Commençons l’étude de l’évangile par un récit. Les évangiles sont constitués essentiellement de textes narratifs. Ces textes sont faciles à comprendre : même des enfants sont capables d’en dégager les leçons essentielles.
Les principes d’étude d’un récit des évangiles sont valables pour tous les textes narratifs de la Bible.
Nous commençons par lire attentivement le texte, puis par le relire dans son contexte : chapitre précédent et chapitre suivant. Nous lisons aussi les récits parallèles dans les évangiles synoptiques (Mat., Marc, Luc ou dans les livres des Rois et des Chroniques, s’il s’agit d’un texte tiré de l’un de ces livres).
Relevons les détails qui nous aident à mieux comprendre ce qui s’est passé. Posons-nous les questions usuelles :
Quand ? À quelle époque de l’histoire du peuple de Dieu, de la vie de Jésus ou de l’Eglise primitive se situe ce récit ? Quels événements antérieurs expliquent certains détails ? À quel moment de l’année, quelle heure de la journée ?
Où ? Localiser l’endroit sur une carte d’Israël ou du Moyen-Orient. Que savons-nous de ce lieu ? Que s’y est-il passé avant ? Que nous apprennent d’autres récits sur cet endroit ? (une concordance nous permettra de trouver tous les passages où il en est question). Y fait-il chaud ou frais ? Y a-t-il de l’eau ? Est-ce près où loin des habitations ? À quelle distance d’autres lieux cités avant ou après ? Parfois ces détails géographiques éclairent certains aspects du récit.
Qui ? Quels sont les personnages ? Que savons-nous de leur passé (lire au début du même livre) ?
Quoi ? L’action : Préparation lointaine — préparation immédiate. L’intervention de gens de l’extérieur. Que font les différents personnages ? Que disent-ils ? Comment les divers moments s’enchaînent-ils ? Quel était le cours probable des événements sans l’intervention de Dieu ? Aurions-nous agi comme ces personnages ? Quelles sont les conséquences de leur action ? Qui avait le rôle déterminant ? Pourquoi agissent-il ainsi ?
Pourquoi ? Qu’est-ce que Dieu veut nous apprendre par ce récit ? Quelle signification cet événement a-t-il pour les personnes du récit ? Pour l’Eglise primitive ? pour nous ? Que nous apprend-il sur Dieu, sur Jésus, sur les hommes, sur le diable ? Quelle leçon centrale puis-je en tirer dans ma vie de tous les jours ?
Appliquons ces principes à l’un des premiers récits des évangiles : la visite des mages (Mat. 2.1-12).
Quand ? Au début de la nouvelle alliance.
« Au temps du roi Hérode ».
Evénements antérieurs ? la naissance de Jésus (Mat. 1). Sans doute l’espérance messianique juive a-t-elle été diffusée depuis longtemps à travers « l’Orient ».
Aucune précision ne nous est donnée sur le temps qui sépare la naissance de Jésus de la visite des mages, mais à la fin du récit, Hérode fera massacrer « tous les enfants de deux ans et en-dessous… selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages ». Donc probablement leur voyage a duré plusieurs mois.
Où ? Lieu de l’action : Jérusalem et Bethléhem (voir sur la carte la distance qui les sépare).
Que savons-nous de Jérusalem ? (Lieu du palais d’Hérode, du temple reconstruit, résidence des principaux sacrificateurs).
De Bethléhem ? (v. 6, parallèles indiqués : Ruth 1.1).
« Venus de l’Orient ». L’Orient était pour les Juifs comme pour nous la direction du soleil levant (puisqu’ils se plaçaient face au soleil levant pour s’« orienter »). L’Orient comprenait donc la Perse, l’Arabie et la Mésopotamie. Les mages sont venus de l’un de ces pays.
Qui ? 3 groupes de personnages : les mages, Hérode, les principaux sacrificateurs et les scribes.
Les mages : des savants qui avaient étudié l’astronomie (ou l’astrologie), les textes sacrés de leur peuples et des peuples environnants. Ils connaissent probablement la prophétie de Balaam (parallèle indiqué : Nomb. 24.17) et peut être celle de Daniel (9.24).1
1 Dans les commentaires nous pourrons trouver des détails supplémentaires : selon le témoignage de Tacite et de Suétone une tradition était répandue dans tout l’Orient : un homme devait sortir de Judée pour dominer le monde. Une étoile devait annoncer sa naissance. Dans le « Testament des douze Patriarches », document juif du 1er siècle, il est écrit : « Un astre particulier s’élèvera pour lui dans le ciel, comme d’un roi. »
Les mages scrutent le ciel et voient un étoile plus brillante que les autres (selon Képler, célèbre astronome du XVIIe siècle, la conjonction de Jupiter, Saturne, Mars et d’une étoile fixe devait s’être produite à l’époque de la naissance du Christ. Donnant l’impression d’une étoile unique d’un brillant extraordinaire, le même phénomène se reproduisit tous les huit siècles et a été observé par Képler en 1604).
C’étaient des gens riches (ils peuvent s’absenter longtemps de chez eux, entreprendre un voyage coûteux, ils apportent de l’or, de l’encens et de la myrrhe).
Hérode : nous apprenons à connaître sa cruauté par la fin du récit (v. 16).2
2 Les écrits d’un Juif contemporain nous en brossent un sombre tableau : fils d’un traitre, il usurpe le trône, épouse une nièce du roi évincé pour légitimer sa royauté mais tue sa femme. Il fait assassiner ses deux beaux-frères, sa belle-mère et des enfants d’un lointain parent des anciens rois. Il fait même étrangler ses propres enfants craignant qu’ils ne voulussent un jour venger leur mère. Méfiant et peureux, il sursautait au moindre bruit. Sa folie de persécution redoublait sa cruauté. Nous comprenons mieux pourquoi « il fut troublé ».
Les principaux sacrificateurs et les scribes : voir les parallèles indiqués : Mal. 2.7 ; Mat. 23.2 ; Esdras 7.6 pour être renseigné sur leurs fonctions.
C’est l’élite intellectuelle et religieuse d’Israël.
Quoi ? L’action.
Préparation lointaine : les prophéties de l’Ancien Testament, le séjour des Israélites dans l’« Orient ».
Préparation immédiate : lire Mat. 1 et le récit parallèle dans Luc.
Ce que font les mages : comment réagissent-ils à la vue de l’étoile ? Pourquoi se sont-il mis en chemin (v. 2) ? Qu’ont-ils dû faire en route ? Que feront-ils à Bethléhem ? Que fait Hérode ? Pourquoi assemble-t-il les sacrificateurs et les scribes ? Pourquoi appelle-t-il les mages « en secret » ? Pourquoi s’enquiert-il « depuis combien de temps l’étoile brillait » ? Pourquoi ajoute-t-il « afin que j’aille aussi moi-même l’adorer » ? Pourquoi agira-t-il comme il nous est dit au v. 16 ?
Que font les sacrificateurs et les scribes ? Connaissent-ils leur Bible ? Auraient-ils pu savoir ce que leur ont appris les mages (Dan. 9.24) ? Pourquoi sont-ils troublés comme Hérode (v. 3) ? Attendaient-ils le Messie ? Que n’ont-ils pas fait ? (Bethléhem est à 8 km de Jérusalem). Qu’auraient-ils pu y apprendre ? N’auraient-ils pas pu avoir connaissance des faits rapportés dans Luc 1.57-80 ; 2.21-38 ? Pourquoi ont-ils indiqué le lieu de naissance du Messie à leur ennemi juré Hérode l’Iduméen ? Qu’est-ce qui leur importe plus que la naissance du Messie ? De quoi ont-ils peur ?
Quel eût été le cours normal des événements sans l’intervention de Dieu ? Que pouvons-nous apprendre des différents personnages de ce récit ? Comme les mages, utilisons-nous nos connaissances, même fragmentaires, pour la gloire de Dieu ? Sommes-nous, comme eux, préoccupés d’une chose : adorer Christ ? Ne nous laissons-nous pas troubler par l’hostilité de certains (v. 3), l’indifférence des gens religieux (v. 5-6), l’humilité des apparences extérieures (v. 11a) ? Mettons-nous nos trésors à la disposition de Christ (v. 11b) ? Obéissons-nous aux ordres divins comme eux (v. 12) ? Serions-nous troublés par l’annonce de l’avènement du Christ ?3
3 « L’homme-roi ne peut pas ne pas être troublé par l’avènement du Christ. Il ne peut pas tolérer l’existence et l’intervention du Christ dans son royaume, car il sait que la royauté du Christ signifie son dépouillement, la fin de son propre règne. » (H. Roux : L’Evangile du royaume, Paris 1942, p 26.)
Nos connaissances bibliques nous laissent-elles incrédules et indifférents, comme les sacrificateurs et les scribes ? Faisons-nous cause commune avec les ennemis du Christ ?
Quelle est la signification de ce récit dans l’histoire biblique ?
Au début de la vie de Jésus, des païens viennent l’adorer ; ne serait-ce pas un signe annonciateur de la venue d’une nouvelle alliance qui ne serait plus réservée exclusivement aux Juifs, une préfiguration de l’entrée des païens dans l’Eglise (cf. Mat. 8.11) ? En même temps, le peuple préparé depuis des siècles à la venue du Messie est troublé par l’annonce de sa naissance. Dès le début, sa royauté sera contestée, le conflit entre l’homme-roi et le Christ-roi éclate (Jean 1.11 ; Luc 19.14). Mais au milieu de l’incrédulité et de l’hostilité, des hommes trouvent le chemin de la foi et de l’adoration : symbole de la petite minorité qui reconnaîtra en Christ, malgré son humble apparence, le Seigneur du monde.