Le seul ministère que beaucoup de nos compatriotes connaissent dans les Eglises issues de la Réforme est celui de pasteur. Ce terme n’apparaît qu’une fois dans le Nouveau Testament (Ephésiens 4.11), mais :
Le ministère pastoral est donc bien un ministère important du peuple de Dieu de la nouvelle alliance. Cependant, notre manière de concevoir le rôle du pasteur correspond-elle à ce que les premiers chrétiens entendaient par ce terme ?
Dans l’opinion courante, le pasteur est un professionnel de la religion qui, après des études de théologie régulières, a été consacré au saint ministère, il a généralement seul la charge de son troupeau et joue dans son Eglise un rôle tenant à la fois du prêtre, du pater familias et du chef d’entreprise. Cette image de marque dérivée de la pratique des grandes confessions protestantes a eu tendance, par analogie, à se reporter sur les pasteurs des Eglises de professants.
Plusieurs éléments se conjuguent dans cette image : le rôle sacerdotal, la notion d’autorité, le pastorat monarchique et le ministère à plein temps.
Le pasteur a-t-il un rôle sacerdotal, c’est-à-dire est-il un homme à part revêtu de pouvoirs spéciaux ? Nous avons déjà vu que le sacerdoce était une notion spécifique de l’ancienne alliance et des religions païennes. Le seul prêtre de la nouvelle alliance est Jésus-Christ. Sa venue « a mis fin à la distinction séculaire entre prêtres et laïques. Cette distinction avait sa place dans l’ancienne économie… Maintenir dans la nouvelle alliance cette distinction périmée, ce serait déclarer insuffisant et non valable le sacerdoce de Christ et revenir en arrière dans l’histoire du salut… La seule distinction désormais valable est celle qui sépare d’un côté les croyants… qui sont un sacerdoce royal et un peuple saint ; et de l’autre côté les incrédules, c’est-à-dire ceux pour lesquels la rédemption qui est en Jésus-Christ n’existe pas encore et auxquels elle doit être annoncée » (Ph. Menoud, 49, p. 23).
La confusion provient en partie du fait que le mot prêtre dérive d’une francisation de presbytéros c’est-à-dire ancien. C’est ce qui amenait Calvin à dire dans la première édition de son Institution : « J’appelle indifféremment prêtres et évêques les ministres de l’Eglise » (Ed. Les Belles Lettres T. IV, p. 107) — tout en leur refusant un rôle sacerdotal c’est-à-dire d’intermédiaire entre Dieu et les hommes. Les documents constitutifs des Eglises réformées sont formels sur ce point : le pasteur est un «laïc» que seules ses fonctions différencient du reste des fidèles.
Dans les Eglises primitives, les actes dits « ecclésiastiques » n’étaient pas réservés à une classe spéciale de chrétiens : tous les membres de l’Eglise de Jérusalem dispersés par la persécution ont prêché l’Evangile (Actes 8.4 ; 11.19-20), probablement ont-ils aussi, comme Philippe, baptisé les nouveaux convertis (Actes 8.12, 38). Dans les nouvelles Eglises, c’étaient certainement les anciens — ou ceux auxquels ils déléguaient ces fonctions — qui présidaient les cérémonies de mariage et d’enterrement (dont nous ne savons absolument rien), les réunions et le repas du Seigneur.
Nous avons déjà vu que l’autorité fait partie des composantes de tout ministère de direction dans l’Eglise : c’est Christ qui délègue son autorité à ceux qui exercent les fonctions de conducteurs, anciens ou présidents. Il faut se rappeler cependant que toutes les relations humaines impliquant l’exercice de l’autorité ont été perturbées par la chute : l’orgueil poussera les uns à exercer leur instinct de domination, les autres à refuser toute directive.
Mais n’oublions pas que le mot ministère qui désigne « tout homme qui exerce une fonction dans l’Eglise, y compris une fonction de responsabilité et de direction » signifie service. « Que celui qui exerce l’autorité soit appelé serviteur est dans le droit fil de l’enseignement de Jésus (Luc 22.26-27 par ex.) et élimine toute conception hiérarchisée de l’Eglise telle qu’elle pourrait éventuellement découler de l’image berger/brebis, qui évoque une relation à sens unique… L’Eglise est un lieu où l’autorité est d’une nature très différente : elle ne consiste pas en un pouvoir sur les autres, mais en un service — diakonia — des autres, et englobe la notion de soumission mutuelle… L’exercice de l’autorité dans l’Eglise requiert donc une vigilance particulière qu’un homme seul parvient difficilement à maintenir. D’où l’avantage, et même la nécessité de partager à plusieurs cette responsabilité de direction. Il faut toutefois rester conscient que la collégialité n’est pas une garantie en elle-même : un groupe d’anciens peut devenir une oligarchie dirigiste, coupée de la communauté, incapable de l’écouter et de pratiquer la soumission mutuelle dont parle Ephésiens 5.21 à l’égard des frères et des sœurs. Pierre le savait, lui qui rappelle à ses collègues anciens de « paître le troupeau... non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau » (1 Pierre 5.2-3). Apprendre la confession mutuelle et la correction réciproque, en premier lieu dans le cadre du groupe d’anciens-pasteurs, est une discipline qui peut maintenir l’humilité nécessaire à l’accomplissement du service d’autorité. » (J. Blandenier, Semailles et Moisson, mars 1981, p. 4-6).
Si plusieurs frères se partagent le ministère pastoral, chacun servant le Seigneur et les membres de l’Eglise selon le don reçu, la tentation de l’autoritarisme et de l’arbitraire est fortement réduite : chacun devra, l’une ou l’autre fois, se plier à l’avis des frères, même s’il est convaincu d’avoir raison — et cette habitude déteindra sur tout le comportement des membres de l’Eglise. Le pasteur ne sera plus « puissant et solitaire » mais travaillera avec des frères qui prient et décident avec lui.
Au niveau de la discipline, la collégialité a un grand avantage : en cas de conflit entre un ancien et un membre, ceux qui ont pris la décision ensemble peuvent se protéger mutuellement contre d’éventuelles accusations.
La plupart des Eglises historiques et des Eglises de professants ont maintenu le pastorat à plein temps. Un certain nombre d’assemblées autrefois opposées à cette formule l’ont maintenant adoptée dans l’espoir d’y trouver des solutions plus valables pour leur situation. Les autres alternatives (volontariat de tous — recours aux ministères itinérants, à l’entr’aide entre serviteurs de Dieu de plusieurs Eglises) n’ayant pas donné satisfaction.
Ceux qui préconisent un pastorat à plein temps avancent en sa faveur les arguments suivants :
1. Disponibilité : Comme son nom l’indique, le serviteur à plein temps peut disposer pleinement de toutes ses journées pour le travail du Seigneur dans l’Eglise. Dans le monde actuel, les exigences professionnelles deviennent de plus en plus contraignantes, de sorte que peu de frères ont le temps nécessaire pour la préparation approfondie des messages ou des études bibliques, ou pour le ministère d’enseignement auprès des différentes catégories de membres de l’Eglise (enfants, jeunes, nouveaux convertis, fiancés et jeunes couples, futurs responsables...). Il faut aussi faire des visites (malades, personnes âgées, membres rétrogrades…), avoir des entretiens, sans parler des relations avec l’extérieur, et des tâches administratives… Un pasteur à plein temps sera toujours disponible pour ceux qui cherchent conseil, qui ont besoin d’une aide urgente au cours de la journée, pour des démarches au nom de l’Eglise, des réunions de comités, des enterrements, des mariages…
2. Enseignement qualifié : Le mot amateur, malgré sa belle étymologie (« qui aime ») a pris souvent un sens péjoratif (« qui manque de zèle, dilettante » Larousse). « Pour vos travaux, adressez-vous à des professionnels » dit un slogan d’artisans. Celui qui a appris un métier auprès de maîtres compétents fournira un travail de meilleure qualité qu’un « bricoleur ». Cette loi se vérifie dans tous les domaines. L’enseignement, qu’il soit biblique ou profane, n’échappe pas à la règle. Pour pouvoir donner aux chrétiens et à leurs enfants une instruction valable, les « docteurs » devront passer beaucoup de temps à étudier la Parole de Dieu, à concevoir un plan systématique d’enseignement de « tout le dessein de Dieu » (Actes 20.28) pour les différents groupes d’âges et les diverses catégories de membres.
Pour qu’une prédication et un enseignement soient approfondis, bien structurés et adaptés à l’auditoire, il faut consacrer du temps à la méditation de la Parole, à la prière, à mettre les idées en forme, à les illustrer, etc… Celui qui veut s’acquitter sérieusement de ce ministère passera de longues heures rien qu’à la préparation immédiate. Cette dépense de temps est difficilement conciliable avec la plupart des métiers actuels. Si l’on veut avoir un enseignement qualifié, il faut donc envisager de décharger le frère enseignant des obligations professionnelles. L’apôtre Paul prévoyait le soutien financier pour les anciens chargés de l’enseignement et de la prédication. Déjà dans sa première épître, il demandait : « Que celui à qui l’on enseigne la parole (katéchoumenos : qui est catéchisé, enseigné comme catéchumène) fasse participer à tous ses biens à (ou : fasse une part dans tous ses biens pour) celui qui l’enseigne » (Galates 6.6). « Le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’Evangile de vivre de l’Evangile » (1 Corinthiens 9.14). « Que les anciens qui dirigent bien soient jugés dignes d’un double honneur (ou d’une double rémunération) surtout ceux qui prennent de la peine (kopiaô : se fatiguer) à la prédication et à l’enseignement car l’Ecriture dit : Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain, et : L’ouvrier mérite son salaire » (1 Timothée 5.17-18).
La traduction, « double rémunération » ou « honoraire double » s’accorde mieux que « double honneur » avec le contexte qui parle de salaire et de nourriture (le bœuf qui foule le grain est fort dépréoccupé d’honneur !). D’autre part, le fait que Paul utilise la même citation dans 1 Corinthiens 9.9 pour appuyer le droit des apôtres d’être soutenus par les Eglises semble déterminant pour décider du sens de cette même citation dans ce nouveau contexte. « Le mot timé comporte, en fait, les deux sens : honneur et honoraire. Il semble que l’apôtre joue sur ce double sens et qu’on devrait traduire diplès timès par « timès dans-les-deux-sens-du-terme ». (Henry Leenhardt : « Presbytérat et pastorat, Etudes théologiques et religieuses, 1946/2, p. 342.) De plus, les veuves inscrites sur les rôles de l’Eglise étaient soutenues par des dons (1 Timothée 5.3-16). « Double honoraire » pourrait signifier : rémunération double (de celle des veuves).
3. Compétence : La compétence découle des dons, de la formation et de l’expérience. Question formation: pouvoir mettre quelques années à part pour approfondir la Parole de Dieu et se préparer aux différents aspects du ministère est un privilège — qui n’est malheureusement pas à la portée de tous les membres d’une communauté. L’expérience vient avec l’exercice: le pasteur qui doit assurer une ou plusieurs prédications chaque semaine arrivera plus vite à maîtriser cette technique que le prédicateur occasionnel.
Les mêmes constatations sont valables pour la relation d’aide, les entretiens avec les candidats au baptême, les futurs mariés, les chrétiens éprouvés… Notre siècle nous a appris les dangers de l’amateurisme : on exige, dans tous les domaines, des spécialistes hautement qualifiés. Aussi une Eglise avec un pasteur à plein temps inspire davantage confiance à nos contemporains qu’une assemblée dirigée par des « laïcs ».
4. Coordination et formation : D’après Ephésiens 4.11, le pasteur-docteur, comme l’apôtre, le prophète et l’évangéliste, a surtout un rôle de coordinateur et de formateur : il est là pour préparer les membres à l’exercice de leur ministère et les mettre en état de l’accomplir au mieux (voir A. K. : Pourquoi l’Eglise, p. 67-69. Le verbe katartizô signifie mettre en ordre, rendre prêt pour le service, complet, préparer pour le travail). « C’est l’absence de cet objectif du ministère qui crée le cléricalisme » (J. Blandenier).
Cela implique, d’une part, une organisation des différents services et, d’autre part, une formation des membres en vue de l’exercice de leur don. L’organisation demande beaucoup de réflexion — donc de liberté d’esprit — et de temps (coups de téléphone pour fixer des dates de réunions, éviter les télescopages d’activités, trouver des orateurs ou animateurs compétents…). Celui dont le plus clair du temps et des forces vives est pris par la profession, aura peu de disponibilité pour ce travail. Les multiples aspects de la formation des membres (biblique, technique, pédagogique…) exigent aussi compétence et temps disponible.
Un des porte-parole des Assemblées de Frères de Grande-Bretagne résume ainsi leurs constatations : « L’expérience pratique de beaucoup d’Eglises locales actuelles est de voir la fonction principale du serviteur salarié dans la tâche d’identifier, d’encourager, de développer et d’organiser le déploiement des dons charismatiques de toute la congrégation, en sorte que l’Eglise commence graduellement à fonctionner de la manière que le Nouveau Testament nous suggère » (Neil Summerton, 80, p. 43). Gibbs et Morton affirment dans Feu vert pour les laïcs : « La formation des laïcs constitue la formation fondamentale dont dépend l’avenir de l’Eglise, la formation des pasteurs doit être conçue pour elle et à son service » (66, p. 202; cf. p. 20-21).
5. Continuité : Un homme compétent qui a des qualités d’animateur sera pour son Eglise un facteur de croissance régulière et d’expansion réjouissante dans différents secteurs. Une direction ferme, concentrée dans les mains d’une seule personne assure la continuité dans l’exécution d’un programme, dans l’enseignement et dans le développement des différentes activités. Si un seul homme est chargé du ministère de la prédication, il peut enseigner systématiquement les différents aspects de la doctrine chrétienne, prendre un livre biblique et l’exposer chapitre par chapitre afin de donner aux membres de son Eglise une nourriture équilibrée, complète et solide. Une telle continuité est plus difficile à assurer lorsque plusieurs prédicateurs se partagent la tâche, elle est impossible lorsque la prédication dépend de visiteurs ou d’itinérants qui connaîtront très peu les besoins réels d’une assemblée donnée et ne pourront que rarement exploiter leur message dans des entretiens personnels.
6. Apport extérieur : Dans les Eglises primitives, les anciens étaient choisis parmi les membres de la communauté locale. Cependant, nous voyons aussi Timothée s’établir pour un temps à Ephèse où l’Eglise existait déjà depuis plusieurs années (1 Timothée 1.3) afin d’aider la communauté à faire face à une situation difficile. Un homme neutre venant de l’extérieur dans un corps d’anciens peut apporter une aide très appréciable pour la solution de vieux problèmes que les liens d’amitié ou de famille entre les membres de l’Eglise et leurs responsables empêchaient de résoudre correctement. En cas de difficultés durables à l’intérieur d’une Eglise, celle-ci ne devrait pas hésiter à faire appel à des hommes qualifiés et neutres qui pourraient donner un avis objectif dans des conflits qui s’éternisent souvent inutilement parce que personne n’ose prendre une initiative qui risque de vexer untel.
D’autre part, un pasteur qui a l’expérience de la conduite d’une Eglise peut apporter beaucoup de propositions susceptibles de renouveler la vie d’une communauté.
Ceux qui hésitent devant l’engagement d’un pasteur à plein temps ne manquent pas non plus d’arguments en faveur d’un ministère pastoral exercé par des non-professionnels.
1. Evite le danger du cléricalisme : Le cléricalisme, nous l’avons vu, vient d’une distinction tranchée entre clercs et laïcs : le pasteur, dans la conception courante, fait partie du clergé : il figure avec les ecclésiastiques catholiques et les rabbins dans les listes et les réceptions officielles, il a fait des études de théologie, a reçu l’ordination, a des privilèges et des pouvoirs spéciaux : c’est lui qui administre les sacrements : baptême et Sainte Cène, qui préside les mariages, les confirmations et les enterrements, qui va prier avec les malades et les mourants… Généralement, l’opinion courante ne fait guère de distinction entre le pasteur d’une Eglise de professants et celui d’une Eglise officielle.
Or, cette opinion courante est tenace — même chez les chrétiens des Eglises de professants, et lorsqu’ils ont enfin un pasteur à plein temps, la tentation est grande de réagir contre leur complexe d’infériorité en chargeant ce frère de toutes les tâches et les caractéristiques que l’opinion courante attribue au pasteur. L’équivoque provient du fait que nos contemporains utilisent le mot pasteur dans le sens sociologique, les chrétiens lui redonnent son sens biblique, mais se laissent influencer dans leur définition pratique des devoirs du pasteur, par tout ce que les paroissiens des « grandes Eglises » attendent de leur conducteur spirituel. D’où un certain décalage entre l’image que le berger se fait de son travail et celle que les membres ont de ses obligations.
Le fossé entre ministre et commun des mortels, c’est-à-dire le cléricalisme, se creuse souvent davantage par la dispense d’obligations professionnelles ordinaires. Le serviteur de Dieu à plein temps vit dans un monde à part où il peut librement disposer de ses heures — comme les autres gens durant leurs vacances. Bientôt, il lui sera difficile de comprendre ceux qui doivent être à leur lieu de travail à 7 h., qui rentrent le soir harassés, chargés des problèmes de leur bureau ou de leur atelier, tendus à cause de l’animosité de leur chef ou de leurs collègues. Alors, le dimanche, il sera tenté de parler en chaire de ce qui le préoccupe lui, c’est-à-dire des problèmes théologiques, herméneutiques ou eschatologiques… Mais sa prédication ne sera plus en prise directe avec le vécu et les soucis de tout le monde. L’avantage du pasteur non professionnel c’est de pouvoir dire : « Si je vous parle ainsi, ce n’est pas parce que je suis payé pour cela : demain matin, je serai comme vous à mon lieu de travail. » Il pourra citer des exemples personnels, vécus dans le même contexte que les autres membres de l’Eglise, il connaît par expérience les problèmes et les difficultés des frères et sœurs auxquels il s’adresse.
D’autre part, la profession est une discipline dont la vie spirituelle bénéficie : discipline du temps, habitude de prendre des responsabilités, d’attaquer les problèmes, de se soumettre à des patrons parfois grincheux (1 Pierre 2.18 ; Colossiens 3.22), de communiquer avec les gens, de les connaître sous leur vrai jour, de s’occuper de leurs intérêts, de collaborer avec d’autres… C’est souvent une dure école, mais elle porte des fruits qui demeurent sous forme d’habitudes précieuses.
2. Indépendance : L’apôtre Paul tenait beaucoup à son privilège d’annoncer l’Evangile gratuitement, sans user de son droit de prédicateur de cet Evangile (1 Corinthiens 9.15-18), sans dépendre de qui que ce soit, sauf du Seigneur. Cette indépendance lui permettait de déclarer tout le conseil de Dieu sans se demander si cela plaisait ou non à des auditeurs-supporters. Beaucoup de serviteurs à plein temps en font autant et ne se laissent pas intimider par les réactions éventuelles de leurs paroissiens lorsqu’ils exposent des vérités qui peuvent leur déplaire. Cependant, une bonne dose de foi et de courage est nécessaire pour braver le déplaisir de ceux qui vous soutiennent, lorsque la situation matérielle est précaire.
Le pasteur qui s’acquitte bénévolement de son ministère jouit, sous ce rapport, d’une plus grande liberté.
3. Répartition des tâches : Si personne n’est « payé pour » faire certaines tâches, il faut bien que quelqu’un s’en charge : l’absence de serviteur à plein temps est un puissant stimulant pour le volontariat. L’Eglise ne peut vivre que si chaque membre est prêt à consentir les sacrifices qu’impose l’exercice de ces ministères bénévoles. Souvent, là où quelqu’un est détaché pour le service de la communauté, les membres se déchargent sur lui d’un certain nombre de tâches administratives et matérielles fastidieuses. Celles-ci finissent par le surcharger au point qu’il ne lui reste guère plus de temps pour le travail proprement spirituel que s’il travaillait professionnellement 8 heures par jour.
4. Témoignage : Le milieu professionnel est une merveilleuse possibilité — et une bonne école — de témoignage. Ceux qui ont fait du colportage savent à combien de portes il faut frapper pour que l’une d’elles s’entr’ouvre, et combien de temps il faut ensuite pour gagner la confiance d’un inconnu. Avec ceux qui nous voient vivre tous les jours, toutes ces démarches préliminaires sont inutiles : on est d’emblée en relations. Nous en avons fait l’expérience dans notre Eglise où plus d’une centaine de membres de la même profession ont été gagnés par ceux de leurs collègues qui avaient, les premiers, fait l’expérience de la conversion.
Ceux qui se sentent chargés d’un ministère pastoral peuvent ainsi rendre témoignage à leurs compagnons de travail. Ils seront, pour les autres chrétiens, des modèles et des stimulants pour cette forme d’évangélisation. Les prêtres-ouvriers et les pasteurs-ouvriers l’ont bien compris. Si, de plus, cet engagement professionnel n’apparaît pas comme une expérience temporaire ou « un moyen », mais comme la réalité de tout le monde, vécue avec les autres, le témoignage n’en aura que plus de poids.
5. Gestion plus rationnelle des fonds : Pour que des serviteurs de Dieu puissent « vivre par la foi », il faut que d’autres « donnent par la foi ». Or, dans un terrain neuf, en mission outre-mer ou dans nos pays déchristianisés, il faut des serviteurs à plein temps pour faire un travail pionnier. Les ressources d’une assemblée sont limitées : pratiquement, pour chaque serviteur de Dieu à plein temps soutenu sur place, un serviteur de moins pourra être soutenu au loin. Donc la question se pose à chaque Eglise : où ce soutien sera-t-il le plus utile, où est-il indispensable ? Une Eglise sans ministère pastoral professionnel peut consacrer jusqu’à 80% de ses ressources à la mission. Nous en avons fait l’expérience.
6. Evite le pastorat monarchique : Lorsqu’une Eglise nomme un pasteur à plein temps, il restera généralement seul dans ce poste jusqu’au moment où les dimensions de la communauté excéderont ses possibilités. Elle retombera ainsi dans le schéma classique qui a prévalu depuis le second siècle et durant toute la période de la chrétienté. Nous avons vu que, dans l’Eglise primitive, il y avait toujours plusieurs anciens ou évêques dans une Eglise, et nous avons relevé tous les avantages de la formule biblique. Bien sûr, au début, lorsqu’une Eglise a fonctionné durant de longues années sans pasteur à plein temps, celui-ci trouvera à côté de lui un certain nombre d’anciens ayant l’habitude de prendre des responsabilités dans l’Eglise, tant au niveau du ministère de la parole que de celui de la direction et de l’administration de l’assemblée. Cependant, peu à peu, les anciens et les membres s’accoutumeront à l’idée d’avoir à leur disposition un homme qui a du temps, qui est plus compétent pour la plupart des tâches et qui, de plus, « est payé pour ». Ajoutez à cela les réactions d’un certain nombre de membres qui n’apprécient que les visites faites par le pasteur et les réunions présidées par lui, de sorte que le frère à plein temps se voit poussé, souvent à son corps défendant, vers une position qui ressemble à du cléricalisme. A la deuxième ou la troisième génération, les habitudes se seront si bien invétérées qu’il sera difficile de revenir au modèle biblique.
« Un ministère à plein temps comporte certains risques pour la communauté, surtout à long terme. La disponibilité en temps et une formation adéquate amènent à une compétence qui a aussi son revers : il devient tentant de concentrer les responsabilités et le pouvoir de décision sur une seule personne parce qu’elle paraît plus apte que les autres » (J. Blandenier, Semailles et Moisson, Mars 81, p. 7).
Les avantages de part et d’autre sont réels et importants. C’est pourquoi on peut se demander s’il ne serait pas possible de trouver une formule qui profiterait des points positifs de chaque option tout en évitant les inconvénients correspondants. Prenons d’abord la liste des avantages du pastorat professionnel.
Dans une Eglise sans pasteur
Sous certaines conditions, ces avantages peuvent également se retrouver, du moins en partie, dans une Eglise qui ne dispose pas d’un pasteur à plein temps. Quelles sont ces conditions ?
1. La disponibilité d’un pasteur à plein temps peut être partiellement compensée par l’engagement d’un plus grand nombre de frères et sœurs, par des anciens et des diacres consacrés mettant tout leur temps disponible au service de l’Eglise. Le seul problème épineux qui reste est celui de la disponibilité à tout moment de la journée. Il ne saurait être résolu que si l’Eglise dispose de retraités capables d’assumer ces ministères.
2. Enseignement : Ce problème ne peut être résolu dans une Eglise sans pasteur à plein temps que par une répartition de la prédication et des autres formes d’enseignement entre un certain nombre de frères déchargés d’autres formes de service. Si plusieurs anciens se répartissent le ministère de la parole, chacun d’eux ne prêchera qu’une fois tous les mois ou tous les deux mois : cela lui permettra de se renouveler intérieurement, de profiter des messages de ses frères, de préparer sérieusement les siens, et l’assemblée ne se plaindra pas de la variété qu’apporte cette diversité que nous trouvons dans l’enseignement du Nouveau Testament (Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul, Pierre, Jacques…).
3. Compétence : Elle s’acquerra par un programme sérieux de formation de tous ceux qui révèlent des dispositions pour un ministère dans le cadre de l’Eglise, et par une mise au travail de ceux qui en ont les capacités. La formation peut revêtir différentes formes : programme de lectures et de cassettes, cours par correspondance, cours décentralisés, stages et cours bibliques de vacances, envoi de plusieurs membres dans des écoles bibliques ou des facultés de théologie évangéliques (voir A. Kuen : Se former Ed. Emmaüs).
Ceux qui révèlent des dispositions à l’animation de groupes d’étude biblique ou à la présidence de réunions devraient être « lancés » dans des groupes restreints afin de pouvoir s’exercer peu à peu à différentes formes du ministère de la parole: témoignage, prise en main d’une partie de la réunion, puis de l’ensemble, dans un petit groupe, puis dans une réunion plus importante.
La même fonction devrait pouvoir se faire — éventuellement en regroupant les intéressés de plusieurs Eglises — au niveau de la relation d’aide, des conseillers conjugaux, de l’animation des groupes de jeunes, des classes d’école du dimanche, des clubs d’enfants, de l’évangélisation pionnière…
Si le pasteur trouve à ses côtés des frères et des sœurs compétents, il se déchargera volontiers sur eux d’une partie de ses responsabilités spirituelles. On s’est habitué à consacrer une année ou plus à se préparer à défendre sa patrie ; le chrétien ne pourrait-il pas envisager aussi de mettre une ou plusieurs années à part pour se préparer à défendre sa foi, à servir Dieu et ses frères ? Si plusieurs membres d’une Eglise avaient passé par une école biblique ou une faculté de théologie tout en reprenant leur métier, cela élèverait certainement le niveau spirituel de cette communauté.
4. Coordination et formation : Il est possible de répartir ces tâches entre plusieurs, si l’Eglise compte un nombre suffisant de chrétiens mûrs et compétents. Dans une petite assemblée, la coordination est moins complexe. La formation, par contre, demanderait des soins particuliers, elle peut être assurée soit par des frères ayant fait des études théologiques et repris leur métier, ou par entente entre plusieurs Eglises. L’enseignement théologique décentralisé est la formule qui répond le mieux aux besoins de formation des membres d’Eglise engagés dans la vie professionnelle ou familiale.
5. Continuité : Elle peut être assurée par un plan systématique de prédications et d’études bibliques auquel se conformeront les différents « frères prêcheurs » (A. Kuen, 81, p. 33, 35). La continuité dans la direction peut être garantie par une organisation rationnelle du conseil des anciens et des diacres.
Dans une Eglise ayant un pasteur
Si nous examinons de la même manière les avantages d’un ministère pastoral non professionnel, un certain nombre d’entre eux peuvent être transférés — moyennant certaines précautions — dans une Eglise bénéficiant du ministère d’un serviteur à plein temps.
1. Le danger du cléricalisme peut être évité par une répartition des tâches spirituelles aussi bien que matérielles entre tous ceux qui ont reçu les dons correspondants et qui marchent selon l’Esprit. Un pasteur écrit à ce sujet : « Dieu a placé à côté de l’ancien à vocation pastorale que je suis, des frères qui sont aussi anciens… Je suis frère parmi mes frères et mon propre ministère est contrôlé par l’ensemble de la communauté devant laquelle j’ai à répondre de la manière dont je m’en acquitte. Je ne conduis pas l’Eglise en solitaire et peux m’absenter sans qu’elle s’écroule. Elle considère comme un privilège et une responsabilité d’avoir en son sein un frère plus disponible, appelé par Dieu à un ministère indispensable à sa croissance. A moi de veiller à ne pas empêcher d’autres dons d’éclore et ceux qui se manifestent de s’épanouir» (M. Decker, Servir en l’attendant, 1976, p. 72). Un ministère pastoral ainsi conçu échappe au danger signalé.
Cela implique de la part du pasteur qu’il encourage les frères que le Seigneur a qualifiés pour ce ministère à se charger de différentes prédications, qu’il les forme afin qu’ils arrivent à faire aussi bien que lui. « Il n’est pas bon que le seul habilité à prêcher soit le « spécialiste », celui qui, depuis de nombreuses années peut-être, n’est plus confronté (si tant est qu’il l’ait été une fois) aux réalités du monde du travail, à ses contraintes, à ses conflits, à ses dilemmes. L’Eglise a besoin de « techniciens » connaissant les langues bibliques et armés pour faire l’exégèse d’un texte. Mais il n’est pas suffisant qu’un seul type d’hommes, de formation intellectuelle et plutôt littéraire, contribue à nourrir le troupeau. Le résultat risque d’être que la prédication ne touchera qu’un seul type de chrétiens, ceux qui ont un arrière-plan culturel et un niveau intellectuel similaire à celui du pasteur » (J. Blandenier, 82, p. 15).
Il veillera à ce que l’on établisse un tour de rôle entre les anciens pour tous les « actes pastoraux » : présidence des différentes réunions, repas du Seigneur, baptêmes, réunions de membres, d’anciens et de diacres, représentation de l’Eglise à l’extérieur… Sinon, il aura beau protester de son égalité avec les frères, ses actes parleront plus fort que ses déclarations. « Tout dépendra beaucoup du serviteur lui-même dans sa relation avec le prochain, écrit encore M. Decker. Une partie du fossé est déjà comblé lorsqu’au lieu d’être appelé ‘Monsieur le Pasteur’, il sera simplement le ‘frère untel’ qu’on nommera par son prénom ou par son nom de famille » sans que cela soit, de la part des jeunes, prétexte à une familiarité nivellatrice qui serait également incompatible avec le respect dont la Parole de Dieu demande d’entourer ceux qui exercent un ministère dans l’Eglise (1 Thessaloniciens 5.12-13 ; 1 Timothée 5.17 ; Hébreux 13.17).
Si, de plus, le pasteur a effectivement exercé une profession avant de se consacrer au ministère à plein temps, il parviendra plus aisément à se remettre à la place de « M. Tout-le-monde » et à transposer les disciplines acquises sur son nouvel état. Mais, comme le dit J. Blandenier, « la meilleure garantie contre le cléricalisme est sans conteste l’existence d’une Eglise vivante, vigilante, composée de chrétiens personnellement convertis, mûrs, responsables, engagés » (Semailles et Moisson, 3. 81, p. 8).
2. Indépendance : Pour la maintenir, le serviteur à plein temps a besoin de s’assurer constamment qu’il ne dépend que de Dieu. Alors il peut dire comme le pasteur cité : « Le fait d’être soutenu par la communauté que je sers n’a pas entravé ma liberté royale de messager de Dieu. Appelé par Dieu, c’est de lui que je dépends pour ma situation matérielle. Si certains de mes frères me coupaient les vivres à cause de ma fidélité, Dieu aurait encore de nombreux corbeaux en réserve… Dieu donne ce qu’il ordonne à ceux qui lui obéissent. D’autres serviteurs pourraient en dire autant. »
Cette indépendance dépend aussi, en partie, de la manière dont l’argent donné par les frères et sœurs lui est transmis. S’il lui parvient indirectement par le truchement d’un conseil de frères responsables devant l’Eglise de leur gestion, le serviteur de Dieu sera plus libre que s’il passe directement des troncs à ses mains. Une telle procédure, d’ailleurs, serait peu sage. Lorsqu’on voit quelles précautions l’apôtre Paul prenait en matière d’argent (2 Corinthiens 8.16-24), on ne saurait être trop prudent pour parer à toute suspicion éventuelle. La « marche par la foi » est parfaitement conciliable avec une saine et prudente gestion financière.
Quel que soit le mode choisi, l’Eglise devra veiller à ce que le pasteur reste vraiment libre de gérer selon sa conscience l’argent qui lui est remis — au même titre que n’importe quel autre chrétien. Cela signifie que les membres qui donnent de leur argent au Seigneur s’interdisent de juger la manière dont le serviteur de Dieu utilise la part qui lui en revient.
3. Répartition des tâches : Si, après plusieurs années dans une Eglise, le pasteur reste seul à accomplir la plupart des tâches, c’est souvent parce qu’il le veut bien — ou parce qu’il n’a jamais pris la peine de les répartir. Trouver des collaborateurs compétents, les initier, les former et les superviser est, certes, un travail qui, au début, viendra s’ajouter à tout le reste et le profit qu’on en tire n’est pas toujours immédiat. Parfois, il faut refaire soi-même le travail, ou trouver quelqu’un d’autre, ou consacrer à la correction autant de temps qu’on aurait mis à faire soi-même toute la tâche. Mais à la deuxième, la troisième, la nième fois, cela ira mieux et l’on peut se décharger progressivement d’un certain nombre de travaux absorbants — tout en donnant à d’autres le sens de leur participation effective à la vie du Corps.
A côté de la prédication assez fréquente et de l’enseignement, la répartition est la tâche principale et la plus absorbante d’un serviteur à plein temps : tout comme le chef d’orchestre ne joue d’aucun instrument lui-même mais coordonne le jeu de tous les membres de l’orchestre, le pasteur est essentiellement un animateur et un coordinateur. Mieux vaut un bon chef d’orchestre qu’un homme-orchestre. Un grand homme, a-t-on dit, n’est pas celui qui abat le travail de dix hommes, mais celui qui en met dix au travail. Hans-Ruedi Weber disait : « Le clergé, ainsi que les autres agents professionnels de l’Eglise, ont une responsabilité propre : former, préparer, aider et soutenir les laïcs dans leur ministère » (Salty Christians). Gibbs et Morton qui le citent ajoutent que c’est là, à leur avis, la « fonction première et spécifique » des pasteurs (66, p. 20-21).
4. Témoignage : Si le pasteur parvient avec l’aide de Dieu à stimuler le témoignage de la majorité des membres de son Eglise dans leur milieu professionnel, le résultat global sera supérieur à son propre témoignage, si exceptionnel fût-il. Former des témoins, leur fournir des « munitions » pour répondre aux différentes objections, est une tâche importante et absorbante. Elle sera d’autant plus efficace que le pasteur aura acquis lui-même son expérience dans son précédent milieu professionnel. D’autre part, le pasteur aura toujours des voisins et des personnes qu’il contacte dans ses différentes démarches auprès desquels il pourra directement témoigner.
5. Gestion des fonds : Les ressources d’une Eglise donnée sont, certes, limitées — mais pas le nombre de ses membres. Si, par le ministère efficace d’un serviteur à plein temps, l’Eglise peut doubler ou tripler (laissons à l’Amérique les exemples d’Eglises passant de 40 à 4000 membres sous la direction d’un pasteur), les ressources augmenteront dans les mêmes proportions et la part revenant aux œuvres extérieures peut être maintenue ou même agrandie. Ce qui serait encore mieux, c’est qu’en plus, sans toucher aux libéralités envers ces œuvres, l’Eglise puisse engager plusieurs serviteurs à mi-temps ou à plein temps pour les différents secteurs d’activité.
6. Pastorat monarchique : Tout dépend si cette formule est un but ou un moyen : si le fait d’avoir un seul pasteur par Eglise est conçu comme une étape transitoire ou comme la situation définitive et idéale. Cela dépend aussi du charisme prioritaire du serviteur engagé : si c’est un berger, il aura comme objectif premier de nourrir et de soigner les membres du troupeau ; si c’est un évangéliste, il cherchera avant tout à gagner de nouveaux chrétiens, donc à agrandir le troupeau. Lors qu’une Eglise engage un serviteur à mi-temps ou à plein temps, il serait bon qu’elle convienne immédiatement — avec le serviteur et avec l’ensemble de l’assemblée que, si Dieu le permet, ce premier pas n’est qu’une étape vers l’engagement de plusieurs serviteurs dégagés d’obligations professionnelles, pour que le pasteur engagé n’ait pas l’impression d’un manque de confiance ou d’une rupture de contrat lorsqu’on lui adjoindra un collaborateur. Ainsi, dès le départ, il pourra travailler en vue de ce moment: avoir l’œil ouvert sur les frères et sœurs qui pourraient le seconder utilement, les initier à différents travaux, les motiver éventuellement pour qu’ils consentent à laisser leur métier pour le service de Dieu et à consacrer peut-être une ou plusieurs années à se former dans une école biblique ou par des cours bibliques décentralisés.
Aux temps apostoliques, on recrutait les serviteurs de l’Eglise dans l’assemblée locale : les anciens nommés dans les Eglises de la Galatie étaient issus de ces Eglises (Actes 14.23), l’apôtre Paul demande à Tite d’établir « des anciens dans chaque ville s’il s’y trouve quelque homme irréprochable… » (Tite 1.5). Une telle manière de procéder évite l’un des inconvénients du pastorat tel qu’il est conçu dans beaucoup d’Eglises : le parachutage d’un pasteur dans une assemblée qu’il ne connaît pas. Il lui faudra bien une ou plusieurs années pour s’adapter à son climat, prendre ses habitudes, connaître les personnes, leurs problèmes ; les relations avec les autres Eglises…
Si chaque Eglise avait 2, 3 ou 4 anciens, diacres ou diaconesses détachés à mi-temps ou à plein temps pour le service de l’Eglise, chacun pourrait avoir sa sphère de responsabilité bien précise : pasteur-docteur, évangéliste, services pratiques et administratifs… La grande objection à une telle pratique est la charge financière qu’elle entraîne pour une assemblée. Différentes solutions peuvent être envisagées : une Eglise avec une centaine de membres salariés devrait pouvoir soutenir deux ou trois serviteurs sans négliger d’autres soutiens, certains d’entre eux pourraient être engagés à mi-temps, ce qui réduirait les frais et leur maintiendrait le contact avec le milieu professionnel. Deux ou trois Eglises proches pourraient aussi s’entendre pour soutenir un frère ou une sœur chargé d’un service spécialisé (jeunesse, enseignement catéchétique, diaconie, visites de malades, de personnes âgées, évangélisation…).
Si plusieurs anciens d’une Eglise étaient prêts à réduire leur activité professionnelle pour pouvoir consacrer davantage de temps à l’Eglise, celle-ci bénéficierait certainement d’une contribution qui vaudrait largement la participation financière qu’elle leur offrirait pour compenser leur manque-à-gagner.
Enfin, avec l’abaissement progressif de l’âge de la retraite, de nouvelles possibilités de service à plein temps bénévoles s’offrent aux Eglises : des femmes et des hommes mûrs qui peuvent mettre au service du Seigneur une expérience précieuse de vie et de service chrétiens. En même temps, cette vocation résout, pour beaucoup d’entre eux, l’un des problèmes les plus épineux liés à la cessation de toute activité professionnelle : se sentir encore utile à quelque chose (voir P. Tournier : Apprendre à vieillir, Neuchâtel, 1971, p. 52-93, 148-186). Cela suppose, évidemment, qu’un tel engagement soit préparé à longue échéance par une intégration active dans les services de l’Eglise et une formation continue — complétée éventuellement par une « école biblique du troisième âge », faisant pendant aux « universités du troisième âge ». C’est dans le domaine des visites, de la relation d’aide, du secrétariat, de la comptabilité, de la coordination… que l’aide de chrétiens expérimentés sera particulièrement appréciée.
De cette confrontation des avantages réciproques du pastorat professionnel et non-professionnel se dégage une image du ministère sensiblement différente de celles auxquelles nous sommes habitués.
Résumons en grandes lignes les conclusions auxquelles nous amènent l’étude de la Bible et l’expérience :