Baptisé et rempli de l’Esprit

Chapitre XI

Signification de la seconde expérience

Plusieurs millions de chrétiens à travers le monde ont fait, après leur conversion, une seconde expérience, marquée souvent par une explosion involontaire de paroles inintelligibles. Ils disent avoir trouvé, par cette expérience, accès à une vie spirituelle plus riche, à une communion plus profonde avec le Seigneur, une louange plus libre et un témoignage plus efficace. Nous n’avons aucune raison de mettre leurs affirmations en doute, surtout si des fruits visibles confirment leur témoignage. Comme le dit H. Blocher, contester l’interprétation pentecôtiste du baptême de l’Esprit « ce n’est, en aucun cas, mépriser et condamner tout ce que des frères ont appelé de ce nom ».1

1 ICHTHUS, 1972, n° 19, p. 9.

Une expérience est authentiquement spirituelle si elle porte des fruits spirituels durables en nous et autour de nous. En énumérant aux Galates les œuvres de la chair et les fruits de l’Esprit (5.19-23), l’apôtre entendait leur donner un moyen de distinguer les uns des autres. Là où une expérience suscite l’orgueil et « les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions » (v. 20), elle porte visiblement la marque de la chair. Si elle épanouit « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi » (v. 22-23), elle s’authentifie comme fruit de l’Esprit.

Quelle peut donc être la signification de ces expériences appelées, à tort, « baptêmes du Saint-Esprit » ?

1. Nouvelle naissance

Nous avons vu que, d’après la Bible, le baptême du Saint-Esprit était l’entrée dans la vie chrétienne, la conversion ou la nouvelle naissance. Pour beaucoup de chrétiens, ce qu’ils appellent leur « baptême du Saint-Esprit » est effectivement ce que les auteurs bibliques appellent ainsi : cette expérience est leur véritable naissance à la vie spirituelle. Peut-être ont-ils eu auparavant une certaine connaissance plus ou moins intellectuelle de Christ, ou même fait quelques expériences préliminaires avec lui, ils ont répondu à un appel, levé la main dans une réunion d’évangélisation, ressenti quelque émotion heureuse, peut-être prié, lu la Bible et essayé pendant quelque temps de marcher d’une manière conforme à la volonté de Dieu. Mais, en fait, ils ne se sont jamais « donnés au Seigneur » (2 Co. 8.5), « con-vertis à Dieu en abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai » (1 Th. 1.9). Maintenant seulement, ils ont accepté Jésus comme Sauveur et Seigneur, ils ont trouvé l’assurance et la joie du salut, et cette joie a peut-être débordé de leur bouche en un langage nouveau, ils ont loué le Seigneur « en langues » et chanté les merveilles de Dieu. L’évêque anglican J.-C. Ryle a fait la même constatation : « J’ai souvent pensé, en lisant ces dernières années ce que beaucoup disent de leur « consécration », que ceux qui utilisent ce terme ont dû avoir auparavant une vue singulièrement minime et inadéquate de la « conversion » — si vraiment ils savent même quelque chose de la conversion. Bref, je soupçonne que, lorsqu’ils ont été consacrés ils ont, en fait, été convertis pour la première fois. »2

2 Holiness (156), p. 15.

Cela est vrai, en particulier, pour beaucoup de protestants et de catholiques engagés dans le Renouveau charismatique. Ils connaissaient intellectuellement beaucoup de vérités bibliques ; ils avaient eu, dans leur enfance ou leur jeunesse, une période de ferveur religieuse, ils ont même rêvé de devenir missionnaire ou d’entrer dans les ordres mais, maintenant seulement, ils ont accepté, par la foi, la mort de Jésus pour eux et ils lui ont remis totalement leur vie. L’« effusion de l’Esprit » est venue témoigner que leur offrande a été acceptée et que, maintenant, Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit est venu habiter en eux.

Les témoignages émanant des milieux pentecôtistes et charismatiques font état de différents effets positifs de cette expérience aux noms divers : « un surcroît de vie divine, la découverte de l’Hôte intérieur, une prière vivante et joyeuse, l’amour de l’Ecriture sainte, l’attachement à l’Eglise, l’élan missionnaire, parfois une expérience de délivrance… »3, « un sens plus aigu de la proximité de Dieu… un goût plus vif pour la prière et la méditation de l’Ecriture sainte, un zèle accru pour l’apostolat, une plus grande aptitude à faire face aux exigences de la vie chrétienne qu’antérieurement on jugeait trop difficile voire impossible à satisfaire. Il s’agit, en quelque sorte, d’une force nouvelle que l’on reconnaît devoir à l’Esprit-Saint. »4

3 H. Caffarel : Faut-il parler d’un pentecôtisme catholique ? (34), pp. 62-70. V. Le Renouveau Chatismatique (104), ch. III.

4 F. A. Sullivan : The Pentecostal Movement, Gregorianum 53.2, Rome, 1972, p. 248.

Il ne s’agit donc pas d’une seconde, mais d’une première expérience, car ces caractéristiques sont bien les marques d’une véritable nouvelle naissance.

2. Assurance du salut

L’assurance du salut est normalement l’un des premiers résultats d’une véritable conversion. Jésus donne l’assurance que les péchés sont pardonnés (Lu. 5.20 ; 7.48), que la foi nous a sauvés (7.50). « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn. 3.36 ; 5.24 ; 6.47). « L’Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Ro. 8.10). « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie » (1 Jn. 3.14).

Mais là encore, par suite d’un enseignement partiel, cette assurance ne vient pas nécessairement au moment de la conversion. Wesley pouvait écrire à J. Smith : « Quand un homme est pardonné, il en est aussitôt averti par le Saint-Esprit… par une notification que l’on peut aisément distinguer soit d’un raisonnement, soit d’une illusion »5, mais tout le monde ne passe pas par une conversion aussi nette que lui !6

5 Works XII, p. 59.

6 Lire son témoignage dans A. Kuen (106), pp. 194-195.

Les auteurs bibliques eux-mêmes semblent admettre l’absence ou la perte de l’assurance chez des chrétiens authentiques. L’apôtre Jean dit à ceux qu’il appelle enfants de Dieu (1 Jn. 3.1) et qui ont « reçu l’onction » du Saint-Esprit (2.20, 27) : « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (5.13). Et l’apôtre Paul se sent obligé de rappeler aux Romains qu’ils n’ont « pas reçu un esprit de servitude pour être dans la crainte ; mais un Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père » (Ro. 8.16).

L’acceptation de cette certitude peut constituer une étape décisive dans le cheminement chrétien — au point que certaines cartes de décisions portent comme options : conversion à Jésus-Christ — assurance du salut. Pour des chrétiens qui ont évolué peu à peu vers la foi en Christ dans des Eglises où « présumer de son salut est un péché » ou une marque d’orgueil, la découverte soudaine de l’assurance en Christ constitue, en fait, une expérience plus marquante que la conversion.

3. Crise de croissance

Notre croissance spirituelle, tout comme notre croissance physique, ne suit pas une ligne rectiligne, elle se fait par crises suivies de paliers. Lorsque nous découvrons une nouvelle vérité et que nous réalisons tout ce qu’elle implique pour notre vie spirituelle, cela peut nous amener à faire un bond en avant.

Cette progression par bonds est due, tout d’abord, aux lois de la croissance. La Parole de Dieu parle d’« enfants en Christ » et d’« hommes spirituels » (1 Co. 3.1) parvenus « à la mesure de la stature parfaite de Christ » (Ep. 4.13 ; cf. Hé. 5.13-14 ; 1 Pi. 2.2-3). Comme nous l’avons vu, l’apôtre Jean distingue trois étapes dans la croissance chrétienne : petits enfants, jeunes gens, pères (1 Jn. 2.12-14). Or, nous savons que, par exemple, le passage de l’enfance à l’adolescence se fait généralement de façon assez brusque. De même, le passage de l’enfance spirituelle — caractérisée par la joie d’être pardonné (1 Jn. 2.12) et d’avoir trouvé en Dieu un Père (v. 13) — à l’état de « jeunes gens » — capables de vaincre le malin (v. 14) — se fait généralement par la découverte du secret de la victoire sur le péché et le diable.

Nous répéterons simplement ce que nous avons dit ailleurs : « L’appropriation d’une vérité nouvelle se fait généralement de façon soudaine : par une lecture, un message, une expérience bouleversante ; elle devient nôtre par une sorte de révélation intérieure (Ep. 1.17-18) qui nous permet de saisir intuitivement et subjectivement un aspect de l’œuvre ou de la personne de Christ qui, auparavant, nous avait échappé ou était resté jusque-là connaissance purement intellectuelle.

Ainsi, pour beaucoup de chrétiens, découvrir en Christ leur Seigneur, après l’avoir connu comme Sauveur, est une étape presque aussi importante que la conversion. Jusque-là, ils avaient vécu dans la jouissance égocentrique de leurs privilèges d’enfants de Dieu pardonnés et sauvés. La découverte des droits de Christ sur leur vie (1 Co. 6.19 ; 2 Co. 5.15) change toute leur conception de l’existence. Ce bouleversement intérieur peut même se traduire par des émotions ou des expériences affectant l’être physique. »7 « Quand les profondeurs obscures de l’âme sont remuées, ce qui monte à la surface et arrive à la conscience y prend, si l’intensité est suffisante, la forme d’une image ou d’une émotion » (Bergson).

7 A. Kuen : Il faut que… (106), p. 214.

Il peut en être de même de la découverte de tout ce qu’implique l’habitation de Christ en nous. « Pour la plupart d’entre nous, cette révélation plus profonde de l’union (avec Christ) doit venir comme une seconde expérience. Nous voyons rarement d’un seul coup d’œil notre péché extérieur et notre moi intérieur. La meilleure preuve en est que l’exposition plus profonde de Ro. 6 à 8 nous est donnée à part, et après les chapitres 1 à 5. Cela ne veut pas dire qu’il existe deux saluts séparés.

Il n’y a qu’un seul Sauveur, un seul processus de restauration à travers sa mort, sa résurrection et son ascension, un seul Esprit-Saint. La dualité n’est pas de son côté. Mais nous avons besoin — la plupart d’entre nous du moins — de deux étapes pour nous approprier les deux grandes délivrances qui découlent de l’unique Calvaire : la délivrance du péché et de la colère divine (ch. 1-5), la délivrance du péché et du Moi indépendant (ch. 6-8). On pourrait concevoir qu’on puisse les expérimenter ensemble, car toutes deux ne demandent qu’à être saisies ; cependant, une appropriation conduisant à une expérience réelle des deux délivrances — et non à une simple compréhension intellectuelle — est rare. Dans ce sens, il existe une « seconde bénédiction », une entière sanctification faisant suite à la justification, une union intérieure selon Ga. 2.20 » (Norman Grubb).8

8 The Liberating Secret (Lutterworth Press, London, 1955), p. 74.

Cette appropriation des vérités par étapes peut aussi être due à un enseignement incomplet : dans les séries d’évangélisation, dans certains mouvements spécialisés et dans certaines Eglises, on ne parle que du salut et de la conversion, pourvu qu’une « âme » de plus soit sauvée ! Il est évident qu’il faut commencer par là. Mais si, par la suite, ces chrétiens entendent parler de la mort et de la résurrection avec Christ (Ro. 6.1-11 ; 2 Co. 5.14-15), de la consécration à Dieu (Ro. 6.13 ; 12.1-2), de l’habitation du Saint-Esprit dans notre corps et de ce que cela implique pour nous (1 Co. 3.16-17), cette découverte peut à tel point bouleverser leur vie qu’elle produit effectivement un changement plus important que leur conversion. Cela expliquerait pourquoi la seconde expérience se produit essentiellement dans certains milieux touchant des personnes issues d’Eglises où ces vérités ne sont guère annoncées, alors que, dans d’autres communautés, les chrétiens arrivent au même degré de maturité plus graduellement, en s’assimilant progressivement la totalité des vérités bibliques enseignées.9

9 « Certes, la plupart d’entre nous n’ont expérimenté la plénitude de l’Esprit qu’après la conversion, mais cela tient au fait que, dans nos Eglises ou nos communautés, la préparation à la conversion fut incomplète. Ac. 2.37 ss. reste valable pour nous, Cependant, à l’inverse des Juifs d’alors, nous n’attendions que le pardon des péchés et la paix avec Dieu, mais non — ou à peine — la puissance de l’Esprit et son équipement (pour le service), voilà pourquoi nous ne l’avons pas vraiment expérimenté lors de notre conversion. Toutefois, il ne faut pas faire de cette déficience une vertu, encore moins une doctrine, car cela ne serait pas biblique. » R. Ruegg : Zur Kritik an den Geistesgaben (155), parag. 21.

Il faut cependant préciser que ces étapes ne sont nullement conformes au plan normal de Dieu. Par exemple, la découverte de Jésus comme Seigneur après l’avoir accepté comme Sauveur ne peut s’expliquer que par une carence manifeste de l’enseignement. K. Prior fait remarquer le caractère antibiblique d’une telle vue : « Où trouvons-nous dans le Nouveau Testament un auteur qui demande à ses lecteurs d’accepter Christ comme Seigneur ? Cela est impliqué dans la conversion (Col. 2.6-7). Les premiers chrétiens auraient certainement été très surpris d’entendre que « Jésus est Seigneur » correspondait à une seconde expérience. Pour eux, c’est la confession baptismale. »10

10 The way of Holiness (147), p. 87.

C’est pourquoi cette « seconde expérience » a plus souvent lieu dans des milieux où l’enseignement est unilatéral. On peut faire, à ce sujet, un parallèle avec la conversion : ceux qui viennent de milieux religieux où la conversion est rarement prêchée passent souvent par des conversions brusques ; les enfants de parents chrétiens, élevés dans une Eglise qui insiste sur cette vérité, connaissent généralement des conversions plus lentes : au lieu d’un demi-tour, c’est un tournant à angles nombreux. De même, là où l’on prêche régulièrement la sanctification et la plénitude de l’Esprit, les chrétiens saisissent ces vérités graduellement et les réalisent plus ou moins en même temps dans leurs vies, c’est-à-dire qu’ils mettent chaque vérité à dix pour cent, vingt, trente pour cent en pratique au fur et à mesure de leur croissance spirituelle. Celui qui les entend ou les saisit pour la première fois peut en être si bouleversé qu’il a l’impression de se reconvertir pour de bon — ou de vivre une seconde expérience si importante qu’il faut lui donner une signification et un nom particuliers. Cette tentative d’explication n’ôte rien à la valeur spirituelle réelle de ces expériences, elle essaie simplement de rendre compte pourquoi les Eglises apostoliques, où un enseignement complet était donné, ainsi que les Eglises évangéliques où ces mêmes vérités sont prêchées, ignorent une seconde expérience définie marquant l’entrée dans une étape nouvelle de la vie chrétienne.

4. Acte de consécration

Cette croissance dépend essentiellement, après la grâce de Dieu, de notre obéissance. Cette obéissance elle-même est fonction de notre attitude intérieure à l’égard de Dieu. Dans nos relations humaines, l’obéissance peut être motivée par la crainte, le respect ou l’amour. Beaucoup de gens obéissent aux lois par peur du gendarme. Si nous obéissons à nos supérieurs, c’est moins par crainte des sanctions que par respect de leur autorité et de leur personne. Dans l’obéissance aux parents, dans la soumission de l’épouse chrétienne à son mari, le respect fait place à l’amour. L’enfant qui aime son père lui obéit volontiers, car il sait : tout ce qu’il me commande est pour mon bien. D’autre part, s’il l’aime vraiment, il cherche à lui faire plaisir, il évite de le peiner par sa désobéissance.

Telles étaient les relations de Jésus avec son Père : « Je fais toujours ce qui lui est agréable » (Jn. 8.29 ; cf. 5.30). Telle est aussi la conséquence normale de notre amour pour lui : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Celui qui à mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn. 14.15, 21, 23).

Nous pouvons, tout en étant sauvés, obéir à Dieu par crainte des sanctions. Nous essayons de sauvegarder au maximum la vie de notre Moi, nous nous permettons tout ce que la Parole de Dieu n’interdit pas explicitement. Puis, un jour, nous comprenons combien notre attitude est inconséquente et irrespectueuse. Nous avons accepté qu’un seul soit mort pour nous, mais non sa conséquence : « tous sont donc morts, et il est mort pour tous afin que ceux qui vivent, ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co. 5.14-15).

Cette conclusion, c’est à nous de la tirer. C’est ce qu’indique le « donc » que l’apôtre Paul emploie si souvent dans ses exhortations, en s’appuyant sur l’œuvre de Dieu et de Christ. « Que le péché ne règne donc pas dans vos corps mortels et n’obéissez pas à ses convoitises… donnez-vous vous-mêmes à Dieu… et offrez à Dieu vos membres » (Ro. 6.12-13 ; cf. v. 16, 19). « Je vous exhorte donc, frères, par la compassion de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable (litt : un service de Dieu logique) » (Ro. 12.1). « Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes » (1 Co. 6.19). « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur » (Ro. 14.8). C’est dans la mesure où nous acceptons pratiquement ce droit de propriété de Dieu sur nous, c’est-à-dire où nous nous livrons pleinement à lui, que son Esprit peut prendre possession de notre être entier. Jésus a souligné ce lien entre l’amour-obéissance et le don de l’Esprit : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Consolateur… Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai et je me ferai connaître à lui. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jn. 14.15, 16, 21, 23). « L’abandon total est le point culminant de l’amour, c’est quand on aime que l’on s’abandonne… On ne se rappellera jamais trop que le Saint-Esprit est, en effet, « saint »… Il est un Esprit qui ne se livre véritablement qu’à celui qui se met « à la disposition exclusive » de Dieu, de Jésus-Christ. Il est un Esprit qui, certes, se réserve quand l’homme se réserve, mais qui s’abandonne à qui renonce à disposer de soi-même… Nous sommes donc toujours ramenés à l’abandon total, qui est « le mot de l’énigme. »11

11 W. Lachat : La réception et l’action du Saint-Esprit (108), pp. 24-25.

« L’expérience charismatique, nous dit J.P. Dietlé, n’est rien d’autre, nous semble-t-il, que cette « mise à la disposition » de sa vie entre les mains du Christ-Esprit. Le chrétien, par son obéissance, son abandon, vit ce que nous pouvons aussi appeler la plénitude de l’Esprit. »12 L’apôtre Pierre disait que Dieu « donne le Saint-Esprit à ceux qui lui obéissent » (Ac. 5.32). Plus nous lui obéirons, plus grande sera la mesure de son Esprit en nous. L’apôtre semble aussi faire allusion à ce lien entre notre consécration à Dieu et l’habitation de l’Esprit en nous, quand il dit : « Vous vivez selon l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Ro. 8.9). Dans la mesure où nous n’acceptons que l’une des clauses du contrat (Il s’est donné pour nous — nous nous donnons à lui) et où nous continuons à vouloir nous appartenir à nous-mêmes, l’Esprit de Dieu n’a guère plus de place dans nos vies qu’en ceux qui sont encore dans le monde (Jn. 16.8), il ne « demeure » pas véritablement en nous. On comprend que le jour où le croyant prend cette vérité au sérieux et se donne entièrement à Dieu, l’Esprit de Dieu vienne inonder l’être entier et que l’on puisse parler d’une « immersion dans l’Esprit ». Cette identification de ce qui est appelé — improprement — « baptême du Saint-Esprit » avec la consécration à Christ est d’autant plus probable que cette consécration est généralement prêchée comme la condition essentielle pour être « baptisé de l’Esprit ». Celui qui veut recevoir le « baptême du Saint-Esprit » est appelé à examiner sa vie, à juger et à abandonner tout péché connu et à se donner à Dieu. S’il le fait sincèrement, l’Esprit de Dieu viendra occuper une plus grande place dans sa vie, et son irruption massive peut se faire de manière telle que l’expérience s’en gravera pour toujours dans la mémoire du croyant.

Mais il ne s’agit pas d’une « seconde expérience » prévue par la Bible car, normalement, cette consécration devrait accompagner notre conversion. « Selon les Ecritures, nous dit J. Philip, la conversion et la consécration sont simultanées dans ce sens qu’il n’y a pas de conversion réelle qui n’implique une vraie consécration à Christ. On ne se donne pas en partie à Christ au moment de la conversion et, plus tard, entièrement dans une expérience appelée consécration. On n’entre dans le Royaume que par une capitulation inconditionnelle. »13 Toutefois, continue-t-il, « on peut déchoir de cette attitude de don total qui marque l’entrée dans le Royaume de Dieu et avoir besoin d’une re-consécration qui peut être alors nette, décisive et soudaine comme une conversion. »

12 Op. cit. (48), p. 260.

13 J. Philip : Christian Maturity (144), p. 56.

Il se peut aussi qu’il ne se passe rien d’extraordinaire, mais que nous réalisions peu à peu tout ce qui était impliqué dans notre consécration initiale. L’essentiel n’est pas l’expérience, mais le but : être entièrement disponible entre les mains de Dieu.

5. Retour à Dieu

Beaucoup de convertis ont adopté le schéma d’évolution de ces chrétiens d’Extrême-Orient dont nous parlions plus haut : après une « lune de miel » suivant leur conversion, leur vie spirituelle se refroidit peu à peu ; ils négligent la prière et la lecture de la Bible, se retirent des activités chrétiennes qu’ils avaient entreprises avec zèle, se laissent de nouveau gagner par certains attraits du monde. Bref : après être sortis de l’Egypte et s’être, durant quelque temps, réjouis de cette délivrance, ils traversent le désert. Leur vie intérieure est malade.

La prise de conscience de leur état peut se faire de façon dramatique, et le retour à Dieu peut débuter par une véritable crise : repentance, re-conversion à Christ. La réponse divine : pardon, renouvellement de l’alliance, restitution de la joie du salut… peut submerger l’être intérieur d’un tel sentiment de bonheur qu’il déborde en louanges irrésistibles. Il s’agit là, effectivement, d’une « seconde bénédiction », d’une sorte de re-conversion à Dieu ; cependant, cette seconde expérience était nécessaire, non parce que l’itinéraire spirituel normal la prévoyait comme une étape inéluctable du chemin normal, mais parce qu’on a abandonné la voie droite, parce qu’on est devenu rétrograde et que Dieu, dans sa grâce, nous permet de revenir à lui. Les quarante années de désert étaient imputables non au plan original de Dieu, mais au péché d’incrédulité du peuple d’Israël. Il y a, certes, une grande joie lorsque le fils prodigue revient auprès de son Père — pour le Père et pour lui — mais il serait faux de penser que le Père désire que tous ses fils partent de la maison pour avoir la joie d’y être de nouveau accueillis après leur fugue — tout aussi faux que de prétendre, puisqu’on a expérimenté soi-même un regain de santé après une appendicite, « que chacun doit se faire enlever l’appendice avant de pouvoir jouir d’une bonne santé ».14

14 J. Philip : op. cit. (144), p. 59.

Une autre conclusion erronée serait de dire que nous ne pouvons revenir qu’une seule fois à Dieu — un peu comme le pasteur d’Hermas annonçait à l’Eglise romaine, au début du second siècle, la possibilité d’une repentance exceptionnelle après la conversion. La grâce de Dieu est si merveilleuse qu’elle nous permet sans cesse de revenir et de trouver le pardon pour nos péchés. Ainsi, il est possible de faire, plus d’une fois, cette expérience d’une effusion particulière de l’Esprit en réponse à notre repentance et à notre retour à Dieu.

6. Revêtement de puissance

Nous avons vu que dans les Actes, les disciples furent plusieurs fois « remplis de l’Esprit » dans des circonstances particulières : Pierre devant les sacrificateurs (4.8), les disciples menacés par les autorités juives (4.31), Paul devant Elymas le magicien (13.9) : devant une tâche précise et difficile, l’Esprit revêt ses serviteurs de la puissance nécessaire pour l’accomplir. Bien que nous ne sachions pas si cette expression se référait à une expérience particulière (il est difficile de penser, par exemple, que dans les trois circonstances citées plus haut, les disciples se soient mis à parler en langues), on peut penser qu’à ces moments-là, ces chrétiens avaient une conscience particulièrement aiguë de la présence divine en eux.

Nous pouvons rapprocher de ces expériences bibliques celles que certains serviteurs de Dieu ont faites avant une période particulièrement bénie de leur ministère (G. Whitefield, Wesley, Finney, Moody, Boardman, Pearsall Smith, Brengle, Gordon, A.B. Simpson, F.B. Meyer, B. Graham…)

Il faudrait cependant se garder de toute généralisation dans ce domaine. L’Esprit de Dieu est souverain. Ses voies envers Pierre ou Paul sont différentes de celles envers Epaphrodite ou Eraste. Si Pierre a été amené, par une vision, à évangéliser les païens, si Paul fut ravi en extase jusque dans le troisième ciel, cela ne veut pas dire que tous les croyants doivent s’attendre à des expériences semblables. « Lorsqu’on veut encourager des chrétiens à progresser dans l’expérience chrétienne et à s’engager davantage dans le service pour Christ, il est très dangereux de citer le cas (de tels serviteurs de Dieu) comme exemples des fruits que porte une consécration renouvelée car, de toute évidence, des résultats aussi étonnants ne se voient que rarement. Si tous les croyants sont encouragés à croire que ces mêmes fruits résulteront de leur expérience, beaucoup d’entre eux seront fort probablement découragés et déçus lorsqu’ils ne verront pas les fruits promis, et certains rejetteront du même coup toute vie chrétienne » (Bridge-Phypers).15

15 Spiritual Gifts (24), p. 143.

« Une nouvelle plénitude peut précéder une nouvelle responsabilité et être donnée pour équiper en vue d’une tâche nouvelle et exigeante. Ou bien elle peut suivre une période de désobéissance, de déclin ou de sécheresse et le croyant repentant peut se trouver soudain élevé sur un plan nouveau de conscience et de réalité spirituelles » (J. Stott).16

16 Baptism and Fullness (178), p. 68.

Ces expériences peuvent donc avoir des significations très diverses. Elles varient, de plus, suivant nos tempéraments. « Le Saint-Esprit, continue J. Stott, nous respecte en tant qu’êtres humains et il n’efface pas, par la nouvelle création, ce que nous sommes déjà par création. Il œuvre en nous par des voies appropriées à nous-mêmes, nous rendant libres d’être nous-mêmes selon toutes les potentialités de notre être créé. Mais notre tempérament de base demeure inchangé et il est l’une des causes essentielles de la variété infinie des expériences spirituelles. »

Mais toute expérience religieuse extraordinaire n’est pas forcément d’origine divine. C’est pourquoi nous devons signaler aussi deux autres significations possibles d’expériences appelées « baptême du Saint-Esprit ».

7. Expérience religieuse d’origine psychique ou démoniaque

Des millions d’hommes vivant des moments exaltants, reçoivent des révélations, éprouvent le sentiment de la présence divine… au sein de nombreuses religions non chrétiennes. L’expérience religieuse a été analysée par les psychologues et les sociologues. La chaîne mystique s’étend depuis les religions mystériques de l’Antiquité, à travers l’Islam, le bouddhisme, le catholicisme et même le paganisme. Partout, on retrouve les mêmes phénomènes : visions, extases, communication de messages divins, langues incompréhensibles…

Le parler en langues, en particulier, n’est pas un apanage du christianisme : il était pratiqué dans les temples d’Eleusis et de Delphes. C’était « un phénomène très répandu dans le monde antique » (H. Berkhof).17 Il faisait partie des grâces mystiques recherchées par les spiritualistes du Moyen Age, avec les voix célestes, les stigmates, les lévitations, l’écriture automatique, etc… Des missionnaires l’ont rencontré parmi les Zoulous, les Bantous, les Indiens du Paraguay, les Hindous, les indigènes de Bornéo et d’Afrique orientale, les prêtres bouddhistes et shintoïstes, les soufis musulmans… Les médiums spirites parlent en langues étrangères et en donnent l’interprétation, les Mormons connaissent ce don depuis le début de leur histoire, des possédés exorcisés aux Philippines parlaient en langues avant leur délivrance. Il ne suffit donc pas qu’une expérience sorte de l’ordinaire et qu’elle ait un contenu religieux pour qu’elle vienne automatiquement de Dieu. Le diable aime à contrefaire l’action du Saint-Esprit.

17 The doctrine of the Holy Spirit (10), p. 95.

a) Origine psychique

D’autre part, le simple jeu du psychisme humain peut produire bien des phénomènes étonnants. Des psychologues et des linguistes comme Th. Flournoy, E. Lombard, C.G. Jung, M. Kelsey et, plus récemment, W.J. Samarin, E. Nida et J.P. Kildahl ont analysé le parler en langues du point de vue de leurs sciences respectives.18 Ils arrivent à la conclusion qu’il s’agit souvent d’un phénomène naturel et normal — donc pas nécessairement surnaturel ou anormal — d’un pseudo-langage qui peut avoir la même fonction libératoire et thérapeutique que le rêve, le rire, l’improvisation musicale ou la création artistique spontanée. Le néo-pentecôtiste A. Bittlinger l’interprète dans le même sens.19

18 Th. Flournoy : Des Indes à la planète Mars (Analyse du parler « martien » d’une glossolale « laïque » de Genève ; E. Lombard : De la Glossolalie chez les premiers chrétiens et des phénomènes similaires. M. Kelsey : Tongue-Speaking (101), Zungenreden (101). W. S. Samarin : Tongues of Men and Angels (158) ; J. Kildahl : The Psychology of Speaking in Tongues (102).

19 Und Sie beten in anderen Sprachen (15), pp. 15 ss.

Une expérience religieuse extraordinaire ne porte donc pas en elle-même sa marque d’origine. Elle peut venir aussi bien d’en-bas que d’En-Haut, ou même des ressources insoupçonnées de l’âme humaine. Seule la Parole de Dieu et les fruits durables peuvent servir de critère valable.

b) Miracles trompeurs

Les miracles ne sont pas nécessairement, dans la Bible, le doigt de Dieu : les magiciens de Pharaon reproduisaient certains des signes accomplis par Moïse ; Simon le magicien faisait des guérisons et des prodiges que les Samaritains attribuaient à la puissance de Dieu (Ac. 8.10). Parfois, les démons eux-mêmes parlent par des bouches humaines (Es. 8.19 ; Mc. 5.1-19 ; Lu. 4.33-35 ; Ac. 16.17).

Le Seigneur nous a avertis : de grands prodiges et des miracles accompagneront l’apparition des faux Christ et des faux prophètes « au point de séduire, s’il était possible, même les élus » (Mt. 24.24). « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2 Co. 11.14). L’apparition de l’Anti-Christ « se fera, par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers » (2 Th. 2.9). Les « derniers temps » doivent être marqués par une recrudescence d’activité des esprits séducteurs (1 Ti. 4.1-2 ; 2 Ti. 3.1-8), « des esprits de démons qui font des prodiges » (Ap. 16.14).

La Parole de Dieu ne nous avertirait pas avec tant d’insistance s’il n’y avait aucun danger de séduction pour les chrétiens.

Des enfants de Dieu ont effectivement été séduits par des miracles prétendus d’origine divine, dans lesquels ils ont reconnu, par la suite, des artifices du Tentateur.

Johannes Seitz nous dit que, dans son ministère d’évangéliste, il a rencontré durant les cinquante dernières années, dans toute l’Allemagne, des hommes et des femmes nés de nouveau qui se sont laissé séduire par de fausses visions, des révélations, des apparitions d’anges ou de Jésus-Christ. Beaucoup d’entre eux ont fini dans l’illuminisme, dans la folie des grandeurs ou même en psychiatrie. Il dit qu’il a lui-même passé par une période où il a connu de telles apparitions : « Il y a bien des années, j’avais l’habitude de me retrouver chaque mois pour prier pendant une semaine avec des amis. Nous demandions la puissance d’’En-Haut, une nouvelle Pentecôte et les dons de l’Esprit. Nous avons reçu alors des révélations et des visions si merveilleuses que nous aurions tous été séduits, si Dieu n’avait eu pitié de nous et si nous n’avions pas obéi au commandement d’éprouver les esprits. Tout cela, conclut-il, était des feux d’artifice du dia- ble. »20

20 Flugfeuer (200), p. 56.

Un autre évangéliste allemand, qui fait aussi le bilan d’un demi-siècle de ministère, le Dr W. Michaëlis, nous dit : « Lorsque des malades sont guéris, lorsqu’on parle en langues ou que des prophéties dévoilent des péchés cachés, beaucoup de chrétiens voient dans ces miracles la preuve indubitable de l’action divine. Si, de plus, il se produit des conversions, alors le mouvement est dûment accrédité à leurs yeux. Cependant, si nous jugeons une cause d’après son succès, nous nous engageons sur un faux chemin. Le Seigneur nous a avertis en vain lorsqu’il a parlé des faux Christ et des faux prophètes qui feraient de grands prodiges et des miracles (Mt. 24.24), qui diraient : « Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, chassé des démons en ton nom ? » (Mt. 7.22). Ces expériences merveilleuses, que beaucoup acceptent sans contrôle, ferment leur cœur pour les influences d’En-Haut. »21

21 Erkenntnisse u. Erfahrungen aus fünfzigjährigem Dienst am Evangelium, cité dans Flugfeuer (200), pp. 59-61.

Même J. Penn Lewis, qui pourtant croit à la nécessité d’une crise spirituelle, qu’elle appelle, comme Torrey, « baptême du Saint-Esprit », en reconnaît les dangers. « Lors de cette crise, dit-elle, l’homme sent le besoin de s’abandonner entièrement au Saint-Esprit. Il s’ouvre ainsi à toutes les puissances surnaturelles du monde invisible. Peu de croyants traversent cette crise sans tomber victimes des ruses de l’Ennemi. Beaucoup de chrétiens sincères ont été trompés et ont abouti à un fiasco total. »22

22 The Overcomer, 1912, p. 98 cité par M. J. Stanford: Lettres de feu (174), pp. 15-24.

H. Dallmeyer, un évangéliste allemand très connu qui avait passé plusieurs années dans le pentecôtisme, répond à la question : Que pensez-vous aujourd’hui du baptême de l’Esprit dans ce mouvement ? « D’après les observations que j’ai faites, je distingue trois étapes :

  1. L’étape de l’obnubilation (Umnebelung). Les gens saisis par l’esprit de ce mouvement reçoivent, comme premier don, un jugement obnubilé, plusieurs ont des visions séductrices…
  2. L’étape de la pénétration (Durchströmung). On remarque que le corps est traversé par certaines forces. Des guérisons ont parfois lieu. C’est à cette étape que la plupart reçoivent le don des langues…
  3. L’étape de la possession (prophéties, dons de double vue, lévitations). »23

23 H. Dallmevyer : Erfahrungen in der Pfingstbewegung (Neumünster s, d.).

« Ceux qui ont été séduits par de fausses révélations, nous dit l’évangéliste Joh. Seitz, en arrivent généralement, sans le savoir ni le vouloir, à séduire d’autres. Ils deviennent ainsi des instruments entre les mains des mauvais esprits. Ces esprits, que nous avons démasqués comme étant d’origine satanique, ont fait des choses si merveilleuses ! Ils nous ont dit, par exemple, que nous recevrions le Saint-Esprit, que nous annoncerions l’Evangile dans toute l’Allemagne, que nous guéririons des malades, que nous chasserions les esprits et que nous construirions des hôpitaux. Ces anges de Satan voulaient nous placer sous leur influence et nous conduire sur de faux chemins. Cela nous a appris à refuser tout ce qui ne concorde pas strictement avec la Parole de Dieu. »24

24 Flugfeuer (200), pp. 56-57.

Avant de conclure à l’origine divine de notre expérience, il sera bon d’en passer les fruits au crible des sept tests établis par A.W. Tozer pour « éprouver les esprits » : de quelle manière cette nouvelle expérience a-t-elle modifié mon attitude et ma relation envers Dieu, Jésus-Christ, à l’égard de l’Ecriture, de moi-même, des autres chrétiens, du monde et du péché ?25

25 A.W. Tozer : How to try the Spirits dans : « Man, the Dwelling Place of God » (Harrisburgh, 1966), pp. 119-132 Publié en français par J. P. Burgat : Comment éprouver les esprits, 5. r. des Amorteaux, F 8730 St Arnoult en Y.

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » Ce critère que Jésus a donné à ses disciples pour leur permettre de distinguer les vrais prophètes des faux peut aussi nous servir pour discerner quelles expériences viennent de Dieu.

Cependant, même si nous sommes convaincus que nos expériences sont d’origine divine, soyons aussi persuadés que, comparativement à l’événement spirituel de notre nouvelle naissance, « elles n’ont qu’une importance secondaire et sont, toutes, incomplètes » (J. Stott).

C’est pourquoi nous nous permettons de terminer ce chapitre par deux brèves exhortations.

SI VOUS AVEZ FAIT UNE DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Si donc vous avez fait une expérience merveilleuse, si elle a produit en vous un approfondissement de votre vie spirituelle : prières plus ferventes, esprit de louange, amour de la Parole de Dieu, zèle pour le service… ne la reniez pas : « un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits » (Mt. 7.18). Si les fruits sont bons, l’arbre est bon, le Saint-Esprit était à l’œuvre. Vous avez reçu le don des langues qui vous permet de louer Dieu avec une plus grande liberté ? Utilisez ce don pour Sa gloire, sans le sous-estimer ni le surestimer. Vous avez appelé cette expérience votre « baptême du Saint-Esprit » parce que vous aviez le sentiment d’être, pour la première fois de votre vie, plongé dans l’Esprit de Dieu, que vous en étiez comme submergé. L’image se défend, mais il vaut mieux utiliser les expressions biblique dans le sens où les auteurs inspirés les emploient.

En effet, votre expérience était peut-être le jalon marquant d’une crise de croissance, d’un retour à Dieu, d’une consécration ou d’un revêtement de puissance pour le service. En faire une expérience unique et définie, assimilée au baptême du Saint-Esprit dont parle le Nouveau Testament, peut créer des confusions regrettables :

1. Toutes les promesses liées, par la Bible, au baptême du Saint-Esprit, c’est-à-dire à la nouvelle naissance, sont renvoyées à cette seconde expérience. Donc, tous les croyants qui ne l’ont pas faite se croient privés de ces bénédictions — alors qu’elles sont à leur disposition depuis leur conversion.

2. Si vous avez fait la « seconde expérience », vous vous croyez « arrivés », vous pensez avoir reçu tout ce que Dieu vous a destiné. Mais Dieu a infiniment plus de grâces et d’expériences à votre disposition. Sans compter le risque d’orgueil, vous vous privez, en insistant trop sur la seconde expérience, de la troisième, la quatrième, la dixième, la vingtième. Ne réduisons pas Dieu à un fonctionnaire d’un service de rationnement : « Untel a eu son attribution de la première et de la deuxième expérience. Réglé. Plus rien à percevoir. » Dieu est le Tout-autre, infiniment plus riche, qui veut nous combler de ses bénédictions renouvelées pour que nous puissions dire, nous aussi : « Nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce » (Jn. 1.16).

« Appelez cette expérience « seconde bénédiction » si vous voulez, mais n’en restez pas là… Cherchons la troisième et la dixième à mesure que nous progressons sur le chemin montant » (M. Green).26

26 I believe (72), p. 153.

« Si je crois à la seconde bénédiction ? demande Criswell. Bien sûr ! — Est-ce que l’Ecriture l’enseigne ? Certainement ! Et la Bible enseigne également qu’il y a une troisième, une quatrième et une centième et une millième bénédiction. Dans la mesure où nous restons dans l’attitude de consécration et d’abandon à Dieu, le Saint-Esprit continue à nous bénir toujours à nouveau. »27

27 The Baptism (42), p. 39.

3. Si vous croyez que le baptême du Saint-Esprit est une seconde étape obligatoire dans le cheminement chrétien, vous chercherez évidemment à la faire partager à tout croyant. Peut-être serez-vous, pour certains d’entre eux, un instrument de Dieu pour les amener à un examen salutaire de leur vie spirituelle, à une plus grande consécration et à un service plus fécond pour le Maître. Mais, à d’autres, vous risquez de causer de graves torts, si vous leur prônez une expérience qui n’est pas pour eux. Du moment que la Bible ne la définit pas comme normale pour tous les chrétiens, il ne faut pas l’imposer. Certains tempéraments religieux sont très accessibles à ce genre d’expériences, d’autres y sont délibérément rebelles. Dieu accepte l’un comme l’autre et l’utilise à son service. Les tempéraments mystiques se sentiront attirés par les visions, les extases, le parler en langues, l’extériorisation des sentiments par le chant, le geste. Mais il serait dommage qu’une communauté ne comprenne que des chrétiens de ce type.28 Dieu à aussi créé le tempérament intellectualiste et le tempérament actif ou volontaire29 ; il les valorise tous à son service. Si les chrétiens de ce type suivent un autre itinéraire pour arriver à la maturité spirituelle, cela regarde leur Maître. Ils ne feront peut-être pas les expériences exaltantes que vous avez connues, mais ils seront plus stables, plus fidèles aux principes adoptés, plus soucieux d’efficience réelle et de fruits qui demeurent.

28 William W. Wood a soumis un certain nombre de membres d’Eglises pentecôtistes et non pentecôtistes au test de Rohrschach. Etant donné que « le pentecôtisme prétend qu’une personne doit passer par des expériences spirituelles émotionnelles intenses pour arriver à la nouvelle orientation de la personnalité appelée sainteté » (p. 105), il constate que le pentecôtisme n’attire que certains types de personnalités : ceux qui précisément ressentent le besoin d’expériences intenses et qu’il repousse les autres tempéraments. Culture and Personnality Aspects of the Pentecostal Holiness Religion (Mouton et Cie, La Haye — Paris, 1965).

29 V. G. Berguer : Traité de psychologie de la religion (Payot, Lausanne, 1946), pp. 187-318.

D’autre part, Dieu n’opère jamais de manière stéréotypée. Toutes ses œuvres, dans la création, sont caractérisées par une extrême diversité. Son Fils n’a pas agi autrement. Peter Guilchrist rapporte la savoureuse suite imaginaire d’un récit biblique : deux aveugles guéris se rencontrent : « Comment Jésus a-t-il fait pour te rendre la vue ? — Je le lui ai demandé et, instantanément, j’ai vu clair. — Minute, dit le second, cela n’a pas pu se passer si vite. Il a dû d’abord te mettre de la boue sur les yeux et t’envoyer te laver… » « Et voilà, conclut malicieusement Guilchrist, comment sont nées les deux premières dénominations : les boueux et les anti-boueux. »30

30 Let’s Quit Fighting About the Holy Spirit (148), p. 108.

L’Eglise est un corps dont les membres ont des dons et des fonctions variés : « Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous » (1 Co. 12.6).

« En un mot, nous dit J. Stott, que votre expérience vous amène à louer et à adorer, mais que votre exhortation des autres soit fondée, non sur vos expériences, mais sur l’Ecriture. »31

31 Baptism and Fullness (178), p. 74.

SI VOUS NE L’AVEZ PAS FAITE

Si vous n’avez pas fait de seconde expérience, vous serez peut-être tenté, après avoir lu attentivement ce livre, de refuser toute validité à des expériences extraordinaires faites par d’autres. Il nous faut cependant rester « humblement prêts à reconnaître les opérations inhabituelles du Saint-Esprit dans les autres et à dire au moins comme Gamaliel : « Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu » (Ac. 5.38-39). Nous avons toujours besoin, en ces jours où le Saint-Esprit semble si actif, d’être sensibles à ce qu’il peut vouloir dire et faire parmi nous. Nous devons veiller avec soin de ne pas blasphémer contre le Saint-Esprit en attribuant son œuvre au diable, ni de l’éteindre en décidant de le maintenir dans les limites de nos propres schémas sûrs et traditionnels » (J. Stott).32

32 Baptism and Fullness (178), pp. 73-74.

D’un autre côté, nous n’avons pas non plus à nous sentir frustrés. L’essentiel n’est pas dans l’expérience, mais dans l’attitude envers Dieu : marchez-vous dans la lumière en confessant tout péché connu, vous êtes-vous donnés à Dieu pour qu’il vous remplisse de son Esprit ? Alors croyez qu’il l’a fait, même si vous n’avez rien ressenti. G. Verwer nous dit que parmi les grands serviteurs de Dieu du passé, certains croyaient à une seconde bénédiction, d’autres à un renouveau continuel de l’Esprit : « la vie de ces deux groupes avait une même puissance spirituelle… Je pourrais citer, nom après nom, des hommes qui n’ont jamais expérimenté le baptême de l’Esprit, qui n’ont jamais prétendu avoir reçu une « seconde bénédiction », et dont la vie fut cependant remplie de la puissance du Saint-Esprit, car ils ont cherché, jour après jour, à vivre sous Sa direction, à s’abandonner à Lui. Je pourrais également en citer beaucoup d’autres qui affirmèrent avoir fait l’expérience du baptême du Saint-Esprit. Le plus important n’est pas d’avoir eu une expérience bouleversante ou une expérience sans aucune manifestation. Ce qui importe, c’est de savoir où vous en êtes aujourd’hui à l’égard de la sainteté. Quelques-uns des chrétiens les plus dynamiques, les plus forts, les plus charitables et remplis de l’Esprit que j’aie jamais rencontrés n’ont jamais eu une expérience marquante. Qui sommes-nous, pour dire qu’un tel doit avoir un certain type d’expérience ?… Dieu à dit : « Soyez remplis de l’Esprit. » Et, au fur et à mesure que nous nous abandonnerons à Lui, Il nous remplira, soit par une grande expérience émotive, soit par une action paisible et quotidienne. »33 Ni pour la sanctification, ni pour la puissance spirituelle dans le service, une « deuxième expérience » n’est indispensable. Ce qui importe, c’est de marcher « en Christ » de progrès en progrès, dans l’obéissance et la foi.

33 Extrémismes, p.5.

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