Je chercherai celle qui était perdue, je ramènerai celle qui était égarée, je panserai celle qui est blessée, et je fortifierai celle qui est malade.Ezéchiel 34.16, Segond
C’était le message qu’elle craignait le plus. La jeune femme d’un caporal qui servait dans le Golfe Persique fut informée que son mari avait été tué sur le coup en Arabie Séoudite par un missile. “Je n’oublierai jamais l’émotion qui m’a soulevé le cœur lorsque, un jour, en ouvrant la porte, j’appris la nouvelle,” dit-elle.
Peut-être que votre coeur est brisé de douleur à cause de la mort d’un être cher. Peut-être que vous avez un enfant qui souffre d’une maladie chronique ou qui s’est rebellé et a quitté la maison. Peut-être avez-vous perdu votre emploi ou expérimenté un échec cuisant dans votre vie personnelle. Peut-être désirez-vous simplement aider quelqu’un d’autre qui traverse une épreuve.
Dans Espoir pour le cœur qui souffre, Doug Sparks raconte au sujet des épreuves que nous traversons : “Si vous n’en avez pas d’épreuve maintenant, vous en aurez. Si vous vivez assez longtemps, il viendra un temps où il vous faudra continuer même si votre cœur est transpercé de toutes parts.”1 Malgré tout il faudra continuer.
1 Doug Sparks, Hope for the Hurting (Colorado Springs, Colo. : Navpress, 1990), 6.
Ma femme fut élevée en Chine, mais je n’ai jamais pu apprendre la langue. Le système d’écriture chinois contient des pictogrammes, caractères qui représentent des images mentales, et on m’a dit que le pictogramme chinois pour le mot persévérance est un couteau et un coeur. Comme c’est vrai dans notre propre expérience ! Que faites-vous lorsque vous vous sentez comme coupé en deux ? Comment continuer (persévérer) avec un couteau en plein cœur ?
Le fils de Barbara Johnson, soldat des Marines, fut tué au Vietnam. Cinq ans plus tard, son fils aîné est frappé et tué par un conducteur en état d’ébriété. Deux ans après, à la veille de la remise des diplômes au collège où son autre fils assistait et où il avait obtenu le vote de l’étudiant le plus remarquable, ce dernier révèle à sa mère qu’il est homosexuel. Affliction après affliction ! Le couteau s’enfonçait si profondément dans son cœur qu’elle crut qu’elle allait en mourir. Elle écrivit : “Je crois que je suis en train d’avoir une crise cardiaque. Je ne sais pas comment le dire, mais je pense que je suis en train de mourir. Je ne peux plus respirer, et j’étouffe. C’est comme si j’avais un tapis de laine dans la gorge et les dents me démangent.”2
2 Barbara Johnson, Stick a Geranium in Your Hat and Be Happy (Milton Keyes : Word (UK) Ltd., 1991), 41.
Quand Barbara Johnson décrivit ses réactions comme chrétienne, elle dit : “Toutes les promesses de Dieu sont là, et elles sont réelles, et elles sont vraies, mais en ce moment, vous saignez, vous êtes écorché et vous avez mal, et vous voulez quand même vous accrocher à ces promesses même si ça ne semble pas marcher pour vous en cet instant.”3
3 Ibid., 57.
Les réactions à l’affliction sont aussi variées que l’affliction elle-même. Certains veulent mourir alors que d’autres explosent de colère. Ils crient et maudissent le monde entier et blasphèment contre Dieu. Les sociologues ont essayé de classer les sortes d’affliction selon le degré de leur gravité, mais personne ne peut regarder la souffrance des autres à la loupe, sauf Dieu.
Souvent le chagrin s’accompagne de culpabilité ; bien fondé ou non, le sentiment de culpabilité ajoute au chagrin. S’il est mal fondé, on tombe dans le piège du “Si seulement…”. “Si seulement nous étions restés à la maison, nous aurions pu appeler l’ambulance à temps.” “Si seulement nous ne lui avions pas permis de rester jusqu’à minuit.” Ces pensées sont des émotions normales quand nous nous sentons coupables de quelque chose à l’égard d’un événement que nous ne pouvons changer.
Puis vient le vrai sentiment de culpabilité. Les émotions deviennent vives lorsque nous savons que nous avons désobéi aux lois de Dieu ou des hommes, ou que nous avons été négligent avec ce que Dieu nous a donné.
Un exemple éloquent de culpabilité due à la négligence est donné dans ce reportage à propos d’un homme qui conduisait sa famille en voiture au marché à quelques rues de chez lui. Sa femme prit le bébé dans les bras au lieu de l’installer dans le siège pour enfant. Le père fit un virage à gauche et entra en collision avec une autre voiture qui arrivait en sens inverse. L’impact fut fatal. Le bébé fut projeté dans la glace et tué instantanément. Tôt après l’accident, le père affligé fut accusé d’homicide involontaire, parce qu’il n’avait pas obéi à la loi qui exige que les enfants en bas de quatre ans soient assis dans des sièges sécuritaires pour enfants. Imaginez l’immense chagrin du père auquel vient s’ajouter maintenant le sentiment de culpabilité.
Comment comprendre la peine des autres si nous n’avons jamais vécu quelque chose de semblable ? Jésus n’était pas étranger à l’affliction. Il était prédit par le prophète Esaïe qu’il serait “un homme de douleur habitué à la souffrance”. Notre plus grand espoir est que les gens le connaissent avant de vivre une grave affliction.
Certaines personnes peuvent avoir une apparence de sérénité et de paix après une tragédie ou la perte d’un être cher, mais à l’intérieur c’est l’hémorragie. Le chagrin peut les conduire au ressentiment ou les amener à jeter le blâme sur les autres. Nous pouvons presque imaginer le ton dans la voix de Marthe lorsque, après la mort de son frère Lazare, elle dit à Jésus : “Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort” (Jean 11.32). Elle tombait dans le piège du “Si seulement…” auquel succombent plusieurs d’entre nous.
Jésus n’essaya pas de raisonner avec Marthe ou de discuter avec elle. Il comprenait sa frustration. S’il y a quelque chose qu’il nous faut plus que toute autre chose pendant l’affliction, c’est un ami qui se tient à nos côtés, qui ne nous abandonne pas. Cet ami, c’est Jésus.
Les visages de l’affliction peuvent se remplir de colère. La colère rend fou si elle n’est pas tenue en bride. Les non-chrétiens peuvent se décharger de leur colère comme des animaux en se laissant aller à des actions féroces, destructives et cruelles. Avant d’arborer nos visages pieux, nous devons prendre conscience que les chrétiens peuvent aussi avoir ces comportements. Ils peuvent être tout aussi impétueux que leurs voisins non-chrétiens.
Le roi David s’écria : “A quoi bon me désoler, à quoi bon me plaindre de mon sort ?” (Psaume 42.5) David était affligé. Son âme était troublée. Vous êtes-vous déjà senti de cette façon ? Avez-vous déjà été si enfoncé dans le gouffre que vous ne voyiez plus de moyen d’en sortir ? Le chagrin peut tuer une personne émotivement et physiquement. Si la puissance de Dieu et sa force n’interviennent pas, notre faiblesse nous rendra fous.
Un autre visage de l’affliction est la panique. “J’imagine toutes sortes de choses terribles. Je pense que je suis en train de perdre la raison.” La personne affligée semble perdre la capacité de se concentrer, ce qui ajoute à sa panique. La panique peut provoquer une paralysie de toute émotion.
La culpabilité, la colère, le ressentiment, la panique. Ce sont seulement quelques-uns des visages de l’affliction. Aucune de ces réactions est anormale. Comme des soldats qui partent au front, nous devons nous préparer pour l’affliction.
Une coupure de presse sur la guerre du Golfe raconte comment un officier d’expérience préparait ses troupes à la possibilité d’un combat sanglant sur le terrain. Jusqu’à ce jour aucun de ces soldats, sauf le commandant du bataillon, n’avait vu de vrai combat. Il leur dit :
“Je veux vous parler de la peur. Vous aurez peur, c’est certain. Si vous n’avez pas peur, c’est que quelque chose ne tourne pas rond chez vous. vous le saurez quand vous aurez peur, les gars… vous aurez un goût de métal dans la bouche comme si vous aviez avalé une demi-douzaine de clous. Ça va arriver. Comprenez-le. Acceptez-le. Parlez-vous-en entre vous. Comprenez l’un l’autre que tous vous avez peur… tout ce que pouvez faire, c’est d’avoir confiance aux types qui sont autour de vous. Moi, j’ai confiance en vous. Je sais que vous ferez votre possible. Ayez confiance aussi en moi que je ferai mon possible.”4
4 Los Angeles Times, 16 février, 1991, A5.
Un officier préparait ses hommes au combat, un peu comme le Seigneur nous prépare au combat de la vie. Je ne sais pas comment on peut faire pour surmonter le chagrin sans ses directions. Il demande d’avoir confiance en lui. Il nous a dit qu’il serait avec nous toujours et qu’il ne nous quitterait ni ne nous abandonnerait jamais (Hébreux 13.5).
Il faut souvent ce couteau dans le cœur pour que nous nous tournions vers lui. Notre foi, notre vie même dépend de Dieu, et quand nous entrons dans la vallée de l’affliction, nous avons besoin de son secours, sinon nous n’arriverons pas à escalader une autre montagne.
Je me souviens de ce que nous chantions : “Les bâtons et les pierres me briseront les os, mais des paroles, que peuvent-elles me faire ?“ Ce n’est pas vrai. Les plus profondes douleurs viennent de paroles ou d’actions qui brisent notre vie en mille morceaux.
Henri avait travaillé pour la même compagnie pendant plus de trente ans. Il avait été un membre utile à la firme, loyal comme pas un, et surtout quelqu’un sur qui on pouvait compter. Il approchait l’âge de la retraite, et sa pension allait constituer la principale source de revenus pour ses dépenses. Henri reçut ses huit jours à cause d’un changement de politique dans l’administration de la compagnie. Il retourna chez lui, un homme brisé, trop abattu pour savoir que faire.
Nous avons reçu la capacité d’espérer et de rêver, de nous fixer des buts et de faire des plans pour ce que nous voulons faire de notre vie. Qu’est-ce que nous faisons lorsque quelqu’un prend nos rêves et les réduit en mille miettes ?
Nos enfants peuvent nous blesser et nous enfoncer le couteau dans le cœur jusqu’à ce que nous croyions ne plus être en mesure de guérir. David Jeremiah écrivit sur le pénible temps où sa fille fut arrêtée parce qu’elle faisait des expériences avec la cocaïne à l’école chrétienne où il était président. Voici ce qu’il en écrivit : “Les sentiments qui me saisirent… étaient totalement différents de ceux que j’avais éprouvés jusque là… Rien dans ma vie ne m’avait préparé au choc initial et aux conséquences douloureuses des jours et des mois qui s’ensuivirent”5.
5 David Jeremiah avec C. C. Carlson, Exposing the Myths of Parenthood (Dallas : Word Publishing, 1988), 4.
Quand nous pensons avoir fait de notre mieux comme parents et que les choses tournent mal, les blessures que nous recevons peuvent se transformer en culpabilité. “Qu’est-ce que nous avons fait de mal ?” crions-nous. J’ai rencontré des hommes pieux et des femmes consacrées qui souffraient du cœur à cause des blessures que leur ont infligées leurs enfants. La guérison de ces blessures ne peut venir que lorsque nous aimons nos enfants sans condition, délaissant les sentiments de culpabilité et recherchant plutôt la restauration.
Les gens nous causent des blessures, et d’habitude nous ne blâmons pas Dieu quand nous avons ces problèmes. Un ami révèle un secret ou répand un mensonge sur nous. Une promesse est brisée ou des paroles de colère nous sont adressées. Avouons-le, tant de nos problèmes viennent de gens qui abusent de nous, nous exploitent, ou sont simplement difficiles à supporter.
Est-ce que Jésus comprend ces blessures ? Lui-même, il fut mal compris, méprisé, ignoré et finalement trahi. Je me rappelle un vieux refrain : “Personne ne connaît les problèmes que j’ai vus. Personne ne sait si ce n’est Jésus !” Il dit : “Toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Matthieu 25.40). Je crois que cela s’applique aux gens-problèmes de notre vie, aussi bien qu’aux affamés, qu’aux assoiffés, qu’à l’étranger, qu’aux personnes nues et malades, et qu’aux prisonniers. “L’un de ces plus petits de mes frères” pourrait bien être la personne qui vous a été uneépine aux pieds et qui a besoin de votre amour sans condition.
La persécution prend parfois l’aspect de l’insulte. Celle-ci peut venir de la manière de vivre différente du chrétien. Pierre dit : “Vous êtes heureux si l’on vous insulte parce que vous êtes disciples du Christ, car l’Esprit glorieux, l’Esprit de Dieu, repose sur vous” (1 Pierre 4.14).
Si la Bible dit : “Tu ne feras pas…”, alors il n’y a pas doute possible. Cependant, si la Bible n’est pas explicite sur un sujet, alors il faut peser le pour et le contre et demander à Dieu de nous donner la sagesse de faire ce qui lui plaît dans les circonstances.
Les chrétiens sont persécutés aujourd’hui parce qu’ils tiennent aux fondements de leur foi, et même aux Etats-Unis, on les persécute à cause de leur position sur des questions de morale. Si vous avez le cœur blessé à cause des insultes, sachez que Jésus vous bénit. Il dit : “Heureux êtes-vous si les hommes vous insultent, vous persécutent et mentent en disant toute sorte de mal contre vous parce que vous êtes mes disciples” (Matthieu 5.11).
Le pas n’est pas long à franchir de l’insulte aux coups, et l’une des blessures les plus graves est celle qui s’inflige par des paroles. Les deux maux causés par la langue peuvent infecter chrétiens et non-chrétiens pareillement. Si un chrétien fait une erreur, il est plus vulnérable qu’un non-chrétien. Des églises se séparent à cause de la médisance. Des familles se brisent à cause de la calomnie. Des ministères ont été détruits à cause de l’indiscrétion de quelques-uns.
Les chrétiens peuvent être calomniés parce qu’ils tiennent à leurs convictions de foi. Un étudiant chrétien du collège ou du lycée (école secondaire) est harcelé en paroles parce qu’il ne veut pas se joindre à ses pairs dans une beuverie ou une orgie. L’homme d’affaires chrétien perd un client parce qu’il ne voulait pas accepter de pots-de-vin. Un vendeur chrétien était honnête dans ses comptes de dépenses et était ridiculisé par les autres vendeurs. Il en coûte de mille et une façons pour être un vrai disciple de Christ. Pierre l’exprime si bien : “Et maintenant, les païens s’étonnent de ce que vous ne vous livrez plus avec eux aux excès d’une si mauvaise conduite et ils vous insultent” (1 Pierre 4.4).
Si nous vivons selon ce que nous croyons, nous serons peut-être faussement accusés. Nous n’avons aucun mérite, cependant, si nous sommes accusés parce que notre conduite comme croyants est inconséquente. Jésus fut faussement accusé à son procès. Les apôtres Pierre et Jean furent aussi faussement accusés lorsqu’ils furent traînés devant le Sanhédrin. Etienne fut aussi faussement accusé et lapidé. Si les apôtres et les autres leaders de l’Eglise primitive subirent ces traitements à cause de leur foi, comment pouvons-nous nous attendre à échapper aux fausses accusations et à la souffrance que de telles attaques peuvent amener dans notre vie ?
Avez-vous déjà été rejeté ? Probablement que la forme de persécution qui fait le plus mal, c’est le rejet. Fondamentalement, nous voulons tous être acceptés et aimés. Mais il y a peu de personnes que je connaisse qui n’aient pas, à un moment ou à un autre éprouvé le rejet. Le plus ardu à accepter, c’est lorsque ce rejet vient d’un membre de la famille, d’un ami intime, ou peut-être encore pis, du conjoint.
Pendant la guerre du Golfe, plusieurs jeunes hommes et jeunes femmes acceptèrent Christ. Les aumôniers militaires notèrent un nombre impressionnant de soldats assistant aux réunions, prenant des engagements, et se faisant baptiser. Quand ces nouveaux chrétiens retournèrent chez eux, ils se firent peut-être accuser par leurs proches de chercher un abri.
Je voyageais à bord d’un avion vers l’Extrême-Orient lorsqu’un serveur demanda à me parler. Il avait un grand sourire aux lèvres quand il me dit : “Je suis chrétien depuis deux ans. Je viens d’une famille non-chrétienne. Celle-ci était membre d’une secte religieuse très opposée au christianisme. Pendant des années, je cherchais quelque chose mais je ne savais pas quoi… Un jour, j’écoutai la cassette d’un prédicateur qui parlait de Jésus-Christ. Je savais que c’était cela que j’avais. cherché toute ma vie. J’acceptai Christ, retournai chez moi et parlai de ma foi nouvelle à mes parents, à mes frères et à mes sœurs. Ils me chassèrent de la maison. Cependant, je continuai à leur témoigner et maintenant, je suis heureux de le dire, ils sont tous chrétiens.”
Dernièrement je rencontrai un homme au visage fort mais tragique. Il y a à peine une année, me dit-il, que son fils fut abattu devant sa maison par des extrémistes religieux. Ses yeux se remplirent de larmes ; alors je lui suggérai de prier. Moi, qui ai si peu souffert et rien de comparable à son affliction, je me sentais indigne de prier avec lui. Plus tard, j’appris qu’il ne pouvait plus retourner chez lui parce que les mêmes extrémistes avaient menacé de le tuer aussi. Prise de panique, sa femme l’avait rejeté et lui et sa foi chrétienne. Il n’avait ni argent, ni travail, ni maison. Voilà à quoi ressemble la persécution.
Jésus dit à ses disciples que le monde, c’est-à-dire le système du monde, l’ordre social et politique qui s’organise sans Dieu, mépriserait les chrétiens. Il dit : “Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait parce que vous seriez à lui” (Jean 15.18-19).
Quand nous souffrons de ce que nous pourrions appeler la subtile souffrance de la vie, nous aurons du mal à nous réconforter de ce que d’autres vivent ou ont vécu les mêmes épreuves. L’Apôtre Paul était dans une classe à part quand nous tenons compte de toutes les sortes de souffrance. Quelle liste impressionnante :
Car il me semble que Dieu nous a mis, nous les apôtres, à la dernière place : nous sommes comme des hommes condamnés à mourir en public, nous sommes donnés en spectacle au monde entier, aux anges aussi bien qu’aux hommes. Nous sommes fous à cause du Christ, mais vous êtes sages dans l’union avec le Christ ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts ; nous sommes méprisés, mais vous êtes honorés ! Jusqu’à cette heure même, nous souffrons de la faim et de la soif, nous manquons d’habits, nous sommes battus, nous passons d’un endroit à l’autre ; nous nous fatiguons à travailler pour gagner nous-mêmes notre vie. Quand on nous insulte, nous bénissons ; quand on nous persécute, nous supportons ; quand on dit du mal de nous, nous répondons avec bienveillance. On nous considère maintenant encore comme les balayures du monde, comme le déchet de l’humanité. 1 Corinthiens 4.9-13
Paul éprouvait de graves souffrances physiques, mais il ressentait une pression plus forte quand il pensait à ses responsabilités de missionnaire chrétien. “Et sans parler du reste, je porte chaque jour le fardeau des préoccupations que j’éprouve pour toutes les Eglises” (2 Corinthiens 11.28).
Si vous êtes leader dans votre église ou dans un organisme chrétien, vous savez de quelle pression Paul parle ici. Humainement parlant, ce fardeau peut conduire à la solitude, à la dépression, et souvent au découragement. Seules la grâce toute-puissante de Dieu et sa paix peuvent nous porter à travers ces temps d’épreuves.
Dans ma propre vie, les pressions, parfois mentales, physiques et spirituelles, deviennent si grandes que j’ai envie d’aller au cimetière m’étendre dans un cercueil pour voir s’il me va. Dieu m’a appelé à mes tâches, et je dois demeurer fidèle. Je me soucie constamment d’être mal cité dans la presse, ou d’être mal interprété dans mes propos et d’attirer des reproches au nom de Christ. Les gens mettent les chrétiens bien connus sur un piédestal, et si la moindre chose tourne mal, ils sont immédiatement blâmés et souvent ridiculisés.
Il nous arrive de faire des erreurs. Sans le vouloir, nous offensons des gens. Souvenez-vous de ceci : “Ce ne sont pas les chrétiens que nous présentons aux gens, mais le Christ.” Je me suis demandé ce qui serait arrivé au ministère du Seigneur Jésus-Christ si la télévision avait existé à son époque. Qu’est-ce que les médias auraient fait, par exemple, quand il chassa les vendeurs du temple, ou lorsqu’il dénonça les Saducéens et les Pharisiens, ou encore quand il ressuscita Lazare d’entre les morts, ou même quand il nourrit la foule des cinq mille ?
L’attitude de Paul n’en était pas une d’apitoiement sur soi, mais une de triomphe. Nous pouvons agir de même. Il dit : “Nous sommes accablés de toutes sortes de souffrances, mais non écrasés ; nous sommes inquiets, mais non désespérés ; on nous persécute, mais Dieu ne nous abandonne pas ; nous sommes jetés à terre, mais non détruits” (2 Corinthiens 4.8-9), Dieu n’a jamais envoyé de difficulté dans la vie de ses enfants sans leur donner de l’aide dans cette vie et une récompense dans l’autre.
David Jacobsen fut un otage à Beyrouth pendant dix-sept mois. Il dirigeait le plus grand hôpital de Beyrouth Ouest. Un jour, en 1985, trois hommes en cagoules et armés de mitraillettes le kidnappèrent. Lié et bâillonné, il fut transporté d’une cachette à l’autre. Il passa la plus grande partie de son temps sur un plancher froid et sale, enchaîné au mur. Une fois par jour, on le nourrissait d’une mousse fade et tiède de riz insipide et de lentilles.
En tant qu’Américain, Jacobsen était détesté de ses ravisseurs. Il n’était qu’un pion politique qu’on traitait avec cruauté. Au lieu de briser sa volonté, ce traitement, au contraire, le fortifia. Il écrivit :
“J’appris que la foi ne pouvait être affaiblie par l’enfer où nous nous trouvons. Nous, les otages, sous la direction du Père Jenko, un prêtre catholique aussi captif, et du Révérend Benjamin Weir, fondâmes l’Eglise des Portes Fermées, nom que nous choisîmes avec un peu de tristesse. Nous joignant les mains, nous citions les Ecritures et nous priions. Curieusement, nos gardes semblaient avoir du respect pour ce rituel. Notre unité dans la prière me démontra que lorsque nous appelons le Consolateur, il répond.”
Jacobsen fut relâché en novembre 1986, mais pendant les quarante-cinq derniers jours de captivité, il demeura seul dans une cellule de deux mètres par deux, ses muscles et jointures ankylosés par le manque d’espace et le froid humide et pénétrant. Pourtant il dit : “La présence de Dieu, le Grand Consolateur, était plus intense que jamais, surtout quand je récitais les Psaumes 27 et 102.”6
6 David Jacobsen, “Remember Them”, Guideposts, Mars, 1991.
Les victoires et les succès des autres personnes nous laissent parfois plus déprimés que jamais. Même un mariage heureux peut vous laisser dans l’amertume si le vôtre est chancelant ou en ruines. Les histoires à succès peuvent être très populaires dans les ventes lors de colloques, mais nous n’avons pas toujours du succès. Beaucoup de gens ont appris à cacher ou à nier leurs défaites et leurs échecs, ne voulant “ennuyer personne avec leurs problèmes.”
Mme Charles E. Cowman, dans Ruisseaux dans le Désert, dit :
“Beaucoup d’entre nous soignerions notre chagrin sans pleurer s’il nous était donné de pouvoir le soigner. Le plus difficile est que la plupart d’entre nous, nous sommes appelés à exercer notre patience, non au lit, mais dans la rue. On nous demande d’ensevelir nos douleurs non dans un sommeil léthargique mais dans un service actif, dans un partage, dans un atelier, dans une heure de conversation, en contribuant à la joie d’une autre personne. Il n’y a pas de façon plus dure d’enterrer son chagrin ; c’est la course avec patience.”7
7 Mrs. Charles E. Cowman, Streams in the Desert (Grand Rapids, Mich. : Zondervan, 1966), 314.
Jay Kesler parla d’un homme dont le fils avait été arrêté pour vol à main armée. L’histoire parut dans les journaux et à la télévision. Les parents chrétiens du garçon avaient tellement honte qu’ils ne quittèrent plus la maison pendant des jours. A plusieurs reprises ils demandèrent à Dieu comment cette chose avait pu arriver dans leur famille. Ils ne savaient pas s’ils allaient pouvoir faire face aux gens, surtout à ceux de l’église.
Les parents allèrent finalement à l’église, et leur honte et leur peur les faisaient se tenir serrés l’un contre l’autre. Mais quelque chose de merveilleux se produisit. Un contingent continuel de gens venait leur demander de l’aide spirituelle. Le père dit à Kesler :
“Il me semble que lorsque les gens prennent une apparence “superspirituelle” à l’église, faisant semblant de n’avoir aucun problème, les autres ont peur d’être honnêtes avec eux de peur d’être regardés comme des échecs. Il est vraiment étrange que lorsque nous faisions tout notre possible et, qu’à la surface du moins, nous avions du succès dans notre vie chrétienne, nous ne touchions la vie de personne d’autre. Maintenant que nous avons eu tous ces problèmes avec notre propre enfant, tous veulent notre aide, tous veulent savoir comment le Seigneur s’occupe de nos problèmes”.8
8 Jay Kessler, The Strong Weak People (Wheaton, Ill. : Victor Books, 1977), 17.
Nous entendons si souvent : “C’est un chrétien solide.” A l’intérieur, cette personne peut être très faible, accablée par l’insécurité, vulnérable. Puisque nous n’en savons rien, nous devrions encourager tous ceux que nous rencontrons. Le Seigneur dit à Paul : “Ma grâce est tout ce dont tu as besoin car ma puissance manifeste pleinement ses effets quand tu es faible…” “C’est pourquoi”, écrit Paul, “je me réjouis des faiblesses, des insultes, des détresses, des persécutions et des angoisses que je subis pour le Christ ; car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort” (2 Corinthiens 12.9-10).
Nous pouvons persévérer même avec “un couteau planté au cœur” quand nous permettons au Seigneur de nous guider ; il nous porte même dans ses bras lorsque nous sommes blessés, jusqu’à ce que nous soyons guéris. La jeune veuve du soldat que j’ai mentionnée au début de ce chapitre dit que le temps l’avait aidée à regarder sa situation avec un regard plus pénétrant. “On peut considérer cet événement comme la pire chose qui puisse arriver ou on peut chercher le bien qui va en sortir”, partagea-t-elle. Quelqu’un a dit : “Vous pouvez traverser cette épreuve mais vous ne pouvez vous en défaire.” Pourtant le temps adoucit les souvenirs, et la présence de Christ nous aide non seulement à survivre mais à aider les autres. Oui, le temps aide le cœur brisé.
Aider les autres représente une étape importante vers la guérison. Barbara Johnson a maintenant un ministère qui s’est développé à partir de sa propre affliction. En aidant les autres, elle vit aussi son fils condamner sa pratique homosexuelle et se reconsacrer à Christ. La fille de David Jeremiah fut aimée à travers ses problèmes et devint un puissant témoignage aux pouvoirs de guérison de Dieu.
Quand nous sommes faibles et impuissants, Dieu est là pour nous donner de la force. Si nous manquons de sagesse, il nous en donne. La guérison n’est pas instantanée ; c’est un processus. Quand nous avouons que nous ne pouvons nous guérir nous-mêmes, et que nous tombons à genoux et demandons à Dieu de prendre les commandes, nous sommes sur la route de la santé spirituelle. Pourquoi attendre ?
Ruth, qui aimait la poésie de Amy Carmichael, m’a donné ce poème :
La fin expliquera-t-elle ?
Les beaux projets avortés, les tâches inachevées
L’étrange confusion de belles œuvres gaspillées,
La fatigue persistante, la tension intérieure,
La fin expliquera-t-elle ?
Cependant Dieu console
Ceux qui perdent patience ; voilà ce qu’il fait.
Mais nul ne peut dire de sa bouche les paroles
Et les donner aux hommes ; car tout ce qu’on sait,
C’est qu’elles sont douces et consolent.
Il n’explique pas encor
Le mystère qui nous éblouit ; mais cette pensée-là
Apaise les cœurs : que plus loin, oui, là-bas,
Se trouve un champ regorgeant de grains d’or
Abreuvés au temps du semis par bien des pluies ;
La fin, c’est elle qui expliquera.