Josué 7.1 dit : « Les Israélites commirent un acte d’infidélité à l’égard des objets voués à l’Eternel », mais dans la suite du verset, nous apprenons que seul « Akân prit pour lui certains de ces objets et l’Eternel se mit en colère contre les Israélites ». Nous trouvons là le principe de l’imputation du péché d’un seul à toute la collectivité : par le péché d’Adam, toute la race humaine est devenue pécheresse, mais « si la faute d’un seul a eu pour conséquence la mort de beaucoup, à bien plus forte raison, la grâce de Dieu accordée gratuitement par un seul homme, Jésus-Christ, a surabondé pour beaucoup » (Romains 5.15, cf. v. 16-19).
L’histoire d’Akân présente un contraste saisissant avec celle de Rahab; d’une part, une prostituée cananéenne reconnaît la souveraineté de l’Eternel, abandonne Canaan et ses dieux, elle est épargnée avec tous les siens et reçue dans le peuple de Dieu. D’autre part, un Israélite de la tribu de Juda s’approprie des richesses de Canaan en les volant à l’Eternel (pensant que Dieu ne le verrait pas, niant donc sa souveraineté) ; il est exclu du peuple élu et tué avec les siens. Cette histoire souligne aussi la responsabilité collective du peuple ; des centaines de milliers d’Israélites avaient obéi de manière stricte aux injonctions divines, un seul a péché : tous sont considérés comme ayant commis cet acte d’infidélité envers Dieu.
« Le crime d’Akân est imputé à tout Israël qui en porte aussitôt la peine. Cette solidarité dans la responsabilité de la faute commise repose sur la nature de la consécration du peuple à Dieu dans l’ancienne économie. Cette consécration n’était pas encore cet acte individuel qui caractérise l’entrée dans la nouvelle alliance. C’était une consécration collective, nationale, et par conséquent de nature extérieure, reposant sur certains actes obligatoires et communs à tous, tels que la circoncision, la participation à la Pâque, etc. Une consécration collective, comme celle-là, pouvait donc être profanée et détruite par la faute d’un seul d’entre ceux qui y avaient participé» (C.T. Goslinga Joshua, Jg, Rt p. 75).15
15 Voir la suite de cette citation de Golinga dans EDB 2 sur Josué 7.1.
La colère de l’Eternel contre les Israélites se manifesta par la défaite qu’il infligea à leur armée devant la ville d’Aï. « La ville de ha’aï, généralement identifiée à ‘et-Tell’ se situe près de Béthel, à 16 km env. au nord de Jérusalem. C’est un éperon proéminent de forme semi-circulaire ; à l’ouest et au nord, il s’appuie sur les collines élevées et accède à la ligne des crêtes par un col étroit… ‘On a l’impression d’un nid d’aigle à peu près inaccessible contrôlant tout l’accès par l’orient du plateau judéen septentrional’. C’est sur l’arrière de la ville, dans la région montagneuse, que va se tenir l’embuscade » (R.P. Fourmond p. 51).
Josué avait d’abord envoyé des hommes à la ville d’Aï pour qu’ils explorent la région. « A leur retour, ils dirent à Josué : Il est inutile d’envoyer toute l’armée : deux ou trois mille hommes suffiront pour battre Aï. Ne donne pas de fatigue à tout le peuple, car l’adversaire est peu nombreux » (7.3). Le rapport de ces hommes correspond à l’indication de 8.25 dénombrant 12000 habitants dans la ville, ce qui devait correspondre à env. 3000 hommes capables de défendre la ville. Il ne valait donc pas la peine de « fatiguer tout le peuple » suggérèrent les explorateurs, 2 à 3000 hommes suffiront à prendre Aï. Ce rapport était présomptueux : 2 à 3000 hommes parviendront-ils à vaincre 3000 défenseurs bien protégés derrière leurs murailles ? De plus, en arrivant devant Aï, ils seront déjà fatigués : de Guilgal à l’ouest de Béthel, il y avait 22 km d’une montée de 600 m. Josué fit l’erreur de se fier à ces hommes au lieu de consulter l’Eternel. Aussi, lorsqu’ils parvinrent à la ville, ses défenseurs leur tuèrent 36 hommes et mirent le reste en fuite, les battant à la descente. « Alors le peuple atterré perdit tous ses moyens » (v. 5). On les comprend : après la victoire éclatante sur la puissante Jéricho, se faire battre par une petite ville ! « Josué déchira ses vêtements, il se jeta, la face contre terre, devant le coffre de l’Eternel et resta là jusqu’au soir. Les responsables d’Israël firent de même. Et ils se jetèrent de la poussière sur la tête » (v. 6).
« On s’est moqué de cette grande émotion du peuple et de Josué pour la perte de trente-six hommes sur six cent mille. L’on n’a pas compris que ce n’était pas cette perte, peu considérable en elle-même, qui causait une pareille consternation, mais la signification qu’elle avait pour le peuple et ses chefs en leur montrant que l’Eternel n’était plus avec eux. Il semblait qu’après la prise de Jéricho, le peuple allait marcher d’une manière non interrompue de victoire en victoire, et voilà qu’au premier pas il est arrêté par une défaite » (BA 3 p. 23).
Ce désespoir de Josué n’est pas uniquement dû à la perte de 36 hommes, mais à la défaite devant Aï. Josué se demande : 1° Dieu est-il encore avec nous ? Israël est-il encore son peuple ou bien l’a-t-il laissé tomber ? 2° Plus grave : a-t-il changé son plan de salut, de sorte que nous sommes livrés aux Amoréens qui vont nous faire périr ? 3° (v. 9) Dieu lui-même n’est-il pas déshonoré par notre échec ? Tout l’avenir est sombre. 4° Le chemin parcouru depuis l’Egypte a-t-il un sens si Dieu se retire ? Les Cananéens apprendront notre défaite, nous encercleront et nous feront disparaître de la terre ; comment alors la grandeur de Dieu sera-t-elle reconnue ? Ce n’est pas la fierté de Josué qui est blessée, c’est sa foi qui traverse une crise. (D’après M. Holland Josua p. 96-97).
Sa grande peur est que « les Cananéens et les autres habitants du pays l’apprendront, ils nous encercleront et feront disparaître notre nom de la terre » (v. 9). Son souci est non seulement leur propre sécurité, mais l’honneur du nom de Dieu : « Comment alors feras-tu reconnaître ta grandeur ? ». Il rejoint les pensées exprimées par Moïse (Nombres 14.15-16 ; Deutéronome 9.28).
Dieu le relève et lui montre qu’il se trompe sur la cause de la défaite : ce n’est pas la fidélité de Dieu qui est en cause, mais le péché du peuple (v. 11) : Israël a transgressé les obligations de l’alliance (cf. Exode 19.8) ; « on a pris des objets qui m’étaient destinés, on en a dérobé, caché et mis dans ses propres affaires ». Josué avait clairement averti « Attention ! Prenez bien garde à ce qui doit être voué à l’Eternel. Ne prenez rien de cela, sinon vous placeriez le camp d’Israël sous une sentence de destruction et vous lui attireriez le malheur. Tout l’argent et l’or, tous les objets de bronze et de fer seront consacrés à l’Eternel et on les mettra dans son trésor » (Josué 6.18-19).
La nation était à présent sous la malédiction divine. Dieu ne pourrait donc plus lui donner la victoire sur ses ennemis : telle était la raison de cette défaite. A présent, il s’agira de trouver le coupable et d’éliminer le mal du milieu du peuple.
L’Eternel indique la procédure par laquelle ce coupable pourra être découvert : par le tirage au sort, on déterminera d’abord dans quelle tribu il se trouve, puis dans quel groupe familial et quelle famille ; les hommes de cette famille se présenteront un par un et le sort désignera le coupable. C’est probablement par l’ourim et le toummim que ce tirage au sort fut opéré. Ce sont deux objets dont la nature nous est inconnue (des pierres ?) et qui se trouvaient dans l’éphod du grand-prêtre (Exode 28.30). L’un d’eux signifiait oui, l’autre non (une pierre blanche et une noire ?). Le prêtre plongerait sa main dans l’éphod et en tirerait l’une ou l’autre. Par ce quadruple processus, l’étau se resserrait progressivement sur le coupable. D’abord les douze chefs de tribus s’avançaient et le sort désigna la tribu de Juda, puis les chefs des groupes familiaux, et ce fut le groupe de Zérah qui fut désigné ; dans ce groupe, la famille de Karmi et en elle, Akân.
La durée de ce « tirage au sort » donnait largement le temps à Akân de se dénoncer, cela d’autant plus qu’il voyait l’étau se refermer peu à peu. Espérait-il encore que le sort désignerait un autre coupable Lorsque le processus de découverte du coupable fut enclenché, Akân aurait-il dû se dénoncer et se repentir ? Aurait-il pu être pardonné ? Son péché est qualifié d’« infamie » (7.15). Ce mot s’applique généralement à une immoralité flagrante (Genèse 34.7 ; Deutéronome 22.21 ; Juges 19.23 ; 20.6 ; 2 Samuel 13.12), mais aussi à une attitude d’opposition évidente (1 Samuel 12.25) ou à des paroles impies (Esaïe 32.6). C’est un terme technique pour le péché de celui qui ne peut pas maîtriser ses désirs ou ses impulsions pour les soumettre aux normes de la communauté. C’est un terme dénotant un péché conscient et volontaire. Josué a demandé à Akân d’honorer Dieu (litt. : de lui donner gloire) en confessant son péché. C’était la formule solennelle par laquelle on adjurait quelqu’un de dire la vérité devant Dieu (cf. Jean 9.24). Josué dit : Donne gloire à Dieu, avoue la vérité (cp. 1 Samuel 14.43), honore-le par une confession publique du péché qui mettra en évidence son omniscience et fera apparaître la justice de son jugement.
Confronté à l’évidence, Akân confessa son péché, il dit : « J’ai vu dans le butin un magnifique manteau de Babylone, deux cents pièces d’argent et un lingot d’or d’une livre. J’en ai eu fortement envie, alors je m’en suis emparé. Ces objets sont enterrés au milieu de ma tente, et l’argent est en-dessous » (v. 21) : « J’ai vu, j’ai convoité, j’ai pris ». A chaque étape, il aurait pu opposer son refus. Il a cédé à la convoitise des yeux et a enterré les produits de son larcin au milieu de sa tente. On retrouve les trois mêmes étapes dans le péché d’Eve (Genèse 3.6) et dans celui de David (2 Samuel 11.2-14).
Qui de nous n’est pas exposé à la même tentation ? « Lorsque nous sommes tentés, dit Jacques, ce sont les mauvais désirs que nous portons en nous qui nous attirent et nous séduisent, puis le mauvais désir conçoit et donne naissance au péché. Et le péché, une fois par venu à son plein développement, engendre la mort » (Jacques 1.14-15). Ce n’est pas pour rien que Jésus nous a appris à prier : « Garde-nous de céder à la tentation » (Matthieu 6.13).
Akân avait convoité et pris « un magnifique manteau de Chinéar » (= territoire de Babylone) ; c’était un habit orné de broderies multicolores et parfois de pierres précieuses. On a trouvé de tels habits à Ras Shamra qui servaient probablement à des fins cultuelles. En plus, il avait pris deux cents sicles d’argent et un lingot d’or pesant cinquante sicles (le sicle était généralement équivalent à 11,34 g. C’était donc un lingot de plus de 5 kg).
Josué envoya chercher ces objets dans la tente d’Akân et les déposer « devant l’Eternel » (v. 23), c.-à-d. probablement dans le tabernacle, il furent donc restitués à leur propriétaire légitime. « Il faut que la communion avec Dieu, interrompue par le péché, soit rétablie » (H.R. Josué p. 69).
Dans le jugement d’Akân et de sa famille, « tous les Israélites » (v. 23) furent impliqués. Ils avaient tous été contaminés par son péché ; à présent toute la nation devait signifier son rejet de ce péché en amenant les coupables dans la vallée d’Akor (= du Trouble ou du Malheur) pour être lapidés. Akân seul avait convoité et pris ces objets, mais la famille l’avait sans doute assisté pour les cacher dans la tente ; elle partageait donc sa responsabilité. Son péché avait troublé et plongé dans le malheur tout Israël (v. 25). Un mémorial de pierres était destiné à rappeler cet épisode malheureux aux générations futures (comme dans 8.29 et 2 Samuel 18.17). Puisque la nation avait jugé et répudié le péché, « l’Eternel abandonna sa colère » (v. 26).
Il est intéressant de noter que l’on retrouve cette vallée d’Akor dans une parole prophétique d’Osée « C’est pourquoi, je vais la reconquérir (l’infidèle Israël), la mener au désert, et parler à son cœur. C’est là que je lui donnerai ses vignobles d’antan et la vallée d’Acor deviendra une porte d’espérance ; là, elle répondra tout comme au temps de sa jeunesse, au temps de sa sortie d’Egypte » (2.17).
« Ce sera là, dans cette vallée, où le jugement de Dieu a été prononcé contre lui, que le peuple de Dieu trouvera la bénédiction de Dieu ; ce fut là que Josué trouva le relèvement de son âme pour marcher désormais avec Dieu et conduire le peuple à la victoire » (H.R. Josué p. 68).