Les deux blocs.
Cette question est certainement la plus importante et la plus controversée de toutes celles qui se posent au sujet de l’Eglise. Elle partage le monde chrétien en deux blocs irréductiblement opposés.
D’un côté les églises « de multitude » ou « églises multitudinistes » (l’ensemble des « grandes églises ») affirment : « On peut considérer comme étant dans l’église extérieure tous les habitants du monde chrétien, même les indifférents et les incrédules… On entre dans le monde ; on est ainsi mis en rapport avec les lumières et les grâces qu’elle répand, on est élevé par ses soins dans la connaissance de la vérité ; mais après avoir été membre de fait, il faut en devenir membre de droit, il faut déclarer qu’on s’unit à elle par conviction et qu’on la tient pour évangélique ». « Ce principe est reconnu par toutes les grandes communions chrétiennes. Elles baptisent dès l’enfance, mais elles n’admettent à la Cène qu’à un âge plus avancé, après une instruction et une épreuve plus ou moins sérieuses, et elles font confirmer alors le vœu de baptême »1.
1 Paul Jalaguier : De l’Eglise, pp. 321-322. (Cependant les Orthodoxes donnent l’Eucharistie aux nourrissons baptisés.) C’est pourquoi, lorsque P. Jalaguier définit l’Eglise comme : « l’assemblage des personnes qui font profession de reconnaître Jésus-Christ, qui invoquent son Nom », il doit ajouter « ou sur qui son Nom est invoqué » (Ibid. p. 23). Ailleurs il dit : « L’Eglise visible est composée de tous ceux qui invoquent ou sur qui est invoqué le Nom de Christ. quelles que soient leurs convictions et dispositions personnelles. » (p. 170.)
Nous retrouvons là un écho de la théorie catholique telle que la définit le cardinal Bellarmin :
« Pour que quelqu’un puisse être dit partie de la vraie Eglise, nous ne pensons pas qu’il y ait lieu d’exiger de lui aucune qualité interne, il suffit d’une profession externe de la foi et de la communion aux sacrements. » Bellarmin : Symbolie, p. 15.
De l’autre côté, les églises de professants croient que « l’église est une société de croyants et de croyants seulement, l’entrée dans l’église est conditionnée par la libre acceptation de la grâce de Dieu en Christ »2.
2 Henry Cook : What Baptists stands for.
« Nous croyons, dit la confession de foi d’une de ces églises, que, conformément à la pratique des apôtres, il est indispensable que tous ceux qui composent une église locale aient accepté le message évangélique, qu’ils aient manifesté leur régénération par une fidèle conduite chrétienne, et qu’ils aient rendu témoignage de leur foi en étant symboliquement ensevelis. »3
3 Confession de foi de l’Association des églises évangéliques baptistes.
Comme l’a dit le professeur Odeberg : « Le monde chrétien se divise sur la conception de l’église. Pour les uns, elle est le rassemblement de ceux qui sont venus à la foi et ont accepté l’Evangile, pour les autres, elle est une institution qui rend possible la diffusion de l’Evangile et s’incorpore les membres gagnés par lui. »4
4 A. F. Odeberg : « Der neuzeitliche Individualismus und der Kirchengedanke im N.T. » in Ein Buch von der Kirche (Göttingen 1951).
Selon la première conception les vrais chrétiens constituent l’Eglise, selon la deuxième ils sont dans l’Eglise. C’est en fin de compte l’opposition entre Eglise-Institution et Ekklesia de croyants5.
5 Voir à ce sujet E. Brunner : Le malentendu de l’Église.
Une première question qui nous permettra d’éclairer le problème sera de savoir, si l’église primitive était une société ouverte ou une société fermée.
Une société ouverte est une collectivité dans laquelle on pénètre avec un minimum de conditions : la population d’une ville, la clientèle d’un magasin, l’auditoire d’une conférence sont des types extrêmes de société ouvertes. Les conditions d’appartenance à ces sociétés se limitent aux hasards de la naissance ou des intérêts, à l’attrait matériel ou intellectuel. Beaucoup de grandes églises sont devenues de telles sociétés ouvertes dans lesquelles on entre par la naissance, on reste par conviction — ou par inertie — les conditions d’appartenance n’étant guère plus sévères que celles qu’on impose à la clientèle d’un magasin ou à l’auditoire d’une conférence6.
6 « L’Eglise (réformée évangélique de Neuchâtel) considère comme ses membres tous ceux qui ne déclarent pas s’en exclure. » (Art 4 de la constitution de ladite église, cité par Francus, p. 160.)
« Dans notre canton (Vaud) sont considérés comme membres de l’Eglise nationale tous ceux qui ne déclarent pas expressément ne pas en faire partie. » (Pasteur André Bovon, président du conseil synodal.)
« L’Eglise nationale de Genève se compose de tous les Genevois qui acceptent les formes organiques de cette Eglise telles qu’elles sont établies ci-après. » (Art 114 de la Constitution politique de 1847.) « Ces formes organiques sont de pures formes administratives, qui ne touchent ni de près, ni de loin à la foi et à la vie chrétiennes. Tous les amendements tendant à indiquer que l’Eglise nationale de Genève était une Eglise chrétienne furent écartés par le Grand Conseil constituant. » (Henri Heyer : L’Eglise de Genève (Genève 1909), p. 155 (cité par J. de Senarclens, op. cit., p. 45).
« L’appartenance à l’Eglise repose sur le domicile dans la circonscription de la communauté. » (Constitution de l’Eglise évangélique luthérienne de Bavière (1920) Art. 7, § 2.) « L’enfant doit être incorporé dès sa naissance à l’Eglise, corps de Christ. » (Synode réformé évangélique de Pau, cité par Francus, p. 38.) « Notre Eglise est une Eglise multitudiniste. On en devient membre par la naissance et non par la nouvelle naissance, et on est considéré comme en faisant partie aussi longtemps qu’on n’a pas donné sa démission » (Eglise de Zürich, Dienst der Kirche in unserer Zeit, Zürich 1966).
A l’extrême opposé nous trouvons la société fermée : n’y pénètre que celui qui en fait la demande et qui a satisfait aux exigences du règlement d’admission. Dans les religions à mystère de l’Antiquité par exemple (comme dans les actuelles sociétés franc-maçonniques) ceux qui avaient subi les épreuves prescrites et souscrit aux engagements demandés étaient seuls admis.
Dans le Nouveau Testament l’Eglise nous apparaît à la fois comme une société fermée et une société ouverte.
En effet :
1. Son nom est emprunté à une société fermée. L’ékklésia grecque n’était ouverte qu’aux citoyens de la ville. Ne faisaient partie de la qâhâl juive que les circoncis. Comme le constate E.A. Judge7, le Nouveau Testament se sert souvent des termes qui étaient employés pour caractériser les exclus des différentes sociétés civiles « étrangers, pèlerins… » (v. Eph. 2.19 ; Hbr. 11.13 ; 1 Pi. 1.17 ; 2.11) pour parler de l’état des chrétiens avant leur conversion, avant leur rattachement à l’Eglise.
7 E. A. Judge : The social Pattern of christian groups in the first Century (Tyndale Press London 1960), pp. 28 ss. Voir aussi Hildebrant : Gemeindeprinzip, pp. 82 ss.
2. Les détails donnés sur l’organisation de l’église font apparaître une société aux contours nettement délimités.
Il est question de membres (Act. 12.2) dont le nombre bien défini peut augmenter (Act. 2.47 ; 9.31 ; 16.5) ou diminuer soit par des défections (Hbr. 10.25 ; 1 Jn. 2.19) soit par des exclusions (1 Cor. 5.2 ; 3 Jn. 10). Il y a des « assemblées plénières » (1 Cor. 14.23). On peut « convoquer l’église » (Act. 14.27), donc on en connait les membres de façon précise8.
8 « L’accès des églises apostoliques n’est pas ouvert à tout venant : seuls sont admis les croyants qui confessent le nom de Jésus (et c’est pourtant la perspective de tribulations prochaines qui attend un grand nombre de prosélytes). Eu égard à son mode de recrutement, aucune Eglise ne semble mieux répondre au vœu des partisans de l’Eglise dite de professants. » P. Lestringant : « Les membres de l’Eglise » in Revue de théol. et philos. (1939), p. 211.
3. Un certain nombre d’expressions qui émaillent les épîtres présupposent un cadre collectif homogène, une structure bien définie, Des formules comme : « frères parmi vous (Jq. 3.1), au milieu de vous, quelqu’un de vous, aucun de vous, vous tous qui êtes en Jésus- Christ (1 Pi. 5.14), les uns les autres (qui revient cent fois) »… supposent un groupe précis dans lequel les uns connaissent les autres, où on sait distinguer ceux qui sont « parmi vous » de « ceux du dehors », où on peut veiller les uns sur les autres, s’exhorter les uns les autres, avoir soin les uns des autres, etc… (v. Col. 3.16 ; 1 Cor. 12.25 ; Hbr. 20.25, etc.)
D’après tous ces passages l’église primitive nous apparaît donc comme une société du type fermé ; cependant certains versets nous montrent que les réunions étaient ouvertes aussi à tous : « Si donc, dans une assemblée de l’Eglise entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-il pas que vous êtes fous ? » (1 Cor. 14.23). Dans une assemblée de l’église pouvait donc survenir un non-croyant.
Même situation sans doute dans Jq. 2.2-4 : « supposé qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu… » ; il n’est pas précisé si ces visiteurs sont des frères ou non. D’ailleurs, comme « en Orient on entre chez les autres comme chez soi, sans se gêner, (cf. Luc 7.36 ss.), à plus forte raison (le fait-on) dans une assemblée qui a un caractère public ». (J. Chaine.) L’église ne pouvait donc pas être une société entièrement fermée. Mais ces passages, surtout le premier qui est clair, montrent nettement qu’on distinguait entre « l’église » et « l’homme du peuple, le non-croyant ».
Dans toute société fermée, on n’entre que volontairement et après avoir satisfait à un certain nombre de conditions.
Quelles conditions devaient remplir ceux qui voulaient devenir membres de l’église ?
Prenons quelques exemples d’entrées dans l’église dans le livre des Actes :
Act. 2.38-47 : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ… » ;
v. 41 : ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés et, en ce jour-là le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes ;
v. 47 : et le Seigneur ajoutait à l’église ceux qui étaient sauvés ;
Act. 8.4-8 : la parole de Dieu est annoncée par les chrétiens de Jérusalem dispersés par la persécution dans la Samarie, Philippe prêche le Christ ;
v. 12 : « Quand ils eurent cru À Philippe… hommes et femmes se firent baptiser ;
Act. 10.34-43 : Pierre annonce la parole de Dieu dans la maison du centenier romain Corneille v. 44-46 : le Saint-Esprit descend sur tous ceux qui écoutaient la parole ;
v. 47-48 : ils sont baptisés au nom du Seigneur ;
Act. 18.4-5 : Paul prêche Jésus le Christ dans la synagogue de Corinthe ;
v. 8 : Crispus le chef de la synagogue crut au Seigneur avec toute sa famille et plusieurs Corinthiens qui avaient entendu Paul crurent aussi et furent baptisés.
Quand il s’agit d’isolés, nous trouvons exactement la même succession de faits : annonce de la parole, foi, baptême, intégration dans l’église :
Paul, Act. 9 : nous raconte sa conversion ;
v. 18 : il est baptisé ; v. 26 : il cherche à se joindre à l’église de Jérusalem ;
Act. 11.26 : il se joint à l’église d’Antioche.
Lydie, Act. 16.13-15 : annonce de la parole, foi, baptême ;
v. 40 : nous trouvons une église dans sa maison.
Même ordre des événements chez le geôlier de Philippes : Act. 16.30-34.
De ces exemples nous pouvons conclure que la condition d’entrée dans l’église était « la foi » et son corollaire : « le baptême »9.
9 « Comment entre-t-on dans l’Eglise ? Seulement et uniquement par la foi du cœur et l’obéissance à la Parole de Dieu. C’est l’obéissance de la foi qui décide si toi aussi tu fais partie de l’Église. » Emil Brunner : Unser Glaube, p. 142 (Gotthelft-Verlag, Bern 1935).
Ces conditions étaient-elles obligatoires ?
Certainement, car l’admission d’irrégénérés et leur présence normale dans l’église serait incompatible avec :
La présence d’inconvertis comme membres réguliers de l’Eglise serait en contradiction avec l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres sur l’Eglise.
La première fois que Jésus-Christ parle explicitement de l’église, c’est au moment où un disciple confesse sa foi en Lui comme Messie (Mt. 16.18), la deuxième fois, c’est pour opposer cette église aux « païens et publicains » (Mt. 18.17) auxquels il faut assimiler le frère qui refuse de se soumettre au verdict de l’église. Nous avons vu que dans les images que Jésus et les apôtres emploient pour représenter l’Eglise, la partie qui se rapporte aux membres suppose une certaine identité de nature entre eux. Ces mêmes images relèvent également qu’entre Christ et ses membres doivent exister des relations vivantes et constantes. L’étude détaillée du développement des trois images principales dans les épîtres : la maison du Dieu vivant, l’épouse et le corps de Christ, nous a montré qu’il n’y a pas de place dans l’Eglise pour des éléments étrangers, qui ne seraient pas personnellement reliés à Christ.
L’image du corps en particulier exclut l’idée de la présence normale dans le « Corps de Christ » de ceux qui ne seraient pas « en Christ ». Lorsque Paul écrit à l’église de Corinthe : « Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres chacun pour sa part » (1 Cor. 12.27), ou à celle de Rome : « Nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres» (Rom. 12.5), il est évident qu’il ne pouvait inclure dans ces « chacun, tous », ceux qu’il appelle par ailleurs « ceux du dehors » (1 Cor. 5.12) les « hommes du peuple et non croyants » (1 Cor. 14.23), les « étrangers » (Eph. 2.19), « une génération perverse et corrompue » (Ph. 2.14-15), les « injustes » (1 Cor. 6.1, 9), les « infidèles » (1 Cor. 6.6 ; 2 Cor. 6.15), les « ennemis et faux frères » (2 Th. 3.15 ; 2 Cor. 11.26 ; Gal. 2.4 ; Col. 1.21), les « fils de la rébellion » (Eph. 2.2 ; 5.6 ; Col. 3.6).
Partout dans le Nouveau Testament, l’église nous apparaît comme l’ekklesia, l’assemblée de ceux qui sont appelés hors du monde10. Or, qu’est-ce que le monde sinon l’ensemble de ceux qui n’ont pas cru en Jésus ? Si donc les incroyants ont leur place légitime dans l’église, il n’y a plus de frontière, plus de raison de parler du monde, appeler « ceux du dehors » à quitter la « génération perverse » (Act. 2.40) à « sortir du milieu d’eux et à se séparer » (2 Cor. 6.17). Si l’église et le monde ne font plus qu’un, « Jérusalem » et « Babylone » deviennent synonymes, alors on ne comprend plus les appels de la Parole (Es. 48.20 ; Jr. 50.8 ; 51.45 ; Ap. 18.4) : pourquoi sortir de Babylone ? de quoi sortir ? où est Babylone dans notre civilisation « chrétienne » ?
10 Pour plus de détails sur la différence entre le monde et les chrétiens dans l’enseignement de Jésus en particulier tel qu’il ressort de Jn. 17, voir Que tous soient un, p. 17, et l’appendice dans H. S. Bender : These are my People, pp. 112-113.
Existe-t-elle encore ou ces expressions décrivent-elles une situation propre aux débuts du christianisme ? Tout homme honnête reconnaîtra que notre civilisation et nos contemporains portent bien les caractéristiques de ce que l’Ecriture appelle « le monde » (Jn. 1.10 ; 15.18-19 ; 17.14-25 ; 1 Cor. 1.20-21 ; 2.12 ; 3.19 ; Eph. 2.2 ; Jq. 4.4 ; 1 Jn. 2.15-17 ; 3.13 ; 4.5 ; 5.19) et qui sont à l’opposé de ce qu’elle appelle l’Eglise ou les chrétiens. Il serait donc plus normal de poser la question : où est l’Eglise ? Existe-t-elle encore ?11 La situation des « grandes églises » actuelles fait penser au mot de Rufus Jones qui disait un jour que nos églises ressemblaient à l’enclos des chèvres de Robinson Crusoé : celles de l’intérieur étaient aussi sauvages que celles qui vivaient hors de l’enclos…
11 Il faudrait relire ce que dit Blaise Pascal de la différence entre l’église primitive et son état actuel dans Les Opuscules (IIIe partie - XVII) ; « On n’entrait alors dans l’Eglise qu’après de grands travaux et de longs désirs : on s’y trouve maintenant sans aucune peine, sans soin et sans travail. On n’y était admis qu’après un examen très exact, on y est reçu maintenant avant qu’on soit en état d’être examiné. On n’y était reçu alors qu’après avoir abjuré sa vie passée, qu’après avoir renoncé au monde, et à la chair, et au diable. On y entre maintenant avant qu’on soit en état de faire aucune de ces choses. Enfin, il fallait autrefois sortir du monde pour être reçu dans l’Eglise, au lieu qu’on entre aujourd’hui dans l’Eglise au même temps que dans le monde. On connaissait alors par ce procédé une distinction essentielle du monde d’avec l’Eglise. On les considérait comme deux contraires, comme deux ennemis irréconciliables, dont l’un persécute l’autre sans discontinuation, et dont le plus faible en apparence doit un jour triompher du plus fort ; en sorte que de ces deux partis contraires, on quittait l’un pour entrer dans l’autre. on quittait, on renonçait, on abjurait le monde où l’on avait reçu sa première naissance. au lieu qu’on se trouve maintenant presque au même temps dans l’un et dans l’autre ; et le même moment qui nous fait naître au monde nous fait renaître dans l’Eglise ; de sorte que la raison survenant ne fait plus de distinction de ces deux mondes si contraires. on les voit maintenant confondus et mêlés, en sorte qu’on ne les discerne plus… l’Eglise des saints se trouve toute souillée par le mélange des méchants. » (Ed. Brunschwigg, Hachette, pp. 201-202.)
Comment concilier la présence d’inconvertis comme membres normaux d’une église avec la vision de l’apôtre Paul : cette église, Christ l’a « purifiée par le baptême d’eau afin de la faire paraître devant Lui sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible » (Eph. 5.27) ? Notons qu’il ne s’agit pas uniquement du corps mystique de Christ, d’une entité spirituelle théorique, puisque c’est à une église concrète que l’apôtre écrit qu’il veut les « présenter à Christ comme une vierge pure » (2 Cor. 11.2), leur disant : « Christ vous a réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair, pour vous faire paraître devant Lui saints, irrépréhensibles et sans reproche, si vous demeurez fondés et inébranlables dans la foi » (Col. 1.22).
Il est évident que Dieu seul sonde les reins et les cœurs, Lui seul connaît, de façon certaine les convertis véritables. La discipline de l’église ne peut s’attacher qu’à la profession extérieure, c’est-à-dire aux paroles et à la conduite. Cependant, si une église renonce même à ces critères extérieurs, peut-elle prétendre rester fidèle à la pensée biblique ?
Il suffit de relire tout ce que Paul dit de l’Eglise et lui ordonne, pour se convaincre qu’une église de multitude ne correspond nullement à sa conception. Cette remarque vaut d’ailleurs pour tous les écrivains du Nouveau Testament.
Admettre des non-croyants comme membres de l’église, c’est minimiser l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres sur la nécessité de la nouvelle naissance.
Nous avons vu l’importance et la place de la repentance, la foi et la nouvelle naissance dans la prédication de Jésus et des apôtres ; c’est le commencement et la clé de tout leur enseignement : « Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc. 1.15) ; « Il faut que vous naissiez de nouveau » (Jn. 3.7). Les apôtres de même annonçaient « aux Juifs et aux Grecs la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ » (Act. 20.21).
La nouvelle naissance est l’événement capital de la vie de chaque homme, le début de sa vie chrétienne, et toute la prédication apostolique, d’une part, vise à la produire en ceux qui ne l’ont pas encore expérimentée, d’autre part, s’appuie sur elle pour exhorter les croyants. Elle est la frontière entre « ce qui est né de la chair » et « ce qui est né de l’esprit » (Jn. 3.6), entre les « enfants de Dieu et les fils du Malin » (Jn. 8.42-44 ; Mt. 13.38), entre les « infidèles, les injustes, la génération perverse et corrompue » et « les fidèles, les saints, les frères ». Admettre donc comme membres réguliers de l’église des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont pas passé personnellement par la repentance et la nouvelle naissance, qui n’ont jamais confessé qu’ils croyaient en Jésus comme leur Sauveur et leur Seigneur, c’est ignorer et effacer cette frontière tracée par Jésus et les apôtres, c’est mélanger « gens du dedans » et « gens du dehors », « étrangers » et « gens de la maison de Dieu ». Si, converti ou non, je puis être membre de l’église, cela voudrait dire que la conversion est moins importante que l’appartenance à l’église. On assiste ces dernières années à une montée en flèche de la doctrine du salut par l’Eglise. On connaît la fortune faite par l’Eglise romaine au mot de Tertullien : « Hors de l’église, pas de salut ». Dans beaucoup de milieux non romains, cette formule est devenue un article de foi tacite qui a supplanté l’appel à croire personnellement et à naître de nouveau pour être sauvé. En fait l’enseignement sur la nouvelle naissance occupe peu de place dans la plupart des églises de type multitudiniste12.
12 Dans un article intitulé « L’essentiel a été oublié », le pasteur Cadonau écrit : « Il est frappant de voir combien peu il est question de conversion et de nouvelle naissance dans l’Eglise. On a résolument laissé cet aspect du message aux sectes et aux communautés. pourtant il faut reconnaître que la Bible exige cette conversion et cette nouvelle naissance et d’une manière telle quelles n’y sont pas simplement en marge. L’appel à la repentance et à la conversion traverse la Bible toute entière. il s’agit toujours d’une décision personnelle que nul ne peut éviter… l’Eglise devrait reconnaître que son but est d’amener les hommes à cette nouvelle naissance. » (Studium und Zeugnis, n° 2, 1957, pp. 25-28 ou Gott hilft n° 68). Le professeur E. Kellerhals de l’Ecole Biblique missionnaire de Bâle dit la même chose dans sa brochure : Bekchrung und Wiedergeburt (p. 6) : « Il est aujourd’hui nécessaire que nous, chrétiens des Eglises nationales, soyons au clair sur cette vérité biblique indiscutable. Trop longtemps en effet nous nous sommes laissé tenter de refuser, non seulement les mots, mais la chose et de la considérer comme insignifiante, à cause de l’usage que nous estimions erroné et unilatéral de ces mots dans les milieux piétistes, dans les « communautés », chez les méthodistes ct dans l’« Armée du Salut », oui, nous nous sommes progressivement endurcis contre l’appel à la conversion. Nous nous sommes fait, de l’abus de ce mot dans d’autres milieux, une excuse facile pour tenir la chose loin de nous et pour rester tranquillement le vieil Adam que nous étions. Mais la Bible, à laquelle nous aimons nous référer, parle avec grand sérieux, avec un sérieux qu’on ne saurait méconnaître, du fait que conversion et nouvelle naissance sont nécessaires pour tous les hommes. »
La présence d’inconvertis dans l’église serait inconciliable avec les noms que donne le Nouveau Testament aux membres des églises.
Les Actes et les épîtres emploient pour désigner les membres des églises un certain nombre de noms qu’il serait impossible d’appliquer à des inconvertis :
a) La multitude de ceux qui croyaient où ceux qui ont cru13 (Act. 2.44).
13 « Les croyants sont ceux qui répondent à la vocation que Dieu leur adresse, avec lesquels Dieu noue à nouveau les relations originelles de Père à fils. Ils sont donc à la fois enlevés à leur condition ancienne et placés dans une condition nouvelle caractérisée par la communion retrouvée avec Dieu ; ils ont librement accès auprès du Père. » F. J. Leenhardt : Réalité et caractères de l’Eglise.
Le Professeur Menoud dit : « Pour tous, la vie chrétienne a commencé par la même confession : reconnaître « le Seigneur et le Christ » en Jésus de Nazareth. La vie chrétienne n’existe qu’à partir de cet acte de foi. C’est pourquoi le livre des Actes désigne souvent les disciples en disant au passé « ceux qui ont cru », ceux qui, un jour, ont fait ce pas décisif qu’est la Foi en Jésus-Christ. » La Vie de l’Eglise naissante, p. 8 (Delachaux 1952). « On les appelle aussi « les croyants » et « les saints » ils se reconnaissent mutuellement à la confession à Christ (ils confessent Lui appartenir). Sans confession des membres il n’y a pas d’église (Actes 2.37-38). » (W. Hildebrant : Gemeinde-prinzip der christl. Kirche p. 23). « L’Eglise dépend absolument de la foi de ses membres actuels, de la qualité et de l’authenticité de cette foi. » J. de Senarclens : De la Vraie Eglise selon Calvin, p. 22.
b) Les disciples14 (Act. 6.2 ; 9.1, 26 ; 11.26 ; 14.21, 22 ; 18.27 ; 19.9 ; 24.4).
14 P. Ch. Marcel (op. cit., pp. 96-97) fait une distinction entre disciples et régénérés sur laquelle il fonde la constitution de l’Eglise réformée (p. 139). A la lumière de la définition que M. Bernouilli donne du disciple, toute la responsabilité de la différence entre le disciple et le régénéré rejaillirait sur Dieu qui refuserait de régénérer quelqu’un qui adhérerait de tout son cœur et de tout son être à Jésus-Christ.
« L’Eglise groupe tous ceux qui, ayant entendu la prédication de l’Evangile et ayant été conquis par elle, sont devenus disciples du Christ »15.
15 M. Goguel : Le problème de l’Eglise, p. 12.
Que signifie ce mot que nous retrouvons 31 fois dans les Actes et 269 fois dns le Nouveau Testament ? « Le disciple épouse la doctrine du maître. Dans nos Evangiles il y a plus encore ; le disciple s’attache à la personne de Jésus. Les disciples de Jésus sont corps et âme liés à la personne du Seigneur. Dans le livre des Actes le terme disciple est l’équivalent de « frère » ou « croyant ». Cet usage est symptomatique car il prouve une fois encore que le mot de disciple implique une foi sans réserve en Celui qui est Seigneur. »16
16 M. Bernouilli dans Vocabulaire biblique (Delachaux et Niestlé, édit. 1954).
« La vraie signification de la qualité de disciple est la réponse à la Seigneurie de Christ. »17 (H.S. Bender.)
17 These are my People, p. 79.
« Le disciple suit le Maître en Lui obéissant, s’identifie avec sa cause, sert ses desseins et renonce à toutes les autres sujétions. » (H.S. Bender.)18
18 Ibid. p. 81. Voir aussi l’article « Mathetes » dans Theol. Wörterb. N.T., t. IV.
c) Les saints (Act. 9.13, 32, 41 ; 2 Cor. 1.1 ; 13.12 ; Eph. 4.12 ; Col. 2.12).
Ce mot est employé 62 fois dans le Nouveau Testament (surtout dans les épîtres) pour désigner les croyants. « Les saints sont ceux qui sont en Christ. Ce sont les croyants. Car c’est par la foi que la sainteté de Christ devient nôtre. » (Regin Prenter.)19
19 « L’Eglise d’après la confession d’Ausbourg » in La Sainte Eglise universelle, p. 112.
« L’idée de sainteté est commune à toutes les religions. à la base on retrouve presque toujours les deux idées de séparation (mise à part) et de puissance spirituelle : ce qui est saint c’est ce qui a été séparé, consacré aux dieux. »20
20 P. Bonnard : Vocabulaire biblique.
Les saints sont donc ceux qui sont mis à part pour Dieu. Ce terme implique déjà en lui-même une séparation d’avec ce qui est « profane », non consacré à Dieu, il ne saurait donc désigner que des chrétiens.
Les saints désignent tous les chrétiens. (Ex. Rom. 15.26 ; 1 Cor. 14.33 ; Hbr. 14.24 ; Ap. 22.2.)
On le trouve toujours au pluriel (Ph. 4.21 équivaut à un pluriel) dans le Nouveau Testament (à l’exclusion de Mt. 27.52)21.
21 Voir H. S. Bender : op. cit, pp. 83 et 119.
« Dieu met les chrétiens à part pour Lui mais, en réponse, eux-mêmes se sanctifient pour Dieu. »22
22 Id. Ibid. p. 85.
Les termes de croyant, disciple et saint sont, à côté de celui de frère, ceux que le Nouveau Testament utilise le plus souvent pour désigner les chrétiens ; chacun se rencontre plusieurs centaines de fois. ces trois termes soulignent la réponse de l’homme à Christ plutôt que simplement l’aspect passif de leur nouvel état23.
23 Voir H.&nbso;S. Bender : op. cit. p. 67.
d) Les frères (Act. 9.30 ; 10.23 ; 15.35, etc.) — Ce terme est employé plus d’une centaine de fois pour désigner les membres de l’église. Il découle de l’idée de la famille nouvelle, la famille spirituelle qui se superpose à la famille « selon la chair ». Tous ceux qui sont devenus « enfants de Dieu » parce qu’ils ont accepté la Parole (Jn. 1. 12) sont devenus « frères de Jésus-Christ », (Mt. 28.10 ; Rom. 8.29 ; Hbr. 2.11, 12, 17) et par conséquent frères entre eux « en Jésus-Christ ».
L’emploi de ce mot pour désigner les membres d’église (surtout dans 1 Cor. 5.11 ; 8.11 ; 2 Thess. 3.6 ; 1 Tim. 6.2) et l’opposition qu’établit l’apôtre avec les « faux frères » (2 Cor. 11.26), « les ennemis » (2 Thess. 3.15) ou « tous » (Gal. 6.10), prouve une fois de plus que ceux qu’il nomme ainsi étaient tous entrés dans la famille de Dieu.
« Le terme frères est celui qui désigne le plus fréquemment les chrétiens dans le Nouveau Testament. Il est utilisé dans ce sens quelque 250 fois dans les Actes et les épîtres, dont 130 fois par Paul seul (35 fois dans 1 Cor.) et 50 fois dans les Actes. Pierre appelle l’église une fraternité. » (1 Pi. 2.17.) (H. S. Bender.)24
24 Ibid. p. 51-52.
e) Les bien-aimés ou bien-aimés de Dieu (2 Thess. 2.13 ; Rom. 1.7 ; 2 Pi 3.1, 8).
Les élus de Dieu saints et bien-aimés (Col. 3.12)25. De telles expressions pourraient difficilement s’appliquer à des hommes qui seraient encore « enfants de la colère » (Eph. 2.3), « fils de la rébellion » (Eph. 2.2 ; 5.6), « étrangers et ennemis » (Col. 1.21).
25 Dans le livre égyptien d’Henoch qui, selon certains auteurs, aurait eu une grande importance dans le christianisme primitif, la communauté messianique est représentée sous forme d’un cercle « d’élus » autour de l’« Elu » (1 Hen, 37-71) ou de la communion du Fils de l’Homme avec les élus autour d’une table. Voir Nils Johansson : « Wer gehört zur urchristlichen Kirche » in Ein Buch von der Kirche (Göttingen 1951).
f) « Christianoi » (chrétiens, Act. 11. 26 ; 26.28 ; 1 Pi. 4.16) ne peut désigner que ceux qui « appartiennent à Christ » et le reflètent dans leur vie26
26 Même dans l’époque post-apostolique ce nom n’était donné aux croyants qu’après leur baptême (voir Hermas : Sim. IX, 16,3 : 19,2 — Polycarpe 6.3 : Ignace : Eph, 7.1)
g) Les nôtres (Tite 3.14 ; 1 Jn. 2.19) est un terme caractéristique de la société fermée dans laquelle on distingue bien les membres des non-membres.
« Les membres de l’église sont disciples, confesseurs, croyants, témoins, ambassadeurs, pèlerins, économes, fidèles : tous des termes qui dénotent une réponse et une activité de la part des membres. » (H.S. Bender.)27
27 Op. cit, p. 17. Pour les membres voir l’article « mélos » dans Theologisches Wörterbuch N.T., t. IV, pp. 559-572.
La présence d’inconvertis dans l’église serait inconciliable avec les détails que nous donnent les épîtres sur l’état spirituel des vrais membres.
Les épîtres sont presque toutes adressées à des églises. Les détails que nous donnent les apôtres sur l’expérience passée et l’état spirituel présent des membres de ces églises, nous renseignent sur l’identité de ces membres.
a) Les adresses des épîtres dans lesquelles les apôtres caractérisent de quelques mots leurs destinataires, sont déjà significatives :
Rom. 1.7 : « à tous ceux, qui à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints» (ou « saints appelés ») ;
1 Cor. 1.2 « à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints et à tous ceux qui invoquent en quelque lieu que ce soit le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, leur Seigneur et le nôtre » ;
Eph., Phil., Col. : « aux saints et aux fidèles… » ;
1 Pi. 1.1-2 : « à ceux qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père… ;
2 Pi. 1.1 : « à ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix que la nôtre… ;
Jude 1.1 : «à ceux qui ont été appelés, qui sont aimés en Dieu le Père et gardés pour. Jésus-Christ. »
Si des incroyants s’étaient trouvés dans ces églises, auraient-ils pu, à bon droit, penser que les apôtres les incluaient dans les destinataires de leurs lettres, donc les considéraient comme membres d’église ? Il eût été difficile de le soutenir28, mais le contenu de ces épîtres aurait vite fait de les détromper.
28 « Les membres de l’Eglise chrétienne sont les chrétiens, c’est-à-dire tous ceux qui, ayant désespéré de leur propre justice devant Dieu, croient que Dieu leur pardonne leurs péchés à cause de Christ. L’Eglise chrétienne au sens propre du mot, se compose uniquement de croyants. les églises locales, elles aussi, en tant qu’églises, ne comprennent que des croyants, comme cela ressort clairement des adresses des Epîtres aux églises locales. La communauté visible, contenant à la fois des hypocrites et des croyants, n’est appelée « Eglise » que dans le sens impropre du mot. » Profession de foi des Églises luthériennes (Synode du Missouri), 1932.
Que nous apprennent en effet les épîtres sur les membres des églises apostoliques.
b) « Autrefois - Maintenant ».
Ce sont des hommes et des femmes qui ont traversé une crise décisive qui a partagé leur vie en deux époques nettement distinctes : autrefois - maintenant.
| Autrefois : | mais Maintenant : | ||
| Rom. 6.19 : Vous avez livré vos membres comme esclaves à l’impureté et à l’iniquité pour commettre l’iniquité ; | — | livrez vos membres comme esclaves à la justice ; | |
| 20-22 : vous étiez esclaves du péché, vous portiez alors des fruits dont vous rougissez
aujourd’hui ; la fin de ces choses c’est la mort ; |
— | étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu vous avez pour fruit la sainteté et pour fin la vie éternelle ; | |
| 7. 5-6 : nous étions dans la chair, les passions des péchés agissaient dans nos membres, de sorte que nous portions des fruits pour la mort ; | — | nous avons été dégagés de cette loi, nous servons dans un esprit nouveau ; | |
| 11.30 : vous avez désobéi à Dieu ; | — | vous avez maintenant obtenu miséricorde ; | |
| 1 Cor. 6.10-11 : vous étiez, quel- ques-uns de vous, impudiques, idolâtres, adultères, efféminés, infâmes, voleurs, cupides, ivrognes, outrageux, ravisseurs ; | — | mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés, au nom du Seigneur et par l’Esprit de notre Dieu ; | |
| 1 Cor. 12.2 : lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes ne connaissant pas Dieu ; | — | frères ; | |
| Gal. 4.8-9 : Vous serviez des dieux qui ne le sont pas de leur nature ; | — | à présent vous avez connu Dieu ou plutôt vous avez été connus de Dieu ; | |
| Eph. 2.1-6 : Vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés… Nous tous nous étions de leur nombre, et nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres. |
— | Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés) il nous a ressuscités ensemble et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Jésus-Christ ; | |
| 11-13 : vous autrefois païens dans la chair appelés incirconcis par ceux qu’on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l’homme, souvenez-vous que vous étiez en ce temps-là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde ; | — | en Jésus-Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ ; | |
| 19 : des étrangers, des gens du dehors : | — | vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu ; | |
| 5.8-9 : Autrefois vous étiez ténèbres ; | — | vous êtes lumière dans le Seigneur ; | |
| Col. 1.21-22 : Vous étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos mauvaises œuvres ; | — | Il vous à maintenant réconciliés par sa mort pour vous faire paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans reproche ; | |
| 2.13 : vous étiez morts par vos offenses et par l’incirconcision de votre chair ; | — | Il vous à rendus à la vie avec lui en nous faisant grâce pour toutes nos offenses ; | |
| 3.7-8 : vous marchiez autrefois parmi les fils de la rébellion, vous viviez dans ces péchés (l’impudicité, l’impureté, les passions, les mauvais désirs et la cupidité) ; | — | mais maintenant renoncez à ces choses ; | |
| Tite 3.3-5 : nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs et nous haïssant les uns les autres ; | — | mais Dieu nous a sauvés selon sa miséricorde par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit ; | |
| 1 Pi. 2.9-10 : autrefois vous n’étiez pas un peuple vous n’aviez pas obtenu miséricorde ; |
— | maintenant vous êtes le peuple de Dieu ; | |
| vous n’aviez pas obtenu miséricorde ; | — | maintenant vous avez obtenu miséricorde ; | |
| 2.25 : vous étiez comme des brebis errantes ; | — | mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes ; | |
| 4.3 : dans le temps passé vous avez accompli la volonté des païens en marchant dans la dissolution, les convoitises, l’ivrognerie, les excès du manger et du boire et les idolâtries criminelles ; | — | celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu. Soyez donc sages et sobres pour vaquer à la prière29. |
29 « Une communauté vivante naît là où la prédication de l’Evangile lie des hommes à Jésus-Christ de telle manière qu’ils sachent et confessent que Jésus-Christ est le Seigneur qui les a « sauvés, rachetés, libérés de tous péchés, de la mort, de la puissance du diable » qui ont comme but de « Lui appartenir désormais en propre, de vivre dans son royaume sous sa direction, et Le servant dans une éternelle justice, innocence et sainteté. » Christian Stoll : Kirchenzucht (München 1937), p. 5.
c) « Ceux du dehors — vous »
Cette expérience les a aussi séparés de ceux avec lesquels ils vivaient autrefois.
Dans les épîtres les apôtres tracent une frontière nette entre les membres des églises auxquels ils s’adressent et les non-croyants, les païens :
« Vous ne devez plus marcher comme les païens qui marchent selon la vanité de leurs pensées. Ils ont l’intelligence obscurcie, ils sont étrangers à la vie de Dieu. mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris Christ. » (Eph. 4.17-20.)
« N’ayez donc aucune part avec eux. » (5.7.)
« Ne vous livrez pas à une convoitise passionnée comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. » (1 Thess. 4.5.)
« Ceux qui n’obéissent pas à l’Evangile de notre Seigneur. » (2 Thess. 1.8.)
« Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger. Car quel rapport y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial ? ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle ? Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? Car nous sommes le temple du Dieu vivant. C’est pourquoi sortez du milieu d’eux et séparez-vous, dit le Seigneur. » (2 Cor. 6.14-17.)
Voir 1 Cor. 5.1 ; 9.12 ; 14.23 : « Si dans une assemblée de l’Eglise entière il survient des hommes du peuple ou des non-croyants. » « L’honneur est pour vous qui croyez, mais les incrédules… » (1 Pi. 2.7.) « Ayez au milieu des païens une bonne conduite… » (v. 12.)
Fréquemment l’apôtre s’inclut ainsi avec ses destinataires dans le « nous » qu’il oppose à ceux qui n’ont pas cru :
« La prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. » (1 Cor. 1.18.)
« Ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, seront condamnés. Pour nous, frères, nous devons continuellement rendre grâces à Dieu pour vous parce que Dieu vous a choisis pour le salut. » (2 Thess. 2.10-13.)
« Voyez quel amour le Père nous a témoigné pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes. Si le monde ne nous connait pas, c’est qu’il ne l’a pas connu. Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu. » (1 Jn. 3.1.) « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. » (1 Jn. 3.14.)
d) La conversion : une expérience du passé.
Les épîtres sont remplies d’allusions à cette crise décisive. Les apôtres la rappellent à leurs destinataires comme un événement de leur passé :
« Grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été esclaves du péché vous avez obéi de cœur à la de de doctrine dans laquelle vous avez été instruits. Ayant été affranchis du péché vous êtes devenus esclaves de la justice. » (Rom. 6.17, 18.)
« C’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile » (1 Cor. 4.15.)
« Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps. » (1 Cor. 12.13.)
« En lui vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité. l’Evangile de votre salut, en lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit. » (Eph. 1.13.)
« Rendez grâces au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière, qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son Amour. » (Col. 1.13.)
« Vous qui étiez morts par vos offenses et par l’incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâces pour toutes nos offenses. » (Col. 2.13.)
« On raconte comment vous vous êtes convertis à Dieu, en abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai et pour attendre des cieux son Fils… » (1 Thess. 1.9.)
« Il nous a sauvés non à cause des œuvres. » (Tite 3.5.) « Il nous a engendrés. » (Jq. 1.18.)
« Souvenez-vous de ces premiers jours où, après avoir été éclairés vous avez soutenu un grand combat au milieu des souffrances ; d’une part, exposés comme en spectacle aux opprobres et aux tribulations, et de l’autre vous associant à ceux dont la position était la même. » (Hbr. 10.32-33.)
« Ayant purifié vos âmes en obéissant à la vérité … vous avez été régénérés … par la parole vivante et permanente de Dieu. » (1 Pi. 1.22-23.) Voir 1 Pi. 1.3 ; Jq. 1.18.
c) Le salut : une réalité présente.
En s’adressant aux membres des églises, les apôtres leur parlent comme à des gens qui ont choisi, qui possèdent la foi et le salut :
« Vous êtes devenus esclaves de Dieu » (Rom. 6.22) ;
« Vous avez obtenu miséricorde » (11.30) ;
« Vous qui avez été appelés » (1 Cor. 1.26) ;
« Vous êtes en Jésus-Christ » (1.30) ;
« Vous êtes le temple de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en vous » (3.16) ;
« Vous avez été rachetés à un grand prix » (7.23) ;
« Je vous rappelle frères, l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré et par lequel vous êtes sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé » (15.1-2) ;
« Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ : vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (Gal. 3.26) ;
« Ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre amour pour tous les saints. » (Eph. 1.15 ; Col. 1.4 ; 1 Thess. 1.3) ;
« C’est par grâce que vous êtes sauvés » (Eph. 2.5, 8) ;
« Comme vous avez toujours obéi. » (Phil. 2.12) ;
« Comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui » (Col. 2.6) ; « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec Christ en Dieu (3.3) ; « :;Vous avez dépouillé le vieil homme et revêtu l’homme nouveau » (3.10) ;
« Vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur en recevant la parole » (1 Thess. 1.6) ;
« Votre foi en Dieu s’est fait connaître en tout lieu » (1.8) ;
« Vous avez cru à notre témoignage » (2 Thess. 1.10) ; « Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut par la sanctification de l’Esprit et par la foi en la vérité » (2.13) ;
« Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades d’anges, de la réunion et de l’assemblée (ou église) des premiers-nés inscrits dans les cieux, de Dieu. des esprits des justes de Jésus médiateur… et du sang de l’aspersion » (Hbr. 12.22-24) ;
« Un héritage qui vous est réservé dans les cieux à vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps » (1 Pi. 1.5) ;
« Vous l’aimez (Jésus-Christ) sans l’avoir vu. Sans le voir encore, vous croyez en lui et vous tressaillez d’une joie indicible et glorieuse car le salut de vos âmes sera la conséquence de votre foi » (1 Pi. 1.8) ;
« Vous savez que ce n’est point par des choses périssables que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre héritée de vos pères mais par le sang précieux de Christ. Par lui vous croyez en Dieu. votre foi et votre espérance reposent sur Dieu » (1.18-21) ;
« Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté afin d’annoncer les vertus de celui qui vous à appelés des ténèbres à son admirable lumière » (2.9) ;
« Je vous écris, petits enfants, parce que vos péchés sont pardonnés à cause de son nom. Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. Je vous écris jeunes gens, parce que vous avez vaincu le malin » (1 Jn. 2.12-13) ; « Vous avez reçu l’onction de la part de celui qui est saint et tous, vous avez la connaissance. Je vous ai écrit, non parce que vous ne savez pas la vérité, mais parce que vous la savez » (2.20-21, voir v. 27) ;
« Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu… vous les avez vaincus (les faux prophètes) car celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (4.4) ; « je vous ai écrit afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (5.13) ;
« A l’Eglise primitive appartenait celui qui avait trouvé en Jésus le Fils de l’Homme, le Seigneur et qui s’était déclaré pour Lui (sich zu Ihm als solchem bekannt hatte) — l’Eglise primitive est un rassemblement de confesseurs décidés de Christ » (Doyen Nils Johansson)30 ;
30 « Wer gehört zur urchristlichen Kirche ?» in Ein Buch von der Kirche (Göttingen 1951).
« Jamais les apôtres, écrivant à une église, n’hésitent à considérer tous ses membres comme faisant profession d’être revêtus du titre de croyants, de rachetés, d’enfants de Dieu » (A. de Gasparin) 31.
31 Les Ecoles du Doute et l’Ecole de la Foi, p. 385.
L’église primitive : une église de parfaits ?
N’y avait-il donc aucun inconverti dans les églises primitives ? Affirmer cela serait méconnaître le caractère relatif de tout ce qui est humain. L’Eglise primitive n’était pas cette église sainte et infaillible à laquelle Coleridge prétendait appartenir — mais dont il disait être aussi l’unique membre !32 Il y avait certainement déjà de fausses conversions, des gens qui répondaient dans une certaine mesure à l’appel de Dieu, mais qui ne s’étaient pas vraiment repentis, qui n’avaient pas placé route leur confiance en Christ, que le Saint-Esprit n’avait pas régénérés. Ces gens se faisaient illusion sur eux-mêmes et trompaient les autres. Ils pouvaient bien faire profession de foi, être baptisés et admis dans l’église, mais ils n’étaient pas véritablement nés de nouveau. Simon le magicien a induit les apôtres eux-mêmes en erreur (Act. 8.5-17). L’apôtre Jean parle dans son épître de gens qui « sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ». Ils y étaient donc durant quelque temps sans être réellement nés de nouveau. Cependant il ajoute : « s’ils eussent été des nôtres ils seraient demeurés avec nous » (1 Jn. 2.19).
32 Cité par Ad. Keller : Church and State on European Continent, p. 44.
Parmi les douze il y avait un « fils de perdition », mais lui non plus n’est pas demeuré dans le sein de la communauté apostolique33. Cependant dans une église remplie de l’Esprit du Seigneur, ces fausses situations ne subsistent pas longtemps : l’esprit qui avait inspiré Simon, fut bientôt démasqué (18-24). Dans une église malade, ces cas troubles peuvent mettre plus de temps à se clarifier. Le faux converti disparaît dans la masse des chrétiens tièdes ou charnels. C’était peut-être le cas à Corinthe. Deux versets des lettres que l’apôtre adresse à cette église peuvent nous amener à le penser.
33 Dans les premiers stades de sa croissance, l’ivraie ressemble au blé (Mt. 13.23-43), elle se trouve parmi le blé (v. 25). Mais comment y est-elle venue ? « pendant que les gens dormaient. » C’est donc à un manque de vigilance que les chrétiens-ivraie doivent leur présence dans l’Eglise. On a tiré argument de la réponse du maître à ses serviteurs (ne pas arracher l’ivraie) contre l’exercice de la discipline ecclésiastique. Ce serait mettre l’Ecriture en contradiction avec elle-même, car, comme nous le verrons plus loin, cette discipline est bien commandée dans l’Ecriture. D’autre part, dans la parabole, « arracher l’ivraie » représente la damnation éternelle, les moissonneurs qui arrachent l’ivraie à la « fin du monde » (v. 32) : ce sont les anges, et le champ dont ils l’arrachent, c’est « le monde » (v. 38) et non pas l’Eglise.
« Revenez à vous-mêmes, comme de juste, et ne pêchez pas ; car quelques-uns n’ont pas la connaissance de Dieu, je le dis à votre honte » (1 Cor. 15.34). Cette traduction permet de supposer que des inconvertis s’étaient glissés dans l’église de Corinthe. Si c’était le cas, il importe de noter le commentaire de l’apôtre sur un tel état de fait : je le dis à votre honte. Au lieu de fournir un argument à ceux qui voudraient voir dans la présence d’incroyants dans l’église une situation normale, ce verset leur démontre que l’apôtre réprouvait une telle situation. Cependant, il n’est pas certain que la traduction ci-dessus soit la meilleure, on peut aussi traduire agnosia par méconnaissance. « En effet quelques-uns méconnaissent Dieu » (F. Godet, Goguel-Monnier). Il s’agirait alors d’une fausse connaissance de Dieu qui n’impliquerait pas nécessairement l’absence de conversion. N’oublions pas que ce verset se situe dans un contexte de faux enseignements sur la résurrection. Dans ce cas la « honte » rejaillirait sur le ministère de l’enseignement dans l’église de Corinthe.
« Examinez-vous vous-mêmes, pour voir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? À moins peut-être que vous ne soyez réprouvés » (2 Cor. 13.5) ou « que l’épreuve ne soit pour vous un échec » (Segond révisé) « que l’épreuve ne tourne contre vous » (Jérusalem) « L’idée est celle d’un examen où l’on échoue » (Goguel-Monnier).
Ce verset semble a priori démontrer que l’apôtre comptait avec la présence possible d’inconvertis dans l’Eglise de Corinthe. Pour bien en comprendre le sens, il faut toutefois le replacer également dans son contexte. Les Corinthiens contestaient la validité du ministère de Paul : « Vous cherchez une preuve que Christ parle par moi » (13.3) ; mais si Christ n’a pas parlé par lui, il ne demeurait pas non plus en eux. Si Christ était en eux, c’est la preuve qu’il a parlé par Paul, puisque c’est par Paul qu’ils ont été amenés à la foi. « Puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi, examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous. » « La réponse sous-entendue est affirmative : « Oui, Christ est certainement en vous » (F. Godet). « La preuve de mon ministère vous la trouverez donc en votre propre foi. A moins toutefois que peut-être par hasard (ei me ti) vous ne soyez des chrétiens inauthentiques, que vous n’échouiez à cet examen et que vous ne vous découvriez des incroyants. » Pensée insoutenable pour les Corinthiens qui ne se croyaient nullement des réprouvés. Il faut sans doute voir une pointe d’ironie dans le raisonnement de l’apôtre : la conséquence logique du doute des Corinthiens au sujet de sa mission divine se retournait contre eux-mêmes. C’est en quelque sorte une démonstration par l’absurde de ce que l’apôtre a cherché à établir au cours de toute sa lettre : pour prouver que Christ n’a pas parlé à travers lui, il faudrait que les Corinthiens démontrent qu’ils ne sont eux-mêmes pas chrétiens, — alors qu’ils se croyaient des chrétiens supérieurs à l’apôtre ! Il suffit d’ailleurs de lire quelques versets plus loin pour constater que Paul était loin de tirer une telle conclusion du raisonnement qu’il suggérait. (v. 11-13.)
Ainsi, de ce verset non plus, pas plus que du précédent, on ne peut inférer de façon certaine la présence de non-croyants dans l’église de Corinthe. Le pourrait-on d’ailleurs, on ne saurait, face au nombre de versets qui affirment le contraire, en tirer qu’une conclusion : que Corinthe était l’exception qui confirme la règle — et que cette exception était loin de bénéficier de l’approbation apostolique. Si des inconvertis s’étaient glissés dans l’église, celle-ci n’avait pas le droit de les y tolérer : « Expulsez le méchant du milieu de vous » (1 Cor. 5.13). Voilà le principe apostolique sur lequel nous reviendrons un peu plus tard en parlant de la discipline ecclésiastique.
f) Pas d’appels à la conversion dans les épîtres.
S’il devait y avoir des inconvertis dans les églises primitives, on ne comprendrait pas que les apôtres n’exhortent jamais à la conversion dans leurs épîtres.
En effet, nous avons vu que la nécessité de la nouvelle naissance était le point numéro un de la prédication apostolique. Or, si nous analysons les exhortations contenues dans les épîtres, elles ne contiennent aucun appel à la repentance, à la conversion ou à la foi pour le salut. Dans les Evangiles et les Actes, nous rencontrons une vingtaine d’impératifs, tels que « Repentez-vous, venez à moi, convertissez-vous », une quinzaine d’appels à la foi « Croyez la Bonne Nouvelle, croyez en celui que le Père a envoyé » ; dans les épîtres : rien ! Comment s’expliquer cela, sinon par le fait que les églises étaient composées d’hommes et de femmes qui avaient déjà passé par la repentance et la foi.
Le seul verset qui semble infirmer ce qui vient d’être dit se trouve dans 2 Cor. 5.20 : « Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ comme si Dieu exhortait par nous ; nous vous en supplions au nom de Christ, soyez réconciliés avec Dieu. » Cependant, avant de conclure, il faut là aussi replacer le verset dans son contexte et vérifier la traduction. L’apôtre, comme dans toute l’épître, défend son ministère. Ici il le définit par sa caractéristique essentielle : l’évangélisation : supplier les hommes de se laisser réconcilier avec Dieu. « Cet appel ne s’adresse pas à l’Eglise de Corinthe, ni aux chrétiens en général, en tant qu’ils ont tous les jours besoin de pardon (Calvin), mais à tous les inconvertis. C’est la mission de Paul de supplier les hommes, tous les hommes en leur disant : « Soyez réconciliés » (F. Godet).
Aussi le texte original ne porte-t-il pas « nous vous en supplions » mais « nous supplions pour Christ : soyez réconciliés avec Dieu » ! (comme le traduisent Darby, la Version concordante, le Père Allo, Luther, Hans Bruns, Mülheimer Uebersetzung, Thimme, H. Wiese, Albrecht, Pfäffling, Menge, Schlachter, Moffat, Weymouth, etc.)34. Il suffirait d’ailleurs de relire les deux épîtres aux Corinthiens et de relever les nombreux témoignages que rend l’apôtre à la foi de ses lecteurs pour écarter toute tentative d’assimiler l’église de Corinthe. à une église de multitude, voire à un public à évangéliser.
34 Il est vrai que dans le chap. suivant, v. 1, nous trouvons : « nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain », mais cela ne permet pas encore de conclure que les membres de l’Eglise de Corinthe n’étaient pas convertis, car 1° on peut aussi traduire « à ne pas avoir reçu la grâce de Dieu en vain » (J. Héring : Comm. 2 Cor., Delachaux 1958, p. 55) ou « faites en sorte que vous n’ayez pas reçu en vain la grâce de Dieu » (version synodale, Darby-Menge...), 2° L’apôtre veut leur dire de ne pas s’arrêter là où ils se trouvent, sinon ils deviendraient « :infidèles à la grâce de Dieu, il se pourrait donc qu’ils l’aient reçue en vain», (Allo : 2 Cor., Gabalda Paris, 1956, p. 173).
g) Les exhortations à progresser dans la foi.
Si les églises n’étaient pas composées de croyants, on ne comprendrait pas les exhortations des apôtres à « demeurer fermes », à « progresser » et à tirer de leur position de chrétiens toutes les conséquences.
En effet, dans les Evangiles et les Actes, nous ne trouvons qu’une seule fois une exhortation à demeurer fermes dans la foi (Jn. 15, où Jésus s’adresse à ses disciples) ; les épîtres nous en donnent une quinzaine sous forme d’impératifs et une quarantaine sous forme de conseils ou d’encouragements.
« Demeurez donc fermes et ne vous laissez pas de nouveau mettre sous le joug de la servitude. » (Gal. 5.1.) « Demeurez fermes dans la foi que nous professons. » (Hbr. 4.14.) « Que chacun de vous montre le même zèle pour conserver jusqu’à la fin une pleine espérance, en sorte que vous ne vous relâchiez point. (6.11-12.) « N’abandonnez pas votre assurance à laquelle est attachée une grande rémunération. » (10.35-36.) « Et maintenant, petits enfants, demeurez en lui, afin qu’au moment où il sera manifesté, nous ayons de l’assurance et qu’à son avènement nous n’ayons pas la honte d’être éloignés de lui. » (Jn. 2.28.) « Ce que vous avez, retenez-le jusqu’à ce que je vienne. » (Ap. 2.25.) « Retiens ce que tu as afin que personne ne prenne ta couronne. » (3.11.)
On ne peut demeurer quelque part que si on y est, on ne peut persévérer dans une voie qu’après y être entré.
Cette foi, que les membres des églises primitives possédaient, devait croître. Dans les Evangiles et les Actes, il n’y a aucune invitation à croître dans la foi. Dans les épîtres par contre, une vingtaine d’ordres et près d’une quarantaine de mentions concernent la croissance et le progrès dans la foi.
« Que vous croissiez à tous égards en celui qui est le chef : Christ. » (Eph. 4.15.) « Perfectionnez-vous. » (2 Cor. 13.11.) Cette exhortation est souvent associée À l’appel à la fermeté : « Soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur » (1 Cor. 15.58). « Veillez, demeurez fermes dans la foi, fortifiez-vous » (1 Cor. 16. 13).
« Frères, puisque vous avez appris de nous comment vous devez vous conduire et plaire à Dieu, et que c’est là ce que vous faites, nous vous prions et nous vous conjurons au nom du Seigneur Jésus de marcher à cet égard de progrès en progrès… vous avez vous-mêmes appris de Dieu à vous aimer les uns les autres et c’est aussi ce que vous faites. mais nous vous exhortons, frères à abonder toujours plus dans cet amour. » (1 Thess. 4.1-9, 10) « Le Dieu de toute grâce… vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. » (1 Pi. 5.10.) « Croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. » (2 Pi. 3.18.) Cette croissance était une réalité à laquelle les apôtres ne craignaient pas de rendre hommage : « Nous devons, frères, rendre continuellement grâces à Dieu à votre sujet et ce n’est que juste parce que votre foi fait de grands progrès et que l’amour que vous avez tous, les uns pour les autres s’accroît de plus en plus. Aussi nous glorifions-nous de vous dans les églises de Dieu à cause de votre persévérance er de votre foi au milieu de toutes vos persécutions et des afflictions que vous supportez. » (2 Thess. 1.3-4.)
La sanctification est un non-sens sans la conversion !
Toutes les exhortations morales des épîtres ont pour base la position nouvelle des lecteurs. Le schéma de ces exhortations n’est pas « Faites ceci pour être sauvés ou pour devenir saints » (ce serait le salut par les œuvres) mais : « Puisque vous êtes sauvés, faites ceci, puisque vous êtes saints, devenez-le ».
Dans les épîtres de Paul : « Je vous exhorte donc à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée. » (Eph. 4.1 ; v. Phil. 1.27.) « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. » (4.32.)
« Que la débauche, toute forme d’impureté ou la cupidité ne soient pas même mentionnées parmi vous, comme il convient à des saints. » (5.3.) « Autrefois en effet vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière. » (5.8.) « Comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui, étant enracinés et fondés en lui et affermis par la foi. » (Col. 2.6.) « Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses d’en-haut… affectionnez-vous aux choses d’en-haut et non à celles qui sont sur la terre. Car vous êtes morts. faites donc mourir votre nature terrestre, la débauche, l’impureté, les passions. ne mentez pas les uns aux autres, vous qui avez dépouillé le vieil homme avec ses actions et revêtu l’homme nouveau… ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez- vous d’ardente compassion, de bonté, d’humilité. (3.1-12 passim.)
De Pierre : L’apôtre Pierre ne procède pas autrement. Dans sa première épître il donne une cinquantaine d’exhortations différentes exprimées par quelque soixante-dix verbes, mais il justifie presque chaque exhortation par l’œuvre que Dieu a accomplie : fréquemment nous trouvons ces locutions : car, afin que, c’est pourquoi, donc, puisque, comme. Dieu nous demande de vivre de manière sainte à cause de ce qu’Il a fait pour nous (1.13 ; 5.7), en nous (1.22-23), (après avoir purifié — en obéissant à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère, aimez-vous les uns les autres ardemment, vous qui avez été régénérés…) — à cause de ce que nous sommes devenus (1.14 : comme des enfants obéissants ; 2.2 : comme des enfants nouveau-nés ; 2.5 : comme des pierres vivantes ; voir aussi 2.9, 11, 17, 24 ; 4.10), de ce que nous professons ou faisons (1.15, 17 ; 2.13, 15 ; 3.12 ; 4.11 ; 5.5), de notre appel (2.21 ; 3.9), de ce qui nous attend (3.9 ; 4.7, 13, 17 ; 5.4, 6).
De Jean : Jean suit la même démarche dans ses épîtres : celui qui croit en Christ est « né de Dieu », « en Dieu » et « Dieu est en lui ». Or, quiconque est né de Dieu aime Dieu et les frères (1 Jn 2.5, 7 ; 3.11, 23) et garde les commandements de Dieu. Les lecteurs de ses épîtres sont nés de Dieu (2.12-14, 20-21 ; 3.14 ; 5.13), ils doivent donc marcher comme Il a marché (2.6), ne pas pécher (2.1 ; 3.6, 9 ; 5.18), garder ses commandements (2.3 ; 3.22-24 ; 5.2), pratiquer la justice (2.29 ; 3.7), aimer Dieu (4.19 ; 5.2) et les frères (3.11, 18, 23 ; 4.7, 21 ; 5.2).
« Quiconque lit les Epîtres doit y reconnaître que (réserve faite des hypocrites et des indignes) tout membre d’une Eglise apostolique est traité comme un racheté et comme un saint, par cela seul qu’il est considéré comme un croyant. » (A. de Gasparin.)35
35 Ecoles du Doute et de la Foi, p. 390.
Deviens ce que tu es.
C’est parce que les membres des églises auxquelles les apôtres adressaient leurs lettres étaient nés de Dieu, en Christ ou en Dieu et que, par conséquent, Christ et l’Esprit Saint étaient en eux, que les apôtres pouvaient les exhorter à garder les commandements, à pratiquer la justice et à aimer les frères. Avant leur régénération, cela leur eût été impossible, parce qu’au lieu de Dieu, c’était le péché qui habitait en eux (Rom. 7.17), ils étaient esclaves de la loi du péché et de la mort (Rom. 7.23 ; 8.2), la chair était toute force à la loi (Rom. 8.3), la chair est incapable de se soumettre à la loi de Dieu (Rom. 8.7), accomplir le bien était donc hors de leurs possibilités (Rom. 7. 18). Mais maintenant la loi de l’Esprit de vie en Jésus- Christ les a affranchis de la loi du péché et de la mort (Rom. 8.2) et Christ en eux (Col. 1.28 ; Gal. 2.20) les rend capables d’obéir aux commandements du Père.
Ainsi toutes ces exhortations nous confirment une fois de plus que les églises apostoliques étaient composées de croyants régénérés.
Le drame de la prédication dans la plupart des églises de multitude, c’est qu’elles restent dans le style des épîtres (quand elles y restent !) tout en s’adressant à un public ressemblant davantage à celui des Evangiles et des Actes des apôtres qu’à celui des épîtres. « Ils parlent au monde, comme s’il était l’Eglise » disait le Dr. W.A. Visser’t Hooft36. A force de s’entendre exhorter comme des chrétiens, les inconvertis dans ces églises finissent par se croire tels, mais cette croyance ne remplace pas la foi ni le Saint-Esprit lorsqu’il s’agit de mettre les exhortations en pratique. S’habituant à les trouver irréalisables dans leur vie, ils en viennent à les considérer comme telles en général, c’est-à-dire comme des conventions rhétoriques caractéristiques de l’éloquence de la chaire. Ceux qui « ont l’apparence de la piété mais renient ce qui en fait la force » (2 Tim. 3.5), ne peuvent qu’être désemparés devant les exigences de l’éthique chrétienne, alors que l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut par la foi, du pardon des péchés acquis par la mort de Christ sur la Croix répondrait à tous leurs besoins. Ce message manque souvent, parce qu’on part de la fausse supposition que, par le baptême des enfants, par l’instruction chrétienne, la confirmation et l’usage régulier des sacrements, tous sont déjà chrétiens, régénérés et en possession du Saint-Esprit37. La prédication se trouve donc souvent en porte-à-faux par rapport à l’auditoire : à la place du message qui apporte la libération et la vie, les incroyants christianisés des églises multitudinistes reçoivent des exhortations qui les découragent parce qu’ils n’arrivent pas à les réaliser dans leur vie38.
36 Cité par Littell : Freiheit der Kirche, p. 80.
37 « Les institutions sont plus persuasives que les paroles. En vain vous prêcherez la régénération, en vain vous presserez les multitudes de se convertir, si vous avez commencé par leur donner tous les signes et tous les droits de la conversion. Traitées comme chrétiennes, introduites dans l’Eglise, elles ne comprendront jamais qu’elles sont devant Dieu sur le même pied que les gens du dehors. Elles sont dedans. Pourquoi feraient-elles les efforts pour entrer ? Elles constituent la chrétienté ; pourquoi s’imagineraient-elles qu’elles sont encore païennes ? La naissance dans un certain pays leur a donné le nom et les droits des rachetés. Qu’ont-elles à faire de la nouvelle naissance que vous leur prêchez ? Elles sont nées chrétiennes : elles se refusent à croire qu’il faut le devenir. Ce qu’elles apprennent donc à l’école des religions d’Etat, c’est à se passer du vrai christianisme, sous prétexte qu’elles le possèdent déjà ; c’est à substituer le droit de la naissance au droit de conquête, le seul qui soit valable dans les choses de l’âme ; c’est en un mot la religion d’illusion et de fiction qui s’étale sous nos yeux. » E. de Pressensé : Discours religieux, 1re série, p. 36 (Paris 1859).
38 Les cultes du dimanche, tels qu’on les célèbre actuellement, n’atteignent pas leur but, car ils doivent répondre à la fois à deux sortes de besoins : aux besoins missionnaires et aux besoins de la paroisse. C’est trop. Pour commencer, nous devons nous rendre compte qu’il y a deux espèces d’hommes : les chrétiens, qui croient au Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ et au salut qu’il nous donne, et ceux qui ne sont pas chrétiens. Sans doute sommes-nous incapables de distinguer avec exactitude ces deux groupes d’hommes. Aussi la nécessité de confesser sa foi pourrait-elle servir, dans une certaine mesure, à les distinguer.
» L’Eglise ancienne avait une organisation qui lui permettait de s’adresser séparément aux « auditeurs » (non encore chrétiens) et à la communauté des croyants. La Sainte Cène, par exemple, est destinée à la communauté des croyants, mais non à ceux de la périphérie. » Emil Brunner : La Situation de L’Eglise, pp. 22-23.
W. Ninck de même critique la prédication courante dans les églises multitudinistes en disant que d’une part, appartenant à un âge révolu (l’Ancienne Alliance), elle ne peut rien apporter aux croyants, d’autre part comme son message à été affaibli par la politique, la philosophie et la psychologie, elle ne peut pas conduire ceux qui cherchent, à Christ. Comme elle suppose les notions chrétiennes connues, elle est trop difficile, trop moralisante et ennuyeuse pour ceux du dehors. W. Ninck : Christliche Gemeinde heute, p. 94.
D’un autre côté, dans nombre d’œuvres et de mouvements d’évangélisation, les chrétiens régénérés qui constituent la majorité des auditoires sont privés de ces exhortations et de l’enseignement que les apôtres donnaient aux croyants pour les aider à croître, parce que le ministère de la parole s’est volontairement limité à l’annonce du salut. La responsabilité de ces méprises revient à la méconnaissance de la composition de l’église telle que Dieu l’a fixée.
La présence d’inconvertis dans l’église serait inconciliable avec la pratique originelle du baptême.
La question du baptême sera examinée plus en détail dans le chapitre suivant, où, sur la base des textes du Nouveau Testament, nous montrerons que dans l’Eglise primitive on ne baptisait que les croyants ayant professé leur foi. D’ores et déjà nous pouvons établir certains rapports entre le baptême et les membres des églises. Tous les membres d’église étaient-ils baptisés ? Le baptême n’était-il accordé qu’aux croyants ayant professé leur foi ?
Si le Nouveau Testament répond oui à ces deux questions, il devient évident que la qualité de membre d’église n’était accordée qu’aux seuls croyants ayant confessé leur foi en Christ. Cette évidence se déduit d’un syllogisme tout à fait classique : tous les membres d’église sont baptisés — tous les baptisés sont convertis, donc tous les membres d’église sont convertis.
a) Les membres d’églises étaient-ils tous baptisés ?
Il serait à peine nécessaire de démontrer que le baptême précédait obligatoirement l’admission comme membre de l’église, puisque dans toutes les fractions de la chrétienté cette condition a été maintenue. Toutes les églises, officielles ou libres, comme presque toutes les sectes issues du christianisme exigent le baptême de la part de ceux qui veulent en devenir membres. « Le baptême est le signe, commun à toutes les églises, de l’appartenance à l’Eglise. » (E. Brunner.)39 Le Concile de Trente définissait l’Eglise comme la « société des baptisés ». Dans beaucoup de communautés, le sacrement confère ipso facto cette qualité de membre (« Le baptême est un sacrement qui. nous fait chrétiens, enfants de Dieu et de l’Eglise » dit le catéchisme catholique). Mais ce qui nous importe, c’est de savoir ce qu’on pratiquait dans l’Eglise primitive. Que dit l’Ecriture ? Nous avons vu qu’au moment de la fondation de l’Eglise, l’apôtre Pierre avait associé directement l’invitation au baptême à l’appel à la repentance : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés. Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes. » (Act. 2.38, 41.) D’une façon générale les apôtres baptisaient immédiatement après la conversion et la profession de foi (V. Act. 8.12-16 ; 26-39 ; 9.18 ; 10.44-48 ; 11.16-17 ; 16.14-15, 33-34 ; 18.8). Il pouvait bien y avoir au temps des apôtres des gens baptisés par erreur (Act. 8.9-24), des baptisés qui retombaient dans leur vie d’antan et retournaient dans le monde (2 Tim. 2.18 ; 4.9-10 ; 1 Jn. 2.19). Mais il était difficilement concevable que quelqu’un se soit converti, que d’autres chrétiens l’aient su et qu’il n’ait pas été baptisé.
39 Dogmatik III, p. 72.
Les épîtres adressées aux églises partent d’ailleurs de l’a priori que tous les membres d’église ont passé par le baptême.
C’est ainsi que l’apôtre Paul écrit aux saints de l’église de Rome : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ c’est en sa mort que nous avons été baptisés… ainsi vous-mêmes, considérez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ. » (Rom. 6.3, 11.)
Aux Corinthiens il écrit « est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Cor. 1.13). Il leur rappelle avoir baptisé Crispus, Gaïus et la famille de Stéphanas. Indirectement, il affirme qu’ils ont « tous été baptisés » : « Nous avons tous en effet été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps. » (1 Cor. 12.13.) Bien que ce verset se rapporte au baptême du Saint-Esprit, il eût été inconcevable pour un chrétien du premier siècle que quelqu’un puisse être baptisé de l’Esprit sans être baptisé d’eau. « Ce verset présuppose obligatoirement le baptême d’eau de tous les chrétiens »40.
40 Erich Dinkler : Religion in Geschichte und Gegenwart, tome IV, col. 629.
Aux Galates Paul écrit : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ : vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. » (Gal. 3.27.)
Aux Colossiens : « En lui vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite par la main des hommes ; c’est-à-dire le dépouillement du corps de la chair : la circoncision du Christ. Ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui… » (Col. 2.11-12.)
Les témoignages post-apostoliques confirment d’ailleurs cette pratique unanime de l’Eglise primitive de n’admettre comme membres dans l’église que ceux qui ont été baptisés. Seuls ceux qui avaient passé par les eaux du baptême avaient le droit de participer à la Sainte Cène. Justin Martyr écrit : « Ce repas s’appelle chez nous « action de grâces ». Nul ne peut y participer que celui qui croit que ce qui est enseigné par nous soit vrai, celui qui a reçu le bain servant au pardon des péchés et à la nouvelle naissance et qui vit comme Christ l’a enseigné. »41 Dans la Didaché il est précisé également « Que personne ne mange, ni ne boive de votre eucharistie sauf ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur. Car de cela le Seigneur a dit : « Vous ne devez pas donner les choses saintes aux chiens » (9.5). Comme tous les membres de l’église participaient à la Sainte Cène, ces textes nous prouvent une fois de plus qu’ils étaient tous baptisés42.
41 1re Apologie, I, 65-67 (Coll. Litt. Chrét. Paris 1958). .
42 « La qualité de membre de l’Église était primitivement nettement délimitée. Elle était acquise par le baptême qui était accordé aux adultes après un catéchuménat assez long. Accepter le baptême c’était manifester sa volonté d’entrer dans l’église. Le néophyte s’engageait par une poignée de mains à une vie chrétienne irréprochable pour laquelle des témoins dignes de foi devaient s’engager avec lui.» Dr F, Mess : « Wer gehört der Kirche an » in Archiv des öffentl. Rechts. (1926), p. 51.
« Ce n’est pas l’Eglise qui détermine de façon autonome les conditions d’admission de ses membres. Ce qui se passait aux premiers jours de l’Eglise se passe encore aujourd’hui ou doit encore se passer aujourd’hui : « Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Eglise ceux qui étaient sauvés » (Act. 2.47). Le signe normal de cette adjonction au corps de l’Eglise est le baptême. » R. Mehl : « Membre d’Eglise », Verbum Caro (1958), p. 171.
« D’après l’intention première de Christ on ne devrait baptiser que ceux qui se sont repentis et qui ont été mûrs pour recevoir, avec le baptême, le pardon des péchés et le don du Saint-Esprit. Mème ceux qui sont appelés devraient donc rester en dehors de l’église jusqu’au moment où la communauté et eux-mêmes s’accordent dans la conviction qu’une relation de vie existe entre ceux et Christ ; dans ce cercle extérieur ne devraient pas figurer des membres de l’Eglise, mais seulement des aspirants membres. Le doute concernant la réalité de la nouvelle naissance chez quelques-uns ne devrait pas rendre l’ensemble incertain. » F. Schleiermacher : Der christi. Glaube (7e éd. 1960) p. 386.
W. Elert part de la pratique du baptême des enfants pour en déduire la qualité de membre d’église. Puisque le baptême est reçu passivement, la qualité de membre ne peut supposer l’accomplissement de certaines conditions. W. Elert : Der Christl. Glaube, p. 409.
b) Le baptême n’était-il accordé qu’aux croyants ?
Cette question sera examinée en détail dans un prochain chapitre. C’est là, au fond, que réside le nœud du problème, non seulement du baptême mais en grande partie de la composition de l’église.
« L’admission au baptême et à plus forte raison la participation à la Cène supposent la foi. » (Doyen M. Simon.)43
43 Les Premiers Chrétiens (PUF 1952), p. 94.
Si le baptême n’est accordé qu’à ceux qui confessent personnellement leur foi en Christ, l’église ne comptera comme membres que des croyants conscients, des « professants ». En fait l’option « baptême des croyants — baptême des enfants » implique déjà l’option « église de professants — église de multitude ». L’histoire prouve que c’est au moment où le baptême des enfants s’est généralisé, que l’église de professants des premiers temps a cédé la place à l’église de multitude, Et c’est pour maintenir cette église de multitude que les Réformateurs ont conservé le baptême des enfants.
Karl Barth écrit : « Le motif véritable et décisif en faveur du pédobaptisme a été chez les Réformateurs déjà et sans cesse depuis lors, tout simplement celui-ci : au XVIe siècle on ne voulait en aucun cas et à aucun prix renoncer à l’existence de l’Eglise évangélique dans le corpus christianum constantinien. Aujourd’hui, on ne veut en aucun cas et à aucun prix renoncer à la forme actuelle de l’Eglise « populaire ». L’Eglise ne pourrait plus guère être une Eglise populaire, c’est-à-dire une Eglise nationale ou une Eglise multitudiniste, si elle renonçait au baptême des enfants. Que de larmes alors ! Cette préoccupation ne revêt-elle pas ici et là, sans qu’on s’en doute, la forme bien primitive que Luther avouait ouvertement à l’occasion : il n’y aurait assurément plus guère de baptisés si, au lieu d’être apporté au baptême, on devait y venir ? Nous ne méconnaissons certes pas cette difficulté historique et actuelle, pratique et concrète. Nous voudrions néanmoins poser quelques questions. Sont-ce là des préoccupations légitimes ? Ne vaudrait-il pas mieux en tout cas et notamment ici, étudier de très près les choses dont on pense qu’on ne pourra, en aucun cas et à aucun prix, se passer ? Sommes-nous tellement sûrs de la valeur intrinsèque du système constantinien, de la forme actuelle de nos églises multitudinistes, avons-nous si bonne conscience en cette matière, que nous puissions et que nous devions les conserver résolument et à tout prix. — fût-ce au prix de cette blessure que nous causons sans cesse à l’Eglise par un baptême incorrect ?… Où donc est-il écrit que les chrétiens ne doivent pas constituer une minorité — et même une très faible minorité ? Ne seraient-ils pas plus utiles à leur entourage et au monde si, minorité, ils constituaient en revanche une Eglise saine ? Et quel avantage retire-t-elle, à vrai dire, du fait qu’elle demeure une Eglise « multitudiniste », au sens actuel de ce mot : une Eglise du peuple au lieu d’être une Eglise pour le peuple ? Quoi qu’il en soit, du point de vue théologique, il faut affirmer que la question d’une meilleure ordonnance de notre pratique baptismale se pose avec urgence. »44
44 La Doctrine ecclésiastique du Baptême, pp. 40-41.
Le Professeur Jalaguier, fervent défenseur du multitudinisme, le dit nettement, en fstifiant le baptême des enfants à partir du principe multitudiniste : « Si l’Eglise par sa nature et par sa destination, peut être multitudiniste, le pédobaptisme est justifié »45. C’est un point sur lequel nous reviendrons.
45 De l’Eglise, p. 74.
c) Baptême des enfants et église de professants.
Il y a certes des églises de professants qui ont maintenu le baptême des enfants, mais, dans leur théologie, ces églises ne confèrent pas au rite la valeur d’un baptême, ils en font généralement l’équivalent d’une présentation d’enfants. Le baptême est remplacé par une autre cérémonie ou formalité par laquelle le nouveau converti demande son admission comme membre conscient et actif de la communauté. (Dans les assemblées darbystes par exemple le fait de « demander sa place à la Table du Seigneur », dans l’Armée du Salut le banc des pénitents, jouent un peu le rôle de baptême). Généralement, ce sont des raisons historiques qui expliquent ce remplacement du symbole biblique par une tradition humaine — qu’il soit avantageux et que son maintien soit justifié est une autre question à laquelle nous laisserons ces assemblées elles-mêmes répondre.
Mais partout où l’on donne au rite pratiqué sur des enfants inconscients la valeur d’un vrai baptême, nous trouvons une église de type multitudiniste où croyants et incroyants jouissent de la qualité de membres. Tel n’était pas le cas dans les églises apostoliques où, comme nous le verrons, on ne baptisait et on n’admettait comme membres de l’église que ceux qui professaient avoir passé par la mort à leur vieille nature et la naissance à une vie nouvelle dont le baptême n’était que l’illustration.
La présence d’inconvertis dans l’église serait inconciliable avec la pratique de la Sainte Cène dans l’Eglise primitive.
La question de la Sainte Cène mériterait aussi une étude particulière, nous n’en retiendrons ici que ce qui concerne le problème de la composition de l’église.
Nous avons déjà vu d’après des témoignages post-apostoliques qu’on n’admettait à la Sainte Cène que des chrétiens baptisés. Il serait facile de démontrer que chaque fois qu’il est question de la Cène dans les Ecritures tous les assistants étaient baptisés (Act. 2.42, 46 ; 1 Cor. 10.15 ; 11.23).46
46 Voir la démonstration dans F. Buhler : Baptême et Cène. De l’Ordre biblique des deux Symboles (Ed. La Bonne Nouvelle, 11, rue des Charpentiers, 68 Mulhouse).
D’autre part, par la discipline ecclésiastique on écartait de la Cène même les croyants dont la conduite ne correspondait plus au témoignage chrétien. « Celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même. » (1 Cor. 11.27-28). A plus forte raison excluait-on les inconvertis de la participation à la table du Seigneur. N’était-elle pas la concrétisation de l’unité du Corps de Christ ? : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps ; car nous participons tous à un même pain. vous ne pouvez avoir part à la table du Seigneur et à la mn des démons. Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ? » (1 Cor. 10.16-17, 21.) À la table du Seigneur ne participent que ceux qui font partie du corps de Christ, ceux qui ont été baptisés du Saint-Esprit pour être intégrés dans le corps. L’apôtre Paul peut écrire aux Corinthiens : « Que chacun s’éprouve soi-même et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe » (1 Cor. 11.28) parce qu’il pouvait aussi leur écrire : « Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ces membres chacun pour sa part » (1 Cor. 12.27). « Tous les membres du corps ne forment qu’un seul corps — ainsi en est-il du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. » (12.12-13.)47
47 « Ne participent à la Cène, célébrée à l’occasion d’un repas communautaire, que les membres réguliers de l’Eglise, c’est-à-dire à l’exclusion des catéchumènes, ceux qui ont reçu le baptême. » Doyen M. Simon : Les Premiers Chrétiens (PUF 1952), p. 90.
« Autour de la Cène se groupait dans l’Eglise de professants des premiers siècles la communauté des croyants. » G. Hilbert : Ecclesiola in ecclesia, p. 88. « Là, on ne saurait guère avoir de doute à cet égard, est cette partie ou cette sorte de culte où les incroyants n’avaient pas accès. Elle est proprement ce qui constitue la communauté en tant que telle : une communion dans et par Jésus-Christ… en elle de façon toute spéciale l’Ekklesia se constitue en tant que communion avec Christ (E. Brunner : Malentendu, p. 81).
« Dans la Sainte Cène la communauté se présente purement comme église de volontaires, comme communauté de professants, Dieu la demande et la reconnaît comme telle. » Dietrich Bonhoeffer : Sanctorum communio (Theol. Bücherei 20. Jahrh.), t. III, p. 186 (Münich 1954). Parallèlement à une participation indigne à la Sainte Cène, Bonhoeffer parle aussi d’une participation indigne à l’Eglise. M. Jacobs : Evang. Lehre…, p. 326.
Ainsi dans l’église primitive existait un ordre simple, logique et cohérent entre les différentes étapes de la vie chrétienne et les symboles qui s’y rattachent : celui qui était touché par la Parole de Dieu et qui répondait à l’appel du Seigneur par la repentance et la foi passait par la conversion, la nouvelle naissance, il était baptisé etadmis dans l’assemblée de ceux qui avaient eux aussi répondu à l’appel, l’ekklésia ; il participait alors à la Sainte Cène. Toutes les difficultés qu’ont fait naître ces différents points dans les églises historiques viennent de l’abandon de l’ordre établi par Dieu48. La solution de ces difficultés ne peut se trouver que dans un retour au Plan de Dieu.
48 « Notre célébration protestante de la Cène est aussi éloignée de celle de l’Eglise primitive que l’est l’eucharistie catholique avec son dogme de la transsubstantiation. » Dr Karl Heim : Die Gemeinde des Auferstandenen (München 1949), p. 171.
La présence d’inconvertis comme membres réguliers de l’église rendrait caduques les recommandations concernant les relations avec les incroyants et les ordres relatifs à la discipline d’église.
a) « Séparez-vous… »
En effet, les apôtres exhortent fréquemment les chrétiens à se séparer des incroyants ou des faux croyants :
« Ne formez pas avec les incroyants un attelage disparate. Car quelle association y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? Ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? Et quel accord entre Christ et Bélial ? Quelle part le croyant a-t-il avec le non-croyant ? Quel rapprochement entre le temple de Dieu et les idoles ? Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit : J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux ; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » C’est pourquoi : « Sortez du milieu d’eux ; et séparez-vous, dit le Seigneur ; ne touchez pas à ce qui est impur, et moi je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant. » (2 Cor. 6.14-18 ; v. Ap. 18.4.)
« Ne vous y trompez pas, les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. » (1 Cor. 15.33.) « Sachez-le bien, aucun débauché, impur ou cupide c’est-à-dire idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c’est pour cela que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion. N’ayez donc aucune part avec eux » (« évitez avec soin ceux qui s’y adonnent », trad. J.P. Benoit ; Eph. 5.5-7.) « Je vous ai écrit dans ma lettre de ne pas avoir de relations avec les débauchés. Ce n’est pas d’une manière absolue avec les débauchés de ce monde ou avec les cupides et les accapareurs, ou avec les idolâtres ; autrement vous devriez sortir du monde. Maintenant ce que je vous ai écrit, c’est de ne pas avoir de relations avec quelqu’un qui, tout en se nommant frère, serait débauché ou cupide ou idolâtre, ou insulteur, ou ivrogne, ou accapareur, et même de ne pas prendre de repas avec un tel homme. Qu’’ai-je en effet à juger ceux du dehors ? N’est-ce pas de ceux du dedans que vous êtes juges ? Ceux du dehors, Dieu les jugera. Expulsez le méchant du milieu de vous. » (1 Cor. 5.11-13.)
b) « Soyez unis… »
Donc, d’une part les chrétiens ne devaient pas avoir de communion avec les incroyants (2 Cor. 6.14), les non-croyants (v. 15), ceux qui sont encore dans les ténèbres (v. 14), qui servent les faux dieux (v. 16), qui sont considérés par Dieu comme impurs (v. 17), qui vivent dans la débauche ou l’avarice (Eph. 5.5). Même s’ils se donnent des apparences chrétiennes, il faut éviter avec soin leur compagnie (1 Cor. 5.11-13). Si ces non-croyants avaient été membres de l’église, comment pourrait-on concilier ces recommandations avec celles que donnent d’autre part les apôtres dans presque toutes leurs lettres de maintenir l’unité entre tous les membres de l’assemblée ? « Je vous exhorte frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ à vous accorder dans vos paroles, à ne pas avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans la même pensée et dans la même opinion. » (1 Cor. 1.10.) Cette unité se manifeste au moment de la Cène. « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps ; car nous participons tous à un même pain » (1 Cor. 10.17) « Vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. » (Eph. 4.3.)
« Ayez une même pensée, un même amour, une même âme ; ayez une seule et même pensée. » (Ph. 2.2) « Au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas. » (Ph. 3.15.) Serait-ce possible avec ceux qui marchent « selon le cours de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, cet esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. » (Eph. 2.1.) « selon la vanité de leurs pensées. » (Eph. 4.17.) Et jusqu’à cette invitation qui revient cinq fois à la fin des épîtres : « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser » (Rom. 16.16 ; 1 Cor. 16. 20 ; 2 Cor. 13.12 ; 1&nbs;Thess. 5.26 ; 1 Pi. 5.14), comment la concilierait-on avec l’exhortation de ne pas même prendre un repas avec un faux frère ?
c) « Otez le méchant du milieu de vous… »
Il y a plus : le Seigneur et les apôtres ont demandé aux croyants de rompre la communion non seulement avec les incroyants, mais même avec les croyants qui vivent dans le désordre et le péché.
« Si ton frère a péché, va et reprends-le seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire repose sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’église ; et s’il refuse aussi d’écouter l’église, qu’il soit pour toi comme un païen et un péager. » (Mt. 18.15-17.)
C’est la règle que les apôtres ont demandé aux églises de suivre : « Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle… Expulsez le méchant du milieu de vous. » (1 Cor. 5.7, 13.) « Nous vous recommandons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ de vous éloigner de tout frère qui vit dans le désordre et non selon la tradition (les enseignements) que vous avez reçue de nous. Si quelqu’un n’obéit pas à ce que nous disons dans cette lettre, prenez note de lui et n’ayez avec lui aucune relation, afin qu’il en ait honte. Ne le considérez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. » (2 Thess. 3.6, 14-15.) Il reste « frère » en Christ puisqu’il a été racheté et régénéré par Lui, mais sur le plan des relations humaines, il est mis en marge de l’église49.
49 P. Ch. Marcel montre par une série de citations (op. cit, pp. 94-95) qu’il y avait beaucoup de non-régénérés dans l’Eglise primitive. Il y aurait beaucoup à reprendre dans cette liste (les chrétiens charnels de Corinthe que Paul appelle de « petits enfants en Christ » ne sont pas régénérés !), mais même à supposer qu’elle soit exacte, il n’est pas encore démontré que les apôtres aient sanctionné la présence des non-régénérés dans l’Eglise.
d) « Eloigne de toi l’hérétique »
La discipline de l’église ne s’exerçait d’ailleurs pas seulement envers ceux qui avaient commis un péché ou qui ne vivaient plus conformément aux instructions des apôtres, elle touchait également ceux qui annonçaient des doctrines différentes de celles des apôtres créant par là des divisions dans les églises.
Paul avait prévu les ravages que ces hérétiques feraient dans les troupeaux qu’il avait assemblés. « Je sais que parmi vous, après mon départ, s’introduiront des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau, et que du milieu de vous se lèveront des hommes qui prononceront des paroles perverses, pour entraîner les disciples à leur suite. Veillez donc… » (Act. 20.29-30.) Et il a donné des instructions précises aux églises au sujet de ces fauteurs de schismes : « Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales, contrairement à l’enseignement que vous avez reçu. Eloignez-vous d’eux… » (Rom. 16.17.)
« Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous annonçons, qu’il soit anathème. Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quel- qu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Gal. 1.8-9.) Le glossaire du Nouveau Testament Segond révisé nous apprend que « ce mot correspond dans le Nouveau Testament à la malédiction ou l’excommunication de ceux qui sont les ennemis de Dieu (Act. 23.14 ; Rom. 9.3 ; 1 Cor. 12.3 ; 16.22). » Hans Bruns précise que celui qui était déclaré anathème dans le judaïsme « n’avait pas le droit de participer à l’enseignement ni d’enseigner lui-même »50.
50 Hans Bruns : Kleine Entdeckungsreise im N.T. (Gladbeck 1958).
Au temps où Paul a écrit ses épîtres pastorales, les hérétiques commençaient à se multiplier : « ils garderont la forme extérieure de la piété, mais en renieront la puissance. Eloigne-toi de ces hommes-là… de même que Jannès et Jambrès s’opposèrent à Moïse, de même ces gens s’opposent à la vérité ; ce sont des hommes à l’esprit perverti, et leur foi ne résiste pas à l’épreuve. » (2 Ti. 3.6-9.)
« Eloigne-toi de l’hérétique, après un premier et un second avertissement, sachant qu’un tel homme est perverti, qu’il pèche et se condamne lui-même. » (Tite 3.10-11.)
Même avertissement, plus rigoureux encore dans la 2me épître de Jean : « Dans le monde sont entrés plusieurs séducteurs qui ne confessent pas Jésus-Christ venu dans la chair… Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu ; celui qui demeure dans la doctrine a le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne lui dites pas : Salut ! car celui qui dit : Salut ! participe à ses mauvaises œuvres. » (2 Jn. 7-11.)
Si donc les membres des églises devaient rompre les relations même avec des croyants régénérés, mais qui n’avaient pas persévéré dans la vie chrétienne ou la doctrine apostolique, à plus forte raison il n’aurait jamais été question d’admettre comme membre de l’église quelqu’un qui n’a même pas commencé à vivre cette vie chrétienne ou à accepter par la foi cette doctrine.
La négligence de la discipline ecclésiastique dans les églises issues de la Réforme a transformé celles-ci en institutions bien différentes de celles que les Réformateurs avaient en vue.
« Luther n’a, il est vrai, jamais voulu constituer une église pure, mais il pratiquait la discipline ecclésiastique. » (Dr M. Jacobs.) 51 Calvin de son côté écrivait : « Comme la doctrine de notre Seigneur Jésus est l’âme de l’Eglise, la discipline est en icelle comme les nerfs sont en un corps, pour unir les membres et les tenir chacun en son lieu et son ordre » elle sert à « tenir la main à la doctrine à ce qu’elle ne soit point oisive. »52
51 Evangelische Lehre der Kirche, p. 321.
52 Inst, XII, 15 — Voir à ce sujet l’importance de la discipline ecclésiastique chez Calvin dans le chapitre consacré à l’Eglise de professants à travers les âges (ch. XII). Pour la discipline ecclésiastique dans les églises réformées voir : H. Bruston : La Discipline ecclésiastique réformée dans la Pensée de Calvin (Comité d’entente évangélique, Lézan 1936). — Hommes : « La discipline ecclésiastique », Revue réformée 1953. — Dans les églises luthériennes : voir Christian Stoll : Kirchenzucht (Chr. Kayser Verlag, München 1937).
Ainsi, il ressort clairement de l’étude du Nouveau Testament que les églises fondées par les apôtres étaient composées d’hommes et de femmes qui avaient passé par la nouvelle naissance, qui en avaient rendu témoignage par leur baptême, qui persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la marche chrétienne et dans la fraction du pain. Ces communautés étaient ce que nous appelons aujourd’hui des « églises de professants ». Etaient-elles des « églises de purs » ? Il suffit de jeter un coup d’œil dans les églises de Corinthe, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Laodicée pour mesurer la différence entre ces deux appellations. D’autre part, aucune des églises fondées par les apôtres eux-mêmes n’aurait pu garantir que tous ses membres étaient effectivement régénérés. Si la fourberie de Simon le Magicien n’avait été démasquée tout de suite il aurait bien fait partie de l’église de Samarie puisqu’il venait d’être baptisé.
Ainsi, même dans l’église primitive, l’appartenance à l’église locale ne signifiait pas ipso facto qu’on avait passé par la nouvelle naissance ; seule l’appartenance à l’Eglise universelle donne cette garantie parce qu’elle est enregistrée par Dieu seul. Nous avons vu également que les réunions des églises primitives n’étaient nullement fermées aux non-croyants (1 Cor. 14.23). Pour toutes ces raisons l’assemblée, en tant que rassemblement local, ne put jamais prétendre correspondre cent pour cent à ce que Dieu avait enregistré comme fraction locale de l’Eglise universelle.
Et cependant il y a une différence essentielle entre les églises apostoliques et les églises actuelles de principe multitudiniste. Pour devenir membre de l’Eglise au premier siècle, il fallait faire personnellement profession de conversion, il fallait témoigner de sa foi au moment de l’admission par le baptême. On pouvait certes se faire illusion sur sa nouvelle naissance ou chercher à produire cette illusion chez d’autres ; on ne pouvait ignorer que la régénération personnelle était la condition sine qua non de l’appartenance à l’église. Personne n’était enrégimenté dans l’église sans le désirer et sans remplir les conditions — ou du moins sans donner l’impression qu’il les remplissait. Il faut ajouter d’ailleurs que la Parole était annoncée avec clarté, fidélité et puissance ; là où le Saint-Esprit était à l’œuvre, les illusions étaient certainement rares et de courte durée : on peut se demander si l’incestueux de Corinthe avait jamais passé par une expérience réelle de la nouvelle naissance, mais on sait en tout cas que l’apôtre a demandé aux Corinthiens de l’« ôter du milieu d’eux ».
« Qui donc a le droit de s’appeler vraiment membre du corps de Christ ? Celui-là seulement qui est lié à Christ par une communion personnelle réelle, par la foi. Non pas quiconque a été baptisé, écoute la prédication, a reçu une instruction religieuse, paie sa cotisation, se laisse nommer membre d’un conseil, occupe une fonction ecclésiastique par simple intérêt. Le critère d’appartenance à l’Eglise est net, tranché, indiscutable. Celui-là seul qui peut dire : je sais qui est mon Sauveur, et qui peut le dire sincèrement, dans une humilité vraie et une foi profonde, est membre du corps de Christ : et il le sait. Seul celui qui le sait est membre de l’Eglise, alors même que nous comptons aussi dans l’Eglise ceux qui sont destinés en vertu de l’élection divine à en devenir membres, mais qui ne le sont pas encore en réalité, Ils sont non l’Eglise actuelle mais l’Eglise en puissance. N’appartiennent actuellement à l’Eglise que ceux qui sont nés de nouveau… » (Emil Brunner.)53
53 Le Renouveau de l’Eglise, p. 25.
La confession de foi des Eglises réformées de France (art. 27) dit bien : « Selon la Parole de Dieu, nous disons que l’Eglise véritable est la communauté des fidèles qui d’un commun accord, veulent suivre cette Parole et la pure religion qui en dépend… » et un réformé, le Pasteur P. Lecomte affirmait dans son rapport sur le membre d’église : « Il est vrai que la notion qui correspond le mieux à l’enseignement biblique est celle d’« Eglise de professants »54.
54 Verbum Caro (1958), p. 187.
Des théologiens luthériens comme Günther Harder ou Fritz Hübmer avouent : « L’Eglise est bien le rassemblement des croyants »55.
55 Günther Harder : Evang. Theol. (1960), p. 72.
« Là seulement où l’on parvient à travers la repentance et la foi biblique à une appropriation personnelle du salut et une nouvelle naissance, il y a des membres du corps de Christ. »56 Cependant, pourquoi ne fait-on apparemment aucun effort dans ces églises pour conformer la réalité à la théorie ?
56 F. Hübmer : Weltreich und Gottesreich, p. 104.
Les représentants les plus marquants de la théologie contemporaine définissent l’Eglise comme la société des croyants :
« L’Eglise est en réalité la communauté croyante, elle est l’ensemble de ces hommes vivant ensemble par la foi qui est en eux et par le Saint-Esprit qui les gouverne et les dirige L’Eglise est partout où des hommes vivent ensemble dans l’obéissance à la Parole de Dieu. » (Emil Brunner.)57
57 Cité par Desbaumes : L’Eglise — Communauté.
« Lorsque sous l’action du Saint-Esprit, des hommes rencontrent Jésus-Christ et par là même se rencontrent les uns les autres, une communauté chrétienne visible surgit et s’édifie. » (Karl Barth.)58 « Nul ne lui appartient par la naissance ou l’origine, nul n’en fait partie parce qu’il appartient à une famille chrétienne ou à un peuple chrétien, ou encore en vertu de quelque disposition que d’autres auraient pu prendre pour lui. » (Karl Barth.) 59
58 Esquisse d’une Dogmatique, p. 138.
59 L’Église, p. 63. ,
« Le Saint-Esprit et l’œuvre du Christ sont unis par le message qu’il faut entendre et croire et par la communauté fondée sur sa mort et sur sa résurrection dans laquelle il faut être baptisé. Lorsqu’on rompt ces liens, en donnant une place centrale à la parole et aux sacrements, on s’éloigne fondamentalement de la religion du Nouveau Testament. » (L. Newbigin.)60
60 L’Eglise, p. 129. Voir les définitions de l’Eglise données par différents théologiens au chapitre III. Werner Ninck dit de son côté : « Eglise chrétienne rassemble des hommes qui se savent sauvés par Christ, qui se fortifient dans la Foi par la Parole de Dieu et dans l’amour réciproque, qui cher- chent à gagner de nouveaux membres pour l’Eglise et qui veulent porter, par le Saint-Esprit, des fruits de la Foi, c’est-à-dire la disponibilité pour le service, l’esprit de sacrifice et le désintéressement. » Christliche Gemeinde heute, p. 15.
Pourquoi ce fossé entre les affirmations de la théologie et la pratique des églises dont relèvent ces théologiens ? Faut-il croire E. Brunner quand il prétend que les hommes qui président aux destinées de ces églises ne tiennent aucun compte des résultats de la recherche théologique ? Mais quelle est alors son utilité et sa fonction pratique dans l’église ? Peut-on continuer dans ces conditions à affirmer que la Parole de Dieu est le seul fondement de l’Eglise ? De quel droit stigmatise-t-on comme « secte » ceux qui réalisent entre eux ce que les théologiens des « grandes églises » déclarent conforme à la Bible ? Quelles sont les véritables raisons pour lesquelles on tient à tout prix à maintenir les systèmes ecclésiastiques dénoncés depuis si longtemps comme anti-scripturaires par les représentants les plus autorisés des églises multitudinistes eux-mêmes ? Kierkegaard aurait-il quand même eu raison lorsqu’il prétendait que c’était une question d’influence, de puissance et d’argent ?61
61 Voir Kierkegaard : L’Instant (Trad, P. Tisseau), p. 62.
Un débat très important sur le caractère de l’Eglise : église de professants ou de multitude eut lieu au moment de la constitution de l’Eglise confessante d’Allemagne au temps d’Hitler. Voir les arguments développés dans : M. Glage : « Volkskirche oder Freikirche ? », 1935. — Burghard : « Volkskirche, Freikirche » : Das Evangelische Deutschland, 1936, pp. 11-13. — M. Doene : « Was heisst Volkskirche ? » : Theologia Militans, H. 1, 1935. — J. Richter : « Volkskirche oder Freikirche ? », Christliche Welt 51, 1937, col. 723-726. K. Barth : « Volkskirche, Freikirche, Bekennende Kirche » : Evangelische Theol., 3, 1936, pp. 411-422. — J. Richter : « Volkskirche oder Kirche der Auserwählten », Die christliche Welt, 51, 1937, col. 460-467, — H. Asmussen : « Grundsätzliche Erwägungen zur Volkskirche », Junge Kirche, 1935, pp. 288 ss. et 1939, p. 134. — G, Mertz : « Volkskirche, Bekenntniskirche oder Volkstumskirche », Junge Kirche, 1934, pp. 784-790. — G. Gloege : « Volkskirche, Frei-kirche oder Bekennende Kirche », Reformation oder Restauration, 1935, p. 50. — Baumann: Id. Ibid. p. 68.
Voir l’histoire de ces luttes dans l’article de Günther Harder : « Die Bedeutung der Kirchengliedschaft im Kirchenkampf », in Evang. Theol., 1960, pp. 70 ss.
Lestringant : « Les membres de l’Eglise » in : Revue de Théol. et philos. 110 (9), pp. 205 ss.
P. Lecomte : « Rapport sur le membre d’église » in Verbum Caro XII (1958), pp. 183 ss.
R. Mehl : « Membre d’Eglise » in : Verbum Caro XII (1958) pp. 167 ss.
R. de Pury : « Qu’est-ce qu’un membre d’Eglise » in : Foi et vie (Juillet-août 1935).
A. Michel : « Les différents points de vue de Saint Augustin sur la question des « membres » de l’Eglise » in : Les questions ecclésiastiques (1911), p.292 ss.
A. de Pressensé : L’Eglise est fondée sur la foi personnelle (dans : Discours religieux, pp. 19-44).
O. Schmitz : « Die Grenze der Gemeinde nach dem N.T. » in Evang. Theol. 14 (1954), pp. 6 ss.
F. Mess : « Wer gehört der Kirche an ? » in Archiv des öffentlichen Rechts (Neue Folge 10, 1926), pp. 1-123.
F. Blanke : « Wer gehôrt zur Gemeinde Gottes » in Der Kirchenfreund (1947), p. 1.
R. Slenczka : « Die Grenzen der Kirche » in Zeitwende (1959), pp. 685-691.
L’appartenance à l’église dans la conception protestante et catholique : voir Valeske : Votum ecclesiae I, pp. 66-97.