« L’Eternel dit à Josué : N’aie pas peur, ne crains rien ! Emmène avec toi tous les soldats et va attaquer Aï ! Car je livre le roi d’Aï en ton pouvoir ainsi que son peuple, sa ville et tout son territoire » (Jos 8.1).
Puisque la nation a éliminé le péché, elle peut de nouveau compter sur l’aide de Dieu pour avancer dans la conquête du pays. Après la victoire des Cananéens d’Aï, les gens du pays ont dû reprendre l’espoir de refouler les Israélites au-delà du Jourdain; ceux-ci ont perdu confiance et la peur les a envahis. C’est pourquoi l’Eternel encourage Josué en lui disant : « N’aie pas peur ! Ne crains rien&nbs;». Ces mots rappellent 1.9 : « Prends courage et tiens bon, ne crains rien et ne te laisse pas effrayer, car moi, l’Eternel ton Dieu, je serai avec toi pour tout ce que tu entreprendras ». Dieu parle de nouveau et il est avec eux, ils peuvent donc attaquer Aï, mais ils doivent prendre toute l’armée, pas seulement un détachement comme la dernière fois. Ils devront remporter une victoire éclatante pour inspirer la peur à tous les Cananéens. Il devront démolir la ville, mais contrairement à Jéricho, ils sont autorisés à prendre le butin. Si Akân avait su attendre, il aurait eu le droit de s’emparer d’une part des richesses d’Aï. Dieu donne aussi à Josué des directives concernant la manière d’attaquer la ville : il doit placer des embuscades « derrière la ville » c.-à-d. du côté opposé à la porte d’entrée de la ville qui constituait généralement la cible des attaquants. Josué choisit 30000 (ou 3000) hommes, les fit partir de nuit et leur demanda de se poster en embuscade derrière la ville. R. E. D. Clark a avancé une idée tout à fait plausible, « il faudrait lire : ‘trente capitaines’. Le terme hébreu elep traduit par ‘mille’ peut aussi être rendu par ‘capitaine’ ». Selon cette traduction, il s’agirait donc d’un commando soigneusement sélectionné de trente vaillants hommes choisis pour cette tâche dangereuse et difficile.16 Ils avaient l’ordre d’entrer dans la ville et d’y mettre le feu, après que ses défenseurs en seraient sortis pour poursuivre Josué et ses hommes. La stratégie du chef impliquait donc trois groupes : une petite unité de commando pour entrer dans Aï, 5000 hommes pour s’occuper essentiellement de Béthel, et le gros de l’armée, conduit par Josué lui-même, pour attirer les gens d’Aï hors de leur ville» (H.J. Blair NCB p. 251). Josué lui-même conduisit ce grand groupe de soldats qui seraient appelés à attirer sur eux les défenseurs de la cité afin de la laisser sans défense. A ce moment, les hommes postés derrière la ville l’attaqueraient et l’incendieraient. Un troisième groupe de 5000 hommes serait posté entre Aï et Béthel (v. 12) pour empêcher cette dernière de venir à l’aide d’Aï puisque les deux villes étaient liées par une alliance d’assistance mutuelle.
16 « The Large Numbers of The Old Testament », JTVI, 87, 1955, pages 82 s. Voir aussi J.W. Wennam : « Large Numbers of the Old Testament », Tyndale Bulletin, 18, 1967, surtout pages 24-26, 41.
Josué suivit les instructions de l’Eternel : après avoir posté les hommes en embuscade derrière la ville, il fit semblant de vouloir l’attaquer par devant, du côté de la porte d’entrée. Les gens d’Aï firent comme la fois précédente et les repoussèrent. Comme les Israélites s’enfuirent devant eux, ils les poursuivirent jusque loin de la ville. A ce moment-là, Josué pointa son javelot en direction de la ville. Peut-être ne se trouvait-il pas parmi le gros de sa troupe mais sur une éminence d’où il pouvait suivre le déroulement des opérations et être vu par les soldats placés en embuscade. C’était le signal convenu pour les hommes postés en embuscade derrière la ville : ils surgirent, entrèrent dans la ville déserte, s’en emparèrent et y mirent le feu. Peut-être que les rayons du soleil se reflétant sur le javelot, avaient envoyé le signal au loin vers les embusqués. La fumée de l’incendie de la ville signala à Josué le succès de l’entreprise. Lorsque les gens d’Aï regardèrent derrière eux, ils virent la fumée s’élever de leur ville, ils se trouvaient donc pris en étau entre les hommes de l’embuscade et l’armée de Josué. Ce dernier se retourna contre eux (v. 21) et se joignit aux hommes qui revenaient d’Aï pour les exterminer. Seul le roi fut amené à Josué qui le fit pendre à un arbre (v. 29). Josué continua à tenir son javelot élevé (comme Moïse avait tenu ses mains dans la bataille contre les Amalécites : Exode 17.11-12), les Israélites se rendirent à Aï pour achever l’extermination de ses habitants et s’emparer du bétail et de tous les objets précieux. La cité resta ruinée et déserte au moins jusqu’au moment de la rédaction du livre de Josué (v. 28).
Après cette victoire, les Israélites se sont rendus au nord, à une cinquantaine de kilomètre, vers le mont Ebal. « Alors Josué bâtit un autel à l’Eternel, le Dieu d’Israël, sur le mont Ebal. Il le construisit conformément aux ordres que Moïse, serviteur de l’Eternel, avait donnés aux Israélites et qui sont consignés dans le livre de la Loi de Moïse : un autel de pierres brutes qu’aucun outil de fer n’avait touchées. On y offrit des holocaustes à l’Eternel et des sacrifices de communion. Josué grava sur des pierres une copie de la Loi que Moïse avait mise par écrit sous les yeux des Israélites » (v. 30-32). Ils ont pu avancer par la foi, sans être inquiétés par les habitants de la région car les nouvelles des conquêtes de Jéricho et d’Aï les avaient sans doute précédés, inspirant la terreur à tous ceux qui les entendaient. Il n’y a aucune mention de la conquête de Sichem entre les monts Ebal (940&nbs;m) et Garizim (881 m), son occupation a dû se faire pacifiquement. L’offrande d’holocaustes et de sacrifices de communion (Lévitique 1.17 ; 3.1-17) sur le mont Ebal fut le premier acte d’adoration collectif dans le Pays de la promesse. Ces sacrifices signifiaient la consécration totale de la nation à l’Eternel et l’action de grâces pour le don du pays. Ils furent offerts sur un autel de pierres brutes représentant la terre telle qu’elle avait été créée par Dieu, sans l’intervention d’aucun artifice humain pour la modifier.
Un deuxième acte cultuel fut la lecture de la Loi à tout le peuple et son inscription sur une grande pierre (8.32). Josué y fit sans doute graver un résumé de l’Exode jusqu’au Deutéronome (comme nous en avons un exemple dans la stèle contenant le code de Hammourabi qui porte 51 colonnes et 3654 lignes de texte). Israël indiquait par cette copie qu’il voulait se soumettre à cette Loi et la garder.
Un troisième acte cultuel fut la bénédiction du peuple (v. 33) et la lecture de toute la Loi. Six tribus (Siméon, Lévi, Issacar, Joseph et Benjamin) se tenaient sur le mont Garizim et bénissaient le peuple (Deutéronome 27.12) s’il obéissait aux commandements (Deutéronome 28.1-14). Les six autres tribus (Ruben, Gad, Aser, Zabulon, Dan et Nephtali) se tenaient sur le mont Ebal énonçant les malédiction sur ceux qui y désobéissaient (Deutéronome 27.13, 15-26 ; 28.15-68). Les bénédictions étaient conditionnées par l’obéissance aux commandements (« Si vous obéissez pleinement à l’Eternel votre Dieu… »), les malédictions venaient sur ceux qui y désobéissaient (Deutéronome 28.15). Les six tribus sur le mont Ebal répondaient Amen aux malédictions pendant que les tribus sur le mont Garizim répondaient Amen aux bénédictions.
Les chefs du peuple : responsables, officiers et juges, se tenaient autour du coffre de l’alliance dans la vallée entre les deux montagnes (v. 33). Jos 8.35 explique l’expression « tout Israël » du v. 33 : c’étaient les hommes, les femmes, les enfants et les étrangers qui vivaient au milieu du peuple.