Baptisé et rempli de l’Esprit

Chapitre IX

Comment être rempli de l’Esprit ?

Lorsqu’on lit certains livres sur la plénitude du Saint-Esprit, on a parfois l’impression d’ouvrir un appareil électronique où des dizaines de fils s’entrecroisent pour relier des connexions innombrables : le non-spécialiste referme promptement l’un et l’autre, se disant qu’il n’arrivera jamais à trouver la cause de la panne, le défaut qui empêche le courant de passer. Finney énumère vingt-neuf raisons s’opposant à la plénitude de l’Esprit ; d’autres indiquent sept conditions ; certains, par contre, ont trouvé le secret, c’est-à-dire le bouton caché sur lequel il suffit de presser pour que le miracle se réalise.

Généralement, ces livres disent de fort bonnes choses. Tout ce qu’on peut leur reprocher, c’est de ne pas se rapporter à la plénitude de l’Esprit telle que la Bible la définit.

A. FAUSSES PISTES

1. La plénitude ne vient pas automatiquement avec le temps.

Elle n’est pas un privilège réservé à ceux qui sont chrétiens depuis de longues années. Nous avons vu que des nouveaux convertis étaient remplis de l’Esprit (Ac. 2.4 ; 4.31 ; 9.17 ; 13.52). D’autre part, nous lisons que les chrétiens de Corinthe, convertis depuis plusieurs années, n’étaient pas encore « spirituels ». Paul les traite de « charnels », d’« enfants en Christ » (1 Co. 3.1-3). Les Hébreux auraient dû « depuis longtemps être des maîtres », ils en étaient « venus à avoir besoin de lait et non d’une nourriture solide » (Hé. 5.12). Le temps seul ne nous fait pas croître. Nous grandissons dans la mesure où nous apprenons à mieux connaître Dieu (Col. 1.10) et la vérité (Ep. 4.15), c’est-à-dire dans la mesure où nous nous nourrissons du lait spirituel de la Parole (1 Pi. 2.2).

2. Elle n’est pas liée à une expérience particulière.

Il n’y a ni « Sésame, ouvre-toi » ni bouton caché pour pénétrer dans la plénitude de l’Esprit. La foi chrétienne n’a rien de commun avec les religions à mystères de la Grèce antique. Il n’y a pas de secret à trouver, ni de tradition ésotérique réservée aux seuls initiés. Jésus et les apôtres ont parlé ouvertement (Jn. 18.20 ; 2 Co. 1.13). Puisque Dieu veut que tous ses enfants accèdent à cette vie abondante (Jn. 10.10), cette joie parfaite (15.12), et cette plénitude de l’Esprit (Ep. 5.18), il en a certainement révélé le chemin à tous ses apôtres. A leur tour, ils l’ont transmis à tous les chrétiens (2 Ti. 2.2).

Nous devons donc trouver, dans toutes les épîtres, des indications sur les moyens d’accéder à une vie remplie de l’Esprit. Or, nulle part, il n’est question d’aspirer à une expérience particulière qui serait la clé d’une vie supérieure. Dans aucune épître, nous ne trouvons une seule exhortation à rechercher une effusion spéciale de l’Esprit qui nous introduirait dans cette plénitude de vie. Nous ne sommes jamais exhortés à demander des manifestations de l’Esprit laissées à sa libre souveraineté (extases, visions, parler en langues). L’apôtre Paul nous dit d’aspirer aux dons les meilleurs, en précisant, en long et en large, pourquoi il ne classe pas le parler en langues dans cette catégorie (1 Co. 14.1-25).

3. Elle ne dépend pas d’un facteur unique.

Certains livres nous parlent de « la sanctification par la foi », ou de l’« entière sanctification » et en font des expressions synonymes de la plénitude de l’Esprit. D’autres voient le secret d’une vie selon l’Esprit dans la consécration, dans l’amour de Christ, dans la louange ou, au contraire, dans la mise en règle de toute sa vie et la confession de tous ses péchés — même de ceux de ses ancêtres. Pour d’autres encore, la clé de la plénitude est dans l’attente devant Dieu, la prière persévérante et insistante pour qu’il ouvre les écluses des cieux.

Tout cela est partiellement juste et, pour chaque thèse, on trouve des versets bibliques qui l’appuient. Cependant, s’il suffisait de croire, ou d’aimer ou de louer Dieu ou de confesser ses péchés ou de prier, pourquoi Dieu se serait-il donné la peine d’inspirer un livre d’un millier de pages pour faire connaître sa volonté ? Pourquoi — pour ne parler que du Nouveau Testament — y trouvons-nous plusieurs milliers d’ordres, de conseils, d’exhortations et d’exemples divers qui, tous, visent au même but : à une vie entièrement conforme au plan de Dieu ?

Notre réponse à la question posée — comment être rempli de l’Esprit — ne sera exacte que si elle concorde avec celle que les apôtres ont donnée dans leurs épîtres, si elle met l’accent sur les conditions sur lesquelles les auteurs inspirés reviennent constamment, si elle tient compte de l’infinie variété des exhortations et des facteurs de croissance (vie intérieure, vie relationnelle, vie en Eglise) ainsi que de la diversité des personnalités et des tempéraments religieux.1

1 Voir : « La sanctification d’après 1 Pierre » dans A. Kuen : Comment étudier la Bible, pp. 29-34 ; « Nouvelle naissance et croissance dans la vie nouvelle » dans Il faut que vous naissiez de nouveau, pp. 210-216.

B. SUR LE CHEMIN VERS LA PLÉNITUDE :

Comme un seul passage des écrits dogmatiques du Nouveau Testament parle formellement d’être rempli du Saint-Esprit, nous ferons certainement bien de prendre cette épître pour guide. Toute parole se comprend dans son contexte général. Si nous voulons savoir à quelles conditions Dieu nous remplit de son Esprit, il nous faut examiner ce que l’apôtre dit aux Ephésiens avant de leur demander d’être remplis du Saint-Esprit.

A qui ce commandement s’adresse-t-il ?

La première partie de l’épître répond en détail à cette question : les destinataires sont des enfants de Dieu (1.5) rachetés par le sang de Christ (1.7), ils ont cru en lui (1.13). Ils ont été, alors, scellés du Saint-Esprit (1.3 ; 4.30) et sont nés de nouveau (2.5). Ils sont sauvés (2.8), réconciliés avec Dieu (2.16) et devenus « gens de la maison de Dieu » (2.19).

1. Une condition préliminaire à toute bénédiction spirituelle : la désirer.

Jésus l’indique explicitement pour la plénitude de l’Esprit : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture. Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn. 7.37-39). Les textes de l’Ecriture auxquels le Seigneur fait allusion (Es. 55.1 ; 58.11) soulignent cette condition de la bénédiction divine. Un célèbre pédagogue disait : « On ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif ». Dieu, de même, n’impose pas une mesure plus grande de son Esprit à celui qui ne la désire pas.

Cette condition est implicite dans le texte d’Ep. 5.18. Toute l’épître vise à susciter ce désir d’une vie remplie de l’Esprit de Dieu. L’apôtre prie pour que Dieu illumine les yeux de leur cœur afin qu’ils voient toutes les richesses et bénédictions spirituelles que Dieu tient en réserve pour eux (1.3, 8, 17-19) et qu’ils soient remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu (3.19). Il leur demande de se laisser remplir et leur énumère les situations dans lesquelles ils auront besoin de cette plénitude pour vivre conformément à la volonté de Dieu (5.18-6.20). Cependant, il ne peut pas créer la soif d’une vie remplie de l’Esprit dans le cœur de ses destinataires. Or, cette soif est la condition sine qua non de la plénitude.

Nous faisons connaître notre désir à Dieu par la prière. Lorsque Jésus dit que le Père donnerait volontiers son Esprit à « ceux qui le lui demandent » (Lu. 11.13), nous avons vu qu’il pensait probablement aux dons ou à la plénitude de son Esprit.2 Dans Actes 4.32, les croyants furent remplis de l’Esprit après une prière de louanges. L’apôtre Paul prie Dieu pour que les Ephésiens soient « remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » et le contexte d’Ep. 5.18 parle aussi de la louange et de l’action de grâces en liaison avec la plénitude. Si donc nous voulons connaître une vie remplie de l’Esprit, il nous faut la désirer et la demander à Dieu « qui donne à tous simplement et sans reproche » (Ja. 1.5) — sans oublier de le louer et de lui rendre grâces pour tout ce qu’il nous a déjà donné.

2 Voir p. 22.

2. La marche chrétienne

La première exhortation que Paul adresse aux Ephésiens, après leur avoir exposé tout ce que Dieu a fait pour eux, est de « marcher d’une manière digne de la vocation » qui leur a été adressée (4.1). Par plusieurs dizaines de verbes, il précisera ce qu’il entend par une telle marche.

La plénitude de l’Esprit, c’est Jésus demeurant en nous et y ayant pleine liberté. Or, Jésus a dit : « Celui qui à mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui » (Jn. 14.21, 23).

La plénitude, c’est la joie parfaite : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père et que je demeure dans son amour. Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn. 15.10-11).

Dans son épître, Jean fait allusion à cette même plénitude quand il écrit : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui, et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous à donné » (1 Jn. 3.24).

La Bible ne connaît pas d’accès à la plénitude de l’Esprit qui court-circuite le chemin de l’obéissance aux commandements de Dieu. Les raccourcis, qui nous dispenseraient de l’effort de volonté nécessaire pour garder ces commandements, ne nous mènent pas au même but que la voie tracée par Jésus et les apôtres — même s’ils nous font passer par des paysages merveilleux et des expériences exaltantes. « Dieu donne le Saint-Esprit à ceux qui lui obéissent » (Ac. 5.32).

L’obéissance à Dieu prend deux formes :

Pour faciliter l’analyse, nous pouvons distinguer trois aspects dans la marche chrétienne : la purification, la consécration et la foi. Souvenons-nous toutefois que la vie spirituelle forme un tout — comme notre vie et notre marche physiques — et que toutes ces opérations s’accomplissent en même temps et réagissent l’une sur l’autre.

a) Purification :

Avant de parler de la plénitude de l’Esprit, l’apôtre rappelle aux Ephésiens qu’ils ne doivent plus marcher comme les païens (4.17), puis il nomme un certain nombre de péchés précis qu’ils doivent abandonner (4.25 à 5.7) : mensonge (4.25), violences commises dans un état de colère et ressentiment durable (v. 26), vol (v. 28), calomnies et propos inconvenants (v. 29), mauvaise humeur, rancune, injures (v. 31), immoralité, relations sexuelles coupables, escroquerie (5.3), propos indécents (v. 4), avarice (v. 5), ivrognerie (v. 18).

Vous remarquerez qu’il ne s’agit pas, dans cette énumération, de péchés de la vie intérieure (orgueil, manque d’amour, de joie, susceptibilité…) c’est-à-dire de ces impondérables dont nous ne pourrons jamais nous prétendre débarrassés tant que nous vivrons ici-bas. L’apôtre nomme des péchés précis, catalogués, reconnus, des péchés-actes sur lesquels il ne peut y avoir de doute.

Nous ne pouvons donc pas esquiver le commandement transmis ici par l’apôtre en alléguant : nous sommes toujours pécheurs, nous le resterons toute notre vie ; alors : un peu plus ou un peu moins. La Parole de Dieu nous dit : c’est nous qui devons renoncer (dire non) à ces péchés. Dieu s’adresse à notre volonté régénérée par son Esprit pour refuser de commettre les péchés.

Dans l’épître aux Romains, avant de parler de la vie par l’Esprit, l’apôtre transmet les mêmes ordres : « N’obéissez pas aux convoitises du péché. Ne livrez pas vos membres au péché, comme des instruments d’iniquité » (Ro. 6.13). Nous ne pouvons pas prétendre être chrétiens — encore moins aspirer à la plénitude du Saint-Esprit — et continuer à mentir, à voler, à commettre des actes répréhensibles sous l’effet de la colère, tenir des propos indécents, entretenir des relations coupables, calomnier les autres, nous enivrer… Tous ces péchés attristent le Saint-Esprit (4.30). Comment pourrions-nous, tout en continuant à l’attrister, lui demander de nous remplir ? Nous ne servons pas une liqueur de grand prix dans un verre sale. Avant de nous donner son Esprit en abondance, Dieu veut que nous soyons purifiés du péché. « Dieu qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant son Esprit ayant purifié leurs cœurs par la foi » (Ac. 15.8-9).

Si nous demandons à Dieu de nous remplir de son Esprit, peut- être commencera-t-il par mettre son doigt sur un péché précis de notre passé, parce que ce péché constitue un interdit dans notre vie. Ce fut le cas pour Jean Cadier : « Pour moi, l’expérience de la puissance du Saint-Esprit est liée à une humiliation et à une conviction de péché sur des fautes que j’avais crues depuis longtemps enfouies dans le passé. Comme je demandais à Dieu de recevoir son Saint-Esprit, il me fut révélé cet interdit à l’exaucement de ma prière. Après m’en être humilié devant Dieu et avoir cru à son pardon et à sa purification par le sacrifice du Calvaire, je reçus la certitude que ma prière était exaucée. »3

3 « Plénitude du Saint-Esprit » dans Le Saint-Esprit (202), p. 94.

A part le verset que nous considérons (Ep. 5.18), il n’y a que trois passages dans tout le Nouveau Testament dans lesquels la mention du Saint-Esprit soit associée à un impératif : « N’attristez pas le Saint-Esprit » (4.30). « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th. 5.19). « Marchez selon l’Esprit » (Ga. 5.16).4 Ce qui attriste l’Esprit, c’est le péché ; si nous persévérons dans la rébellion contre Dieu, nous finirons par éteindre l’Esprit ; nous marchons selon l’Esprit, si nous crucifions la chair et ses désirs (Ga. 5.17, 24). Dans l’épître aux Romains où l’apôtre expose aussi de façon systématique le plan de Dieu pour conduire le chrétien à une vie conforme à sa volonté, il présente cet aspect de la purification sous sa forme la plus radicale : une mort à son vieil homme, mais une mort avec Christ (Ro. 6.3-10) par la foi (v. 11) dont la volonté doit tirer les conclusions qui s’imposent (v. 12-23).

4 Voir R. Shallis : Si tu veux aller loin (167), pp. 50-71.

Cependant, n’oublions pas que « Dieu est amour » (1 Jn. 4.8). Il connaît notre lutte souvent désespérée contre le péché et il n’attend pas, pour nous venir en aide, que nous ayons remporté la victoire totale par nous-mêmes. Il est là, en nous, par son Esprit (Ep. 1.13 ; 3.16 ; 4.30), prêt à nous seconder dans notre effort, pourvu que nous voulions être purifiés. Ce qu’il nous demande, c’est de dire non (4.25) à ces péchés, de vouloir, de tout cœur, les abandonner.

Dieu accepte la prière qu’il a inspirée à David : « Purifie-moi avec l’hysope et je serai pur ; lave-moi et je serai plus blanc que la neige. Crée en moi un cœur pur ; renouvelle en moi un esprit bien disposé… Ne me retire pas ton esprit saint. Qu’un esprit de bonne volonté me soutienne » (Ps. 51.10-14).

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jn. 1.9). Nous n’attendons pas que nos enfants soient parfaits pour les aimer et les aider. « Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent » (Lu. 11.13).

b) Consécration

A chaque impératif négatif correspond un ordre positif : « renoncez au mensonge et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain… que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille… pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin. », dire quelque bonne parole qui serve à l’édification, se pardonner réciproquement… L’apôtre résume cet aspect de son exhortation en disant : « Devenez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés et marchez dans la charité à l’exemple de Christ qui nous a aimés et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur » (5.2).

L’apôtre ne fait pas allusion à l’aspect expiatoire de la mort de Christ, il en parle comme d’une offrande et d’un sacrifice de bonne odeur. Dans le Lévitique, l’offrande (ch. 21) et les sacrifices de bonne odeur (ch. 1 et 3) représentent symboliquement la consécration du croyant à Dieu.5

5 Voir A. Kuen : Comment lire la Bible, pp. 59-62.

Dans l’épître aux Romains, immédiatement après la purification des péchés par la mort avec Christ, l’apôtre évoque la consécration à Dieu en faisant allusion aux mêmes sacrifices : « Ne livrez plus vos membres au péché (aspect négatif), mais donnez-vous vous-mêmes à Dieu (aspect positif) » (Ro. 6.13). « Je vous exhorte… à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Ro. 12.1).

La nature a horreur du vide. Si notre maison intérieure est purifiée, mais qu’elle reste vide, ses anciens occupants reviennent en force pour en reprendre possession (Lu. 11.24-26). L’Esprit de Dieu occupera seulement l’espace que nous lui abandonnons volontairement. Si nous voulons qu’il nous remplisse, il nous faut lui livrer tout notre être : esprit, âme et corps, lui donner notre temps, nos forces, notre argent, notre avenir, nos affections, bref : tout ce qui fait notre vie. Car tout ce que nous préférons à Christ est un obstacle sur le chemin de la plénitude (Lu. 14.26, 33).

« Tu seras rempli dans la mesure où tu feras de l’espace (à l’Esprit). La consécration est la collaboration du croyant à sa plénitude. Pour devenir un chrétien rempli de l’Esprit, il faut que les pleins pouvoirs soient arrachés au « vieil homme » et remis entre les mains du Seigneur Jésus (Ro. 6.16, 19) » (Ruth Paxson).6

6 Das Leben im Geist (138), p. 420.

Nous avons accepté que Christ meure à notre place, il nous faut accepter, de même, la deuxième clause du contrat : « Si un seul est mort pour tous, tous sont donc morts, et il est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co. 5.14-15). Donc « vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, votre corps et votre esprit appartiennent à Dieu » (1 Co. 6.19-20).

Nous consacrer à Dieu n’est rien d’autre que tirer la conclusion logique de notre justification, c’est remettre à Dieu ce qui lui appartient déjà de plein droit.

Là encore, il ne s’agit pas de buts inaccessibles, mais de simples actes d’obéissance que chaque chrétien est capable d’accomplir avec la force que Dieu lui donne. L’apôtre nous exhorte à marcher d’une manière digne de notre vocation. Marcher, c’est faire un pas après l’autre dans une certaine direction : je porte mon corps en avant dans cette direction et, pour éviter la chute, un pied quitte sa place et se pose devant l’autre. Prenant appui sur cette nouvelle base, l’autre pied quitte aussi sa position et va en occuper une autre plus proche du but. La marche chrétienne n’est rien d’autre : porter tout son être en avant dans la direction indiquée, éviter la chute en quittant, l’une après l’autre, les anciennes positions pour en occuper de nouvelles qui nous rapprochent du but — un pas à la fois.

Parmi ces actes concrets d’obéissance, les quatre énumérés Ep. 5.19-21 sont mis en relation directe avec la plénitude de l’Esprit : nous entretenir par des psaumes… louer Dieu, rendre grâces pour toutes choses et nous soumettre les uns aux autres. En effet, comme le fait remarquer H. Bruns, le traducteur de l’une des Bibles récentes les plus répandues dans les pays germanophones, « en grec, le participe présent joue le même rôle qu’un double point : nous recevons une plus grande mesure de l’Esprit en apprenant à rendre toujours grâces pour toutes choses au nom de Jésus-Christ, à chanter les louanges de Dieu et à nous soumettre les uns aux autres. »7

7 Kleine Entdeckungsreisen im Neuen Testament (Gladbeck, 1958), p. 58.

c) Foi

La foi n’est pas mentionnée explicitement ici parce qu’elle est le principe même de toute bénédiction spirituelle : nos cœurs sont purifiés par la foi (Ac. 15.9), par elle, nous recevons l’Esprit de Dieu (Ga. 3.4). Notre mort avec Christ devient effective lorsque nous y croyons (Ro. 6.11). Christ habite dans nos cœurs par la foi (Ep. 3.17) et il a promis des « fleuves d’eau vive » à ceux qui croiraient (Jn. 7.38-39).

Nous croyons que nos péchés confessés ont été pardonnés et que nous sommes purifiés de toute iniquité (1 Jn. 1.7) ; nous croyons que Dieu accepte notre consécration, puisqu’il l’a lui-même commandée dans sa Parole (Ro. 6.13 ; 12.1). Pourquoi ne croirions-nous pas de même qu’il nous remplit de son Esprit comme il l’a promis ?

Jésus a promis : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu et vous le verrez s’accomplir » (Mc. 11.24) et l’apôtre Jean a précisé : « Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, Il nous écoute et si nous savons qu’il nous écoute, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée » (1 Jn. 5.14-15).

Une vie de plénitude est-elle selon la volonté de Dieu ? Oui : « Je suis venu afin que les brebis aient la vie et qu’elles soient dans l’abondance » (Jn. 10.10). Il l’a commandée : « Soyez remplis de l’Esprit ». Si donc je demande cette plénitude, si je dis non au péché et que je me donne à Dieu, alors je peux aussi saisir, par la foi, le don de Dieu — sans m’attarder aux sentiments, sans attendre de manifestations particulières. « Nous marchons par la foi et non par la vue » (2 Co. 5.7). Si l’Adversaire veut semer le doute dans votre cœur, prenez le « bouclier de la foi par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin » (Ep. 6.16).

« De même que tu as saisi le pardon de la main du Christ mourant, nous dit F.B. Meyer, saisis le Saint-Esprit de la main du Christ vivant et reconnais ce don pour tien avec une foi entièrement indifférente à la présence ou à l’absence de joie. Il te sera fait selon ta foi. » Et il raconte comment il fit l’expérience de la plénitude de l’Esprit : « Je ne sentis pas de main posée sur ma tête, il n’y avait pas de flammes ardentes, il n’y avait pas de bruit venant du ciel : mais par la foi, sans émotion, sans excitation, je saisis et je saisis pour la première fois, et depuis ce temps, j’ai persévéré à saisir. Je m’en retournai et je quittai les flancs de la montagne : comme je descendais, le Tentateur me dit que je n’avais rien, que c’était pure imagination, mais je répondis : Quoique je ne le sente pas, je sais que Dieu est fidèle. » Il se coucha sans ressentir la moindre joie, mais le lendemain, voici, tout était paix.8

8 Cité dans Le Saint-Esprit (202), pp. 97-98.

C. PLÉNITUDE DE L’ESPRIT ET VIE EN ÉGLISE

« Chaque fois que le Nouveau Testament parle de la plénitude, il le fait, non pas dans un sens individualiste, mais en relation avec l’Eglise » (M. Green).9

9 I believe (72), p. 157.

Au début du chapitre 4 de l’épître aux Ephésiens, l’apôtre exhorte les chrétiens à « marcher d’une manière digne de la vocation » qui leur a été adressée. Mais avant de leur dire en détail ce qu’il entend par là, il leur parle de la vie en Eglise (4.4-16). Il évoque les différents dons que le Christ a accordés à cette Eglise « pour le perfectionnement des saints » : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs, docteurs (v. 11). Tous ces ministères visent un but commun : faire parvenir les chrétiens « à l’état d’homme fait (dans la force de l’âge), à la mesure de la stature (littéralement : de la plénitude) de Christ » (v. 13).

Si nous voulons accéder à cette maturité spirituelle, à cette plénitude (de l’Esprit) de Christ, nous avons besoin de tous les ministères accordés par le Seigneur à son Eglise. « La Bible ne sait rien d’une religion solitaire » disait John Wesley.

Elle ne connaît pas une perfection d’anachorète (litt. : quelqu’un qui se retire à l’écart). Le « perfectionnement des saints » se fait dans « la communion des saints » auxquels le Seigneur a accordé des dons pour l’édification de son Corps. Chacun a reçu un don (v. 7 ; cf. 1 Co. 12.7 ; 1 Pi. 4.10) pour aider tous les autres à croître « à tous égards en celui qui est le chef : Christ » (v. 15).

Aussi n’est-ce pas par hasard que la première manifestation de la plénitude de l’Esprit concerne précisément cette vie dans le corps : s’entretenir par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, louer Dieu, rendre grâces et avoir des relations mutuelles dans un esprit nouveau. Or, comme nous l’avons vu, ces actes communautaires sont en même temps le moyen d’être rempli de l’Esprit comme l’indique le participe présent de ces verbes : « Laissez-vous remplir par le Saint-Esprit et cherchez en lui votre plénitude. Comment ? Que votre joie déborde dans vos entretiens fraternels, qu’elle s’exprime par le chant de psaumes, d’hymnes et de cantiques inspirés. De tout votre être, chantez et jouez pour Dieu et que, du secret de votre cœur, une musique s’élève sans cesse vers lui.

« Où que ce soit, à tout moment et pour toute chose, apportez à Dieu le Père l’hommage de votre reconnaissance au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Par respect pour Christ, prenez chacun votre place dans l’ordre établi, vous soumettant les uns aux autres » (5.18-21).

Dans les autres livres du Nouveau Testament où il est question, sous des termes divers, de la plénitude de l’Esprit, c’est toujours dans cette dimension communautaire que les écrivains sacrés l’envisagent.

Dans les Actes, c’est dans la communion des frères et sœurs que les chrétiens sont remplis de l’Esprit (Ac. 2.4 ; 4.8, 31 ; 13.52). Dans l’épître aux Romains, le chapitre 12 pourrait s’intituler aussi bien : « la vie dans la plénitude » que : « la vie en Eglise », puisqu’il y est question des deux.

Dans les épîtres aux Corinthiens, aux Galates, etc… il est toujours question, au pluriel, des chrétiens spirituels, de ceux qui marchent selon l’Esprit, qui sont parfaits. et ils nous apparaissent vivant en Eglise. Cet aspect communautaire a certainement échappé à la plupart de ceux qui ont parlé de la plénitude de l’Esprit. Trop souvent, on voyait le chrétien plein du Saint-Esprit comme un homme de Dieu « puissant et solitaire » — sans se rendre compte que l’on confondait la vision biblique avec l’idéal romantique. Pour être remplis de l’Esprit, nous avons besoin des frères et sœurs qui nous enseignent, nous exhortent, nous encouragent, nous avertissent, mais aussi de ceux qui exercent notre patience, notre amour, notre bonté et notre longanimité. Pour mûrir, le fruit de l’Esprit n’a pas seulement besoin du soleil de l’amour divin. Il lui faut aussi les ondées, certes moins agréables, des déceptions causées par ceux que l’on aime.

L’objectif divin n’est jamais un individu particulièrement sanctifié, c’est toujours « tout le Corps, bien coordonné et formant un solide assemblage » (v. 16). Chaque membre de ce corps reçoit de son Chef « la force qui convient à chacune de ses parties », c’est-à-dire les dons qu’il estime nécessaires à l’accomplissement de sa tâche spécifique « pour l’utilité commune » (1 Co. 12.7, 11 ; cf. Col. 2.19). « Nous avons tous reçu de sa plénitude » (Jn. 1.16) dans la communion avec son Corps et pour l’édification de ce Corps qui est lui-même « la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Ep. 1.23).

D. COMMENT SE MAINTENIR ET CROÎTRE DANS LA PLÉNITUDE ?

L’Ecriture nous parle de nouveaux convertis remplis de l’Esprit (Ac. 4.31 ; 9.17 ; 13.52). Cette plénitude de l’Esprit ne leur est cependant pas maintenue automatiquement, quoi qu’ils fassent.

Si nous cédons au péché, nous attristons le Saint-Esprit (Ep. 4.30). Nous ne retrouvons la plénitude qu’en confessant immédiatement le péché pour en obtenir le pardon (1 Jn. 1.9). Si, dès que nous prenons conscience d’un péché nous nous en repentons, rien ne vient interrompre notre marche dans la plénitude de l’Esprit.

D’autre part, « même dans des cas où rien n’indique que la plénitude aurait été perdue par suite du péché, il est question de gens qui sont de nouveau remplis : une nouvelle difficulté, un nouveau défi demandent un nouveau revêtement de puissance par l’Esprit » (J. Stott).10

10 Baptism and Fullness (178), p. 48.

Comme le croyant est appelé à croître, l’Esprit doit occuper toujours davantage de place pour continuer à remplir tout l’être. J. Stott illustre cette vérité en comparant un nouveau-né et un adulte. « Tous deux sont en bonne santé et respirent normalement ; on peut dire qu’ils sont « remplis d’air ». Quelle est la différence entre eux ? Elle tient dans la capacité de leurs poumons. Tous deux sont « remplis », mais l’un est plus rempli que l’autre, puisque son volume est beaucoup plus grand. »11

11 The Baptism… (177), p. 34.

Godet dit que « l’homme est un vase destiné à recevoir Dieu : un vase qui doit s’agrandir à mesure qu’il se remplit et se remplit à mesure qu’il s’agrandit. »12

12 Cité par R. Pache (133), p. 124.

Rappelons-nous également que le verbe est à l’impératif moyen, c’est-à-dire au temps qui implique la répétition constante : laissez-vous toujours à nouveau remplir par le Saint-Esprit. Nous sommes loin d’une expérience que l’on ferait une fois pour toutes. Comme disait R. Shallis : La plénitude de l’Esprit n’est pas une bouteille remplie que l’on boucherait et sur laquelle on collerait une étiquette, puis que l’on mettrait dans une armoire pour pouvoir dire « Je l’ai ». Jésus parle de la plénitude comme d’un fleuve : « Pour être plein d’eau, le fleuve doit être rempli à chaque instant. Après avoir reçu l’eau de la source, celle-ci doit pouvoir s’’écouler normalement pour éviter la stagnation. Nous ne pouvons être remplis du Saint-Esprit que si nous recevons, à chaque instant, l’apport de la source et si nous le déversons sur les autres » (M. Desaedeleer).13

13 Thèse (47), p. 108.

Marcher selon l’Esprit, c’est marcher « de progrès en progrès ». Notre plénitude se manifestera toujours davantage par une vie intérieure renouvelée, caractérisée par les fruits de l’Esprit (Ga. 5.22-23) et la louange de Dieu (Ep. 5.19-20), par une marche transformée (Ep. 4.17) et un témoignage efficace (Mt. 12.34 ; Ac. 1.8).

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant