Un monde en flammes

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L’INSUFFISANCE DE LA RELIGION MODERNE

William James a dit que la religion était soit une triste habitude soit une fièvre virulente. John Dewey a fait cette observation : « Nulle part dans le monde la religion n’a été à aucun moment aussi respectée qu’elle l’est aujourd’hui… elle n’a non plus jamais été aussi peu en rapport avec la vie. » Ces déclarations nous rappellent que le mot religion peut avoir bien des significations. Il peut définir les orgies frénétiques d’une tribu de la jungle et il peut aussi définir l’adoration méditative et intelligente du Seigneur Dieu. Le mot « religion » n’apparaît que quelques fois dans la Bible. (Actes 25.19 ; 26.5 ; Jacques 1.26-27.)

Quand les hommes parlent de religion, ils ne parlent pas toujours de la même chose, car toutes les définitions de la religion sont conditionnées par deux pôles magnétiques, le pôle naturaliste et le pôle théiste. Le pôle naturaliste est ce à quoi l’apôtre Paul fait allusion quand il dit que les hommes « ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles ». (Romains 1.23.) Le pôle théiste est manifesté dans les enseignements de la Bible révélant l’origine, la chute et le relèvement de l’homme par la rédemption.

Quand Caïn s’est approché du premier autel avec son offrande « des fruits de la terre », c’était sa manière à lui d’essayer de retrouver le paradis sans accepter le plan de rédemption de Dieu. Caïn, dans son égoïsme et son arrogance, décida de venir à Dieu par sa propre voie. Il n’accepta pas le plan de Dieu. Les temps n’ont pas changé. Des millions d’hommes désirent le salut, mais ils le veulent selon leur idée. Ils veulent y venir à leur manière et c’est pourquoi on trouve des centaines de plans préparés par les hommes pour retrouver le paradis. Ils ont donné naissance à des sectes, chacune d’entre elles proclamant son propre plan de salut.

Le péché de Lucifer a été l’orgueil. Le péché d’Adam a été l’orgueil. Le péché de l’homme moderne est l’orgueil. Il ne veut pas admettre sa faiblesse et son incapacité en face des situations insolubles de la vie. Il pense que d’une manière quelconque, d’une façon ou d’une autre, il peut faire son propre salut. Caïn apporta les fruits de ses cultures, ce qui équivalait à un salut par les œuvres, alors qu’Abel obéissant à Dieu offrit humblement un sacrifice de sang, reconnaissant ainsi que le péché méritait la mort et ne pouvait être couvert devant Dieu que par la mort substitutive d’un innocent. C’est ce plan-là que Caïn rejeta délibérément.

La religion naturelle contre le plan de Dieu

Ainsi, dès le commencement du monde, la religion naturelle apparut, cherchant à contourner le plan de Dieu. La religion naturelle, cependant, n’est pas toujours l’invention grossière d’un homme primitif. Aujourd’hui, bien des intellectuels consacrent tous leurs efforts à essayer d’échapper au plan de Dieu. Certains d’entre eux sont professeurs de théologie dans des universités et d’autres sont même des conducteurs spirituels de communautés religieuses. L’apôtre Paul dit, en parlant de la corruption du plan général de révélation divine en une religion naturaliste : « Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs pensées et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous… ils ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. » (Romains 1.20-25.) Voici l’image que donne la Bible de la distorsion faite par l’homme de la révélation de Dieu, avec toute sa grossièreté primitive, sa sensualité, son fétichisme, sa superstition et sa magie. Cette perversion a passé par bien des raffinements et des modifications ; elle se présente aujourd’hui sous des formes respectables et intellectuelles, mais dans les civilisations primitives, elle existe encore sous les mêmes formes dégradantes.

La religion naturelle s’oppose à la révélation divine qui accepte la Bible comme source d’autorité en matière de péché et de justification par la foi dans la mort expiatoire de Christ. La religion naturelle rejette presque entièrement le Symbole des Apôtres.

Tout ceci ne veut pas dire que la religion naturelle ne contienne pas des éléments de vérité ou n’’incarne pas des valeurs morales et des standards d’éthique élevés. Certains de ses adeptes emploient à l’occasion des termes qui rappellent le langage biblique. Même si la moralité encouragée par la religion naturelle rencontre l’approbation des hommes, elle n’est pas acceptable par Dieu ni ne remplit toutes les exigences morales divines. En effet, quelques-unes des immoralités les plus grossières de l’histoire ont reçu la sanction de la religion naturelle, comme nous le rappelle l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains.

La Bible nous enseigne que Satan peut se transformer en « ange de lumière », s’adaptant à chaque culture et à chaque situation, trompant même à l’occasion de vrais croyants. Les faux-monnayeurs tentent toujours de rendre leurs contrefaçons aussi ressemblantes que possible. C’est ainsi que Satan opère aujourd’hui. Des milliers de personnes ont été entraînées dans l’Eglise sans avoir vécu une expérience vitale avec Jésus-Christ. On a substitué les bonnes œuvres, les efforts communautaires, les réformes sociales ou les rites religieux au salut personnel. Bien des gens possèdent juste assez de religion naturelle pour les immuniser contre la vraie religion. Chaque fois que je vais en Extrême-Orient, je me fais faire un vaccin contre le choléra, et en général ces piqûres me rendent malade. En fait, j’attrape faiblement le choléra, ce qui m’immunise contre cette maladie terrible au cas où j’entrerais en contact avec elle durant mes voyages. La plupart des vaccins agissent de même, et c’est aussi ce qui se passe dans le domaine religieux. Un grand nombre de personnes ont juste assez de religion pour les immuniser contre une expérience authentique et personnelle avec Jésus-Christ. C’est là que se trouve le grave danger qui menace des milliers de prétendus chrétiens.

Les faux prophètes

Il est indubitable que la religion naturaliste a envahi l’Eglise aujourd’hui. Beaucoup de nos idées sur l’Eglise sont profanes, et même la tâche de l’Eglise perd souvent sa base biblique pour une base profane.

Un mouvement important, spécialement dans le protestantisme, tend à refondre le message chrétien pour le rendre acceptable à l’homme moderne. On prétend que les intellectuels rejettent le christianisme parce qu’ils « ne peuvent accepter certaines croyances traditionnelles qui étaient en fait l’enveloppe dans laquelle le message était envoyé plutôt que le message lui-même. »1 Les théologiens modernes, cependant, n’arrivent pas à s’entendre sur la partie du Nouveau Testament qu’il faut garder et sur celle qu’il faut rejeter. Plusieurs d’entre eux semblent s’accorder pour croire que les miracles étaient des mythes. Ils considèrent la résurrection comme une expérience subjective des disciples plutôt que comme un événement historique objectif. Ils appellent Dieu le « fondement de l’être » et ils nient absolument que Jésus-Christ ait été surnaturel. Ils disent qu’il était un homme si bon et si généreux que l’amour de Dieu resplendissait au travers de son humanité, plutôt que d’accepter les affirmations bibliques de l’Incarnation. Karl Barth, l’éminent théologien, déclare dans une mordante dénonciation de ces demi-théologiens : « Ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain. En cherchant à rendre le christianisme plausible pour les sceptiques, ils n’ont réussi qu’à lui enlever toute signification. »

1 John A. T. Robinson. Honest to God (Philadelphia : Westminster Press, 1963).

Tout au long de la Bible nous trouvons des avertissements contre les faux prophètes et les faux docteurs. Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus a dit : « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » (Matthieu 7.15-16.) Il est quelquefois très difficile, même pour un chrétien, de discerner un faux prophète. Il y a beaucoup de ressemblance entre un vrai et un faux prophète. Jésus a dit des faux prophètes qu’ils « feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus. » (Matthieu 24.24.) L’apôtre Paul parle de la venue de l’Antichrist, dont l’activité, dans les derniers jours, sera marquée par « toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers ». (2 Thessaloniciens 2.9.) Le plus grand déguisement de Satan a toujours été d’apparaître devant les hommes comme un « ange de lumière ». (2 Corinthiens 11.14.)

La tromperie

Le principe fondamental de la tactique de Satan est la tromperie. Il pratique le camouflage avec intelligence et astuce. Afin d’être efficaces, les mensonges de Satan doivent être complotés d’une manière si rusée que le but réel qu’il cherche à atteindre soit caché sous des artifices. C’est pourquoi Satan travaille d’une manière subtile et secrète. Aucun chrétien, aussi spirituel soit-il, ne peut échapper à ses assauts séducteurs. Sa tromperie commença dans le Jardin d’Eden. « La femme répondit : Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. » (Genèse 3.13) Dès ce moment, et jusqu’à maintenant, Satan a séduit et enjôlé. « Les hommes méchants et imposteurs » dit Paul à Timothée en l’avertissant, « avanceront toujours plus dans le mal égarant les autres et égarés eux-mêmes. » (2 Timothée 3.13.) L’apôtre Paul avertit aussi l’Eglise d’Ephèse en ces termes : « Que personne ne vous séduise par de vains discours. » (Ephésiens 5.6.) Il ajoute encore : « Afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction. » (Ephésiens 4.14.) Oui, il y aura toujours plus de faux docteurs et de faux prédicateurs vers la fin des temps. L’apôtre Paul a dit : « Il y a eu parmi le peuple de faux prophètes, et il y aura de même parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine. Plusieurs les suivront dans leurs dissolutions, et la voie de la vérité sera calomniée à cause d’eux. Par cupidité, ils trafiqueront de vous au moyen de paroles trompeuses, eux que menace depuis longtemps la condamnation, et dont la ruine ne sommeille point. » (2 Pierre 2.1-3.)

Satan n’édifie pas d’Eglise à laquelle il donnerait le nom de « Première Eglise de Satan ». Non, il est beaucoup trop intelligent pour cela. Il s’introduit dans les écoles du dimanche, dans les classes d’études bibliques et même dans les chaires. Il pénètre dans l’Eglise sous le couvert d’un vocabulaire orthodoxe, enlevant aux termes sacrés leur sens biblique. L’apôtre Paul a annoncé que beaucoup d’hommes suivraient des faux docteurs, ne sachant pas qu’en acceptant et en se nourrissant de leurs apostasies, ils imprégneraient leurs vies du poison de Satan. Des milliers de chrétiens qui n’ont pas été instruits sont en train de se faire séduire aujourd’hui. Les faux docteurs usent de mots retentissants ayant l’apparence de la culture et de la connaissance. Ils sont intellectuellement intelligents et rusés dans leurs sophismes. Ils sont habiles à séduire des hommes et des femmes sans éducation et sans réflexion. L’apôtre Paul dit d’eux : « L’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, quelques-uns abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons, par l’hypocrisie de faux docteurs. » (1 Timothée 4.1-2.) Ces faux docteurs se sont éloignés de la foi que Dieu a révélée dans les Ecritures. La Bible dit clairement qu’ils se sont détournés parce qu’ils ont écouté les mensonges de Satan et qu’ils ont délibérément choisi d’accepter les doctrines des démons plutôt que la vérité de Dieu. Ils sont ainsi devenus eux-mêmes les porte-parole de Satan, prêchant des mensonges.

La vraie religion et les fausses religions

L’Eglise, en se tournant vers une religion naturelle, proclame de plus en plus un évangile humaniste ; des milliers de laïques et d’ecclésiastiques se posent des questions pertinentes quant au but et à la mission de l’Eglise. Beaucoup de membres d’Eglise loyaux, particulièrement en Amérique, commencent à se réunir en groupes de prière et d’études bibliques. Des multitudes de chrétiens, appartenant à des communautés diverses, en arrivent bientôt au point de rejeter cette institution que nous appelons l’Eglise. Ils se tournent vers des méthodes d’adoration plus simples ; ils désirent une expérience personnelle et vitale avec Jésus-Christ. Ils veulent une foi personnelle qui touche leur cœur.

Si l’Eglise ne retrouve pas rapidement son message fondé sur l’autorité de la Bible, nous verrons des millions de chrétiens aller chercher leur nourriture spirituelle en dehors de l’Eglise instituée.

Pour entrer en compétition avec Dieu pour dominer la terre, Satan, que Christ appelle « le prince de ce monde », a été obligé de se mêler « d’affaires religieuses ». Bien qu’il ait été chassé du Jardin, l’homme porte encore en son cœur la notion de Dieu. La stratégie de Satan consiste donc à dévier cette fin innée loin du Dieu-Seigneur. C’est ainsi que l’on vit apparaître ce que nous appelons la fausse religion ou religion contrefaite ou naturelle — dont l’histoire est longue et tragique. La Bible établit clairement la différence entre la vraie foi et la simple religiosité. Rien n’est plus faux que le vieux cliché qui dit que n’importe quelle religion est bonne pourvu qu’on soit sincère en la pratiquant. Dans aucun autre domaine de la vie on ne trouve davantage d’erreurs, de tromperies et de charlatanisme que dans la religion.

Les deux sacrifices qui furent offerts après le Jardin d’Eden par Caïn et Abel illustrent la différence qu’il y a entre la vraie et la fausse religion. Abel apporta les premiers-nés de son troupeau en offrande à l’Eternel. Il fit ce sacrifice dans l’amour, l’adoration, l’humilité et le respect. Et la Bible dit que l’Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son sacrifice. Caïn son frère ainé apporta un sacrifice sans effusion de sang sur l’autel et la Bible dit que l’Eternel « ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande ». Comment l’Eternel peut-Il être si capricieux ? Caïn ne cherchait-il pas, après tout, à plaire à Dieu et n’était-il pas parfaitement sincère ?

Cette histoire est rapportée dans la Bible pour nous enseigner qu’il y a une bonne et une mauvaise manière d’entrer en contact avec Dieu.

Caïn se fâcha et tua son frère quand il vit que l’Eternel n’approuvait ni ne bénissait son sacrifice. Abel aimait vraiment Dieu et L’adorait, alors que le respect de Caïn pour Dieu était probablement une religiosité dépourvue de sincérité, aussi creuse et vide que la vie qu’il mena après. Quittant sa famille, il parcourut la terre, le cœur amer et criant à l’Eternel : « Mon châtiment est trop grand pour être supporté. » (Genèse 4.13.)

Nous voyons ici l’apparition d’un courant de religiosité, sortant du fleuve de la vraie adoration pour le Seigneur-Dieu. Au cours de l’histoire nous verrons ce courant devenir une rivière toujours plus large. L’être humain est éternellement déchiré entre la vérité et l’erreur, l’adoration des idoles et l’adoration de Dieu, l’attrait de la religiosité ou l’acceptation de l’enseignement simple que donne la Bible sur le chemin du salut.

Même quand Moïse était sur le mont Sinaï en train de recevoir les tables de la loi « écrites du doigt de Dieu » (Exode 31.18), la religiosité humaine se manifestait dans le camp d’Israël. Le peuple dit à Aaron : « Allons ! fais-nous un dieu qui marche devant nous. » Aaron leur accorda ce qu’ils demandaient et dit : « Otez les anneaux d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les moi… » « Il les reçut de leurs mains, jeta l’or dans un moule, et fit un veau en fonte. Et ils dirent : Israël ! voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte. » (Exode 32.14.)

Les siècles ont passé et d’autres éléments idolâtres se sont répandus dans le fleuve de la religion — Baal, le dieu des tribus de Canaan ; Kemosch, le dieu des Moabites ; Dagon, le dieu des Philistins ; et Moloc, le dieu des Amorites. Si tous les dieux de l’histoire étaient énumérés, il faudrait un volume d’une dimension respectable pour contenir cette liste.

Une contrefaçon, par définition, copie une chose qui existe. Personne n’a jamais contrefait un billet de vingt-cinq francs. Toute fausse coupure prouve la réalité de la coupure qu’elle copie. Ainsi, parmi tous les plans et toutes les tentatives que les hommes ont faits pour satisfaire leur aspiration religieuse, la vraie religion existe et est à la portée de tous ceux qui veulent venir à Dieu selon ses conditions.

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