La souffrance et le mal pourquoi ?

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Nous ignorons l’origine du mal

Devant la contradiction apparente entre la liberté de l’homme et la souveraineté de Dieu, un certain nombre de penseurs chrétiens avouent simplement que nous ne pouvons pas connaître l’origine du mal – ce qui ne signifie pas indifférence devant la réalité du mal et de la souffrance humaine.

La Bible n’ignore pas nos questionnements et notre révolte devant certaines situations incompréhensibles, en particulier devant la souffrance des innocents.

Abraham est choqué par la sévérité de Dieu qui veut détruire Sodome et Gomorrhe. Il objecte que Dieu ne peut pas faire périr les justes avec les méchants, il marchande avec lui (Genèse 18.23-25), mais il est obligé de reconnaître la justice de Dieu – qui fait d’ailleurs sortir de la ville le seul juste qui s’y trouvait, Lot, accompagné de ses deux filles.

Jérémie est troublé parce que « la voie des méchants est prospère » et « tous les perfides vivent en paix » (Jérémie 12.1-6). Dieu semble y être indifférent. Il ne lui en donne pas la raison, car il n’est pas obligé de se justifier devant sa créature ; il nous demande simplement de lui faire confiance.

Dans le Psaume 73, Asaph se trouve devant le même problème ; il en devient aigri et amer, mais il trouve la réponse en pénétrant dans le sanctuaire, c.-à-d. dans la présence de Dieu : il considère le sort final des méchants (v. 17-20) et son bonheur à lui, dû à la bonté de Dieu à son égard (v. 23-28).

Habaquq est bouleversé par l’annonce du jugement qui fondra sur le peuple d’Israël, exécuté par les Chaldéens, des gens cruels, égoïstes et cupides. Mais Dieu lui fait savoir qu’il jugera même ceux qu’il emploie pour être « le bâton de sa colère ». Quant à lui, c’est dans sa foi qu’il trouvera son salut (2.4 : un verset qui servira de fondement à la doctrine de la justification par la foi dans le Nouveau Testament).

Malachie, placé devant le même problème, reçoit une réponse analogue (3.16-18).16

16 D’après H. Bryant. 86 p. 19-31.

L’Ecriture sainte affirme avec une force égale la liberté de l’homme et la souveraineté de Dieu.

La liberté de l’homme

« L’élection de l’homme, tiré du néant, pour être le bien-aimé de Dieu, et donc (en un certain sens) celui dont Dieu a besoin, celui que Dieu désire, Lui qui, abstraction faite de cet acte, n’a besoin de rien, ne désire rien, puisqu’il possède et qu’il est, éternellement, tout bien » (C.S. Lewis, 50 p. 76) ; cette élection restera toujours un mystère pour nous. Mais s’il est une chose dont nous pouvons être sûrs, c’est que Dieu veut notre bonheur : le mot heureux apparaît plus de 150 fois dans la Bible et le mot bonheur quelque 60 fois.

Or, le bonheur est impensable sans la liberté. Et, qui dit liberté, dit faculté de choisir entre deux solutions : la bonne et la mauvaise. Mais choisir la mauvaise solution, c’est ouvrir la porte au mal. « Il a plu à Dieu de nous créer libres. Le péché et la souffrance entrent dès lors inévitablement dans la symphonie pathétique où l’amour divin triomphe des rebelles sans les violenter. C’est une aventure inouïe qui laisse au mal sa carrière et à la Providence sa victoire » (M. Nédoncelle, Préface à C.S. Lewis, 50 p. 18).

La Bible n’enseigne nulle part de manière formelle la liberté de l’homme, pas plus qu’elle ne prouve l’existence de Dieu, mais tout le message qu’elle nous transmet repose sur ce postulat : l’homme est libre d’obéir ou non à ce que Dieu lui demande. Certains textes présupposent plus directement cette liberté ; Dieu dit au peuple d’Israël avant son entrée dans le Pays de la promesse : « Ecoutez, je propose aujourd’hui à votre choix la bénédiction et la malédiction : la bénédiction si vous obéissez aux commandements de l’Eternel votre Dieu, ceux que je vous donne aujourd’hui; ou la malédiction, si vous n’obéissez pas aux commandements de l’Eternel votre Dieu, et si vous vous écartez de la voie que je vous trace moi-même aujourd’hui, pour vous rallier à d’autres dieux que vous ne connaissez pas » (Deutéronome 11.26-28).

Un peu plus tard, il répète cette même offre dans des termes encore plus solennels : « Je prends aujourd’hui le ciel et la terre à témoins : je vous offre le choix entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisissez donc la vie, afin que vous viviez, vous et vos descendants. Choisissez d’aimer l’Eternel, votre Dieu, de lui obéir et de lui rester attachés, car c’est lui qui vous fait vivre et qui pourra vous accorder de passer de nombreux jours dans le pays que l’Eternel a promis par serment de donner à vos ancêtres Abraham, Isaac et Jacob » (30.19-20).

Le prophète Esaïe parle d’un âge où l’enfant sait « rejeter le mal et choisir le bien » (7.15). Dans le dernier chapitre de son livre, Dieu se plaint de son peuple en disant : « Ils ont choisi ce qui me déplaît » (66.4).

Le prophète Ezéchiel transmet un message de Dieu qui envisage deux possibilités supposant la liberté de l’homme : le méchant qui se détourne de la voie qu’il a suivie jusque-là et renonce à ses péchés et ses fautes, et le juste qui abandonne la droiture et se met à faire le mal (18.23-30).

Libres de choisir

Le verbe choisir implique nécessairement deux ou plusieurs options et la liberté de choix entre elles. Si je dis à un enfant : « choisis ! », c’est que je lui propose deux ou trois cadeaux entre lesquels il pourra prendre librement l’un d’eux. Si je décide par avance celui que je veux lui donner et le lui impose s’il opte pour un autre, il m’objectera avec raison : « Pourquoi tu m’as dit de choisir ? » Il pourrait même me dire que je n’étais pas honnête en lui proposant un choix. C’est le reproche que les hommes pourraient faire à Dieu s’ils n’étaient pas effectivement libres de choisir entre le bien et le mal, entre ce qui lui plaît et ce qui leur plaît (et lui déplaît).

Le Nouveau Testament n’est pas moins clair ; la plupart des promesses et des menaces qu’il contient sont conditionnelles et introduites par des expressions comme « celui qui », « si vous… », « si quelqu’un », etc. Plus de 700 fois nous y trouvons ces expressions associées à des conditions à remplir pour bénéficier des promesses ou éviter d’encourir les dangers signalés. Si l’homme n’était pas libre de répondre d’une manière ou d’une autre à ces appels, s’il était déterminé par un décret divin à réagir soit positivement soit négativement, ce serait une ironie d’une cruauté inconcevable de la part d’un Dieu d’amour de le lui laisser croire. D’autre part, les centaines de verbes à l’impératif que les évangiles et les épîtres nous transmettent présupposent, chez ceux auxquels ces ordres sont adressés, la possibilité de les suivre – ou de ne pas y obéir.

Jésus a dit : « Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si mon enseignement vient de Dieu ou si je parle de ma propre initiative » (Jean 7.17). Vers la fin de son ministère, il se lamente sur le sort qui attend Jérusalem : « Combien de fois j’ai voulu rassembler tes habitants auprès de moi comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes. Mais vous ne l’avez pas voulu » (Matthieu 23.37).

Le principe que l’apôtre Paul rappelle aux Galates : « Ce qu’un homme aura semé, il le récoltera » (Galates 6.7) repose sur ce postulat de la liberté. Il l’illustre par les deux possibilités qui s’offrent à chacun : « Celui qui sème pour satisfaire l’homme livré à lui-même… Celui qui sème pour l’Esprit ». Dans l’épître aux Corinthiens, il évoque le cas de quelqu’un qui « a pris en lui-même une ferme résolution (de rester célibataire), sans y être contraint, mais dans la pleine possession de sa volonté… » (1 Corinthiens 7.37). D’ailleurs, en supprimant la liberté, on supprimerait du même coup le devoir et la responsabilité ainsi que toute valeur morale.

Le témoignage des philosophes

Depuis l’antiquité (Socrate, Platon, Aristote) en passant par le Moyen Age (Dun Scott) aux modernes (Descartes, Leibniz, Spinoza, Kant, Renouvier, bachelier, Boutroux, Bergson), tous les philosophes ont réfléchi à ce problème de la liberté et tous ceux qui sont cités ont affirmé que l’homme est libre.

Descartes dit, par exemple : « Nous sommes tellement assurés de notre liberté morale qu’il n’y a rien que nous connaissions plus clairement ». Bergson : « Notre conscience saisit la liberté comme un fait. Parmi les faits que l’on constate, il n’en est pas de plus clair. Chacun de nous a le sentiment immédiat de sa libre spontanéité : il se sent libre ». Devant certaines décisions, nous jouons à pile ou face. Qu’est-ce que cela prouve ? Qu’à ce moment-là les conditions pour choisir l’une ou l’autre solution sont remplies, mais que nous ne désirons pas prendre nous-mêmes la décision, nous la remettons à une puissance extérieure (le hasard, le « sort »).

Objections

Mais, objecteront peut-être certains, puisque Dieu est omniscient, il pouvait prévoir que l’homme mésuserait de la liberté, pourquoi la lui a-t-il quand même donnée ?

Nous ne sommes évidemment pas à la place de Dieu pour répondre à cette question. Mais je crains fort que ceux qui critiquent le plus cette disposition seraient certainement les premiers à réclamer cette liberté si elle leur était enlevée. Accepteraient-ils d’aller tous les matins prier à l’église parce que Dieu le leur imposerait comme une nécessité à laquelle il n’y a pas moyen d’échapper, une loi aussi impérieuse que les lois physiques ? De faire obligatoirement leur éducation physique quotidienne – parce que cela est bon pour leur santé ? D’épouser cette femme raisonnable et terne avec laquelle la vie conjugale ne sortira jamais de l’ornière sage et monotone ? Accepteraient-ils de vivre sous une dictature qui ambitionnerait de faire leur bonheur malgré eux ?

Des incroyants objectent parfois : « Dieu savait que l’homme abuserait de sa liberté. Pourquoi la lui a-t-il laissée. Il est donc responsable de tout le mal qui a découlé de la chute ».

« Avant d’accuser Dieu de ne pas empêcher le péché et la souffrance, dit B. H. Edwards, pensons aux alternatives.

« Les gouvernements ont la possibilité de limiter le taux de criminalité par une réduction importante de la liberté personnelle. Il existe dans une démocratie une organisation du crime, des sectes dangereuses et une immoralité flagrante que ne connaissent pas les régimes totalitaires…

« De nombreux pays ont aujourd’hui choisi d’accepter une certaine violence et d’autres maux au sein de leur société comme la rançon indispensable de la liberté et du respect de l’individu. Ils considèrent l’alternative comme un mal supérieur et inacceptable qui viole les droits fondamentaux de l’homme.

« Tout risque d’agression pourrait peut-être disparaître par l’imposition d’un couvre-feu absolu fixé à dix-huit heures. Néanmoins, nous ne tenons pas le gouvernement moralement responsable des agressions actuelles sous prétexte qu’il n’a pas instauré un tel couvre-feu. A nos yeux, la liberté personnelle de sortir ou de rester à la maison vaut bien la violence encouragée chez certains par cette même liberté.

« Il en va de même quand Dieu, malgré toute la souffrance qui en a résulté dans le monde, laisse à l’homme la possibilité de commettre le péché. Dans le cas contraire, il lui aurait fallu établir un régime répressif transformant l’homme en robot » (91 p. 51-52).

La liberté : condition essentielle du bonheur

Nous sentons bien que la liberté est la condition essentielle de notre bonheur. L’homme renonce à tout pour gagner – ou regagner sa liberté. L’histoire contemporaine nous en offre maints exemples. Le titre que Kravschenko a donné au récit de son évasion d’un pays où il se sentait privé de cette liberté pourrait bien servir de devise à toute l’histoire humaine : « J’ai choisi la liberté ».

La liberté est aussi la condition sine qua non d’une relation d’amour et de communion avec Dieu. Car il ne veut pas entretenir avec nous des relations d’inventeur à robot, mais de père à fils, d’Epoux à Epouse (c’est l’image qu’il emploie lui-même dans sa Parole), les deux s’étant librement choisis ou acceptés, et persévérant dans une communion fondée sur l’amour.

Mais la liberté, condition du bonheur de l’homme et d’une vraie communion avec Dieu, est aussi la source d’une grande partie des souffrances de l’humanité. Parce que l’homme peut choisir entre le bien et le mal, il peut donc opter pour le mal – pour lui-même comme pour les autres. La loi oblige toute publicité pour des boissons alcooliques à porter la mention : « L’abus d’alcool est mauvais pour la santé ». L’expérience prouve que non seulement la santé de celui qui en abuse est ruinée, mais que le bonheur de toute sa famille est compromis. Alors pourquoi des gens continuent-ils à abuser de l’alcool ? Parce qu’il y a en l’homme une force qui le pousse au mal. La Bible nous explique que nos premiers parents ont délibérément choisi le mal en désobéissant à la seule interdiction par laquelle Dieu avait limité leur liberté. Ils ont ainsi créé un sillage dont il nous est impossible de sortir. Et l’expérience prouve qu’aucun homme n’est encore parvenu à se dégager entièrement de l’emprise du mal.

Aucun ? Si : un seul, un homme dont tous les témoins s’accordent à dire qu’il n’a jamais cédé aux incitations du mal : Jésus-Christ. Il a été l’homme le plus libre que la terre a portéé- : libre vis-à-vis du mal – et du Malin – mais aussi vis-à-vis des autres, des préjugés et des tabous humains. Cette liberté, il veut en faire cadeau à ceux qui acceptent de le suivre : « Jésus dit aux Juifs qui avaient mis leur foi en lui : Si vous vous attachez à la Parole que je vous ai annoncée, vous serez vraiment mes disciples. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité fera de vous des hommes libres » (Jean 8.31-32). L’apôtre Paul confirme la vérité de cette promesse : « Le Christ nous a rendus libres pour que nous connaissions la vraie liberté… Oui, mes frères, vous avez été appelés à la liberté » (Galates 5.1, 13).

La souveraineté de Dieu

Cependant, tout aussi clairement que la liberté, le souveraineté de Dieu est affirmée sans l’ombre d’un doute dans les écrits de l’ancienne comme de la nouvelle alliance : « Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut » (Psaume 115.3 ; cf. 135.6). Il « met en œuvre toutes choses selon l’intention qui inspire sa décision » (Ephésiens 1.11). Or, l’Ecriture englobe sous la souveraineté divine aussi les décisions des êtres libres : « L’homme fait des projets, mais celui qui a le dernier mot, c’est l’Eternel… L’homme projette de suivre tel chemin, et Dieu dirige ses pas » (Proverbes 16.1, 9). Parlant des Egyptiens, l’auteur du Psaume 105 dit que « Dieu changea leur attitude : ils se mirent à haïr le peuple de Dieu » (v. 25). Paul écrit aux chrétiens : « C’est Dieu lui-même qui agit en vous pour produire à la fois le vouloir et le faire conformément à son projet plein d’amour » (Philippiens 2.13).

« L’assurance de la souveraineté de Dieu… nourrissait l’humble confiance, elle versait le baume de la consolation : ‘Tu me piles, Seigneur, disait Calvin dans les tortures de la maladie, mais il me suffit que c’est de ta main’. Elle seule peut apaiser, au-delà du pardon, l’angoisse d’avoir causé des torts irréversibles : cela même est dans la main de Dieu : etiam peccata (‘jusqu’aux péchés’) ; en le comprenant dans son plan, il nous décharge du souci insupportable d’être l’instance dernière (cf. Genèse 45.8). Il est le Premier et le Dernier. Il règne » (H. Blocher, 90 p. 138-139).

Genèse 45.8 rapporte cette parole de Joseph à ses frères : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu ». Plus tard, il leur dira : « Vous aviez projeté de me faire du mal, mais par ce que vous avez fait, Dieu a projeté de faire du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux » (50.20). Dieu n’a pas « changé le mal en bien » (comme traduit Segond), il a « pensé pour le bien » ce que les frères de Joseph avaient pensé en mal ; lorsque le mal était fait, Dieu est intervenu et en a tiré un bien. On peut en dire autant du mal suprême : la crucifixion du Fils de Dieu. Les hommes qui ont condamné ont librement décidé d’éliminer ce gêneur qui contrariait leurs plans ; leur responsabilité dans cette décision est entière ; ceux qui l’ont prise contre leur conscience ont commis un péché irrémissible (Matthieu 12.32). Mais Dieu a « pensé pour le bien » ce crime abominable, « pour sauver la vie à un peuple nombreux ». La Croix révèle à la fois « la réalité abominable du péché, la souveraineté entière du Seigneur (Actes 2.23) » et « sa bonté sans mélange » sa sainteté comme son amour (H. Blocher, 90 p. 150-151).

Dans Esaïe 45.7, Dieu déclare : « J’ai formé la lumière et créé les ténèbres, je donne le bonheur et je crée le malheur. Oui, c’est moi, l’Eternel, qui fais toutes ces choses ». Jérémie le confirme : « Par sa parole, le Très-Haut ne suscite-t-il pas et le malheur et le bonheur ? » (Lamentations 3.38).

Dans le Psaume 139, David, parlant de sa vie pré-natale dit : « Je n’étais encore qu’une masse informe, mais tu me voyais et, dans ton registre, se trouvaient déjà inscrits tous les jours que tu m’avais destinés alors qu’aucun d’eux n’existait encore » (v. 16).

Certes, la pré-connaissance n’implique pas la pré-détermination. Norman Geisler dit que Dieu vit en dehors des limites du temps, il voit toute l’éternité : passé, présent, futur, comme un éternel présent. « Par conséquent, s’il ne pré-voit pas réellement, il est également vrai qu’il ne prédétermine pas les choix libres » (N.L. Geisler, 78 p. 31).

Philip Yancey illustre cette pensée en prenant l’explosion d’une super-nova observée par un astronome en 1987, mais qui s’est produite, en fait, 170000 ans auparavant, la lumière ayant mis tout ce temps pour parvenir à la terre. Quelqu’un d’assez grand pour voir en même temps ce qui se passe dans tous les coins de l’univers pourrait donc « voir » simultanément du point de vue de la « super-nova 1987 », la terre d’il y a 170000 ans ou, du point de vue de la terre, tout l’avenir de la super-nova durant cette période.17

17 Déçus par Dieu Deerfield Calif., Vida 1990 p. 193-195.

Prescience et prédestination

On s’est même basé sur cette pré-connaissance divine pour défendre la liberté de l’homme en disant qu’une telle connaissance avant l’événement ne pouvait porter que sur quelque chose d’extérieur à Dieu ; or, la seule chose qui lui soit extérieure est celle qu’il a volontairement abandonnée : la libre décision humaine.

Se fondant sur deux versets qui mettent la prescience divine en relation avec le salut, on a tenté d’« expliquer » la relation entre la liberté humaine et la prédestination divine. Dans Romains 8.29, Paul dit que « ceux que Dieu a connus d’avance, il les a aussi destinés à devenir conformes à l’image de son Fils ». Qu’a-t-il connu d’avance ? La réponse que chacun donnerait à l’offre de sa grâce. Ceux qui l’accepteront, « ceux qu’il a ainsi appelés, il les a aussi déclarés justes… » (v. 30). L’apôtre Pierre adresse sa première lettre à ceux qui sont « élus selon la prescience de Dieu » (1 Pierre 1.2 Segond). La suite logique des événements serait donc : 1. L’offre de la grâce. 2. La réponse positive de certains. 3. La pré-connaissance de cette réponse. 4. Leur élection.

On a toutefois reconnu que cette construction « logique » reposait sur des bases linguistiques et bibliques trop fragiles. Le mot prognosis traduit par prescience pouvait bien avoir le sens de pré-détermination (La Bible du Semeur traduit : « ceux qu’il a choisis d’avance »). Le verbe de Romains 8.28 « correspond à un hébraïsme qui n’a jamais le sens de prévoir, mais celui de choisir, aimer, préférer (Psaume 144.3 ; Amos 3.2 ; Nahum 1.7 ; Matthieu 7.23) » (G. Deluz, 42 p. 99).

Bâtir un système de conciliation entre la prédestination et la liberté sur la notion de « prescience » risque d’aboutir à une prédestination ex praevisis meritis comme le jésuite Molina l’a développée. « Dieu ne devient pas le spectateur des libres décisions humaines pour se laisser déterminer par elles dans son plan » (Id. p. 99).

S. Augustin et les Réformateurs, en particulier Luther, ont démontré que l’homme est incapable de prendre par lui-même une décision libre pour Dieu. « Seul Dieu peut œuvrer à la racine de notre être pour libérer le serf-arbitre » (H. Blocher). « C’est par un secours envoyé d’En-haut que l’homme accomplit la justice de Dieu… Le libre arbitre n’a de force que pour pécher… la grâce de Dieu prévient celui qui ne veut pas et le fait vouloir » (S. Augustin Ench. ad Laur. 32, T III f° 35, col. 2).

Adam avait peut-être la liberté réelle devant le choix qui lui était proposé ; nous ne l’avons plus et notre conversion, comme notre salut est un don de Dieu, comme les croyants de Jérusalem l’ont reconnu : « Dieu a aussi accordé aux non-Juifs de se convertir (litt. : la metanoia, le changement) pour recevoir la vraie vie » (Actes 11.18).

D’autre part, il y a, dans la Parole de Dieu, des versets très clairs fondant la doctrine de la prédestination. A Antioche de Pisidie, « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurenté- » (Actes 13.48). Paul dit aux Romains : « Or, Dieu a un plan qui s’accomplit selon son libre choix et qui dépend, non des actions des hommes, mais uniquement de la volonté de celui qui appelle… Je ferai grâce à qui je veux faire grâce, j’aurai pitié de qui je veux avoir pitié. Cela ne dépend donc ni de la volonté de l’homme, ni de ses efforts, mais de Dieu qui fait grâce… Ainsi donc, Dieu fait grâce à qui il veut et il endurcit qui il veut » (9.9-18). « Ce que le peuple d’Israël cherchait, il ne l’a pas trouvé ; seuls ceux que Dieu a choisis l’ont obtenu » (11.7).

« En Christ, bien avant de poser les fondations du monde le Père de notre Seigneur Jésus-Christ nous avait choisis pour que nous soyons saints et sans reproche devant lui. Puisqu’il nous a aimés, il nous a destinés d’avance à être ses enfants qu’il voulait adopter par Jésus-Christ. Voilà ce que, dans sa bonté, il a voulu pour nous… Et c’est aussi en Christ que nous avons été choisis pour lui appartenir conformément à ce qu’avait fixé celui qui met en œuvre toutes choses, selon l’intention qui inspire sa décision » (Ephésiens 1.4-5, 11).

« C’est lui qui nous a sauvés et nous a appelés à mener une vie sainte. Et s’il l’a fait, ce n’est pas à cause de ce que nous avons fait, mais bien parce qu’il en avait librement décidé ainsi, à cause de sa grâce. Cette grâce, il nous l’a donnée de toute éternité en Jésus-Christ » (2 Timothée 1.9 ; cf. 2.10).

« La doctrine de l’élection fonde notre assurance du salut et nous amène à l’adoration. Si notre salut dépend de notre vouloir ou de nos actions, il demeure incertain. Personne qui s’est aujourd’hui « décidé de suivre Jésus » et pense pour cela être sauvé ne peut se fier à sa décision. Nous pouvons seulement avoir une assurance du salut lorsque c’est la volonté et l’action de Dieu qui nous a sauvés. Puisque le message de l’élection nous place devant le Dieu tout-puissant et miséricordieux, on ne peut l’aborder que dans l’adoration; plus nous approfondissons cette doctrine à partir de la Bible, plus nous sommes poussé à adorer Dieu. Car son action est pleine de sagesse et d’une connaissance qui nous dépasse de loin comme le confesse l’apôtre Paul dans Romains 11.33-36 : ‘Combien profondes sont les richesses de Dieu, sa sagesse et sa science ! Nul ne peut sonder ses jugements. Nul ne peut découvrir ses plans. Car, Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller18 ? Qui lui a fait des dons pour devoir être payé de retour19 ? En effet, tout vient de lui, tout subsiste par lui et pour lui. A lui soit la gloire à jamais ! Amen’ ».20

18 Esaïe 40.13 cité selon l’ancienne version grecque.

19 Job 41.3.

20 Th. Jeising Bibel und Gemeinde Janv.-mars 2009 p. 65.

Faut-il concilier ?

La souveraineté de Dieu et la liberté de l’homme sont deux lignes parallèles qui courent à travers toute l’Ecriture. Autrefois, on définissait les lignes parallèles comme étant des lignes « qui ne se rencontrent jamais ». On préfère dire aujourd’huié : « qui se rencontrent dans l’infini ». Nous croyons qu’il en sera ainsi de ces deux lignes qui constituent notre « écharde dans la raison, même la raison renouvelée du croyant… L’Ecriture nous enseigne que nous ne trouverons pas, du moins dans cette vie, la solution rationnelle tant recherchée. Elle ne nous la donne pas… Il n’y a pas, pour les pèlerins que nous sommes, de solution rationnelle au problème du mal : au problème théorique de l’origine du mal… le mystère du mal est l’unique mystère opaque, unique comme le mal lui-même sui generis » (H. Blocher, 90 p. 146-148).

Il est, certes, humiliant pour notre raison raisonnante de ne pas tout comprendre, mais qui nous dit que nous devons tout comprendre ? N’est-ce pas la vieille tentation de vouloir être « comme Dieu » (Genèse 3.5) ? « Il n’y a pas à comprendre le mal, mais à le combattre… ce qu’on croit perdre au plan spéculatif, on le gagne au plan existentiel. Et nous pensons surtout à l’horizon de la tâche pratique : à la fin du mal plus intéressante que l’origine. Alors cesseront les ‘jusques à quand ?’ plus lourds que les ‘pourquoi ?’» (H. Blocher, 90 p. 149-150).

« Le mal demeure un mystère. En fin de compte, toute tentative d’expliquer le mal est soit une simplification excessive, soit une falsification. Cependant, il est nécessaire de prendre ce mystère au sérieux si nous voulons donner à la vie quelque chose qui ressemble à un sens » (A.D. Verhey, 82 p. 210).

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