Josué un conquérant selon le cœur de Dieu

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La ruse des Gabaonites

Par sa victoire sur Jéricho et Aï, Israël a coupé le pays en deux. Il va attaquer à présent la partie méridionale (9.1-10.43). Certaines villes feront des alliances pour s’opposer à l’envahisseur (9.1-2), d’autres sont prêtes à se soumettre à lui. Tel fut, en particulier le cas des Gabaonites.

En entendant comment Josué avait traité les habitants de Jéricho et d’Aï, ceux de Gabaon prirent peur et décidèrent de s’allier avec les Israélites. La ville de Gabaon se trouvait à une trentaine de kilomètres de Jéricho, à dix kilomètres au sud-ouest d’Aï et à un peu moins au nord-ouest de Jérusalem. Elle a été découverte par l’archéologiste J.B. Pritchard qui y a trouvé de nombreuses anses de jarres portant l’inscription « Gabaon ». Ces jarres étaient utilisées pour le commerce du vin produit par les riches vignobles environnant la cité. En fait, Gabaon était une tétrapole comprenant, outre Gabaon, Kephira, Beé- roth et Qiryath-Yearim (9.17). Bien que les habitants de ces quatre villes aient formé une alliance, ils ne faisaient pas le poids face aux deux millions d’Israélites. Gabaon pouvait avoir 2500 habitants (selon Garstang), Beéroth était la mieux fortifiée de la région : ses remparts avaient une épaisseur de plus de 5 m, leurs restes ont encore près de 10 m de haut, sa population de 2000 âmes comptait 500 soldats. Kephira était aussi bien fortifiée et, avec Qiryath-Yearim, elle comptait quelque 3000 habitants.

Lorsque « les habitants de Gabaon apprirent ce qui s’était passé à Jéricho et à Aï, ils décidèrent de recourir à la ruse : « ils partirent déguisés et chargèrent leurs ânes de sacs usés et d’outres à vin usées, trouées et rapiécées. Ils chaussèrent de vieilles sandales raccommodées et endossèrent des vêtements en lambeaux ; ils prirent en guise de provision du pain dur et tout moisi » (9.4-5). Ils se firent passer pour les ambassadeurs d’une contrée lointaine qui avait entendu parler des exploits des Israélites. Ils prétendaient avoir fait un long voyage pour parlementer avec le chef de l’armée d’Israël et donnèrent comme preuves leurs sacs et leurs outre à vin usés, leurs vieilles sandales et leurs vêtement en lambeaux ; ils sortirent du pain dur et tout moisi dont ils prétendaient qu’il était encore tout chaud quand ils l’ont pris pour se mettre en route. Ils demandèrent aux Israélites de faire alliance avec eux.

Josué ne pouvait qu’être flatté de ce que des peuples lointains aient entendu parler de leurs hauts faits qu’ils attribuaient même au « renom de l’Eternel » leur Dieu (v. 9). Ils énumérèrent tout ce qu’ils ont appris des victoires que l’Eternel a remportées en Egypte, sur les deux rois des Amoréens de l’autre côté du Jourdain (omettant sagement la traversée du Jourdain et les récentes victoires à Jéricho et Aï qui « ne pouvaient pas encore être parvenues jusqu’à ce pays lointain »). Ils prétendirent vouloir être les serviteurs des Hébreux.

« Satan offre au peuple un moyen de vaincre l’ennemi, le monde, et ce moyen c’est d’introduire le monde dans le camp ! Satan se proposant pour se vaincre lui-même ! Il savait bien que, du moment que la porte serait ouverte à cet élément, toute autre entreprise lui serait facile » (H.R. Josué p. 88).

Les Israélites se méfient d’abord et leur disent : « Qui sait si vous n’êtes pas des habitants du voisinage ». Dans ce cas, la Loi de Moïse (Exode 23.32-33 ; Deutéronome 7.2, 16 ; 20.16-18) interdisait de conclure une alliance pour que les Israélites ne se laissent pas corrompre par leur religion.

Les hommes d’Israël sont impressionnés (et peut-être apitoyés) par ces émissaires, mais il refont la faute qu’ils avaient faite devant Aï : « ils ne consultèrent pas l’Eternel à ce sujet » (v. 14). Pourtant, il aurait suffi de demander l’avis de l’Eternel par l’ourim et le toummim en demandant : Faut-il conclure cette alliance ? Le grand-prêtre aurait répondu en plongeant sa main dans son éphod et en en retirant la pierre noire : Non ! « Josué fit la paix avec eux et conclut une alliance leur garantissant la vie sauve par un serment des responsables de la communauté » (v. 15).

La déclaration des Gabaonites : « Nous voulons être vos serviteurs » devait flatter la fierté des Israélites, qui en avaient peut-être assez de la guerre. Ce verset souligne clairement la faute des « hommes d’Israël » : « ils ne consultèrent pas l’Eternel ». Josué semble s’être laissé quelque peu bousculer par ses concitoyens au lieu d’agir en chef et de procéder en tant que responsable du peuple. Pourtant l’expérience d’Aï aurait dû lui rappeler la nécessité de ne pas agir sans être sûr de la volonté de Dieu.

Quelles furent les conséquences de cette faute ?

« Le fait d’avoir été trompé n’excuse pas Josué et ne lui épargne nullement les difficultés :

  1. Le peuple est mécontent et murmure contre ses chefs (9.18).
  2. Les anciens doivent s’opposer au peuple (v. 18-19), lequel voudrait faire périr les gens de Gabaon, quitte à violer le serment prononcé devant l’Eternel.
  3. Un grave danger : L’alliance conclue par Josué est à l’origine de la coalition des rois du midi. Lié par son serment, Israël doit engager le combat pour délivrer la ville de Gabaon attaquée par les armées du sud (10.4-7).
  4. Un piège pour Israël : La présence de ces païens au sein d’Israël constitue un danger de contamination et une occasion de chute pour les générations futures (Juges 3.6 signale des mariages avec des Héviens).
  5. De grands malheurs : Plus tard, Saül violera le serment de Josué. En conséquence, Israël connaîtra une famine de trois ans et sept des fils du roi périront pendus à Guibéa (2 Samuel 21.1-6) » (A. Adoul Josué p. 61-62).

Pourquoi les Israélites ont-ils été si naïfs ?

« Rien ne pouvait autant impressionner, flatter même les chefs d’Israël : une nation fort lointaine a entendu parler des hauts faits du peuple hébreu, et elle a même reconnu le bras de l’Eternel. Ne l’oublions pas, des gens qui mentent, qui trompent délibérément ou qui prétendent être ce qu’ils ne sont pas peuvent fort bien rendre hommage à Dieu, aux choses saintes ou aux textes bibliques pour mieux séduire ensuite. Et subtilité de leurs propos : les Gabaonites se gardent de faire allusion aux faits récents de la traversée du Jourdain ou des conquêtes de Jéricho et d’Aï : ils prétendent habiter si loin que les nouvelles de ces récents événements n’auraient pas eu le temps de leur parvenir » (J.H. Alexander Josué p. 117).17

17 Les Gabaonites ont-ils agi comme Rahab ? Voir note EDB 2 sur Josué 9 le parallèle que fait F. Schaeffer entre les deux.

« Cette démarche des Gabaonites est confirmée par les Lettres de Tell el-Amarna parmi lesquelles on trouve des missives de rois cananéens qui se plaignent de certains voisins qui font cause commune avec l’envahisseur » (A. Nicole Au temps de Josué p. 18-21).

Les émissaires gabaonites sont sans doute retournés chez eux. « Trois jours après avoir conclu cette alliance avec eux, les Israélites apprirent qu’ils avaient eu affaire à de proches voisins qui demeuraient dans la région même » (v. 16). Ils apprirent qu’ils étaient tombés dans un piège parce qu’ils avaient agi d’après leur jugement et les indices que les Gabaonites leur avaient fournis sans demander l’avis de l’Eternel. Mais que faire ? Ils avaient prêté serment « par l’Eternel, le Dieu d’Israël » (v. 19), il fallait le respecter sinon ils se placeraient sous une malédiction. Plus tard, lorsque le roi Saül mit à mort certains Gabaonites, Dieu punit la nation par une famine (2 Samuel 21.1-14). Pour éviter que ces « alliés » n’exercent une influence sur eux et les incitent à l’idolâtrie, les Israélites leur imposèrent des travaux et un statut d’esclaves, les obligeant à couper du bois et à puiser de l’eau pour le sanctuaire. Ainsi, ils seront au service du Dieu d’Israël. Leur service au tabernacle leur rappellerait toujours quel était le vrai Dieu. Ils ne pourraient donc pas séduire les Israélites. Josué a accompli la prophétie de Noé sur Canaan : « Qu’il soit le dernier des esclaves de ses frères » (Genèse 9.25).

Les Gabaonites ont vécu paisiblement en Israël pendant de nombreuses années. Néhémie 3.7 et 7.25 laissent entendre qu’ils s’adaptèrent parfaitement. Nous avons là un autre exemple de l’omnipotence de Dieu dont le dessein a été servi malgré la folle erreur de son peuple. Celui qui demande sérieusement la délivrance à Dieu la reçoit toujours.

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