Baptême et sainte cène

« N’aimez pas le monde »

« Brûle ce que tu as adoré » se traduit entre autres par une attitude nouvelle à l’égard du «monde» que nous avons aimé dans tout ce qui le constitue.

« Ce qui fait partie du monde »

L’apôtre Jean écrivait à ses enfants spirituels : « N’aimez pas le monde ni rien de ce qui fait partie de ce monde… En effet, tout ce qui fait partie du monde : les mauvais désirs de la nature humaine, la soif de posséder ce qui attire les regards, et l’orgueil qu’inspirent les biens matériels, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or le monde passe avec tous ses attraits, mais celui qui accomplit la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jn 2.15-17).

Le « monde » ne se réduit pas à ce qu’on appelle généralement « mondanités ». Jean précise « ce qui fait partie du monde » : les mauvais désirs de la nature humaine, la soif de posséder ce qui attire les regards et l’orgueil qu’inspirent les biens matériels. Le monde est donc d’abord en nous ce qui reste de « l’homme livré à lui-même », des tendances de notre être naturel qui nous pousse dans les trois directions signalées par l’apôtre Jean.

1. « Les mauvais désirs de la nature humaine »

Bien des distractions réputées innocentes peuvent s’avérer néfastes pour un enfant de Dieu. La danse éveille souvent de « mauvais désirs » par les rapprochements physiques avec des personnes de l’autre sexe ; beaucoup de films ne conviennent pas à l’édification d’un chrétien. Ils sont généralement conçus par des réalisateurs non-chrétiens qui les peuplent de leurs fantasmes et y exposent leur conception de la vie. L’histoire qu’ils racontent illustre et exalte le plus souvent les trois choses « qui font partie du monde » et agit insidieusement sur l’esprit des spectateurs ; un chrétien qui absorbe régulièrement ces nourritures intellectuelles frelatées au cinéma ou devant la télévision ne devra pas s’étonner s’il a de la peine à lutter contre les mauvais désirs de la nature humaine, la soif de posséder ce qui lui est présenté comme désirable et l’attrait des richesses matérielles.

« Le monde du péché, disait Paul, a été crucifié pour moi, de même que moi je l’ai été pour ce monde » (Ga 6.14). Nous ne pouvons pas « clocher des deux côtés » (1 R 18.21) sans perdre sur chaque tableau. « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié l’homme livré à lui-même avec ses passions et ses désirs. » (Ga 5.24), car ces désirs « font la guerre à l’âme » (1 P 2.11).

Dans la liste de « ce qui procède de l’homme livré à lui-même » (Ga 5.19-21), « l’immoralité, les pratiques dégradantes et la débauche » occupent la première place. Freud a fait de la sexualité le moteur principal de la nature humaine et Jésus a traqué l’origine des mauvais désirs jusque dans le « regard chargé de désirs » (Mt 5.28). Souvenons-nous que la chute de David a aussi commencé par un regard (2 R 11.2). La victoire sur les mauvais désirs est liée à la discipline de nos regards.

« L’ivrognerie et les orgies » font aussi partie de « ce qui procède de l’homme livré à lui-même » (Ga 5.21). Après la femme immorale, l’auteur des Proverbes dénonce le « vin vermeil » qui « brille de son éclat dans la coupe et descend si aisément mais finit par mordre comme un serpent » (Pr 23.31-32).

Que l’abus d’alcool et les drogues suscitent de « mauvais désirs » et sont à bannir par un chrétien paraît évident ; cependant, il est d’autres dépendances, moins nocives, certes, mais qui ravissent également « la glorieuse liberté des enfants de Dieu » : si l’on n’arrive plus à se passer de quelque chose, c’est un signal d’alarme à prendre au sérieux. « Tout m’est permis, c’est vrai, dit l’apôtre Paul, mais je ne veux pas me placer sous un esclavage quelconque » (1 Co 6.12). « Le Christ nous a rendus libres pour que nous connaissions la vraie liberté. C’est pourquoi tenez bon et ne vous laissez pas réduire à nouveau en esclavage » (Ga 5.1).

Lorsque des habitudes (alimentaires ou autres) inoffensives en elles-mêmes deviennent impératives et inéluctables, ce sont aussi des dépendances nuisibles à notre liberté.

2. « La soif de posséder ce qui attire les regards »

Cette « soif de posséder » est l’autre moteur puissant qui fait agir le monde. Le mécanisme de la tentation est bien décrit par Akân dans son aveu : « J’ai vu… j’en ai eu fortement envie et j’ai pris » (Jos 7.21). Mais Jésus est catégorique : « Nul ne peut être en même temps au service de deux maîtres, car ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il sera dévoué au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l’Argent » (Mt 6.24).

La vie nouvelle implique une nouvelle échelle des valeurs. Si gagner et posséder étaient nos priorités avant notre conversion, elles seront remplacées par aider et donner.

Jésus aurait pu posséder le monde entier : le diable le lui a offert. Il l’a refusé car il ne voulait pas se prosterner devant « le prince de ce monde » (voir Mt 4.8-11). Après cela, il était en droit de dire à ses disciples : « Si un homme parvient à posséder le monde entier, à quoi cela lui sert-il s’il perd sa vie (ou : son âme) ? » (Mt 16.26) et de les appeler à renoncer à eux-mêmes et à le suivre (v. 24). L’apôtre Paul nous demande d’avoir en nous la même attitude que Jésus-Christ (Ph 2.5).

Beaucoup de choses attirent nos regards : des objets, des personnes, des positions d’honneur… La publicité s’évertue à exciter et à flatter notre « convoitise des yeux ». Dieu dit à Samuel : « L’homme ne voit que ce qui frappe les yeux, mais l’Eternel regarde au cœur » (1 S 16.7).

Si notre cœur est droit devant l’Eternel, nous prierons souvent comme le Psalmiste : « Détourne mes regards des choses vaines et fais-moi vivre dans les voies que tu as tracées (ou, selon certains manuscrits : selon ta Parole) » (Ps 119.37 : un verset à placer sur le poste de télévision !)4

4 Voir L. Koopman Soins pour les yeux, Edit. Littérature Biblique, Braine l’Allend 1981.

3. « L’orgueil qu’inspirent les biens matériels »

Dans le monde, celui qui est riche est aussi honoré. Même dans l’Eglise, beaucoup pensent que les biens matériels sont une marque de la bénédiction divine, et ceux qui les possèdent sont tentés de le croire, de s’enorgueillir et de mettre leur confiance en eux.

« Qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » disait Jésus (Mc 10.24, d’après certains manuscrits).

La richesse en elle-même est neutre : ni bonne ni mauvaise ; tout dépend de l’attitude intérieure de celui qui la possède : met-il sa confiance en elle ? cherche-t-il à impressionner les autres par elle ? à les surpasser par le luxe de ses habits, de son appartement, de sa marque de voiture — parfois même, en vivant au-dessus de ses moyens, quitte à s’endetter ou à tenter sa chance à des jeux de hasard ? « L’amour de l’argent est racine de toutes sortes de maux » (1 Tm 6.10).

Deux amours inconciliables

« Ne vous laissez pas modeler par le monde actuel » demande Paul aux Romains comme première conséquence de leur consécration à Dieu (Rm 12.2) « afin de ne pas être « condamnés avec le reste du monde » (1 Co 11.32).

L’apôtre Jean est catégorique : l’amour du monde est incompatible avec l’amour de Dieu : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour pour le Père n’est pas en lui » (v. 15). Aimer le monde s’oppose à « accomplir la volonté de Dieu ». Jacques a même dit qu’« aimer le monde, c’est haïr Dieu » (Jc 4.4).

Celui qui s’engage à suivre le Seigneur déclare par là : « Entre les deux amours, j’ai choisi : je veux faire la volonté de Dieu pour demeurer éternellement avec lui ». Donc il dit non du même coup aux mauvais désirs qui sont encore en lui, à l’attrait des richesses et à « l’orgueil de la vie ». Il ne se demandera donc pas : « Qu’y a-t-il de mal en cela ? » ou « Jusqu’où puis-je aller sans commettre de péché ? », mais « Qu’est-ce qui sera le plus agréable au Seigneur ? Qu’est-ce qui contribuera le plus à me rapprocher de lui et à faire grandir ma foi ? »

La conformité au monde n’est pas chassée de notre cœur et de notre vie par une série de règles : « Un chrétien ne doit pas. n’a pas le droit de… », mais par un véritable amour du Père qui lui fera mépriser les plaisirs et les richesses du monde. Une fiancée aimante et aimée ne se laissera pas séduire et détourner de sa fidélité par les promesses fallacieuses d’un quidam en quête d’aventure ; elle n’aura qu’un regard de mépris pour ses œillades et ses gestes équivoques. Telle est notre situation vis-à-vis du Christ et du monde. L’apôtre Paul dit aux chrétiens de Corinthe : « Je vous ai fiancés à un seul époux pour vous présenter au Christ comme une jeune fille pure » (2 Co 11.2). Nous ne pouvons plus flirter avec le monde sans déplaire à notre divin Epoux. Notre désir sera plutôt d’amener « toute pensée captive pour l’amener à obéir au Christ » (2 Co 10.5), d’orienter tout sentiment vers lui et de faire « plier notre volonté aux paroles de sa bouche » (Jb 23.12).

Parlant du monde sous l’image de Babylone, la « voix venant du ciel » appelle les chrétiens : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin de ne pas participer à ses péchés et de ne pas être frappés avec elle des fléaux qui vont l’atteindre » (Ap 18.4 ; cf. 2 Co 6.14-18). Il ne s’agit pas de sortir physiquement du monde (comme certains chrétiens des premiers siècles ou du Moyen Age qui s’isolaient dans des déserts ou se rassemblaient dans des monastères) mais de se séparer intérieurement de l’esprit du monde (qui est en nous) par une orientation nouvelle de notre vie.

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