L’archéologie confirme la Bible

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Dans le Nouveau Testament

A Tübingen, F.C. Baur, influencé par la philosophie dialectique de Hegel, voyait l’histoire du christianisme primitif suivant le schéma thèse – antithèse – synthèse. Paul, représentant le pagano-christianisme, constituait la thèse, Pierre, avocat du judéo-christianisme réagissait contre Paul (antithèse), De ce conflit s’est dégagée la synthèse de l’Eglise du second siècle (livre des Actes). Baur pensait pouvoir dater les documents du NT d’après leur place dans ce schéma. Seules quatre épîtres de Paul (Galates, Romains, 1-2 Corinthiens) furent jugées authentiques. L’évangile de Jean devait dater comme les Actes de la seconde moitié du 2e siècle.

Le conflit entre les deux fractions du christianisme primitif est devenu une sorte de dogme des spécialistes du NT. L’Ecole de Tübingen fut suivie par celle de « l’histoire des religions » qui soulignait les parallèles entre les dogmes chrétiens et les mystères païens. Jésus fut réinterprété à la lumière de l’apocalyptique Juive, alors que Paul l’aurait vu à travers les mystères hellénistiques. Avec les présuppositions de cette Ecole, Bultmann se servait de la méthode de la « critique des formes » pour analyser tous les documents du NT. Pour lui, les évangiles étaient des créations tardives de l’Eglise. Le « Jésus historique » est inconnaissable pour nous, caché derrière le « Christ de la foi » qui se reflète dans les évangiles. L’« histoire rédactionnelle » tente d’analyser l’apport des différents auteurs suivant leurs vues théologiques.

Toutes ces théories — qui influencent encore bien des enseignements actuels — sont nées avant l’ère archéologique. Ceux qui continuent à les défendre ignorent souverainement les résultats des fouilles. Comme dit Albright, elles étaient « construites in der Luft (dans l’air) et sont aujourd’hui dépassées (antiquated) ».

Ce sont ces théories que William M. Ramsay avaient apprises durant ses études et c’est avec ces idées qu’il est parti vers le monde méditerranéen pour sa carrière d’archéologue. « Entre 1880 et 1890, dit-il, le livre des Actes était considéré comme la partie la plus faible du Nouveau Testament. Aucun savant ayant le souci de sa réputation n’aurait risqué de dire un mot pour sa défense ».

Wikipédia dit de lui : « Athée convaincu, il est parti en Anatolie avec la ferme intention de prouver l’inanité des récits de Luc. Après avoir trouvé tant de témoignages de l’exactitude du récit de Luc, Sir Ramsay se vit forcé d’admettre que Luc était un historien de premier ordre ».

Sir Ramsay lui-même dit : « Je puis déclarer en toute sincérité avoir conduit mes investigations sans préjugés en faveur des conclusions que j’essaierai de justifier devant mes lecteurs. Au contraire, j’ai entrepris mon étude dans un état d’esprit peu favorable à celles-ci, car l’ingéniosité et le traitement apparemment exhaustif de la théorie de Tübingen m’avaient franchement convaincu. A cette époque, ce n’était pas ma préoccupation d’examiner le sujet sérieusement, mais depuis que j’ai dû reconnaître l’autorité du livre des Actes sur le plan de la topographie, des données anciennes et de la société de l’Asie Mineure, petit à petit, j’ai eu le sentiment que jusque dans ses détails, le récit exposait la vérité. En fait, abordant l’ouvrage avec l’idée bien arrêtée qu’il datait essentiellement du deuxième siècle et ne reposait pas sur des données dignes de foi au sujet des conditions qui prévalaient au premier siècle, je suis arrivé à le considérer comme un moyen utile pour éclaircir des questions obscures et difficiles ».1

1 St Paul the Traveller and Roman Citizen London 1897 p. 75.

C’est un petit détail géographique qui a amené William Ramsay à remettre en cause les idées qu’on lui avait inculquées. Luc dit dans Actes 14.6 que « Paul et Barnabas, poursuivis par une foule hostile à Iconium, se sont enfuis à Lystre et Derbe, des villes de la Lycaonie. Ayant franchi une pierre-frontière, ils ont su qu’ils étaient en sécurité ». Cette déclaration implique qu’Iconium ne faisait pas partie de la Lycaonie. Cela était vrai au 1er siècle, bien qu’elle soit située dans la plaine lycaonienne. Plus tard, elle devint une ville de l’Etat. Ainsi l’indication géographique de Luc était correcte, mais un auteur du 2e siècle n’aurait pas pu connaître ce détail.

Ramsay a contrôlé les différents titres donnés par Luc aux magistrats et gouvernants : un tétraque, Hérode, en Galilée, un autre, Lysanias, en Abilène ; un autre Hérode est roi par la faveur spéciale de Caligula. Luc mentionne un proconsul à Chypre, des préteurs à Philippes, des politarques à Thessalonique, Gallion le proconsul à Corinthe, un secrétaire municipal et des Asiarques à Ephèse, Publius, « premier personnage » de Malte. Tous ces titres ont été confirmés par des citations d’historiens, des monnaies ou des inscriptions. Par exemple, à Salonique, une inscription au-dessus de la porte Vardar mentionne les noms de sept politarques. Des monnaies montrent qu’Ephèse était appelée neokoros, gardienne du temple (de Diane).

Ailleurs, il constate : « Luc est un historien de premier ordre ; sa description des faits n’est pas seulement digne de confiance ; il possède un sens historique sûr ; il s’attache à l’idée et au plan qui gouvernent l’évolution de l’histoire et déterminent la place à donner à chaque incident en fonction de son importance. Il saisit les événements principaux et décisifs et expose en détail leur véritable nature, alors qu’il aborde à peine ou omet complètement la plupart de ceux qui sont sans valeur pour son propos. Bref : cet auteur doit être comparé aux plus grands historiens ».2

2 The Bearing of Recent Discovery on the Trustworthiness of the New Testament London 1915 p. 222.

Cependant, les livres de Ramsay rencontrèrent une hostilité quasi générale de la part des théologiens critiques qui n’admettaient pas qu’un outsider conteste les méthodes et les résultats des savants professionnels du NT. Les théologiens qui furent convaincus par les travaux de Ramsay subirent l’ostracisme de leurs collègues libéraux (Zahn est un « conservateur », Harnack « a des opinions excentriques », Eduard Meyer « a abordé les Actes avec les présuppositions d’un historien de l’antiquité »). « Nous avons aujourd’hui une situation ironique, dit Yamauchi, dans laquelle des spécialistes du Nouveau Testament guidés par les axiomes de la critique littéraire rejettent l’historicité du Nouveau Testament alors que des historiens professionnels de l’antiquité, qui examinent les documents avec l’arrière-plan des textes classiques et le matériel archéologique, trouvent que le Nouveau Testament est historiquement correct » (The Stones and the Scriptures p. 97).3

3 Yamauchi cite plusieurs déclarations de spécialistes de l’histoire antique qui défendent la fiabilité des écrits de Luc – entre autres, A.N. Sherwin-White, historien de Rome, qui dit : « Concernant les Actes, la confirmation de son historicité est écrasante (overwhelming)… tout essai de rejeter son historicité foncière, même dans des questions de détail, doit être considéré à présent comme absurde. Les historiens romains en sont persuadés depuis longtemps » (Roman Law in the New Testament p. 189).

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