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AU TRIBUNAL

Les Etats-Unis élisent leur président tous les quatre ans. Cet événement s’accompagne de changements à la Maison-Blanche, mais aussi au Congrès et dans bien des palais de gouverneurs. Quand un élu va être remplacé par son successeur, il lui arrive parfois de gracier des prisonniers sous sa juridiction. Il est toujours intéressant de voir qui sont les bénéficiaires de ces faveurs de la dernière heure.

Si vous et moi étions en prison et qu’on nous dise : « Vous êtes libres ! Le président vient de vous gracier », nous ne serions pas long à faire nos bagages et à sortir. Cette grâce bouleverserait notre vie.

A la cour du Roi des rois, une grâce est bien plus encore. A la croix, non seulement l’homme qui croit au Christ est gracié par Dieu de sa punition, mais il est en même temps reçu à bras ouverts dans la famille royale ! Dieu nous accueille en sa maison.

Non seulement nous sommes acquittés, à la croix, mais nous sommes aussi justifiés (c’est-à-dire déclarés sans péché) ; non seulement pardonnés, mais encore accueillis ! Nous venons de voir comment Dieu lui-même a pris sur lui le fardeau de notre péché, en souffrant pour nous. Nous allons voir que la croix va bien au-delà du pardon.

Il ne s’agit pas seulement du fait que le sang de Jésus nous lave de tout péché, il s’agit aussi de sa justice. Le mot clé est « justifié ». La Bible dit : « Justifiés gratuitement par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ » (Romains 3.24).

Voilà quelques années, je fus interviewé par des journalistes de la télévision. Ils sont venus chez moi, et, comme ma femme savait que leur émission atteindrait des millions de téléspectateurs à travers tous les Etats-Unis, elle fit le ménage avec un soin extrême, pour que la maison soit bien en ordre. Elle fit marcher l’aspirateur et nettoya partout, mais elle passa le salon au peigne fin, car c’est là qu’on allait me filmer. Quand les techniciens arrivèrent avec tous leurs appareils, les spots et les caméras, elle était fière de l’aspect de son salon. Puis le reporter commença son entretien avec moi, et tout à coup les projecteurs s’allumèrent et, à notre confusion, ils firent voir des toiles d’araignée et de la poussière un peu partout. Comme ma femme le confessa ensuite : « Le salon était festonné de guirlandes de toiles d’araignée et recouvert d’une poussière invisible à la lumière ordinaire. »

Cette histoire nous fait comprendre pourquoi, même si nous nettoyons nos vies de notre mieux et si nous croyons que tout est en ordre, lorsque nous nous trouvons sous les projecteurs éblouissants de la Parole de Dieu, dans la lumière de la sainteté de Dieu, toutes les toiles d’araignée et la poussière que nous n’avons pas remarquées surgissent tout à coup.

Imaginons une salle de tribunal. Dieu est assis sur le siège du juge, revêtu de sa toge et de son hermine. Vous comparaissez devant lui. Il vous juge selon les exigences de sa justice, qui s’exprime par sa loi morale. Il s’adresse à vous :

Dieu. — Jean (ou Marie), m’avez-vous aimé de tout votre cœur ?
Jean (ou Marie). — Non, monsieur le juge.
Dieu. — Avez-vous aimé votre prochain comme vous-même ?
Jean (ou Marie). — Non, monsieur le juge.
Dieu. — Reconnaissez-vous que vous êtes coupables, et croyez-vous que Jésus-Christ soit mort pour vos péchés ?
Jean (ou Marie). — Oui, monsieur le juge.
Dieu. — Votre punition a déjà été payée par Jésus-Christ sur la croix. Vous êtes donc acquittés.

Je suis pardonné, mais on m’offre beaucoup plus. La Bible déclare en effet que Dieu, dans sa grâce, accorde à celui qui croit en Jésus-Christ le don de la justification (voir Romains 3.4). C’est plus qu’un simple pardon. Si je suis un criminel gracié par le président ou le gouverneur, tout le monde sait que je suis toujours coupable de mon crime. Je n’ai pas servi tout le temps de ma peine, voilà tout. Mais être justifié c’est comme si je n’avais jamais rien fait de mal.

Si nous croyons en Jésus-Christ, nous recevons à la fois le pardon et la justification. D’un côté, Dieu pardonne notre faute en raison de la mort du Christ. Il a subi notre punition. De l’autre, Dieu nous déclare « juste », c’est-à-dire non coupable.

Dieu. — En raison du fait que Jésus est juste, et que vous croyez dans le Christ, je vous déclare légalement juste.

Comment Dieu peut-il faire cela tout en restant juste, alors que sa loi condamne à mort le pécheur ? La solution de ce problème, c’est la justice de Jésus-Christ. Il a vécu une vie parfaitement intègre. Comme nous l’avons vu au chapitre VII, « L’homme qui est Dieu », tout le comportement de Jésus n’a jamais démenti son affirmation qu’il était d’essence divine. Il est facile d’admettre que Dieu déclare juste Jésus-Christ : il le fut en vérité. Mais en quoi ce fait me concerne-t-il, moi qui suis pécheur ? L’apôtre Paul nous l’explique dans sa deuxième lettre aux Corinthiens (5.21). Nous citons le texte en remplaçant les pronoms personnels par leurs antécédents : « Jésus, qui n’a point connu de péché, Dieu l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en Jésus-Christ justice de Dieu. »

Dieu a mis mon péché sur le Christ, qui n’avait pas commis de faute ; il l’a puni à ma place, comme nous l’avons vu. Mais d’après ce texte il a fait un pas de plus. Dieu a pris l’initiative de mettre la nature juste du Christ sur nous qui croyons : « Afin que nous devenions en lui justice de Dieu. »

Le juge, Dieu, vous a légalement attribué la justice intégrale du Christ, si vous avez cru en Jésus-Christ. Ensuite, quand il vous examine à la lumière de sa loi, que voit-il ? Vos actes mauvais et vos pensées coupables ? Vos fautes passées, vos fautes présentes ? Nullement. Il ne voit aucun de vos péchés, puisqu’ils ont été transférés sur le Christ quand Dieu a permis qu’il soit péché. Quand il vous voit, il voit autre chose : l’intégrité du Christ.

Mais vous me direz : « Pourtant, je suis resté un pécheur. »

C’est vrai et c’est faux. Si vous voulez dire que votre « statut légal » devant Dieu, c’est que vous êtes un pécheur, alors c’est faux. Légalement, pour lui, vous êtes juste. Votre statut a été réglé par la décision du tribunal qui vous a déclaré innocent, juridiquement.

Si vous voulez dire que vous êtes toujours capable de mal faire, alors la réponse est oui. Bien sûr, vous n’êtes pas parfait. Vous pouvez toujours penser et agir contrairement à la volonté de Dieu. Mais ce n’est pas tant notre comportement que notre statut légal qui compte ici. Face à la loi de Dieu, nous sommes non coupables, donc justes.

Suis-je libre de pécher…

« Aime Dieu, et fais ce que tu voudras », cette parole nous laisse-t-elle libres de pécher à notre guise ? Pouvons-nous sortir du tribunal où nous venons d’être acquittés en faisant ce qui nous passe par la tête ? Oui. Mais nous sommes « nés de nouveau ». Nos désirs ont changé, et nous n’avons plus la même attitude envers le mal que nous faisions.

Si vous avez fait confiance à Jésus, si vous avez vu l’amour sans limite qu’il a eu pour vous sur la croix, vous direz avec l’apôtre Paul : « L’amour du Christ me presse » (2 Corinthiens 5.14). Les changements intérieurs que Dieu opère dans notre nature nous occuperont dans le prochain chapitre. Ils dépendent de notre changement de statut. Si nous avons fait confiance au Christ, nous, qui méritions d’être condamnés, nous avons été déclarés justes.

Pouvez-vous imaginer l’effet que ferait une manchette de grand quotidien rédigée de cette manière : Un condamné gracié va vivre chez le juge.

Ce fut un moment pénible pour Jean ou Marie quand le procureur les accusa, devant le tribunal. Mais nous avons vu que la culpabilité de ces accusés a été transférée au Christ, mort sur la croix pour Jean ou Marie.

Après les avoir acquittés, le juge invita Jean et Marie à venir passer leur vie chez lui !

Le journaliste qui aurait à raconter une scène pareille ne pourrait en goûter le sel que s’il connaissait exactement la personnalité du juge.

Le pardon et la justification ne nous sont attribués que si nous faisons totalement confiance à Jésus, et en le reconnaissant comme notre maître et notre Sauveur. Dieu alors nous reçoit dans son intimité. Revêtus de la « justice » du Christ, nous jouissons désormais de la communion avec Dieu: « Approchons-nous donc avec assurance du trône de sa grâce, pour être secourus dans nos besoins » (Hébreux 4.16).

Preuves apportées par les témoins

Si j’étais juriste, j’étudierais les grands procès du passé, les plaidoiries, les preuves apportées et les conclusions des débats.

On peut tirer des conclusions très importantes de la mort du Christ. D’abord, sur la croix nous voyons démontrée la culpabilité du monde. Le péché atteint ici son sommet. Le péché n’a jamais paru plus noir et plus abject que le jour où Jésus est mort.

On dit parfois que l’homme a fait des progrès depuis, et que si Jésus revenait aujourd’hui il ne serait pas crucifié mais serait, au contraire, fêté comme un grand homme. Pour ma part, je suis certain que s’il revenait aujourd’hui, le Christ serait torturé et mis à mort plus rapidement qu’il.y a vingt siècles. Peut-être les méthodes utilisées seraient-elles différentes et plus raffinées. Les pécheurs sont toujours gens à crier : « Ote-le, débarrasse-nous de cet homme ! »

La nature humaine n’a pas changé : elle incline toujours vers le mal. Un regard sur la croix nous prouve que « les hommes ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». C’est le verdict inéluctable de Dieu.

La seconde conclusion tirée de la croix, c’est que Dieu déteste le péché et aime la justice. Il a souvent répété que l’âme qui a péché doit mourir, et qu’il ne peut pardonner un péché qui n’aurait pas été purifié. La Bible déclare : « Il n’y a pas de pardon si le sang n’est pas versé » (Hébreux 9.22).

Dieu ne peut pas tolérer le péché. Il est le garant moral de tout l’univers. Il doit rester juste, sans aucun compromis. Sa sainteté et sa justice exigent que le viol de la loi soit sanctionné. Bien des gens pensent que Dieu n’est pas si sévère. Le péché, disent-ils, a des causes simplement psychologiques. Récemment, un jeune homme ayant assassiné deux autres jeunes gens fut exécuté. Les journaux se remplirent de discussions juridiques, d’arguments contre la peine de mort. L’exécution fut plusieurs fois reportée. Pourquoi a-t-il tué ? Quels événements, quelles personnes ont influencé son esprit tordu ?

Bien des gens refusent d’être responsables de leurs actes. C’est la faute de la pauvreté des parents, du mauvais environnement, du gouvernement. Dieu affirme notre responsabilité. En regardant la croix, nous voyons avec quelle rigueur Dieu traite le péché. La Bible dit : « Lui, qui n’a pas épargné son propre fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera:t-il pas aussi toutes choses avec lui ? » (Romains 8.32). « Il l’a fait devenir péché pour nous, lui qui n’a pas connu le péché » (2 Corinthiens 4.21).

Si Dieu a dû envoyer son Fils unique mourir sur une croix pour que le péché soit puni, c’est que le péché est une chose extrêmement intolérable à ses yeux.

En même temps, nous voyons que Dieu aime l’intégrité de la justice, et il revêt de justice le croyant, en raison de la croix. C’est extraordinaire ! Nous sommes vêtus, recouverts, protégés. Nous avons un vieux cantique dont voici les premières paroles : « Jésus, par ton sang et ta justice, je suis revêtu de beauté et de gloire1. » Il ne s’agit pas de « propre justice », mais bien de « la justice qui vient de Dieu par la foi » (Philippiens 3.9).

1 Ce chant fut traduit par John Wesley. L’original fut écrit en allemand par le comte Nicolas de Zinzendorf.

Dieu agit dans la nature du croyant, par le Saint Esprit, pour rendre le croyant juste intérieurement L’apôtre Pierre montre combien cette action est liée à l’œuvre du Christ sur la croix ; il écrit : « Lui, qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois (de la croix), afin que morts au péché nous vivions pour la justice » (1 Pierre 2.24).

Quelle autre conclusion pourrions-nous tirer du témoignage de la croix ? L’amour de Dieu, « car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3.16).

Dans notre faiblesse d’êtres humains, nous évaluons les péchés selon notre échelle. Nous déclarons certains péchés petits alors que d’autres sont très graves. Nous admettons que Dieu pardonne les petits péchés, les légers, mais nous le croyons incapable de pardonner et d’accueillir les grands pécheurs. Je me rappelle une histoire de la dernière guerre illustrant fort bien ce point. Les Alliés étaient en train de battre Hitler et son Troisième Reich. Plusieurs des chefs nazis qui avaient commis les crimes lies plus atroces contre l’humanité furent jugés à Nuremberg. Le monde attendait avec impatience les condamnations à mort ou à la prison distribuées à ces criminels de guerre.

Un des incidents les plus extraordinaires relatifs au procès de Nuremberg fut l’histoire racontée par Henry Gerecke. Il fut nommé aumônier protestant de la prison où l’on détenait le haut état-major nazi. Il considéra sa nomination comme une épreuve difficile, car il n’était, d’après lui, qu’un humble prédicateur ayant été garçon de ferme au Missouri dans sa jeunesse.

L’aumônier Gerecke fut témoin de la conversion sincère, par la foi en Jésus-Christ, de plusieurs de ces grands criminels. L’un avait été un général favori d’Hitler. Au début, l’aumônier fut très sceptique en ce qui concernait les confessions de foi des détenus. Il dit que la première fois qu’il vit l’un d’entre eux se plonger dans la lecture de la Bible, il pensa : « C’est du cinéma. » Mais plus le temps passait, plus il changeait d’avis. Voilà son récit : « Plus je l’écoutais, plus je sentais qu’il était peut-être sincère. Il me dit ne pas avoir été un bon chrétien. Il me dit son respect pour une nation qui, tout en le condamnant à mort, lui fournissait un secours d’ordre spirituel. » Prenant sa bible dans la main, il dit à l’aumonier : « Ce livre me dit que Dieu peut aimer un pécheur tel que moi2. »

2 Saturday Evening Post, 1er septembre 1951, p. 19.

Quel amour merveilleux Dieu nous a montré sur la croix !

La quatrième conclusion que nous tirons de la croix, c’est qu’elle permet une véritable fraternité entre les hommes. Bien des organisations préconisent la fraternité entre les hommes. Mais ce n’est qu’en étant membres de la famille de Dieu, après avoir découvert qu’il est notre Père, que les hommes deviennent vraiment nos frères. Dieu n’est pas automatiquement notre père — sinon par la Création — à notre naissance ordinaire, il doit devenir notre père spirituellement.

La Bible enseigne comment par la croix nous découvrons la paternité de Dieu et par conséquent la fraternité humaine. « Il est notre paix, lui qui des deux (groupes d’hommes, Juifs et non-Juifs) n’en a fait qu’un, ayant renversé le mur de séparation, l’inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix » (Ephésiens 2.14-15).

Sans l’œuvre de la croix, nous voyons amertume, intolérance, haine, préjugés, cupidité et envie. Grâce à l’œuvre efficace de la croix, nous voyons grandir l’amour, la vie nouvelle et la véritable fraternité. La seule espérance d’une paix durable, pour l’homme, réside dans la croix du Christ, où tous les hommes, de toute race ou de toute nation, peuvent devenir des frères.

Sans doute avez-vous entendu parler de Hansi. Cette femme a écrit son autobiographie. Hansi raconte comment elle avait entièrement offert sa vie à Adolf Hitler et au mouvement national-socialiste, et comment, après avoir débuté dans la jeunesse hitlérienne, elle finit dans la déception et le désarroi. C’est alors qu’elle s’est convertie à Jésus-Christ. Ma femme possède une lettre dans laquelle Hansi lui parle de sa première rencontre avec Corrie Ten Boom. Cette dernière, dans le livre The Hiding Place3, raconte l’expérience de sa famille pendant la dernière guerre. Cette famille, pour avoir secouru des Juifs, fut arrêtée et jetée en prison. Le père et la sœur de Corrie y trouvèrent la mort.

3 En français : « Dieu en enfer » (édit. Ligue pour la lecture de la Bible, Guebwiller, 1977).

Un jour Hansi et Corrie se trouvaient ensemble dans une réunion religieuse, et toutes deux, au même endroit, étaient très occupées à dédicacer leurs ouvrages. Hansi attendit un bon moment, puis elle se fraya un chemin jusqu’auprès de Corrie, car elle se sentait pressée d’aller lui demander pardon pour le mal que les nazis lui avaient fait. Hansi écarta les chasseurs d’autographes, s’agenouilla devant Corrie, et lui dit au milieu de ses sanglots : « Corrie, je suis Hansi ! » La réaction de Corrie Ten Boom ne fut pas seulement le pardon total, mais l’accueil et l’amour. Un tel incident ne peut se produire qu’entre deux chrétiennes, à cause de la croix.

Le capitaine Mitsuo Fuchida est l’officier japonais d’aviation qui commanda l’attaque sur Pearl Harbour. Il raconte qu’il était très curieux d’apprendre de la bouche des prisonniers de guerre japonais revenant d’Amérique, après la guerre, quel avait été le traitement qui leur avait été infligé. Un ancien prisonnier lui dit qu’il était incapable de conserver dans son cœur de haine contre leurs ennemis. Une jeune fille, en particulier, avait été très serviable envers lui et tous les camarades de son camp. Leur cœur avait été touché par sa tendresse et son amour. Ils s’étaient demandé la raison de cette bonté envers eux et ils furent stupéfaits d’apprendre que c’était parce que ses parents avaient été tués par l’armée japonaise ! Cette jeune fille leur raconta que ses parents étaient missionnaires protestants aux Philippines, obligés de se réfugier dans la montagne lorsque les Japonais débarquèrent. Quand les soldats japonais les découvrirent, ils les accusèrent d’être des espions et les fusillèrent. Avant d’être passés par les armes, ils demandèrent trente minutes pour pouvoir prier. On les leur accorda. La jeune fille était certaine que ses parents consacrèrent ces trente minutes à prier pour le pardon de leurs bourreaux. C’est à cause de cette prière que la haine de la jeune fille avait été remplacée par de l’amour.

Le capitaine Fuchida fut incapable de concevoir un amour de cette nature. Bien des mois plus tard, alors qu’il sortait d’une gare, un inconnu lui mit dans la main une brochure. C’était l’histoire du sergent Jacob De Shazer, capturé par les Japonais, torturé, emprisonné pendant quarante mois. Dans son camp de prisonniers, il lut la Bible et reçut le Christ. La parole de Dieu déracina dans son cœur sa haine contre les Japonais, et la remplaça par un tel amour qu’il se sentit pressé, après la guerre, d’aller au Japon pour parler aux Japonais du merveilleux amour du Christ.

Là-dessus, le capitaine Fuchida acheta une bible et se mit à la lire. Il arriva au récit de la crucifixion du Christ et fut frappé par ce texte : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23.34). Jésus pria pour les soldats qui allaient le crucifier et lui percer le côté d’un coup de lance. Le capitaine Fuchida a raconté dans son livre autobiographique : From Pearl Harbour to Golgotha (« De Pearl Harbour au Golgotha ») comment il découvrit la source du miracle de l’amour capable de pardonner aux ennemis et comment il put alors comprendre l’histoire de la jeune Américaine dont les parents avaient été fusillés et celle du sergent De Shazer.

Questions personnelles auxquelles la croix répond

« Pourquoi mes problèmes sont-ils insolubles ? » Cette question me fait penser à une histoire de Peanut, le héros célèbre d’une bande dessinée. Ce dessin représente Lucy en psychiatre soignant son client Charlie Brown. Charlie vient de se faire battre, lors d’un jeu de football : il est battu et déprimé. Lucy lui explique que la vie est composée d’une succession de hauts et de bas. Mais, s’écrie Charlie : « Je veux les hauts, je ne veux pas les bas ! »

J’ai peur que, trop souvent, les prédicateurs de l’Evangile donnent l’impression que ceux qui acceptent Jésus-Christ n’ont plus jamais de problèmes à résoudre. C’est faux, mais le chrétien n’est plus seul en face de ses problèmes. Je connais une personne qui est paraplégique depuis plus de trente ans. En dépit d’immenses problèmes vraiment insolubles, cette femme a appris non seulement à supporter sa situation, mais même à être radieuse et triomphante. Elle a été pour beaucoup une bénédiction, et a mené bien des gens au Christ.

Paul Tournier, le grand psychologue suisse, a écrit que nous devons savoir qu’au cours de notre vie chrétienne nous rencontrons à chaque instant des circonstances nouvelles auxquelles nous devons nous adapter. Si je conduis ma voiture en ville, je ne puis tenir le volant rigide et garder une vitesse uniforme. Je dois m’arrêter, repartir, changer de vitesse et sans cesse m’adapter. C’est vrai de notre vie quotidienne. C’est le prix de notre humanité qu’il faut payer ; le prix est en partie compté en peines et en problèmes. Mais le Christ a promis d’être tous les jours avec nous.

Je trouve dans le trente-quatrième psaume trois affirmations concernant nos problèmes.

« Quand un malheureux crie, l’Eternel entend, et il le sauve de toutes ses détresses » (v. 7).

« Quand les justes crient, l’Eternel entend, et il les délivre de toutes leurs détresses » (v. 18).

« Le malheur atteint souvent le juste, mais l’Eternel l’en délivre toujours » (v. 20).

La vie chrétienne n’est pas une évasion « hors de » mais un passage « à travers » la vie. Ces textes annoncent au croyant une délivrance à travers la difficulté et non pas hors d’elle. Le savant anglais Arthur Way a ex- primé ainsi cette vérité : « La délivrance n’est pas une esquive qui nous épargne la crise de l’épreuve. Nous ne pouvons éviter d’entrer dans la situation difficile, mais il s’agit d’en sortir indemne. »

Une autre question nous hante : « Je me sens tellement coupable — comment être soulagé ? »

Le complexe de culpabilité est terriblement débilitant. Il peut détruire notre attitude, nos relations personnelles avec les autres. Parfois nous nous sentons coupables d’actes répréhensibles que nous avons commis, dont nous devons assumer la responsabilité et pour lesquels nous devons accepter le pardon de Dieu.

Beaucoup de psychiatres m’ont dit qu’un large pourcentage des malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques pourraient être guéris si seulement ils pouvaient admettre le fait qu’ils ont été pardonnés. Pour échapper à ces complexes, il est si facile d’accuser les autres ou les choses ! Anna Russel, la comédienne britannique, a écrit un petit poème sur la culpabilité :

« J’ai été me faire psychanalyser chez un psychiatre pour découvrir pourquoi j’ai frappé mon chat et poché les yeux de ma copine.
Il m’a mise sur son divan pour voir ce qu’il trouverait.
Et voici ce qu’il a dragué dans les égouts de mon subconscient :
Quand j’avais un an, maman a caché ma poupée dans une malle.
C’est pour cela que je me saoule.
A deux ans, j’ai souffert d’ambivalence envers mes frères.
C’est pour cela que j’empoisonne tous mes amants
Je suis heureuse d’avoir bien appris ma leçon :
Quand je fais le mal, c’est toujours la faute des autres. »

Pour certains, la culpabilité est une excuse. Ils n’acceptent pas le pardon qui leur est offert ; c’est difficile à croire. On a du mal à accepter que Dieu passe perpétuellement l’éponge et nous laisse partir sans payer. C’est pourtant le message que l’Evangile nous répète. Quand nous nous cramponnons à notre culpabilité, nous refusons d’honorer Dieu et nous handicapons nos vies dangereusement.

Le pardon de nos péchés est une occasion que le Christ nous offre sur la croix. Si nous acceptons son pardon et si nous sommes prêts à nous pardonner à nous-mêmes, alors nous serons soulagés.

Lorsqu’on a extrait des ordures de Londres tout ce qui est récupérable, des péniches remontent la Tamise et sont remorquées à plusieurs kilomètres en mer, et là, les déchets sont immergés. Il paraît qu’en quelques minutes l’eau de mer redevient transparente et limpide comme auparavant ! C’est une illustration de la façon dont nos péchés pardonnés ont été enfouis par Dieu au fond de la mer.

Corrie Ten Boom raconte ainsi l’histoire d’une petite fille qui avait cassé une des précieuses tasses à café de sa mère. Elle courut, en sanglotant, vers sa mère et lui dit : « Oh ! maman, j’ai cassé ta belle tasse. » Sa mère lui dit : « Je sais que tu es triste, et je te pardonne, mais cesse de pleurer. » La maman balaya, ramassa les morceaux de la tasse brisée et les mit dans la poubelle. Alors la petite fille se mit à jouir de son sentiment de culpabilité. Elle chercha les débris de la tasse dans les ordures et revint vers sa mère en pleurant : « Tu sais, maman, c’est moi qui ai cassé ta jolie tasse. » Cette fois la mère parla plus sévèrement : « Va tout de suite porter ces morceaux de tasse dans le bac à ordures, et ne les reprends plus. Ne sois pas stupide. Je t’ai dit que je t’ai pardonné. Ne pleure plus et ne touche plus à ces débris. »

Le sentiment de culpabilité disparaît après la confession et la purification. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1.9).

Pourtant l’histoire du péché de David (Psaume 51) montre que le pardon n’efface pas les conséquences naturelles de notre péché. Un meurtre peut être pardonné, mais le pardon ne rendra pas la vie à la victime.

On raconte en Ecosse une histoire de marins qui avaient passé la journée à la pêche. Le soir, ils entrèrent dans une petite auberge pour prendre le thé. Un des pêcheurs, en un grand geste, voulut décrire la taille de l’immense poisson qui lui avait échappé, et, ce faisant, étendit ses mains au moment où la jeune serveuse apportait sa tasse de thé. Une des mains heurta la tasse, qui alla s’écraser sur le mur fraîchement blanchi, et instantanément une grande tache brune s’’étala sur le mur. Le pauvre homme s’excusa abondamment et était extrêmement confus, quand un des hôtes se leva et dit : « Ne vous faites pas de soucis. » Tirant un crayon de sa poche, il se mit à dessiner autour de la tache brune. Bientôt apparut l’image d’un magnifique cerf royal avec ses gigantesques bois déployés. L’artiste était sir Edwin Landseer, un des peintres animaliers les plus connus d’Angleterre.

Cette histoire m’a semblé illustrer magnifiquement ce fait que si nous confessons à Dieu non seulement nos fautes mais aussi nos erreurs, il peut les utiliser pour notre bien et pour sa gloire. Parfois il nous est plus difficile d’apporter à Dieu nos erreurs et nos bêtises que nos péchés. Les erreurs et les sottises semblent si stupides, alors que nos péchés appartiennent à l’activité normale de notre nature humaine. Mais la Bible nous apprend (voir Romains 8.28) que si nous les confions à Dieu, il pourra les faire concourir à notre bien et à sa gloire.

Pour faire un cake, vous prenez de la farine, de la levure, du bicarbonate de soude, du chocolat amer et d’autres ingrédients qui, isolément, n’ont pas toujours très bon goût, mais qui, mis ensemble, font un excellent cake. Ainsi en est-il de nos erreurs et même de nos péchés, qui en soi ne sont pas bons, mais qui, confiés à Dieu dans un élan sincère de foi toute simple, sont transformés et élaborés ensemble de telle manière qu’ils contribuent à sa gloire et à notre bien.

Une autre question se pose : « Dois-je vraiment comprendre tout ce qui est impliqué dans la mort du Christ ? »

Les profondeurs de l’amour de Dieu envoyant son fils pour payer un prix aussi incommensurable sont insondables pour tout esprit humain. Nous devons l’accepter par la foi, ou alors nous retrouvons le poids du fardeau de notre culpabilité. Le salut se trouve en Jésus-Christ seul, par la foi seule, pour la seule gloire de Dieu.

Jésus n’a jamais dit : « Comprends seulement. » Il a dit : « Crois seulement. »

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