la terre comme elle est faite dans les cieux, là se manifeste le royaume de Dieu. Et c’est en obéissant à Jésus-Christ, qui dans la Bible reçoit le titre de Prince de la Paix, que les chrétiens coopèrent avec tous ceux qui travaillent sincèrement pour la paix dans notre monde.


(Si je devais préparer à nouveau ce discours, j’insisterais probablement sur ce dernier point en ajoutant ceci : Ceux qui sont membres du royaume de Dieu vivent en pèlerins et en étrangers dans un monde bizarre. Le royaume est « déjà » présent dans la vie des croyants qui glorifient Dieu par la parole et par les actes au sein de l’église et dans la société. Mais le monde n’est « pas encore » le royaume car, comme nous l’avons déjà vu, le monde est sous la tutelle et sous le règne du prince de ce monde, Satan. Jésus a néanmoins vaincu Satan, et tous ceux qui ont reçu Jésus le Roi dans leur cœur et qui ont été réconciliés avec Dieu appartiennent au Roi, qui habite en eux par son Esprit. Le Roi crucifié a reçu toute autorité, et son Esprit qui vient habiter en nous est plus grand que Satan et que ses puissances démoniaques. « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ». Seuls ceux qui croient en Jésus-Christ ont été « délivrés de la puissance des ténèbres et… transportés dans le royaume du Fils de son amour ». Ainsi, il est vrai que les croyants portent du fruit en faisant toutes sortes de bonnes œuvres sur la terre mais les croyants ne peuvent pas établir le royaume de Dieu sur la terre en transformant le monde. Seul le retour du Roi venant régner sur la terre peut aboutir à l’accomplissement de sa volonté sur la terre comme dans les cieux. Puisque nous sommes animés de cet espoir et habités de cette puissance du royaume à venir, est-il étonnant que le royaume du Roi, du Prince de la Paix se propage dans le cœur des hommes, et que nous travaillions à maintenir cette paix qui permet à l’évangile de se répandre ? Dieu règne en souverain sur le monde et le mène providentiellement vers le jour du royaume à venir. Aujourd’hui est un jour de grâce pour le monde. Quand Jésus reviendra, il établira son royaume glorieux. L’humanité vit en ce moment la période transitoire entre l’ascension du Christ vers le Père et son retour « sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire ».

Pourquoi les chrétiens auraient-ils à servir la cause de la paix ? D’abord, par amour pour les perdus de ce monde. Ensuite, par amour pour cette création de Dieu, que le péché a corrompue et rendue objet de malédiction. Enfin, par amour pour ceux qui ont été créés à l’image de « Dieu qui désire que tous arrivent à la repentance ».

Les signes du royaume n’ont pas toujours une coloration politique, malgré leurs implications le laissant croire. Les signes accomplis par Jésus ont été donnés afin d’amener les gens à la foi et pas seulement aux réformes politiques. La vie intérieure que Jésus donne aux croyants par l’Esprit attire d’autres pécheurs à la croix et à la réconciliation avec Dieu. Les fruits de la justice et de la paix se répandent ensuite dans la société).


Quand le Christ est né, dit la Bible, les anges ont dit : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! ». Jésus a déclaré : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! ». Le Nouveau Testament exhorte ainsi les chrétiens : « Vivez en harmonie les uns avec les autres. s’il est possible. soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes ». Nous devons prier et œuvrer pour la paix, individuellement et collectivement, par tous les moyens offerts par Dieu à chacun de nous dans ce but. Christ est venu apporter la paix, nous sommes appelés à proclamer qu’elle est possible et nous croyons que cette paix se trouve en Christ.

Pourtant, certains demandent avec pessimisme : « Est-il réellement possible de faire quelque chose pour qu’il y ait la paix dans le monde ? N’est-il pas déjà trop tard ? ». Voici l’idée que j’avance : notre responsabilité dans le monde est claire indépendamment des circonstances et si tardive que semble l’heure. Evitons de nous associer à ceux qui, spectateurs passifs, se tordent les mains, disant que tout est désespéré. Je crois qu’en dépit du chaos menaçant notre monde, un espoir demeure pour notre génération et pour les générations à venir. Soyons réalistes, mais également optimistes. La Ninive antique fut autrefois sur le point d’être détruite, mais elle échappa à la destruction lorsque ses habitants se repentirent et se tournèrent vers Dieu.

Comme chrétien, j’ai de l’espoir – pour plusieurs raisons. D’abord, à cause de ma foi en Dieu, Seigneur de toute l’Histoire. Il est souverain et capable d’intervenir dans les affaires humaines pour accomplir ses desseins de salut et de réconciliation malgré les difficultés apparentes. Nous ne vivons pas dans un monde de hasard. Je place ma confiance dans le Dieu vivant qui reste fidèle à ses desseins et qui finira par accomplir sa volonté pour ce monde qu’il a créé.

Une autre raison d’espérer : il est encore possible, je crois, de se tourner vers Dieu et de faire face à beaucoup de nos problèmes pour commencer à les résoudre. Nous avons besoin, dans tous les domaines de la vie, de dirigeants dignes de confiance à l’échelle internationale, des dirigeants consacrés, ayant la vision de guider notre génération dans les domaines moral et spirituel. Certes, les êtres humains sont faillibles, et les accords solennellement conclus par une première génération sont souvent rompus par la suivante. Mais ne désespérons pas.

L’une des horreurs de la première guerre mondiale fut le développement et l’utilisation des gaz, toxiques et meurtriers, qui tuèrent et mutilèrent un grand nombre de personnes. Par la suite, les nations du monde s’accordèrent pour bannir de telles armes. Pendant la seconde guerre mondiale, on s’est abstenu d’utiliser ces armes de destruction massive sur les champs de bataille. On peut donc aboutir à des accord internationaux. Et je pense que c’est tout particulièrement la responsabilité des chefs religieux qui considèrent la vie comme sacrée, de susciter des négociations en vue d’un traité international destiné à réduire considérablement ou à interdire les armes de ce type existant aujourd’hui.

Que pouvons-nous faire exactement ? Quelles mesures peuvent prendre ceux qui considèrent la vie comme sacrée pour être des artisans de paix dans notre monde ?

Je n’ai nullement l’intention de présenter un plan ou une procédure de désarmement exhaustifs, car je ne me considère pas compétent pour traiter de ce sujet d’une si grande technicité. Je sais également que toute remarque précise à ce sujet venant de moi ou de l’un d’entre nous risquerait fort d’être mal interprétée et accusée de partialité ou de parti pris politique. Notre but est de dépasser l’étroitesse des intérêts nationaux et de donner à toute l’humanité une vision spirituelle du chemin qui mène à la Paix. Les dirigeants religieux ont souvent accepté la guerre sans réserve, comme un événement de la vie, un moyen ordinairement employé pour régler les querelles entre nations. Dans l’ère nucléaire actuelle, nous devons pourtant éviter de tomber dans ce piège psychologique.

En gardant cela présent à l’esprit, permettez-moi de suggérer cinq mesures qu’il est urgent d’adopter si nous voulons contribuer à sauver le don sacré de la vie des griffes de la catastrophe nucléaire.

1) Appelons les nations et les dirigeants de notre monde à la repentance. Outre la repentance personnelle, sans laquelle nul ne peut être accepté de Dieu, il nous faut nous repentir de nos manquements passés à l’échelle nationale et au niveau individuel ; de notre incapacité à nous accepter les uns les autres ; de notre insensibilité face aux besoins des pauvres et des affamés de ce monde ; du renversement de nos priorités qui vont à la guerre et non à la paix ; de l’insuccès des efforts engagés pour enrayer la course internationale aux armements. Il n’est aucune nation, grande ou petite, à qui l’on ne puisse reprocher l’état actuel des affaires internationales.

2) Invitons les nations et les dirigeants de notre monde à prendre un nouvel engagement et une décision pour la paix et la Justice. Lors des dernières décennies, le monde a connu une course aux armements sans précédent. Ne serait-il pas merveilleux de voir une autre course parmi les nations du monde, une course au désarmement courue à vitesse égale dans les deux camps avec possibilité de contrôle, une course qui aboutisse à quelques générations de paix pour le moins ?

Le chrétien que je suis croit que la paix ne saurait être durable avant l’avènement du royaume de Dieu. Les dirigeants du monde feraient bien de réaliser le désir de la population mondiale qui, à une majorité écrasante veut la paix ; et non la guerre. Invitons les grands de ce monde à agir conformément aux souhaits de la population mondiale et à porter le désarmement nucléaire au sommet de leurs priorités pendant la fin de ce siècle.

3) Invitons les nations et leurs dirigeants à prendre des mesures concrètes pour aboutir à la paix. Les sommets sur la paix ne doivent jamais devenir un substitut aux actions menant à la paix.

Dans le même ordre d’idées, nous devrions inviter tous les gouvernements à respecter les droits des croyants de diverses religions conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unis. Espérons la venue d’un jour où toutes les nations, comme l’ont déclaré les signataires des Accords d’Helsinki, « reconnaîtront et respecteront la liberté qu’a l’individu de professer et de pratiquer, seul ou en communauté, une religion ou une croyance et de vivre selon les exigences de sa propre conscience p;». (Accords d’Helsinki, section VII).

Il me semble aussi important que les grands de ce monde apprennent à se connaître personnellement.

Je voudrais les inviter à prendre des mesures concrètes pour engager des négociations sérieuses qui aboutiront à d’importantes réductions d’armements. Nous devrions prier pour le succès de tous les efforts faits en ce sens, et encourager toute initiative ayant pour but une réduction d’armement simultanée, équilibrée et contrôlable parmi les nations. Plus encore, notre devoir serait d’exposer au monde ce but suprême, à savoir supprimer toutes les armes de destruction massive, nucléaires et biochimiques.

Quand j’ai constaté, il y a quelques années, la futilité apparente de tant de négociations et de conférences sur le désarmement, je me suis prononcé pour ce que j’ai appelé SALT X, une mesure préconisant la destruction complète par toutes les nations de toutes les bombes atomiques, les bombes à hydrogène, les armes biochimiques, et les armes au laser et de toutes les autres armes de destruction massive. Peut-être est-ce impossible à réaliser, mais je sais que cela peut être notre but ultime.

4) Invitons les peuples du monde à prier. Si les peuples du monde voulaient bien se tourner vers Dieu et rechercher sa volonté dans la prière, ces prières auraient un impact considérable sur les problèmes de chacun. Comme Dieu l’a promis par la bouche du prophète Jérémie : « invoque-moi, et je te répondrai ; je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées que tu ne connais pas ».

5) Enfin, nous qui sommes assemblés ici aujourd’hui, reconsacrons-nous personnellement à la tâche qui consiste à être artisans de paix dans le monde.

J’aimerais terminer par cette remarque. Sa Sainteté le patriarche Pimen m’a honoré d’une invitation à assister, la semaine dernière, à une célébration liturgique dominicale de la cathédrale orthodoxe et à adresser quelques paroles de salutations fraternelles avant de proclamer l’Evangile. Je n’ai pu éviter de faire remarquer entre autres choses que c’était le 9 mai, donc le trente-septième anniversaire de la reddition inconditionnelle à Berlin des forces du nazisme à l’Union Soviétique et à ses alliés – l’événement mettant fin à la seconde guerre mondiale. J’ai évoqué les souffrances endurées par l’Union Soviétique durant ce terrible conflit, plus que toute autre nation, ainsi que la mort et les incroyables ravages semés par cette horrible guerre. J’ai également rappelé que pendant cette période de guerre, le grand peuple russe et les Etats-Unis d’Amérique ont été alliés et ont combattu côte à côte contre l’ennemi commun du nazisme. Loin d’avoir à l’époque une idéologie commune, nous avions cependant réuni nos forces pour combattre un même ennemi, si redoutable que nos différences disparaissaient.

J’aimerais dire ceci : non seulement les deux grandes puissances mondiales, Etats-Unis et Union Soviétique, mais toutes les nations de la terre, nous avons tous un ennemi commun. Je crois certes que la Bible enseigne que le péché résidant dans le cœur est l’ennemi commun de toute l’humanité. C’est la raison de la mort du Christ sur la croix. Mais notre ennemi commun aujourd’hui est la menace de la destruction imminente. Est-il utopique d’espérer et de prier dans l’optique d’une alliance complète contre cet ennemi qui menace de nous détruire ? Puissions-nous fous, membres d’une grande ou d’une petite nation, faire l’impossible pour chasser ce fléau meurtrier du milieu de nous et pour sauver le don sacré de la vie des griffes de la catastrophe nucléaire.


Ma responsabilité est la vôtre en matière de paix. Comme je l’ai clairement indiqué ci-dessus dans l’allocution prononcée lors de mon voyage à Moscou, les chrétiens évangéliques ne peuvent pas ‘se permettre le luxe de rester isolés d’un monde où l’holocauste nucléaire menace de tout détruire. Il nous faut quitter le confort de nos maisons et aller de par le monde défendre avec amour, force, ouverture d’esprit et confiance, ce en quoi nous croyons. Disons NON aux compromis, ayons l’audace d’être nous-mêmes pour traiter d’affaires importantes avec des gens ayant une formation ou une pensée autre. Nous serons bien évidemment critiqués, caricaturés ; nous nous ferons des ennemis. Souvenez-vous, au temps de Jésus, les chefs religieux lui reprochaient de fréquenter les publicains et les pécheurs. Soyons prêts à essuyer des reproches, nous aussi.

J’ai consacré presque toute ma vie à la proclamation de l’Evangile. Je n’envisage pas de diriger un mouvement ou une organisation pacifiste. Je suis avant tout évangéliste, mais non statique. Voici quelques éléments spécifiques de mon cheminement et de mon témoignage personnel dans un ou deux domaines.

Mon engagement fondamental de disciple du Christ n’a pas changé, pas plus que ma façon de voir l’Evangile. Mais j’ai fini par approfondir certaines exigences de ma foi et du message que je proclame.

Né et élevé dans une petite ferme du Sud des Etats-Unis, mon enfance ne m’a pas laissé le loisir de penser aux difficultés, aux problèmes et à l’oppression des Noirs. Pendant mes études secondaires, je commençai à remettre en question certaines pratiques courantes de la société au sein de laquelle j’avais grandi. Après ma conversion, je pris enfin conscience de ma responsabilité de chrétien face au problème racial. Lors de mes études à l’Université de Wheaton, à l’ouest de Chicago, aux abords de la ville, j’eus cours pour la première fois avec des noirs. Fondé juste avant la Guerre civile dans un esprit anti-esclavagiste, cet établissement bénéficiait d’une longue tradition de lutte en faveur de la compréhension mutuelle, de la tolérance et de l’amélioration des relations entre les races. Dans un premier temps, je me contentais d’aimer et de traiter en égal celui d’une autre race que la mienne. Mais, en 1952, nous tenions une série de réunions dans une ville du Sud. On avait placé les noirs dans un emplacement spécial délimité par des cordes. Arrivé dans cet auditorium, j’ai demandé que l’on enlève ces cordes. Noirs et blancs ont d’abord été choqués, et j’ai refusé que l’on remette ces cordes. Jamais jusqu’à ce jour, je n’ai accepté de prêcher lors d’une Campagne d’évangélisation organisée dans un esprit de ségrégation. Ce fut un des premiers actes publics suscités par ma conscience. Peu après, j’intervenais dans le problème de Clinton, dans le Tennessee, puis à Little Rock dans l’Arkansas et en Alabama.

J’ai raconté cette histoire parce qu’elle est symbolique quant à la paix, l’holocauste nucléaire et le cavalier qui apporte la guerre. J’ai souvent prêché sur le merveilleux récit de l’Evangile de Luc, au chapitre dix où Jésus parle du bon Samaritain pour nous enseigner nos responsabilités dans le domaine social. Dès mon enfance, si j’avais rencontré un blessé en chemin, dévalisé ou laissé pour mort, je l’aurais sans nul doute aidé. Mes parents, amis et voisins immédiats adoptaient la même attitude, semble-t-il. Mais j’eus rarement la pensée d’interpréter cette parabole en termes de responsabilité collective.

Je ne désire pas suggérer des tactiques pour influencer la politique. Mais je pense avoir évolué lors de mon cheminement spirituel. Le Saint-Esprit continue à me changer, à me modeler, à m’enseigner. Dieu merci, il n’en a pas encore fini avec moi. La Parole de Dieu m’édifie encore face aux situations actuelles. En son temps, Christ s’est élevé contre l’injustice, pour défendre la veuve et l’orphelin, les petits et les faibles.

Ces dernières années, j’ai lu et relu la Bible de la Genèse à l’Apocalypse. Ruth et moi avons lu bien des livres sur la situation mondiale. Des personnages de gouvernements haut-placés m’ont brossé des tableaux de la conjoncture actuelle. Je rencontre souvent des hommes politiques actifs ou qui l’étaient autrefois. J’ai beaucoup appris et plus j’étudie la situation mondiale, et en particulier la menace d’une guerre nucléaire, plus je suis convaincu que les chrétiens ont la responsabilité de présenter les priorités de la Bible sur la guerre et la paix en soulignant que la paix régnera dans le monde quand le Prince de la Paix régnera.

Comme indiqué précédemment, j’ai préconisé ces dernières années un plan mentionné dans mon allocution de Moscou, SALT X, à savoir la suppression bilatérale et contrôlable de toutes les armes nucléaires, biochimiques et à laser destinées à la destruction massive. Quelle est ma pensée sincère quant à cette éventualité ? C’est invraisemblable. Mais devrais-je pour autant cesser de prier, de parler et d’agir pour que vienne ce jour où les peuples de la terre s’uniront pour enlever la menace constante d’un holocauste nucléaire ? Encore une fois, non !

Se sentant coupable du rôle important tenu dans la réalisation de la bombe atomique (sentiment de culpabilité qui paraissait le tourmenter sans cesse), Albert Einstein écrivit un jour : « Il nous faut porter les réalités (de la guerre nucléaire) sur les places des villages. C’est de là que doit s’élever la voix de l’Amérique ». Dwight Eisenhower a dit : « J’aime à croire qu’à long terme les populations vont faire plus pour promouvoir la paix que les gouvernements. A mon avis, les populations ont un désir si profond de la paix que bientôt, les gouvernements devront veiller à ne pas entraver leur démarche ».

Chaque chrétien devrait prier pour la paix… Je ne dis pas cela seulement pour satisfaire votre désir de l’entendre, mais parce que la Parole de Dieu nous y exhorte incontestablement. Je n’ai pas gardé cela pour la fin à cause de sa moindre importance, mais parce que ce dernier élément est celui qui a le plus de chances de marquer : « Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie… » Ce verset est facile à dire. Et c’est vrai qu’à genoux, nous sommes la force la plus performante de la terre. Seul Dieu peut amener le monde, et notre nation en particulier, à la repentance. Seul l’Esprit de Dieu peut mettre les peuples du monde et leurs dirigeants à genoux.

Le problème nucléaire, comme toutes les autres questions majeures, est en définitive une conséquence du péché. Nous faisons confiance aux armes pour préserver la paix – mais les armes ne suffisent pas. La bombe ne s’est pas faite toute seule, et elle n’explosera pas toute seule. Si jamais elle explose, et je prie Dieu que cela ne soit pas, ce seront les hommes et les femmes qui l’auront fabriquée et utilisée qui en porteront la responsabilité.

Il est temps d’appeler le monde à prier. On entend se rapprocher le claquement des sabots du cheval roux dans un bruit de tonnerre, Le cavalier se dresse fièrement sur sa monture, agitant l’épée de la guerre en des moulinets de mort et de destruction qui s’élargissent sans cesse. Il peut d’un bond traverser en un instant les défenses nucléaires et faire voler en éclats tous nos abris anti-atomiques. Dieu seul peut intervenir. Priez pour la paix. La prière est l’arme la plus puissante dont nous disposons pour mettre un terme à la menace nucléaire et provoquer la réalisation du rêve de Dieu pour sa création.

A mon avis, le Prince de la Paix désire que nous affrontions l’éventualité de la menace nucléaire. Soyons réalistes, le problème n’est pas de disparaître, pas plus que le frémissement du Mont Saint-Helens n’était près de s’apaiser, Malgré son pessimisme, je fonde ma conclusion sur la description biblique de la nature humaine confirmée chaque jour par les media. Les Ecritures nous disent d’attendre la venue du Messie dans l’enthousiasme, celui qui, pour nous chrétiens, est le Seigneur Jésus-Christ. Lui seul apportera la paix que nous devons essayer d’édifier en l’attendant.

Si Dieu a accordé 150 ans de répit à Ninive après la repentance de ses habitants suite à la prédication de Jonas, Dieu peut aussi nous donner une où plusieurs générations de paix, après une véritable repentance. Le message n’a pas changé : « Détournez-vous », « Fuyez la colère à venir ». Le magnifique sermon de Pierre à la Pentecôte interpella bien des auditeurs qui « eurent le cœur vivement touché, et ils dirent à Pierre et autres apôtres : Hommes frères, que ferons-nous ? ». Alors « Pierre répondit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit ». On ne peut pas éluder cet impératif : « Repentez-vous ».

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