Marie a dû boire la coupe de douleur jusqu’à la lie lorsqu’elle se trouvait au pied de la croix, voyant son fils crucifié comme un vulgaire malfaiteur après l’échec apparent de sa mission. L’une des dernières paroles de Jésus sera pour sa mère. Là encore, il l’appelle « Femme ». Est-ce aussi pour marquer sa distance (puisque rien dans les évangiles ne nous permet de croire quelle s’était déjà jointe à la communauté messianique – comme elle le fera après la résurrection de Jésus : Actes 1.14) ?
« Il est naturel que Jésus mourant pense à celle qui, au pied de la croix, souffre tout ce qu’il est possible à une mère d’endurer, et il est naturel aussi qu’il la confie à son disciple préféré » (qui était peut-être son cousin, surtout si l’on se rappelle que « ses frères ne croyaient pas en lui »). Mais « il n’y a aucune raison de penser que Jésus indique en Marie la mère spirituelle de Jean et, avec lui, de tous les croyants à venir. Marie, pendant sa vie, pour autant que nous puissions le savoir, n’a jamais exercé aucune influence qui puisse en quelque façon faire songer à une maternité spirituelle envers l’Eglise. Sa position est modeste, passive : disciple entre les disciples, aux pieds du Seigneur » (G. Miegge La Vierge Marie p. 22-23).
Jésus, voyant sa mère au pied de la croix, pense à elle et à son sort matériel et spirituel. Il ne veut pas la laisser entre les mains de ses frères qui « ne croyaient pas en lui » (Jean 7.5) – du moins pas encore. C’est pourquoi il la confie à son disciple bien-aimé qui se trouve être, lui aussi, au pied de la croix. En lui disant : « Voici ta mère », il voulait lui dire de s’en occuper comme de sa propre mère. Rien de plus. Jean a compris le sens des paroles de Jésus. C’est pourquoi « à partir de ce moment-là, le disciple la prit chez lui » (19.27). Au cours des siècles, cette parole a servi de base à un développement dogmatique d’une importance disproportionnée, comme si Jésus avait voulu, par cette parole, donner Marie comme Mère de toute l’Eglise12. Si l’on veut voir un sens symbolique dans cette parole, on peut y voir la conjonction de l’ancienne et de la nouvelle alliance, Marie représentant Israël, et Jean l’Eglise : « Nous sommes encore, en un certain sens, au pied de la Croix où l’on peut voir, en cette femme et cet homme l’un à l’autre confiés par Jésus, le peuple élu porteur de la promesse et les nations païennes appelées toutes au salut » (M. Leplay Marie… p. 102).
12 (Voir « Mère de l’Eglise » dans la deuxième partie).