Je bâtirai mon Église

DÉBUTS DE LA CONSTRUCTION

CHAPITRE IX

La naissance de l’Eglise
(Actes 2)

Que s’est-il passé le jour de la Pentecôte ? Le Saint-Esprit promis à ses disciples par le Seigneur (Mc. 1.8 ; Jn. 7.39 ; 14.16-17 ; 16.7-13 ; Act. 1.4, 8) descend sur eux. Ils en avaient bien reçu un « acompte » : « Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. » (Jn. 20.22.) Mais il n’était pas venu demeurer en eux de façon définitive : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous » (Jn. 14.18) « … nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. » (Jn. 14.23.)

Toutes les promesses de Jésus quant à cette habitation permanente sont toujours au futur, parce que le Saint-Esprit, c’est l’Esprit de Christ glorifié, il ne pouvait donc descendre sur les disciples avant la glorification du Seigneur (Jn. 7.39). Puisque « si quelqu’un n’a pas l’esprit de Christ il ne lui appartient pas » (Rom. 8.9) et que c’est l’Esprit qui fait renaître à la vie nouvelle (Jn. 3.5) les disciples n’étaient, au fond, pas encore régénérés avant la Pentecôte. Ce jour-là à été pour eux le jour de leur baptême de l’Esprit, (Act. 1.5 ; 11.15-16) de leur nouvelle naissance, de leur intégration au corps de Christ (1 Cor. 12.13 ; Gal. 3.26-28). C’est la première fois dans le monde que pareille chose se produit : une nouvelle dispensation a commencé : Pentecôte marque l’effusion définitive du Saint-Esprit pour la fondation de l’Eglise et la régénération des croyants. Le Saint-Esprit est la preuve que les temps nouveaux ont commencé. :» (C.H. Dodd.)1

1 The Apostolic Preaching and its Development, p. 138.

Ce qui va suivre démontrera immédiatement la réalité des changements survenus : les disciples jusque là peureux et timides (Mc. 14.50-52 ; 14.66-72 ; Jn. 20.19) se transforment en témoins courageux. Ce que Jésus n’a pas pu faire durant les trois années de son ministère : la constitution d’une communauté messianique stable (v. Jn. 6 ; Luc 19.37-38 et 21, 22…), le Saint-Esprit le produira en un seul jour (Act. 2.41-42 ; 4.32-35). C’est dans cette ère du Saint-Esprit que nous vivons encore actuellement et jusqu’au retour de Christ. Seuls les événements postérieurs à la Pentecôte sont donc normatifs pour nous, c’est-à-dire qu’ils peuvent nous servir de modèle pour notre vie spirituelle individuelle et collective. L’expérience des disciples qui ont vécu à cheval sur deux dispensations ne saurait donc être en tous points la norme de ce que Dieu attend de nous : en particulier la réception du Saint-Esprit en deux étapes (Jn. 20. 23 et Act. 2) est liée à leur situation particulière.

Les événements qui vont se suivre au cours de cette journée mémorable nous permettront

  1. de vérifier la réalité des promesses faites à l’apôtre Pierre,
  2. de dégager un schéma-type de la fondation d’une église,
  3. d’isoler — par comparaison avec les autres récits des Actes — un certain nombre d’éléments exceptionnels et passagers par lesquels le Seigneur a voulu marquer l’inauguration de l’Eglise.

A. LE RÔLE DE L’APÔTRE PIERRE

Le rôle de l’apôtre Pierre le jour de la Pentecôte est en tout point conforme à la promesse que lui a donnée le Seigneur sur le chemin de Césarée de Philippe, sa prédication est l’écho amplifié de la confession qu’il avait faite là-bas.

Pierre avait été la première pierre de l’édifice à construire, posée sur le Rocher : Christ. Aujourd’hui de nouvelles pierres viendront se poser sur le fondement — grâce au témoignage que rend Pierre à la messianité de Jésus.

Car quel est le résumé de son message ? vers. 36 : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »

Il ne dit pas autre chose que ce qu’il avait déjà confessé là-bas : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », mais il le dit avec l’assurance fondée sur la résurrection et l’ascension de Christ et avec la puissance du Saint-Esprit. Au cours des premiers temps de l’Eglise (Act. 2 à 12), Pierre jouera un rôle de premier plan dans la vie de cette Eglise, il avait le plus lâchement renié son Maître, à présent transformé et vivifié par l’Esprit il rendra le plus courageux témoignage à son Seigneur (Act. 4.8-12, 19 ; 5.29). Mais nulle part il n’assume le rôle de chef de l’église qu’on voudrait lui attribuer2.

2 Act. 1.21-22 : c’est le sort et non Pierre qui décide du remplacement de Judas ; Act. 6.5 : Les douze demandent à l’Eglise entière de désigner leurs premiers aides ; Act. 8.14 : Pierre n’envoie pas des apôtres en Samarie, mais il est lui-même envoyé avec Jean par les autres ; Act. 11.1 : il est obligé de se défendre sur sa façon d’agir en réponse aux reproches des autres ; Act. 15 : il ne préside pas le Concile — c’est Jacques qui emporte la décision et les décrets commencent par : « Les apôtres, les anciens et les frères… ». Paul raconte qu’il n’a pas jugé nécessaire de monter à Jérusalem pour recevoir des ordres des apôtres (Gal. 1.17). A Antioche, Pierre se fait mème reprendre par Paul qui lui « résista en face » parce qu’il ne marchait pas droit, qu’il était condamnable » (Gal. 2.11-14).

Dans ses épitres, Paul ne sait rien d’une charge de « souverain pontife » ou de « vicaire de Christ » que Dieu aurait établie dans son Eglise. « Dieu a établi premièrement… des apôtres » (I Cor. 12.28 ; Eph. 4.11). L’Eglise est édifiée sur le fondement, non de Pierre, mais « des apôtres et des prophètes » (Eph. 2.20 ; voir Ap. 21.14). Dans l’ensemble du N.T., Paul occupe une place bien plus importante que Pierre. Lorsque Paul cite Pierre dans ses épîtres, ce n’est jamais pour relever un privilège spécial qui lui aurait été conféré. Lorsque le nom de Pierre est associé à d’autres noms (I Cor. 3.22 ; Gal. 2.9), il n’occupe jamais la première place. Pierre lui-même se dit « ancien comme les autres » (1 Pi. 5.1-4) et applique à Jésus seul le titre de « Souverain Pasteur » (v. Nisbet : L’Evangile ne dit pas cela, p. 45) : « C’est comme si quel- qu’un écrivait aujourd’hui la biographie de Napoléon sans mentionner jamais qu’il fut empereur. »

B. LE SCHÉMA-TYPE DE LA FONDATION D’UNE ÉGLISE

a) v. 4, 11, 14-36. Témoignage des chrétiens et prédication de la Parole : tous les disciples remplis de l’Esprit-Saint rendent témoignage aux merveilles de Dieu, Pierre adresse un message à la foule en se basant sur la Parole et l’Œuvre de Dieu.

b) v. 37 : Conviction de péché dans le cœur des auditeurs,

c) v. 38-39 : le chemin du salut exposé par Pierre :

d) v. 41-42 : Constitution de l’Eglise en deux étapes : v. 40 soustraction : se séparer de la génération perverse ; v. 41 addition : « ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes ».

Le même processus se continue les jours suivants : v. 47 « le Seigneur ajoutait chaque jour à l’église ceux qui étaient sauvés ». A chaque fondation d’église dans les Actes nous retrouvons cette même séquence : annonce de la parole — repentance et foi — baptême — agrégation à la communauté3.

3 « A peine né, le christianisme se manifeste sous une forme sociale, il est une Eglise ; il se constitue en petites sociétés possédant tous leurs organes essentiels. Il n’est pas au début une doctrine ou une loi qui se propage d’individu à individu. Il ressemble plutôt à un corps qui, comme certaines plantes, se propagerait par boutures. » Eugène de Faye : Les Eglises de l’Age apostolique, p. 100 (Paris 1909).

C. ÉLÉMENTS EXCEPTIONNELS ET PASSAGERS DE LA PENTECÔTE

Comme lors d’une inauguration officielle, le Seigneur a tenu à marquer la fondation de l’Eglise par un certain nombre de faits miraculeux qui devaient attirer l’attention de tous sur l’événement unique qui se déroulait sous leurs yeux. Ces miracles devaient en même temps accréditer cette nouvelle communauté en formation et attester son origine divine. Puisque « les juifs demandent des miracles » (1 Cor. 1.22) Dieu leur en donnera exceptionnellement pour montrer que son bon plaisir repose désormais sur ceux qui confessent Jésus comme leur Seigneur.

Ces faits exceptionnels sont :

2.2 : le bruit d’un vent impétueux ;
2.3 : des langues de feu ;
2.4 : des témoignages en langues étrangères ;
2.41 : conversion de 3000 personnes (unique dans les Actes).

Comme le début de l’Ancienne Alliance avait été marqué d’un certain nombre de miracles et de signes uniques (les miracles de Moïse, ceux du désert…) ainsi toute cette période des Actes bénéficiera de certaines faveurs spéciales de Dieu par lesquelles Il a suppléé à l’absence des écrits du Nouveau Testament. Bien que Dieu reste souverain et libre de reproduire ce genre de miracles où et quand il lui plaît, (et Il l’a fait maintes fois au cours des siècles, particulièrement là où l’Evangile était introduit en terrain neuf dans des conditions analogues à celles de la période apostolique) il ne semble pas que le miracle soit la manière normale dont Dieu aime aborder l’homme. L’Eternel est « un Dieu qui se cache » (Es. 45.15) qui « veut que les hommes le cherchent et s’efforcent de le trouver en tâtonnant » (Act. 17.27), Il ne veut pas forcer leur liberté par des miracles. Jésus ne l’a jamais fait (Mt. 4.6 ; 12.39 ; 16.1, 4 ; 13.58 ; 27.42 ; Luc 23.8) parce qu’Il savait que les prodiges sont incapables de produire la foi véritable (Mc. 6.52 ; Mt. 21.15 ; Jn. 12.37). Le miracle le plus grand, celui dont Il se servira de préférence pour attirer les hommes à Lui, c’est la transformation d’une vie à l’image de celle de Christ4.

Voir : « Le passager et le permanent de la Pentecôte » de R. Dubarry dans Pour faire encore meilleure connaissance et Une Eglise biblique. « Traits passagers et caractéristiques permanentes », F. M. Buhler (La Bonne Nouvelle, Mulhouse).

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