L’Agneau force le troisième sceau et l’ouvre avec précaution. Le parchemin de cuir se déroule doucement. Au même moment, la troisième créature au service de Dieu vient occuper le devant de la scène dans la vision de Jean et proclame : « Viens ! ». Une fois de plus, un cheval et son cavalier apparaissent en présence de l’Agneau de Dieu, des vingt-quatre vieillards et de la foule de témoins angéliques. Le cheval noir et son cavalier apportent encore un troisième avertissement aux peuples de notre planète : celui d’une faim et d’une famine considérables : « Celui qui le montait tenait une balance dans sa main. Et j’entendis au milieu des quatre êtres vivants une voix qui disait : une mesure de blé pour le salaire d’une journée, et trois mesures d’orge pour le salaire d’une journée. Quant à l’huile et au vin, épargne-les !».
A New-York, au Musée d’Art moderne, « la ville se lève » d’Umberto Boccioni représente les quatre cavaliers de l’Apocalypse dans un cadre urbain et contemporain. Cette immense peinture à l’huile de 1,80 m. sur 2,70 m. a saisi toute l’horreur de ce troisième cheval et de son cavalier. Le cheval noir de Boccioni s’élève, telle une tornade tournoyant au-dessus des autres cavaliers.
Un journal télévisé récent a montré les dégâts inimaginables causés par une tornade dans plusieurs petites villes du Texas et du Middle-West. Dans chaque lieu touché, elle aspirait les constructions dans un tourbillon dévastateur, les pulvérisait et en éparpillait les débris sur de vastes étendues de campagne. Il y eut ensuite le terrible ouragan, Alicia, qui frappa le sud du Texas lors de l’été 1983. Le cheval noir et son cavalier annoncent un cataclysme semblable à l’humanité si elle ne se repent pas et ne se tourne pas vers Dieu à temps.
Les Lamentations de Jérémie, chapitre 4, verset 8 et chapitre 9 nous informent qu’une famine atroce hante le pays et tue ses victimes.
L’espace d’un instant, le cheval noir et son cavalier défilent devant Jean, et devant nos yeux, grâce à lui. Juste avant le départ fulgurant du cavalier pour son voyage destructeur sur la terre, la prophétie le dépeint dans toute son horreur. Il est facile d’imaginer ce cheval noir charbon, piaffant d’impatience, aux flancs haletants et aux yeux flambloyants. Le cavalier tient une balance dans la main et Jean confie qu’une voix s’élève du milieu des quatre êtres apocalyptiques et annonce : « Une mesure de blé pour le salaire d’une journée de travail ».
Jean savait bien que le denier était le salaire quotidien de l’ouvrier type. Il valait environ vingt de nos « cents ». En temps normal, il permettait d’acheter seize mesures de blé ou de maïs et d’assurer la nourriture et la subsistance d’un ouvrier et de sa famille. Si l’on considère la récession récente, cette voix annonçait la perte de revenus en matière de pouvoir d’achat pour un ouvrier américain appartenant à la classe moyenne — par exemple une baisse de 16.000 à 1.000 dollars par an. La situation est encore plus dramatique pour les ouvriers des pays « moins développés », ayant un revenu d’environ 560 dollars par an pour nourrir leur famille : le cavalier et son cheval noir parcouraient la terre au galop pour leur annoncer, en fait, que leur maigre revenu serait soudain réduit en valeur réelle à moins de 35 dollars par an. Puis, la voix poursuivait en disant : « Trois mesures d’orge pour le salaire d’une journée ». A l’époque romaine, l’orge était la céréale la moins chère et la moins nourrissante. Substitut du blé ou du maïs, elle suffisait à peine pour trois repas individuels par jour. Cela assurait à l’ouvrier de quoi survivre – probablement bien moins que les 2600 calories nécessaires chaque jour, mais impossible alors de nourrir femme et enfants.
Le cavalier au cheval noir tenant sa balance pour peser la minime quantité de céréales que l’ouvrier moyen pourra se procurer, symbolise la situation désespérée du monde après le passage des deux premiers cavaliers.
Avec la venue de ce troisième cavalier, Jésus indique que la séduction et la fausse religion mènent à la guerre, et que celle-ci à son tour, engendre la famine et la peste. Suivant les traces du cheval blanc et du cheval roux, la famine règnera sur la terre. Des millions mourront de faim, souffriront de malnutrition qui amène les maladies physiques, mentales et émotionnelles, le désespoir et la mort. Le cheval noir et son cavalier avertissent l’homme de la part de Dieu de la souffrance qui l’attend s’il refuse d’obéir aux commandements divins.
La voix lance encore un autre ordre au troisième cavalier qui monte le cheval noir et porte la balance du jugement. « Quant à l’huile et au vin, épargne-les ! » dit-il. C’est l’image de la famine qui côtoie le luxe. Jésus a dit à Pierre, André, Jacques et Jean qu’avant son retour, la famine envahira la terre et privera de nourriture des peuples entiers habitant aux quatre coins du globe. Maïs il a aussi décrit d’autres peuples vivant dans une abondance choquante de nourriture et de boisson, laissant entendre que richesse et pauvreté coexisteraient. Il dit : « Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l’avènement du Fils de l’homme. Car dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ». Ces deux conditions inégales seront parallèles et simultanées. Par la suite, Jean prophétisa que des sociétés mèneraient une existence babylonienne – vivant dans un luxe inouï, une existence à l’image de ces gens qui se repaissent jusqu’à en être dégoûtés.
Soixante pour cent des Européens et des Américains ont des kilos en trop. Nous, les Américains, pesons un milliard de livres en trop. Nous dépensons chaque année, quinze milliards de dollars en produits de régime et vingt-deux en produits de beauté. Les sommes d’argent ainsi dépensées permettraient à elles seules de sauver la vie de ceux qui mourront de faim l’année prochaine dans le monde entier.
Il y a quelque chose de foncièrement mauvais dans une situation où ceux qui possèdent trop se montrent indifférents au cas de ceux qui ont trop peu. C’est souvent un des signes avant-coureurs de la fin prochaine d’une société. Tel est le message du cavalier monté sur le cheval noir : les injustices les plus flagrantes de la longue histoire de l’homme sur la terre.
Ce cavalier porte une balance qui symbolise un fait : un ouvrier devra travailler toute une journée rien que pour survivre. Il ne lui restera plus rien à partager avec sa famille. Il assistera impuissant à la mort de ses enfants. (En général, un père ou une mère subissant une telle épreuve préfèreraient mourir eux-mêmes).
Puis, l’auteur de l’Apocalypse ajoute : « Ne cause pas de dommages à l’huile ou au vin ». Il affirme qu’à côté des pauvres touchés par la famine, vivraient des riches ne souffrant ni de la famine ni de la peste. L’un des grands drames de notre époque est que, trop souvent, les pauvres deviennent plus pauvres et les riches plus riches. C’est l’une des causes fondamentales de l’agitation sociale en Amérique Centrale et ailleurs. Dans l’avenir le nombre des riches diminuera tandis que celui des pauvres augmentera. L’écart entre la famine et les richesses qui se côtoient dans le monde aujourd’hui, sera insignifiant en comparaison de ce qui a été prédit. Des jours infiniment plus sombres arrivent.
Un des scandales de notre siècle, est que la disette existe au sein de l’abondance dans le monde entier. Cette situation s’aggravera avec l’approche de la fin des temps. C’est un déséquilibre social, une injustice monstrueuse à l’échelle mondiale. Si les nations ne se tournent pas vers Dieu, mais cheminent sans lui, le cavalier au cheval noir talonnera davantage encore sa proie. Toute la race humaine qui aura survécu en subira les conséquences.
La communauté mondiale se débat avec un souci majeur, celui de la pénurie de nourriture. C’est bien un problème de répartition et non de quantité totale de nourriture. La malhonnêteté de certaines organisations de secours internationales, l’indifférence de certains gouvernements à l’égard de la situation critique de leurs administrés, le peu de cas que l’on fait de la vie dans certaines contrées et la contrebande effroyable sévissant un peu partout – tout cela ne simplifie pas les choses. Quand le système de l’Antéchrist ou son dictateur, comme le prédisent les Ecritures, s’emparera du pouvoir pendant un temps relativement court ; avec une discipline implacable, il entreprendra de distribuer au monde la nourriture provenant de régions à récoltes abondantes.
Seuls trois pays au monde produisent plus de blé qu’ils n’en consomment : les Etats-Unis, l’Australie et le Canada. Les Soviétiques, ont le potentiel pour produire plus que tout autre nation mais à cause des conditions météorologiques défavorables, de leur inefficacité notoire et pour d’autres raisons, ils n’obtiennent souvent qu’une bonne récolte tous les quatre ou cinq ans. Il y a quelques années seulement l’éditorial d’un journal de Chicago affirmait : « Grâce aux méthodes agricoles modernes, nous avons résolu la question de la famine. Nous sommes à même de produire la quantité de céréales voulue. La science a triomphé de ce que les sociétés moins éclairées ne cessent de redouter ». Non seulement ces affirmations étaient contraires aux prédictions bibliques mais prématurées et contraires aux faits réels. Les Ecritures enseignent que la famine et la peste ne disparaîtront pas mais s’aggraveront jusqu’au retour du Christ qui sera Prince de la Paix et Souverain du monde. Si lamentable que soit la situation actuelle, l’avenir nous réserve les jours de famine les plus affreux que l’on n’ait jamais connus. Lester Brown, considéré par le Washington Post comme l’un des penseurs les plus influents du monde, est président de l’Observatoire Universel, l’un des centres culturels les plus cotés. Dans sa critique de l’étude récente de Brown, Ross Howard suggère que nous « ferions mieux de renoncer à utiliser le mot crise en parlant de la production alimentaire mondiale. Le mot crise évoque une pénurie grave mais temporaire. Le terme juste maintenant est paroxysme, ce qui signifie une disette définitive et irréversible. La terre n’est plus une société capable de subvenir à ses besoins ». Et ce langage dur n’est rien en comparaison de ce qui se prépare !
A la conférence de l’Organisation de l’Alimentation et de l’Agriculture des Nations Unies, qui a eu lieu à Rome en 1981, le Pape s’en est pris au péril de mort des populations en série et à la famine. Pour exprimer son souci, le Pape parla d’une « pauvreté dégradante et persistante, en particulier du manque d’un minimum vital de nourriture, comme du scandaleux progrès du monde ».
Les foudres du cheval noir et de son cavalier se dirigent vers nous. Les avertissements des bruyants sabots sont les cris des enfants mourants de faim et de maladies. Les balances étincelantes qui ont pesé les miettes de pain destinées aux populations des pays les moins développés du monde sont désormais suspendues au-dessus de nos têtes comme l’épée géante de Damoclès. Ayant vu à la télévision trop d’émissions spéciales sur la faim dans le monde, nous sommes immunisés contre ces avertissements. Nous avons trouvé, dans nos boîtes, trop de courrier à tarif réduit demandant des fonds pour des enfants affamés aux ventres gonflés. Les photos accompagnant de tels appels ne nous choquent plus. Il y en a tant qui ont faim ! Il y en a tant qui meurent !
Pour protéger notre santé mentale, c’est souvent que nous nous bouchons les oreilles et fermons les yeux – nos sens sont blasés. Nous faisons des dons mais le problème s’intensifie. Nous signons des chèques, mettons de l’argent lors des quêtes, nous nous engageons à faire des dons supplémentaires et travaillons à une foule de projets visant à réunir des fonds. Malgré les critiques qui leur sont faites, les Américains sont probablement le peuple le plus généreux de la terre. Mais l’escroquerie et la corruption dans la gestion des caisses de secours nous a aussi rendus un peu sceptiques. Et malgré nos efforts, la souffrance ne semble pas diminuer. Nous essayons donc de n’y plus penser afin de nous protéger. Mais ne nous lassons pas d’entendre l’avertissement du cavalier au cheval noir, car il est donné à notre intention et à celle de nos contemporains.
Les écrivains bibliques nous ont révélé que la chevauchée des quatre cavaliers vise à nous réveiller avant le jugement dernier de Dieu, et de découvrir qu’il est définitivement trop tard pour se repentir, et tenir compte de leur avertissement. Depuis l’aube de l’humanité, des famines ont ravagé la terre. Mais avec l’explosion démographique et la complexité de notre société moderne, le problème des gens qui souffrent de la faim s’est considérablement accentué.
Personne ne sait combien meurent chaque année de la faim. La plupart des pays sous-développés tiennent peu ou pas de statistiques concernant la mort d’enfants ou de bébés. En outre, une foule de gens meurt non pas de la famine directement mais de ses causes indirectes, telles les maladies de la sous-nutrition.
Le Comité Central Mennonite indique que, selon les estimations, douze millions de nouveaux-nés meurent chaque année dans les pays en voie de développement, victimes d’une alimentation défectueuse. La Banque Mondiale signale que « la moitié des gens qui vivent dans une totale indigence habite au Sud de l’Asie, surtout en Inde et au Bangladesh. Un sixième habite à l’Est et au Sud-Est de l’Asie. Un autre sixième se trouve en Afrique au sud du Sahara. Le reste se répartit entre l’ Amérique latine, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les Nations-Unies estiment que plus de 100 millions d’enfants vont se coucher chaque soir le ventre vide.
Mais le problème de la faim et de la sous-alimentation ne se limite pas aux pays en voie de développement. Dernièrement, le Bureau du Budget du Congrès aux U.S.A. a annoncé que bon nombre d’enfants américains souffrent également d’insuffisance alimentaire. (Il va de soi que la ligne de démarcation de la pauvreté est fixée très haut comparativement aux pays en voie de développement, et le pauvre en Amérique serait considéré comme bourgeois, voire riche, dans beaucoup de pays du monde. Même si vous n’avez qu’une paire de chaussures, de l’eau à boire ou quelques bouchées de nourriture, vous êtes riches pour certaines régions du monde).
Les chercheurs du mouvement « Du Pain pour le Monde » ont récemment entrepris de découvrir « qui sont ceux qui ont faim aux U.S.A. ». Voici le résultat de leur enquête : les jeunes mères qui élèvent seules leurs enfants, les familles des ouvriers licenciés à cause de la récession ou de la fermeture de leurs usines, des jeunes dépourvus de la formation requise par l’industrie moderne, des minorités sans travail entassées dans des taudis en ville ou à la campagne, des pauvres d’un certain Age luttant pour survivre à l’aide des petits chèques de la Sécurité ou de l’Aide Sociale, des indiens et des journaliers immigrés peu payés ». On dit que cinq millions d’enfants font partie des presque trente millions de personnes vivant au-dessous de la limite officielle de la pauvreté. (Là encore, il est évident que, selon les critères internationaux, cette dernière est relativement élevée. Il faut également noter que beaucoup n’ont pas de statut légal d’immigré. Dieu les aime pourtant, et nous avons à leur égard des responsabilités à prendre).
Cependant, même si la pauvreté est dramatique, il convient de souligner une autre vérité importante au sujet de l’esprit humain. C’est de la pauvreté que sont issus quelques-uns des plus grands hommes de l’Histoire. John Wanamaker, le grand négociant de Philadelphie, entra dans les affaires avec un salaire d’un dollar 25 cents par semaine. Andrew Carnegie débuta dans la vie avec un salaire hebdomadaire de trois dollars. Abraham Lincoln était le fils d’un fermier pauvre. Colomb avait coutume de mendier du pain pour ses enfants affamés et mourut dans le plus grand dénuement, mais il avait donné au monde ce qui a plus de valeur que l’or – un nouveau continent ! Notre Seigneur lui-même n’avait ni argent ni or. Il gagnait sa vie en étant charpentier et mangeait souvent le pain des mendiants, mais il a changé le monde.
Ceci témoigne du potentiel spirituel enfoui dans le cœur des hommes, à savoir que dans cet état de pauvreté, ils peuvent s’élever au-dessus des circonstances et faire de grandes choses pour Dieu et pour leur entourage. Bien-sûr, cela n’excuse nullement notre auto-satisfaction face à la pauvreté et à ses conséquences dans la vie des victimes. Il est vrai que plusieurs ont sublimé les inconvénients de leur pauvreté, mais combien d’autres auraient peut-être pu exercer une influence plus grande sur la société dans des circonstances plus favorables ?
La famine et la maladie chevauchent de concert sur le dos du cheval noir. Jésus les mentionne ensemble en Matthieu 24. La sous-alimentation engendre inévitablement les maladies mentales, émotionnelles et physiques. Avec la faim vient la faiblesse, les systèmes immunologiques s’altèrent. Ces personnes, surtout les enfants, ne peuvent plus résister aux infections microbiennes, virales et bactériennes. Il nous est impossible de comprendre la famine sans comprendre également la maladie.
En 1981, on a estimé que, sur les cent vingt-cinq millions d’enfants nés cette même année, douze millions mourraient avant leur premier anniversaire. Les armes du cavalier monté sur le cheval noir amenant la famine et la maladie incluent les six maladies suivantes qui peuvent être mortelles : la rougeole, la coqueluche, le tétanos, la polio, la tuberculose, la diphtérie, et bien d’autres encore.
Dans le monde, on ne compte qu’un faible pourcentage d’enfants immunisés contre les maladies qui rendent infirmes, par des vaccins ou des piqûres. Cinq millions d’enfants par an en meurent. Cinq autre millions seront handicapés à vie. Nous, chrétiens, considérons ces maladies meurtrières comme des signes avant-coureurs du jugement. Nous comprenons que la propagation de ces maladies, facilement prévenues ou enrayées par des vaccins au prix modique, devrait constituer un avertissement concernant notre insensibilité aux lois de Dieu. Nous ne devrions pas non plus dormir tranquilles avant de nous être efforcés de réduire, voire d’éliminer ces maladies au nom des enfants innocents du monde.
Je voudrais aussi ajouter à cette liste les meurtres de millions de foetus avant leur naissance. La Bible n’approuve pas la pratique aveugle de l’avortement. Bien des grands personnages bibliques, tels Jérémie ou Jean-Baptiste furent choisis par Dieu avant leur naissance. Beaucoup pensent que l’on devrait envisager une exception en cas d’inceste, de viol ou lorsque la vie de la mère est en danger. A mon avis, dans ces circonstances, les décisions doivent être prises en fonction des cas individuels et il faut considérer de près les graves conséquences morales et spirituelles. Par exemple, certaines des personnes les plus sensationnelles que j’aie jamais rencontrées naquirent à la suite d’un viol. Je pense, entre autres, à Ethel Waters qui a, par sa contribution presque unique, ouvert la voie du monde du spectacle aux noirs à Hollywood et à New York. Elle était la reine des vedettes noires. Plus tard, quand elle donna sa vie totalement à Christ, elle devint membre de notre équipe. Ethel resta avec nous pendant de nombreuses années et était aimée par tous sur la terre entière. Supposez que sa mère de treize ans, violée à l’époque, ait choisi l’avortement. Le monde n’aurait jamais connu Ethel Waters. Je pourrais en citer bien d’autres comme elle.
Il est tout aussi révoltant qu’en Amérique, pays soi-disant civilisé, des millions d’enfants soient battus chaque année par leurs parents, parfois même jusqu’à la mort !
Vous rappelez-vous ce moment où, il y a deux mille ans, Jésus interrompit un important séminaire d’enseignement avec ses disciples ? Peut-être les enfants du voisinage de Capernaüm avaient-il coupé le message de Jésus en jouant bruyamment à chat perché ? Peut-être jouaient-ils tout près de là quand un jouet lancé par l’un d’eux atterrit aux pieds de Jésus, et ils firent irruption pour le récupérer ! Quoi qu’il en soit, Jésus s’arrêta d’enseigner, prit les enfants dans ses bras et dit à la foule assemblée : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin et qu’on le jetât dans le fond de la mer ! ».
Juste avant cet ancien récit biblique, on peut lire une autre histoire tout aussi émouvante illustrant la compassion de Jésus pour les enfants. Un père en détresse se précipita vers Jésus et lui demanda de guérir son fils atteint de démence. « Je l’ai amené à tes disciples » pleura-t-il, « et ils n’ont pas pu le guérir ».
J’imagine Jésus foudroyant du regard ses disciples et disant : « Race incrédule et perverse, …jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-moi l’enfant ici ». Jésus chassa le démon hors de l’enfant, et celui-ci fut guéri à l’instant même.
Les parents désespérés de millions d’enfants tendent le corps de leurs petits qui se meurent, vers nous, chrétiens. Nous avons les moyens de résoudre une grande partie de ce problème, mais nous sommes loin d’en faire assez. Jésus se tourne vers nous et dit : « Race incrédule et perverse, jusques à quand vous supporterai-je ? ». Tel est le message du cavalier au cheval noir messager de famine et de peste. Tel est l’avertissement que nous devons entendre avant d’être jugés et d’être déclarés coupables de ne pas nous être occupés des enfants du monde.
Nous devrions nous repentir de notre négligence, demander le pardon de Dieu et faire notre possible. Impossible de tout faire – mais nous pouvons au moins faire quelque chose. Les actes et le commandement du Christ nous incitent à faire de notre mieux pour guérir les malades, nourrir les affamés et aider ceux qui souffrent. La grande mission du Christ consistait à apporter la rédemption à l’humanité par sa mort sur la croix, là où il put dire qu’il avait achevé l’œuvre que son père lui avait confiée. Mais cela ne signifiait pas qu’il était indifférent à la souffrance et à la faim de ceux qui l’entouraient – bien au contraire. Aussi vous et moi sommes appelés non seulement à proclamer la Bonne Nouvelle du Salut de Christ, mais encore à manifester son amour à ceux qui sont dans le besoin.
Il est difficile d’évaluer l’abîme qui sépare les soins médicaux dans nos nations occidentales de ceux des pays en voie de développement. Par exemple, en Europe et en Amérique du Nord, il y a un médecin pour 572 habitants ; en Asie orientale, un pour 2106 personnes ; dans le Sud-Est asiatique, un pour 14956 ; en Afrique orientale, un pour 17480 personnes ! Le manque d’infirmières et de sages-femmes est tout aussi tragique. En Europe et en Amérique du Nord, il y a une infirmière pour 194 habitants ; en Amérique centrale, une pour 1245, et au sud de l’Asie Centrale, il n’y en a qu’une pour 4031 !
Ce qui est infiniment plus important que de soigner les malades, c’est prévenir la maladie. La nutrition pose problème. Un enfant sur les trois qui arrivent à terme dans les pays pauvres est maladif à cause d’une alimentation insuffisante. Nous avons considéré le problème de la faim au début de ce chapitre, mais n’oublions pas que la faim et la maladie chevauchent ensemble sur le cheval noir. Chaque fois que nous mangeons un repas équilibré, nous devrions nous arrêter un instant, non seulement pour remercier Dieu pour la nourriture de notre repas, mais encore pour demander pardon de nos faibles efforts engagés pour aider à nourrir les centaines de millions d’enfants du monde qui, depuis leur naissance, n’ont jamais eu un repas vraiment nourrissant. Rien que ce fait nous avertit qu’un jour les millions de repas équilibrés pris sans nous soucier de notre prochain seront étalés devant nous en guise de jugement, véritables panneaux indicateurs nous montrant dans quelle voie nous pouvons consacrer nos vies, nos énergies créatrices et nos moyens financiers avec un profit maximum pour eux.
Vous qui êtes jeunes et cherchez un but dans la vie, pourquoi ne songez-vous pas aux enfants du monde ? Vous qui êtes vieux et cherchez des formes de service pour utiliser vos années de retraite, pourquoi ne pas réaliser vos grands rêves ? Je ne puis vous dire exactement comment personnellement vous pourriez le mieux contribuer à nourrir les enfants affamés du monde, mais quelqu’un peut vous diriger. Réunissez votre église pour discuter du problème de la faim dans votre ville ou dans votre voisinage. Faites appel à votre dénomination ou à une œuvre importante de service chrétien, et devenez travailleur bénévole. Si personne n’a de projet, suscitez-en un. Nous avons un fonds de secours d’urgence dans notre organisation. Nous ne prenons pas un centime pour la gérer. La totalité de ces fonds, soit 100%, parvient à l’endroit où se manifeste le besoin. Si cela vous intéresse d’aider une de ces régions en détresse par notre intermédiaire, écrivez-moi : Décision, Billy Graham, 9 rue de la Gare, 94230 Cachan, et nous nous chargerons de vous faire parvenir une documentation à ce sujet.
Dernièrement, mon fils Franklin, en visite dans les Hautes-Terres du Centre du Guatémala, vit une famille qui avait marché plusieurs jours à travers la jungle en direction d’un territoire sous contrôle du gouvernement pour fuir leur région infestée de guérilleros. Ils voyageaient avec leurs enfants si mal nourris qu’ils ne pouvaient même pas s’asseoir seuls. Quand Franklin regarda ces enfants, il eut comme l’impression de voir des squelettes recouverts d’une couche de peau. Tout ce que ces enfants pouvaient faire, c’était de sangloter doucement – sans expression ni joie – des sanglots faibles mais continus. Le médecin qui les examina n’était même pas sûr qu’ils pourraient vivre. Comme dans la maladie connue sous le nom d’anorexie mentale, on remarque un stade où les organes vitaux d’une personne sous-alimentée se détériorent à un point tel qu’on ne peut « réparer les dégâts ».
Une seconde préoccupation demeure pour les pays en voie de développement : l’eau et les installations sanitaires. Quatre enfants sur cinq dans les régions rurales de ce monde-là ne sont ni pourvus en eau potable, ni en système sanitaire convenable. En Afrique, 90 personnes sur 100 ne bénéficient pas de canalisations d’eau courante et pire que cela, les grands fleuves africains sont porteurs de microbes contagieux. A.T.B. N’diaye appelle les voies navigables africaines « les eaux du malheur » et fait remarquer que les Africains ont le plus extrême besoin de systèmes pour purifier l’eau et la distribuer comme nous trouvons tout à fait normal de le faire dans nos villes grandes et petites.
En Inde, j’ai vu une petite fille portant sur la tête un bidon à eau, vide, d’une contenance de près de 20 litres. Elle allait à pied de son village à une mare souillée, située à quelques kilomètres de là. Et j’ai vu des femmes plus âgées en revenir, pliées sous le poids de ce fardeau incroyablement trop lourd pour elles. Une sécheresse prolongée avait tari les sources d’eau proches de leurs habitations. Tandis que je l’observais, je savais que la soif spirituelle de cette fille était plus importante que sa soif physique, mais il m’était difficile de les envisager séparément. C’était là une personne dont le corps et l’esprit réclamaient l’eau de la vie, comme la femme du puits de Sychem en Samarie, à qui Jésus a donné de quoi étancher sa soif spirituelle.
Notre témoignage d’amour envers une âme perdue doit aller de pair avec l’intérêt charitable que nous portons à un corps mourant. Nous sommes appelés par Dieu à être porteurs de l’eau de la vie, tant pour l’âme que pour le corps. Dieu les a créés tous les deux et son but est de les racheter tous les deux. La mort de Jésus sur la croix prouve que Dieu se soucie du salut éternel de nos âmes. La résurrection de Jésus d’entre les morts – et sa promesse que nos corps auront part un jour à la glorieuse résurrection – prouve que Dieu se soucie de son corps. L’homme n’est pas un quelconque animal dont la vie et la mort ont peu de sens. L’homme est créé à l’image de Dieu, et bien que cette nature soit marquée et déchirée par le péché, elle reste la création de Dieu. Si nous sommes croyants, non seulement, nous aurons un cœur nouveau créé par la nouvelle naissance, mais un jour, nous aurons un nouveau corps glorifié rendu très semblable au corps ressuscité de Jésus-Christ.
Dieu s’intéresse donc à tous ceux qui souffrent, sans distinction de race ou de pays. Et si nous désirons rechercher la volonté de Dieu pour nos vies, intéressons-nous y aussi. Le cavalier monté sur le cheval noir se rapproche de nous en signe de jugement et d’avertissement dès que nous manquons à ce devoir.
En troisième lieu, le Tiers-Monde a un besoin critique de soins médicaux. Sept enfants sur dix nés dans des contrées défavorisées n’ont jamais été examinés par le personnel médical agissant pour prévenir les maladies infantiles qui rendent infirmes et tuent. Pas de visites chez le dentiste : il n’y en a pas. Si même on trouvait des chirurgiens dentistes dans un rayon de 160 km, ces populations ne pourraient faire le voyage ou payer leurs honoraires. Dans ces pays, rares sont les médecins ou les infirmières ; rarissimes les dispensaires ! Rien ne peut s’interposer entre des centaines de millions d’enfants et leurs parents désespérés et impuissants, sinon nous, chrétiens avec notre intérêt et notre compassion.
Il y a quelques années, le Dr Ernie Steury, chirurgien à l’hôpital Tenwek au Kenya, en Afrique Orientale relata un incident survenu quelques mois auparavant. Une femme de brousse était en travail depuis près de deux jours. La famille avait fait venir les sorciers, mais, bien-sûr, ceux-ci ne purent trouver aucun remède. En désespoir de cause, la famille décida enfin d’amener cette femme à l’hôpital missionnaire de Tenwek. Ils durent la porter pendant plusieurs heures en descendant un étroit sentier de jungle avant d’atteindre la route. Une fois parvenus à la route, ils eurent à attendre un autobus plusieurs heures durant. Celui-ci les amena quelques heures plus tard à l’hôpital. La soirée était avancée quand ils arrivèrent et on transporta la femme immédiatement aux urgences. L’infirmière appela le Dr Steury qui l’ausculta. Elle était déjà morte.
Le mari attendait anxieusement dans le couloir, le rapport du Docteur. Le Dr Steury se dirigea vers lui et lui dit qu’il était trop tard, que sa femme était déjà morte. L’homme fondit en larmes et s’écria : « Monsieur, s’il vous plaît, ne pouvez-vous donc rien faire ? Ne pouvez-vous vraiment rien faire ? ». Le Dr Steury expliqua qu’il ne pouvait rien faire.
Le souvenir de ce moment revint à la mémoire du Dr Steury plus tard : « Je me suis retourné et, plus que par sa mort, je fus accablé par le fait qu’elle était morte sans avoir une seule fois entendu le message de l’Evangile. Des milliers de gens meurent chaque jour dans les mêmes conditions. Voilà ce qui me pousse à rester comme docteur missionnaire volontaire en Afrique. Voilà ce qui m’incite à continuer. L’année dernière, nous avons reçu plus de 8.000 patients. Chacun de ces malades a entendu l’Evangile. Plus de 5.000 ont pris la décision d’accepter Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur. Il nous est impossible de les atteindre tous, mais nous pouvons en atteindre beaucoup. L’ordre m’a été donné d’aller dans le monde entier pour porter le message de l’Evangile, et je vais faire ma part ». Ce n’était pas tant la mort physique qui troublait le Dr Steury – car nous sommes tous appelés à mourir un jour – que la mort spirituelle qui l’afflige.
Tandis que famines et maladies dévastent une grande partie du Tiers-Monde, presque tous les pays, même les plus petits, sont en train de s’armer jusqu’aux dents. Selon moi, c’est l’un des nouveaux faits les plus navrants que connaisse notre époque. Ce problème illustre la pertinence actuelle et précise de l’ancienne vérité biblique. Le cavalier au cheval roux (qui amène la guerre) précède et prépare comme il convient le chemin pour le cavalier au cheval noir (qui amènent la famine, la maladie et la sous-alimentation). Notre monde semble obsédé par la guerre. Les milliards de dollars, ou plus encore, dépensés chaque année en armement permettraient de nourrir, de vêtir convenablement et de loger aisément le milliard de personnes affamées de cette terre. Le revenu annuel d’une famille au Bengladesh est de 94 dollars – ce qui est inférieur au salaire journalier d’un ouvrier en Amérique.
Même les petits pays en voie de développement dépensent plus en armements qu’en toute autre chose. La plupart d’entre eux n’ont pas besoin de ce matériel de guerre, cependant les gens souffrent du manque des choses essentielles à la vie afin d’alimenter la puissance militaire grandissante de ces pays. Je ne peux résoudre ce problème car l’homme est une créature portée au combat. Il fait la guerre depuis que Caïn a tué Abel. Jalousie, avidité et haine règnent encore ici-bas. Les forces sataniques paraissent se déchaîner maintenant. Bien que je n’’aie pas les réponses, j’ai le privilège de pouvoir poser des questions fondées sur la Bible.
Je voudrais de nouveau souligner, comme dans mon allocution de Moscou, que je ne suis pas favorable au désarmement unilatéral. A mon avis, l’Amérique ne doit pas déposer les armes pendant que d’autres pays continuent à s’armer jusqu’aux dents. Cette question est si complexe qu’elle dépasse notre compréhension des choses.
Le Pape a résumé cette affaire succintement en ces termes : « La course aux armements tue sans tirer un coup de feu ». Willem Boichel écrivit, il y a quelque temps : « la famille humaine doit se poser cette question profonde : POURQUOI ? Pourquoi donner un caractère fatal à l’accomplissement de certaines priorités et pourquoi ne pas utiliser les progrès technologiques à des fins essentiellement humanitaires ?
Nous, les Américains, avons souvent un sentiment de culpabilité, et c’est normal. Mais le monde a tendance à ne blâmer que les Etats-Unis ; bien d’autres pays sont passés à la vitesse supérieure quant à leur course aux armements. Plusieurs pays laissent littéralement leurs administrés mourir de faim et dépensent la majeure partie du budget national en armes. Ces domaines relèvent d’une véritable condamnation. D’une part, on voit Satan à l’œuvre et d’autre part, la nature humaine en révolte contre Dieu.
En 1982, le premier ministre australien de l’époque, Malcolm Fraser, reçut les chefs des gouvernements du monde dans un dialogue Nord-Sud. Un extrait de la déclaration de Melbourne (telle qu’on la nomme maintenant) statuait que « les agressions persistantes à la dignité de l’homme et les privations subies par des millions d’habitants dans les pays en voie de développement conduiront inexorablement à l’agitation politique ». Fraser ajoutait : « On utiliserait une telle agitation dans le but de répandre les dictatures à l’échelle mondiale ». Il a raison – seul un gouvernement mondial peut résoudre cela. L’Antéchrist et ses forces sataniques essaieront mais, en vain. Seul Christ va établir son royaume un jour prochain, qui règlera ces questions.
Dans le magazine Global 2000, on signalait au président américain que l’appauvrissement actuel des ressources et la démographie galopante amèneront indiscutablement une situation de gouffre sans cesse grandissant entre les nations riches et les. pauvres, source de marasme économique et de conflit brûlant.
Robert McNamara, autrefois président de la Banque Mondiale approuve : « Nombre de nations défavorisées sont vouées au chaos économique et politique dans les dix années à venir ».
Dans un monde en marche vers ces événements apocalyptiques, il est difficile de contredire l’affirmation de Nikita Khroutchev : « Les survivants envieront les morts ».
La situation mondiale a atteint un stade critique ; elle va encore se dégrader pour parvenir à son paroxysme, que la Bible décrit dans l’Ancien Testament. Il ne suffit pas, pour les chrétiens, de discourir longuement et d’approuver l’Apocalypse dans son imminence, il est temps de prier et de travailler. Mon rôle, strictement personnel, est assez limité, je n’ai qu’un seau d’eau à jeter sur le feu mais je vais le faire de toutes mes forces, demandant à Dieu de l’utiliser comme il se servit des cinq pains et des deux poissons.
Le claquement des sabots du cheval noir avec son cavalier s’intensifie à nos oreilles de jour en jour. Les prophéties bibliques s’accomplissent sous nos yeux. Les tragédies de la pauvreté et de la maladie nous environnent. Des gens affamés s’agglutinent autour des décharges publiques et des fossés, à la recherche de quelques miettes dérisoires pour calmer leurs tiraillements d’estomac chroniques. Quelle est donc notre réaction ? Ma lecture de la Bible me persuade que nous sommes appelés à agir, et non à nous assoupir, à nous engager et non à nous reposer.
Quand Sargent Shriver dirigeait le programme d’aide aux pauvres, aux U.S.A., il me demanda de l’aider et je le fis. Nous avons filmé ensemble les conditions de pauvreté dans les Appalaches. J’ai fait un discours aux 200 membres du Congrès américain en leur citant de nombreuses phrases de la Bible, relatives à notre responsabilité envers les pauvres. En voici quelques unes :
« Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans ta vigne, et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu laisseras cela au pauvre ». (Lévitique 19.10)
« Il y aura toujours des indigents dans le pays ; c’est pourquoi je te donne ce commandement : tu ouvriras ta maison à ton frère, au pauvre et à l’indigent dans ton pays » (Deutéronome 15.11).
Jésus insista sur le même sujet par ces paroles :
« Vous avez toujours les pauvres avec vous » (Marc 14.7).
« Heureux celui qui a pitié des pauvres » (Proverbes 14.21).
« Celui qui a pitié des pauvres prête à l’Eternel, qui lui rendra selon son œuvre » (Proberbes 19.17).
« Le juste sait reconnaître les droits des pauvres, le méchant n’a pas d’intelligence » (Proverbes 29.7).
« Apprenez à faire le bien, recherchez la justice ; protégez l’opprimé ; faites droit à l’orphelin, défendez la veuve » (Esaïe 1.17).
L’un des grands jugements bibliques fut celui que Dieu fit venir sur Sodome, et l’un des plus grands péchés de Sodome était d’ignorer les pauvres et les nécessiteux. « Voici quel a été le crime de Sodome, ta sœur : elle avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et dans l’insouciance de sa sécurité, elle et ses filles, et elle n’a pas secouru les pauvres et les défavorisés ».
Jésus est très explicite quant à nos responsabilités. Matthieu rapporte ce qu’il a dit : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venu vers moi ». Malgré la double signification de ce passage, nous sommes très clairement concernés par ses implications au niveau de notre responsabilité pratique. Il nous a aussi avertis que nous serions sévèrement jugés si nous manquions à notre devoir.
L’apôtre Paul aborda le même thème, écrivant aux Romains (12.20) et aux Corinthiens (13.13) : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire : car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête ». … « Je pourrais distribuer tous mes biens et même livrer mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas d’amour, cela ne sert de rien ». Dans une même ligne, Jacques parla du sujet un peu différemment : « Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? ». «Si vous accomplissez la loi royale, selon l’Ecriture : tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien ».
J’ai déjà mentionné auparavant un ou deux passages qui ne sont pas faciles à expliquer, par exemple là où Jésus dit « Vous avez toujours les pauvres avec vous ». Il faisait donc remarquer que la pauvreté ne serait jamais enrayée jusqu’à l’avènement de son royaume ; dans l’intervalle, aidons au maximum ceux qui souffrent.
La tendance actuelle est de condamner les circonstances, ou le groupe adverse. Le criminel est « une victime de son milieu », Le premier crime de cette terre fut pourtant commis dans un environnement parfait. Les statistiques montrent aujourd’hui que la plupart des crimes de notre société sont perpétrés chez la petite bourgeoisie ou parmi les riches. La pauvreté n’est pas plus une excuse aux délits que ne le serait, pour une fille de la bonne société le fait d’avoir tué « parce qu’elle avait tout en abondance, mais pas l’essentiel ! ».
Dieu a créé l’homme capable de choisir. Et chacun sera en dernier lieu tenu responsable de son choix.
« Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal, et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice. Ne favorise personne lors d’un procès, pas même un pauvre » ; ou comme une autre version le dit : « Ne soyez pas partial envers un pauvre homme lors de son procès ».
Oui à l’accusation, oui à la protection et non à la partialité. Dans le Lévitique, nous pouvons lire : « ne commettez pas d’injustice dans vos jugements, n’avantagez pas un faible, et ne favorisez pas un puissant, mais jugez votre prochain selon la justice ».
Je suis convaincu que le but même de ces cavaliers menaçants et imminents n’est pas seulement d’avertir ou de juger, mais de nous réveiller. Ils n’arrivent pas simplement pour toucher émotionnellement les personnes de cette époque (ou de la nôtre) mais pour les motiver à faire quelque chose, à aller dans la direction voulue par Dieu. Je crois que notre devoir est de combattre la faim et la maladie, d’y consacrer toutes nos forces et notre énergie à volonté. Je crois également que notre action peut faire une grande différence. Que nos efforts nourrissent tous les affamés ou guérissent tous les malades, là n’est pas la question. Il est toujours préférable d’agir, plutôt que de ne rien faire. Pour paraphraser James Kelley : « Il vaut mieux allumer une petite bougie plutôt que maudire les ténèbres ». Dieu nous appelle à agir. Le reste est entre ses mains.
En 1982, la Convention Générale de l’Eglise Episcopalienne adopta une résolution à propos de la réaction de l’Eglise face au problème de la faim. Elle pressait « tous les individus et toutes les communautés à s’engager plus sérieusement à soulager la faim dans le monde ». Cette résolution comportait cinq grandes directions de service.
La première était de « localiser les besoins de notre entourage en matière de nourriture, et de contribuer à établir des systèmes de stockage de nourriture, de banque de nourriture, des programmes communs sur les évaluations de styles de vie ».
Beaucoup d’églises locales ont organisé une réserve de secours en nourriture donnée ou insérée dans le budget – ceci dans un lieu inoccupé de l’église ou dans un hangar ou un hall loué à proximité de l’église. Les personnes manquant de nourriture peuvent simplement s’arrêter au centre de secours, déclarer leur besoin et être servi par des volontaires chrétiens faisant fonctionner le centre. Une église de Los Angeles a installé un magasin au cœur de la ville, où demeurent quantité de réfugiés malheureux – en situation légale ou illégale. Ils vendent de la nourriture et des vêtements à prix coûtant. J’ai remarqué une autre tendance à recommander. Certaines églises locales reconsidèrent leur style de vie pour économiser de l’argent sur les factures de denrées alimentaires, afin de vivre le partage avec les pauvres et les affamés du voisinage proche.
En second lieu, la résolution insiste bien sur ce point : chaque membre d’église s’engage à consacrer au moins une heure par semaine de volontariat en faveur des nécessiteux, et chaque église doit fournir les installations, la nourriture et l’argent pour pourvoir à leurs besoins.
Je connais une église ayant adopté un programme d’« Action Personnelle », dans le but de tenir disponibles les volontaires formés et utiles au sein d’organisations de service chrétiennes, établies par l’église ou d’autres dans la ville. Cette banque des talents propose des possibilités hebdomadaires à des membres, jeunes ou vieux, d’apporter leur contribution afin de soulager les besoins de la ville, grâce à leur temps et à leurs énergies. Un pasteur a demandé à ses fidèles de se porter volontaires pour consacrer un dixième de leur temps de travail à l’établissement du Royaume dans la ville. D’autres ont sollicité un temps « raisonnable » de service chaque semaine. On ne doit jamais exiger trop de temps ou trop d’argent d’une personne.
Le combat pour aider les malheureux et les opprimés de nos villes ne devrait pas conduire à la détérioration des engagements familiaux, spirituels ou professionnels.
Je connais une famille qui a réalisé quelle extraordinaire bénédiction elle recevait à donner anonymement à des personnes en difficulté de leur région. Les membres de la famille décidaient ensemble de projets, travaillaient, priaient et parfois luttaient pour les voir s’accomplir. Les pauvres, les affamés ou les nécessiteux, aidés directement par le comité de l’église ne connurent jamais la provenance de ces dons, et la famille expérimenta la véracité du verset : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ! ». Peut-être votre famille aimerait-elle essayer une action d’aide.
Troisièmement, la résolution nous contraint de prier « pour une prise de conscience réelle, et la sensibilisation de tous les citoyens aux problèmes de la faim et de la malnutrition » et d’œuvrer à une telle prise de conscience collective en propageant des documents éducatifs, relatifs à ces divers sujets.
La prière est encore au centre des questions de privation et de faim, et prier va de pair avec l’action. On peut difficilement oublier cet extrait du dessin animé de Charles Schulz, Snoopy, où le chien tragicomique, tremble de froid, étendu sur le toit de sa niche dans une terrible tempête. C’est l’heure du dîner, Linus et Lucy apprécient la chaleur du feu dans la cheminée. Lucy regarde par la fenêtre le chien frissonnant et affamé et crie : « Nous prions que tu sois au chaud et nourri, Snoopy ! » La prière sans les œuvres est trop souvent une attitude hypocrite, et les œuvres sans la prière, c’est futile et de courte durée. Mais en unissant nos prières et nos œuvres à soulager les affamés, il y aura un nouveau départ et un exemple d’amour chrétien sera donné à la ville, exemple qui précède le témoignage chrétien le plus efficace.
On ne dispose parfois d’aucun document à l’endroit des besoins du quart-monde d’une ville ou d’un quartier. En Californie, un pasteur de mes amis apprit que les besoins étaient grands parmi les locataires d’immeubles entourant son église. Il ignorait les statistiques et n’était pas sûr de pouvoir les obtenir. Il téléphona à la mairie pour demander une courbe démographique et découvrit que la ville pouvait fournir une étude démographique complète de son voisinage. A partir de ces données, on décelait les besoins des proches voisins de cette église. A sa grande surprise, il nota avec tristesse que 70% de ceux-ci étaient des réfugiés ayant fui la guérilla en Amérique du Sud. Parmi eux, bien souvent des travailleurs de talent qui n’avaient aucun espoir d’intégration à la vie sociale américaine. Nombreux étaient les étrangers en situation illégale, affamés, chômeurs, solitaires et peureux. La découverte de ses proches voisins inaugura un tout nouveau ministère dans cette église épiscopalienne. Le pasteur organisa une équipe de volontaires, pour entourer avec amour des gens en détresse. Un coordinateur volontaire de langue espagnole débuta alors les services religieux. Divers systèmes d’aide furent mis au point en faveur des personnes en détresse, ou pour les diriger vers des organisations spécialisées.
Quatrième point : la résolution donne ce conseil : « Conjuguer nos efforts avec ceux d’autres personnes et organisations ».
On peut naturellement recommander de nombreuses organisations de diverses dénominations ou extra-ecclésiastiques, telle l’Armée du Salut ou World Vision. L’une des meilleures petites organisations d’entr’aide au monde est la « Bourse du Samaritain », de Boone en Caroline du Nord. Comme déjà mentionné, l’Association d’Evangélisation de Billy Graham a sa propre Société de Secours, en cas de détresse.
Après avoir pris des renseignements sur ces organismes et leur champ d’action, choisissez un ou deux mouvements que vous désirez soutenir financièrement. Quand vous avez sélectionné l’organisme qui, selon vous, est digne de confiance et efficace, travaillez à épauler ce mouvement dans ses ministères locaux, nationaux et internationaux.
Il est cependant impossible à un mouvement ou à plusieurs de faire face aux besoins du monde entier. Les besoins sont là, nombreux, autour de nous. Commencez dans votre propre ville. Soulagez vos voisins simultanément à l’aide que vous apportez aux affamés et aux nécessiteux du globe. Rappelez-vous, l’amour commence toujours chez soi – et à partir de là, aux alentours.
Cinquième point : la résolution insiste sur ceci : les politiciens et tous les habitants militent pour une plus grande utilisation de nos matières premières pour satisfaire aux besoins de tous.
Nos fonctionnaires apprécient l’intérêt honnête et averti d’une personne quelconque. La Bible déclare que Christ nous a appelés à prendre soin de la veuve et de l’orphelin. Il nous a clairement donné l’ordre de nourrir les affamés et de vêtir les malheureux. Nos impôts servent à la réalisation de plans d’aide nationaux, départementaux et locaux. Notre intérêt à ces plans, permet qu’ils soient efficaces. Si nous veillons à leurs résultats, les responsables resteront honnêtes, et de confiance. Pourquoi seuls les incroyants devraient-ils veiller à l’utilisation de notre argent ? Pourquoi pas nous ?
Pendant les années 50, j’eus le privilège d’avoir pour ami Dwight D. Eisenhower – avant et après son élection à la présidence des Etats-Unis. J’espère avoir eu quelque influence sur lui, et il a sans nul doute eu un impact sur ma façon de penser. Je fus très frappé par une de ses déclarations à la Société Américaine des Rédacteurs de Journaux en avril 1953 : « Chaque arme construite, chaque bateau de guerre inauguré, chaque fusée lancée signifie, en fin de compte, un vol envers ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus. Ce monde en armes ne dépense pas que de l’argent. Il dépense la sueur de ses travailleurs, le génie de ses savants, les espoirs de ses enfants… Ce n’est pas une façon de vivre conséquente. Sous la perspective menaçante de la guerre, on voit une humanité pendue sur une croix de fer ».
Cette prise de position du chef du pouvoir exécutif nous décida en partie quelques collègues et moi-même, à visiter en 1956, les pays en voie de développement. Je n’avais vu que peu de gens mourir de faim auparavant, et n’avais jamais connu de près l’horreur d’une nation totalement pauvre ou presque ; tenaillée par la famine.
Des indigents portant des pagnes ou presque rien du tout, se promenaient partout. Parfois, les clochards semblaient omniprésents, habillés de crasse, et rendaient même les plus insensibles malades. A mon retour aux U.S.A., chacun paraissait être un M. Dives ou un Roi Midas opulent en comparaison. J’allai à la Maison Blanche tout de suite, et partageai mes pensées avec le Président Eisenhower. Il écouta attentivement et me demanda de voir son ministre de l’intérieur, John Foster Dulles. Dulles était un homme d’église, autrefois président du Conseil Fédéral des Eglises, avant sa nomination dans le gouvernement d’alors.
M. Dulles fut très cordial. Il m’invita à venir chez lui plutôt que dans son bureau ministériel. Nous nous sommes entretenus longtemps au sujet des gens affamés que j’avais vus. J’insistai à propos des besoins et je préconisai une action-choc. « Que fait-on du surplus de blé de notre pays ? » ai-je interrogé. «Pourquoi ne. pas l’utiliser à aider ceux du globe qui meurent de faim par le manque de blé, donc de pain ? ».
Ma position est encore plus ferme aujourd’hui quant aux responsabilités sociales des nations riches – partageant leurs surplus avec les pauvres – même si cela change notre façon de penser, en matière de moyen utilisé. On doit pouvoir transvaser le grain et les produits laitiers des entrepôts des nations riches aux cases vides et aux taudis de ceux qui meurent de faim ici-bas.
Il est temps que nos savants s’attardent sur ce problème pour le résoudre car il est illogique de constater la souffrance et la mort dues à la famine, côtoyant l’opulence des autres. Les épîtres de Jacques ou de Jean sont sans équivoque quant à nos responsabilités.
Mes voyages dans soixante pays environ m’ont appris que l’on se fait une fausse idée de l’Amérique. Des millions pensent que tous les Américains sont millionnaires. Pour eux, les Américains sont très, très riches ; ils ne réalisent pas que plusieurs pays ont un revenu par habitant bien plus haut que le nôtre.
Ils ne sont pas du tout conscients du fait que l’Amérique a connu pendant plusieurs années une période de vaches maigres, de problèmes financiers constants et d’un déficit fédéral incroyable et insensé. Les Américains de cette génération dépensent déjà l’argent de leurs arrière-petits-enfants. Le jour du jugement financier viendra sur les Etats-Unis avant la fin du siècle, à moins que le budget ne soit rééquilibré et que nous payions nos dettes.
Cela semble très improbable sur l’heure. Des articles de luxe, autrefois pour moi petit garçon, semblent être nécessaires pour beaucoup. Notre niveau de vie global est bien trop élevé. En tant que nation, nous vivons bien au-dessus de nos moyens. Cependant, on accuse l’Amérique d’être responsable souvent de nombreux problèmes économiques ailleurs. L’accusation devrait être partagée par d’autres régions du monde. Par exemple, les pays du Moyen-Orient pourraient faire bien plus, grâce à toutes leurs réserves.
A l’aube de ma vie et de mon ministère, il est vrai que j’ai consacré moins de temps à penser à notre responsabilité communautaire en tant que chrétiens. J’étais moins conscient du fait que des millions vivaient au bord de la famine et que la Bible est très claire concernant les devoirs du croyant à cet endroit. En parcourant le Tiers-Monde et la Bible sur ce thème, en particulier les nombreux versets du Nouveau Testament relatifs à notre responsabilité envers les pauvres et les affamés, ma conviction de notre rôle de chrétien s’est affermie.
J’ai le bonheur d’être citoyen des Etats-Unis, une nation bénie entre toutes. Mais je ne dois pas considérer ces bénédictions comme un acquis. Nous ne sommes que les intendants des bienfaits accordés par Dieu à l’Amérique. Tant que nous disposons de plus de choses que notre voisin, le Christ nous invite à les partager avec les nécessiteux ici-bas, en particulier avec la famille des enfants de Dieu. Si nous manquons à nos devoirs de disciples du Christ, nous serons jugés pour cet échec. Le cavalier montant le cheval noir, tenant à la main ses balances, chevauche pour nous avertir de ceci : impossible d’ignorer notre responsabilité face à ceux qui ont faim malgré tous les obstacles. Et ce sont des obstacles de taille.
Pourquoi y-a-t-il la faim dans le monde ? Pourquoi des millions d’hommes meurent-ils de faim et des effets de la malnutrition chaque année ? Résumons-nous. L’Académie Nationale du Génie Civil, l’Institut de médecine et le Comité National de recherches s’accordent à expliquer le phénomène de la faim dans le monde par quatre facteurs principaux sur lesquels j’ai longuement médité ces derniers temps.
D’abord, il y a un manque de nourriture appropriée au moment et dans le lieu où elle serait nécessaire. C’est le problème d’une production qui ne correspond guère aux besoins de la population et des maigres récoltes obtenues dans les régions où l’on meurt de faim. Le problème est accentué par la carence de moyens de transport adéquats pour faire parvenir la nourriture à ceux qui souffrent de la faim. L’état douteux des systèmes de distribution ne permet pas aux mains affamées de recevoir les secours qui leur sont envoyés. A cause des méthodes archaïques de stockage et de l’absence d’entrepôts modernes, la nourriture ne peut plus être consommée lorsqu’elle arrive à destination – si elle arrive à destination – dans les régions les plus touchées. Le besoin de chrétiens doués de savoir-faire technique et qui s’engagent activement à suivre le Christ en remédiant à ces carences matérielles est secondaire par rapport au besoin d’hommes qui annoncent l’Evangile. Mais Dieu aime les enfants de ce monde. Il nous appelle à répondre à leurs besoins physiques autant qu’à leurs besoins spirituels.
En second lieu, il y a la misère grinçante, avilissante, émaciante et abjecte. Selon la Banque Mondiale, environ 800 millions de personnes vivent dans « la misère totale ». Cela représente presque 40% de la population de l’ensemble des pays en voie de développement. Si l’on compare le produit national brut par habitant des nations nanties à celui des nations pauvres, on constate avec ahurissement le phénomène sans cesse croissant de la polarisation et de la répartition injuste des richesses. Nous qui sommes chrétiens devrions travailler avec beaucoup plus d’ardeur à corriger ces monstrueuses injustices. Nous devrions déployer beaucoup plus d’énergie pour plaider la cause des pauvres et de leur avenir dans un monde où chaque année le fossé grandit entre les riches qui s’enrichissent et les pauvres qui meurent de faim.
En troisième lieu, il y a le facteur de l’explosion démographique dans les pays du Tiers-Monde. Fait ironique, les progrès qu’a marqués la science dans la lutte contre les maladies contemporaines ont entraîné au vingtième siècle cette croissance si rapide de la population mondiale. Le Nouvel Atlas International Rand Mc Nally rapporte qu’en 1900 la population mondiale s’élevait à 1,6 milliards ; aujourd’hui elle atteint 4,5 milliards, et, au rythme où elle progresse actuellement, on estime que dès l’an 2000, la terre sera peuplée de quelque 6 milliards d’habitants. Ne minimisons pas les efforts des nations du Tiers-Monde pour ralentir la croissance démographique. Tandis que le taux de croissance naturelle est actuellement de 0,6% par an aux Etats-Unis, l’Inde a réussi à réduire son propre taux de croissance naturelle ces dix dernières années jusqu’à 2%.
Cependant, des questions morales et éthiques entrent ici en jeu. Par exemple, nos journaux ont parlé récemment d’un pays qui n’encourage pas les familles à avoir plus d’un enfant. Or, dans le pays en question, le garçon est adulé et désiré. C’est ainsi qu’une petite fille est parfois tuée dès sa naissance. Cette pratique a atteint dans ce pays les proportions d’une épidémie.
Si, dans un pays, l’explosion démographique est spectaculaire, la faim sévit alors avec plus de rigueur. La famille humaine se voit ajouter 90 millions de membres par an. Les neuf dixième de cette croissance concernent les pays les plus pauvres de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine. La Chine a atteint le milliard en 1982. Bien entendu, l’une des conséquences dramatiques de l’explosion démographique est ce que le Major Eva Den Hartog relate de retour de son périple dans le Tiers-Monde : « Cinquante millions d’enfants meurent de faim chaque année sur notre planète ». Naturellement, les estimations varient. Il n’y a même plus personne pour compter les corps des enfants qui meurent, trop nombreux.
Il n’est pas évident de savoir comment les chrétiens conscients du problème et perspicaces peuvent aider à maîtriser la croissance démographique mondiale. C’est une question extrêmement complexe. Essayons au maximum d’utiliser les ressources créatives que Dieu nous a confiées afin de réduire par notre ingéniosité ces problèmes démographiques qui mènent à la faim et à une mort prématurée.
Le quatrième facteur est celui de l’irrégularité de l’approvisionnement dans le monde entier – celui des excédents et des pénuries démentiels qui défient parfois l’imagination. Parmi les causes premières des approvisionnements irréguliers, il y a les animaux et les insectes nuisibles, des sources d’eau irrégulières. 600 millions de personnes vivent à l’écart dans des régions désertiques, et une seule sur dix dans le monde peut obtenir de l’eau sur le champ en tournant un robinet chez elle ou même dans son village. Ajoutez à ces problèmes un temps imprévisible, source de bien des dévastations dans l’hémisphère Sud, un sol pauvre, le commerce agricole, les guerres. De surcroît, des politiques gouvernementales défavorables exigent la culture des matières premières destinées à l’exportation au détriment d’aliments de base pour la population affamée.
Ce sont donc les principales raisons constatées par de nombreux observateurs pour expliquer la faim dans le monde. A mon avis, il y a une autre raison à ce phénomène de la faim qui en explique bien d’autres.
Cette cinquième cause, c’est l’égoïsme et la convoitise des hommes. Pourquoi ne prenons-nous pas plus d’initiatives, sans hésiter à faire des sacrifices pour établir des réseaux de distribution de nourriture adéquats ou pour combattre la misère noire de tant de nations ?
Pourquoi n’envisageons-nous pas des mesures nécessaires pour anéantir la corruption ou bouleverser les programmes politiques privilégiant régulièrement une minorité au détriment du plus grand nombre ? C’est à cause de l’avidité et de l’égoïsme – et voilà pourquoi la faim, la maladie et la pauvreté sont aussi des questions d’ordre moral et spirituel. Les réponses politiques et sociales seules ne suffisent donc pas. Nos cœurs ont besoin d’un changement avant d’être réellement affectés par la misère spirituelle et physique des autres. Si nous donnons nos vies au Christ et cherchons avant tout à voir notre monde avec les yeux de Dieu, et à cette condition uniquement, nous viendrons alors en aide sans réserve à ceux qui sont dans le besoin. C’est une joie pour moi de constater de plus en plus d’activité dans ce sens.
Pour les chrétiens, les missionnaires sont traditionnellement pasteurs, enseignants, traducteurs ou médicaux engagés dans un ministère de guérison. Notre devoir est de former, d’équiper notre élite, jeunes et vieux, pour les rendre capables de servir Christ dans le monde en utilisant aussi des moyens techniques, à savoir, la lutte contre les animaux et insectes nuisibles, l’implantation des industries d’équipement, l’amélioration de la productivité des fermes et du sol, la mise à contribution de l’agronomie et des recherches météorologiques. Mes félicitations aux centres missionnaires formant déjà la nouvelle génération de missionnaires, ingénieurs et techniciens, scientifiques et P.D.G., qui, à leur tour se joindront aux autres serviteurs du Christ, chez eux ou à l’étranger, afin d’y exercer leurs compétences dans le cadre de leur ministère et de leur témoignage, sans jamais perdre de vue leur priorité de prêcher et de vivre Christ.
Le centre d’information et de ressources de World Vision suggère que notre assistance à certaines populations à plusieurs niveaux essentiels doit s’accroître afin de faire reculer la faim et de réduire de façon spectaculaire le nombre des victimes inutiles de la famine. Mettons activement et gratuitement nos compétences au service des nations pour les aider à concevoir des procédés de stockage des réserves de grain, à les distribuer avec efficacité et diligence si une famine soudaine surgit en quelque endroit du globe. Dieu révéla cette technique à Joseph en Egypte. Conséquence : non seulement l’Egypte, mais aussi en fin de compte, Israël, échappèrent à la famine, et à la privation. Contribuons à la recherche, à la création et à la propagation de technologies appropriées capables de répondre aux défis agricoles partout ici-bas. Notre devoir impératif est d’aider les nations à rendre cultivables de nouvelles terres, en leur apprenant à fertiliser et à irriguer ce qui autrement resterait désertique.
Au moment où j’écris ces lignes, mon fils Franklin se trouve au Liban, pays meurtri par la guerre, et il construit des maisons pour les sans-abris. Malgré de longues années de consécration et d’intérêt, les missionnaires chrétiens ont eu peu d’impact sur les musulmans du monde entier. Le Liban ne fait pas exception à la règle. Or, Franklin et ses amis de la « Bourse du Samaritain » bâtissent des maisons pour les musulmans que les bombardements ont laissés sans abri, parce qu’ils se préoccupent de leurs besoins, mais aussi dans l’espoir que ces actes d’amour chrétien produiront un changement dans l’attitude des musulmans à l’égard des chrétiens.
Leurs efforts sont en train de devenir efficaces. Le spectacle de chrétiens se donnant pour les aider à reconstruire leur cité fournit aux musulmans un genre de témoignage chrétien différent de ce qu’ils avaient connu autrefois. Ils applaudissent Franklin et ses amis, à leur passage dans la rue. Ils approchent même pour les embrasser, les larmes aux yeux, et leur expriment leur reconnaissance de mille façons. A leur demande : « Pourquoi faites-vous cela ? », on leur répond : « Nous le faisons parce que nous vous aimons et parce que Dieu vous aime. Nous le faisons au nom de Jésus-Christ ».
Les chrétiens au travail de par le monde ont le droit d’être entendus. A l’appui de leur message, ils manifestent de la compassion. Cette idée n’est pas nouvelle, bien sûr. Depuis des générations, des missionnaires, tant laïcs que religieux, sont sur le champ de mission, où ils gagnent le droit d’être entendus en manifestant la réalité de leur message par des actes remplis de compassion. Ils affrontent courageusement l’arrivée du cavalier et de son cheval noir.
Nous ne devrions jamais, forts de notre technologie moderne, critiquer, ou mépriser les méthodes de ces missionnaires zélés qui ont payé le prix ces deux cents dernières années pour annoncer l’Evangile au monde. Mon beau-père, le Dr Nelson Bell, fut un des grands missionnaires en Chine. Il quitta une carrière brillante de joueur de baseball professionnel, étudia la médecine, et en 1916, alla en Chine aider à la construction d’un hôpital. Il allia l’exercice de la médecine à la proclamation de l’Evangile. Jésus dit à ses disciples : « Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé dur et vous êtes entrés dans leur travail ». Le formidable courant évangélique qui a gagné le monde actuel est le fruit d’hommes et de femmes de Dieu fidèles ; et au prix de leur sang, de leur sueur, de leurs larmes, de leur mort, ils ont édifié un fondement sur lequel nous bâtissons aujourd’hui.
L’ordre de mes priorités n’a pas changé depuis le jour où je suis devenu pasteur. Le salut des âmes perdues était, est et sera toujours mon souci numéro 1. Comme je l’ai déjà dit, Jésus n’a pas guéri et nourri tout le monde. Sa mission première était le salut de nos âmes. Quand on lui amena le paralytique, sa première parole fut : « Tes péchés sont pardonnés ». Jésus savait que cet homme avait tout d’abord besoin de comprendre le pardon de Dieu, toutefois, il a ensuite agi en satisfaisant aussi les besoins physiques de cet homme.
C’est le devoir des chrétiens d’aller et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour fournir nourriture, médicaments, logements et vêtements aux pauvres du monde. Jésus avait compassion sur son chemin de tous ceux qui étaient dans le besoin. Ayons également la même attitude. Dieu a donné à chacun des dons, des talents et des capacités divers. Nous sommes les parties différentes d’un même corps. Le charpentier – Jésus était charpentier avant de commencer son ministère public –, l’ingénieur, l’architecte, le travailleur bénévole du week-end, le pasteur et l’évangéliste devraient se serrer les coudes pour retarder la venue du cheval noir.
Cela veut-il dire que nous sommes tous appelés à abandonner nos possessions ou que la richesse est quelque chose de mal ou d’immoral en soi ? Pas forcément – même si Dieu demande à certains de donner beaucoup et de faire de grands sacrifices, il nous confiera peut-être des richesses pour en disposer sagement. On peut utiliser sa fortune de façon égoïste, voire coupable ou l’utiliser pour la gloire de Dieu. Par exemple, l’homme d’affaires chrétien qui emploie les ressources accordées par Dieu pour. fonder une entreprise et proposer du travail aux pauvres, apporte sans nul doute une contribution appréciable. Nous avons tous reçu des talents et des occasions diverses. Une question se pose : les utilisons-nous pour la gloire de Dieu et pour l’amélioration physique et spirituelle de notre prochain ?
Ecoutez ! Entendez dans le lointain le martèlement des sabots. La faim et la maladie se propagent de plus en plus. Jour après jour, le cheval noir et son cavalier se rapprochent. Notre Seigneur et Sauveur nous invite à proclamer l’Evangile et à servir nos semblables en subvenant à leurs besoins psychologiques, physiques, moraux et spirituels. Il vous faudra du « punch » spirituel pour prendre place sur la ligne de défense de la mêlée. Avant de consacrer nos vies dans un élan d’offrande volontaire à la cause des affamés et des malades ici-bas, courons jusqu’à la croix pour y recevoir le pardon et les forces nécessaires.
C’est un combat spirituel. Des enfants meurent parce que le mal règne dans les cœurs et gouverne les portefeuilles des hommes. Pour nourrir et soigner le Monde, il faudrait une révolution spirituelle. Quand hommes et femmes se tourneront vers Dieu en Christ, il les libérera de l’espoir trompeur que, seules, les armes peuvent nous protéger de l’ennemi. Ils pourront alors tendre la main dans un geste d’amour et de partage, car tout ce que nous possédons est don de Dieu. Rappelez-vous, nous ne sommes que les intendants des ressources du monde. Elles ne nous appartiennent pas, elles appartiennent à Dieu. Et à moins de lui confier nos problèmes, nous nous cramponnons à nos biens et les gardons jalousement. Quand Jésus devient notre sécurité, nous pouvons donner généreusement une partie de ce que Dieu nous a confié. Peut-être alors, les sabots du cheval noir ne résonneront-ils plus aussi fort.