Abraham l’ami de Dieu

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Alliance

(Genèse 17.1-27)

En lisant les chapitres qui retracent la vie d’Abraham, nous avons l’impression que Dieu lui parle constamment – et nous l’envions. N’oublions pas que 24 années ont passé depuis son départ de Harân, durant lesquelles Dieu ne lui est apparu que trois fois. Entre les chapitres 16 et 17 s’insèrent 13 années où Dieu est resté silencieux, et où rien de spectaculaire n’est arrivé ; Abram était simplement appelé à marcher par la foi. Cela peut encourager les chrétiens qui s’attendent constamment à des manifestations extraordinaires dans leur vie ; l’essence de la vie chrétienne consiste dans une attitude quotidienne de fidélité à Dieu. « Plus nous sommes près de Dieu, plus il peut exiger de nous, et si sa parole n’est plus pour nous l’autorité suprême, alors il nous éduque par un saint silence » (O. Stockmayer, p. 89).

Donc, pendant treize ans, après la désobéissance d’Abram, Dieu s’est tu, jusqu’à ses 99 ans, alors il s’est approché de lui. A présent, tout espoir d’une naissance naturelle est illusoire, car Saraï avait plus de 90 ans.

« Ce que nous savons, c’est que Dieu n’est jamais pressé et qu’il forge la vie des chrétiens au travers du lent processus de maturation quotidienne, autant que par l’aspect plus spectaculaire d’une confrontation soudaine » (D. Lane, p. 87).

Les documents du 2e millénaire av. J.-C. nous font connaître une forme alors courante de contrats : les alliances. Dieu a calqué son alliance avec Abram (et plus tard avec son peuple) sur le modèle de ces traités d’alliance – qui commencent toujours par une présentation du souverain qui propose l’alliance. Ici Dieu se présente sous un nouveau nom : « Je suis El Shaddaï : le Dieu tout-puissant » – auquel rien n’est impossible. Il demande l’obéissance de son vassal Abram et énonce ses promesses : « Conduis ta vie sous mon regard et comporte-toi de manière irréprochable ! Je conclurai une alliance avec toi et je multiplierai ta descendance à l’extrême ». Puis, il donne un nouveau nom à Abram et développe davantage la promesse qu’il lui a faite antérieurement : « Voici quelle est mon alliance avec toi : Tu deviendras l’ancêtre d’une multitude de peuples. Désormais ton nom ne sera plus Abram (Père éminent), mais Abraham (Père d’une multitude), car je ferai de toi le père d’une multitude de peuples ». Ces promesses (amplifiées dans les v. 6-8) sont suivies des obligations que le souverain attend de son vassal : « Puis Dieu ajouta : De ton côté, tu observeras les clauses de mon alliance, toi et ta descendance, de génération en génération » (v. 9). Cette obligation consiste dans la circoncision de tous les hommes du peuple.

L’alliance est entièrement due à l’initiative de Dieu ; elle n’est pas un contrat bipartite, comme cela aurait été le cas si Dieu était venu chez Abram en lui disant : « Si tu fais ceci pour moi, je ferai cela pour toi ». Ce serait une religion des œuvres comme dans toutes les religions humaines. L’alliance repose entièrement sur la grâce de Dieu.

« Abram se prosterna, la face contre terre », reconnaissant la souveraineté de l’Eternel et sa toute-puissance. Dieu change aussi le nom de Saraï (ma princesse) en Sara (Princesse) (v. 15) ; elle sera mère de plusieurs nations et de rois – dont le Roi des rois.

L’alliance établie par le sacrifice au chapitre 15 était privée. A présent, il fallait la rendre publique. Elle avait été un acte inconditionnel de Dieu dans lequel Abram n’avait joué aucun rôle ; maintenant, Dieu va lui demander une réponse. Treize années ont passé depuis la naissance d’Ismaël (16.16 ; 17.1). L’Eternel ne l’a pas oublié. Il lui apparaît en se présentant comme El Shaddaï& : le Dieu tout-puissant, c.-à-d. celui qui est capable d’accomplir sa promesse, de lui donner un fils, même si Abram a 99 ans ; il est celui qui contrôle la destinée des peuples et qui peut donner à ses descendants ce pays à présent habité par d’autres nations.1

1 Pourquoi Dieu se présente-t-il de cette manière à Abram ? Voir dans l’EDB I l’entrée Genèse 15.7 qui établit le parallèle entre cette présentation et celle des traités hittites. Dans l’entrée Genèse 17.1 : Comment comprendre les termes de cette alliance avec Abram ? et Que signifie ce nom sous lequel Dieu se révèle ici à Abram ? Dans l’entrée 15.7-11, 17-19 : Comment comprendre ce qui s’est passé lors de la conclusion de l’alliance avec Abram ?

Il demande à Abram de « ;marcher devant lui », ce que la BS traduit par : « Conduis ta vie sous mon regard ». Ce verbe « marcher » a déjà été utilisé pour la conduite d’Hénoc, qui marchait avec Dieu (Genèse 5.24) et celle de Noé (6.9). Il rappelle que la vie est un pèlerinage avec différentes phases. Dans toutes, l’homme doit se conduire en étant conscient du regard de Dieu sur sa vie, désirant gagner son approbation en étant « irréprochable », tamîm, c.-à-d. limpide, intègre, n’ayant rien à cacher, entier : poursuivant de tout son être un même but, consacré entièrement à la cause de Dieu. La justification par la foi ne dispense pas d’une conduite irréprochable, elle la rend possible.

Dieu se manifeste à Abraham comme étant le « Dieu tout-puissant ». Que lui demande-t-il ? « Conduis ta vie sous mon regard et comporte-toi de manière irréprochable ! ». Cette conduite de manière irréprochable, c’est la marche par la foi. Abraham n’a pas à s’enquérir de ce que décrètent les lois de la nature : Dieu est au-dessus d’elles. Bien qu’il soit trop âgé pour engendrer un fils, bien que sa femme n’ait plus la possibilité de donner naissance à un enfant, Dieu lui dit : « je multiplierai ta descendance à l’extrême ». Conduire sa vie sous le regard du Tout-Puissant, c’est attendre de lui des miracles qui transcendent les lois naturelles. Se conduire de manière irréprochable, c’est aussi agir de manière juste, de sorte que ni Agar ne soit sacrifiée à Sara, ni Sara à Agar.

Devant ces promesses, la foi d’Abram vacille (v. 17-18), mais Dieu lui réaffirme ce qu’il lui a promis (v. 19, 21) ; il répond aussi à son souci pour Ismaël (v. 20).

Dieu dit : « Je conclurai (litt. : donnerai) une alliance » (v. 2) et « j’établirai (maintiendrai) mon alliance avec toi » (v. 7) : c’est lui qui prend l’initiative de cette alliance. Ces verbes ajoutent de plus l’idée d’une sécurité et d’une pérennité de l’alliance: elle ne change pas (comme les alliances humaines).

Dieu révèle à Abram ce qui se passera avant que ses descendants puissent prendre possession du pays promis : ils vivront pendant quatre cents ans en esclavage dans un pays étranger, car Dieu ne veut pas déjà châtier les habitants actuels du pays : ils n’ont pas encore mis le comble à leurs crimes.

Dieu promit à Abraham de lui donner le pays de Canaan : « Je te donnerai, ainsi qu’à ta descendance, ce pays de Canaan où tu vis maintenant en étranger et en nomade. Il sera votre propriété pour l’éternité. Et je serai le Dieu de ta descendance » (Genèse 17.8).

Un nouveau nom

L’alliance que Dieu établit avec Abram change son statut ; cela implique pour lui un nouveau nom qui rappellera la promesse de Dieu : « Je multiplierai ta descendance à l’extrême » (v. 2), car il s’appellera désormais Abraham : « Père d’une multitude ». Dieu précise ce que cela signifiera : « Je multiplierai à l’extrême le nombre de tes descendants et je te donnerai d’être à l’origine de diverses nations ; des rois même seront issus de toi » (v. 6). Cette promesse embrasse Ismaël, le fils à naître et tous ses autres descendants (25.1-4) ainsi que les rois des nations issues de lui. La durée de cette alliance est éternelle (v. 7). C’est aussi une alliance territoriale : Dieu donne à ses descendants le pays de Canaan (v. 8). Le nom nouveau symbolise la naissance d’Abram à une vie nouvelle.

« Le nouveau nom que reçoit le patriarche, ‘Abraham’, est très proche du premier, ce qui est un signe du respect de son identité, et en même temps une marque de la mission attachée à l’alliance ; en effet, Abraham signifie ‘père de multitude’. Partenaire de Dieu, toute sa vie est orientée par l’alliance » (R. Benz, p. 20-21).

Le changement de nom s’appliquera aussi à Sara : elle sera « la mère de plusieurs nations. Des rois et plusieurs peuples sortiront d’elle » (v. 15-16).

Saraï signifiait « ma princesse ». C’est son père qui lui avait donné ce nom, c’était un signe de possession. Marie Balmary y voit la raison de sa stérilité, car ce nom était « une erreur symbolique », « c’est un acte de parole qui rend impossible à l’être humain d’avancer dans la vie. Ici, une femme nommée par son père ‘ma princesse’ et qui continue d’être appelée ainsi après son mariage, se voit arrêtée dans son devenir-mère. Ce nom annule d’avance tout message de mariage ; demeurant à son père, elle ne peut être véritablement mariée à un autre et, n’étant symboliquement pas la femme d’Abram, elle ne peut être féconde… Abram hérite d’une affaire difficile. Sa femme a été dite sienne par un autre avant lui. Et il ne peut même pas l’appeler sans répéter cette possession ». Avant d’entrer en Egypte, Abram demande à sa femme de dire qu’elle est sa sœur. « Est-elle autre chose pour lui qu’une sœur, cette demi-sœur avec laquelle il n’a pas d’enfant ? Abram, exprimant ses craintes, révèle ce qui est dans son cœur à lui : il a pris pour femme la fille du père, la princesse du père. Il s’attend à ce qu’on la lui reprenne et qu’on le tue » (Le sacrifice interdit, p. 121). On comprend pourquoi Dieu changera son nom. Aussi, Marie Balmary intitule-t-elle le chapitre qu’elle consacre au changement de nom : « La guérison de Sara ».

Dieu intervient : « Tu ne l’appelleras plus ‘Ma princesse’ car ‘princesse’ est ton nom ». Seule la connaissance de l’arrière-plan permet de comprendre ce qu’impliquait ce changement de nom – qui est en fait un changement d’identité. « Ma » était le signe d’une possession, « princesse » est un titre d’honneur.

« Elle aurait très bien pu se sentir coupable d’avoir tout gâché. Dieu pouvait-il encore l’utiliser dans ses plans après ce qu’elle avait fait ? Il vint vers elle, non pour l’appeler ‘échec’, mais ‘princesse’, et il confirma à Abraham : ‘Je la bénirai et je te donnerai un fils d’elle’ (Genèse 17.16) » (D. Lane, p. 90).

« Pierre renia son Seigneur et devint pourtant un apôtre de premier plan. Paul persécuta l’Eglise, mais Dieu lui accorda sa grâce et l’utilisa pour propager l’Evangile plus qu’aucun autre. Sara a failli faire échouer les plans de Dieu par son stratagème, mais elle devint malgré tout la mère de l’enfant de la promesse. Elle dut, bien sûr, vivre avec les conséquences de sa faute, conséquences qu’elle devait endurer chaque jour. Il nous faudra peut-être, nous aussi, supporter les retombées de nos erreurs passées, mais ni Sara ni nous, n’avons à passer toute notre vie accablés par un insupportable sentiment de culpabilité pour une faute ou une erreur passée, ni surtout avec l’impression fausse que le Seigneur ne nous aime plus » (Id. Ibid.).

Le signe de l’alliance : la circoncision

A l’alliance inconditionnelle de l’Eternel devra répondre la consécration inconditionnelle d’Abraham et de ses descendants à leur Dieu. La circoncision fera partie des « clauses de l’alliance » (v. 14) que tout mâle du peuple devra respecter sous peine d’en être retranché. Bien qu’elle ait été connue en Egypte et dans d’autres pays d’Asie, la circoncision était inconnue en Mésopotamie. Elle témoignait de la grâce de Dieu sur les enfants nouveau-nés comme sur tous les membres du peuple de Dieu. Des étrangers « achetés comme esclaves » seront aussi intégrés au peuple par ce signe (v. 12).

Abraham obéit à l’ordre de Dieu et circoncit tous les hommes de sa « maison » (v. 22-27) y compris Ismaël. Les différentes branches des descendants d’Abraham respecteront ce signe ; cependant, la justification ne dépendra pas de l’obéissance à ce rite, mais de la foi qui l’a précédé.2

2 Quel est le sens de la circoncision ? Voir l’entrée Genèse 17.4-14 dans l’EDB I. Ce signe de la circoncision a-t-il été institué à ce moment-là ? Voir l’entrée Genèse 17.11 dans l’EDB I.

La vraie « circoncision du cœur » (Deutéronome 10.16) est celle que l’Esprit opère en nous (Romains 2.29). « En réalité, c’est nous qui sommes circoncis de la vraie circoncision puisque nous rendons notre culte à Dieu par son Esprit et que nous mettons toute notre fierté en Jésus-Christ au lieu de placer notre confiance dans ce que l’homme produit par lui-même » (Philippiens 3.3).

Questions

  1. Comment réagissons-nous lorsque Dieu est silencieux ?
  2. Nous savons que Dieu est le Tout-Puissant ? Quelle conséquence cette connaissance a-t-elle dans notre vie ?
  3. Notre nom – ou notre surnom – a-t-il un impact sur notre vie ?
  4. Que signifie pour nous la « circoncision du cœur » ?

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