Sur la croix, Jésus a confié sa mère à Jean (Jean 19.26). « Dès ce moment, le disciple la prit chez lui » (v. 27). Après la résurrection, il l’a certainement emmenée aux réunions des disciples de Jésus. Est-ce là qu’elle a véritablement découvert ce qu’impliquait la foi en son Fils ? Est-ce à ce moment-là que s’applique la parole de St Augustin : « Marie fut plus heureuse de recevoir la foi au Christ que de concevoir la chair du Christ… Le lien maternel n’eût servi de rien à Marie, si elle n’avait été plus heureuse de porter le Christ dans son cœur que de le porter dans sa chair » (De sancta virginitate III P.L. 40, 397).
En tout cas, Marie a pris en toute simplicité sa place dans la communauté des disciples de son Fils, « avec les femmes (qui avaient suivi Jésus durant son ministère) et avec les frères de Jésus » : la résurrection de Jésus a réuni sa famille charnelle à sa famille spirituelle. Ceux qui, auparavant, « ne croyaient pas en lui » (Jean 7.5) ont été convaincus de sa véritable identité par cette preuve irréfutable. Et Marie était parmi eux.
C’est la dernière mention de Marie dans les évangiles et les Actes. Le reste n’est qu’affaire de suppositions : Jean l’a prise chez lui. Vers la fin de sa vie, nous le trouvons à Ephèse. Irénée dit que Jean a rédigé son évangile « pendant qu’il résidait à Ephèse en Asie » – ce que confirme le fragment de Muratori. La tradition situe aussi à Ephèse la fin de la vie de Marie. On peut supposer qu’elle fut une membre fidèle de l’Eglise; fidèle, mais effacée, qui n’est jamais nommée dans aucune lettre d’un apôtre – ni dans les autres écrits chrétiens jusqu’au milieu du 2e siècle.
Dans les épîtres de Paul, elle est mentionnée une seule fois en passant lorsque l’apôtre dit : « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la loi » (Galates 4.4). « Son silence marial ne vaut pas négation, mais souligne le centre unique du christianisme et de l’Evangile dont il a été fait ministre : ‘Je n’ai pas jugé bon de savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié’ 1 Corintiens 2.2) » (M. Leplay Le protestantisme et Marie p. 48).
« En lisant ce texte qui précède le récit de la Pentecôte, on a de la peine à comprendre toute la nouveauté extraordinaire qu’il représente. Aujourd’hui, en Israël, les hommes et les femmes sont séparés dans les synagogues. Mais ici, quelque chose de nouveau se passe : hommes et femmes sont ensemble pour prier. Et ceci dans la chambre haute, c.-à-d. dans le lieu même où Jésus a eu ses ultimes entretiens avec ses disciples, où il a pris son dernier repas avec eux et a institué la cène comme signe de la nouvelle alliance (Luc 22.20). « Si la présence de Marie est mentionnée, c’est qu’elle est importante, elle est à la charnière entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Lors de l’incarnation, elle est là pour montrer qu’avec la venue de son Fils, toute la ‘malédiction’ d’Eve est enlevée et que la femme retrouve une pleine et totale dignité. A la fondation de l’Eglise, au début de la nouvelle alliance, elle est encore là pour bien montrer qu’il n’y a plus de différence entre les hommes et les femmes. Et cette fois, elle n’est plus seule : elle est entourée de toutes celles qui ont suivi Jésus et qui, par lui, ont aussi retrouvé leur dignité » (Ph. Decorvet Marie… p. 46-47).
« Marie n’est pas la Mère sacralisée de qui toute mère tirerait gloire. Elle est la Mère unique du Christ Jésus, toujours dans l’ombre pour que la lumière resplendisse sur son Fils et de son Fils sur tous. Ainsi l’a voulu Dieu, ainsi l’a voulu Marie, et c’est en quoi elle est exemplaire. Sa volonté est celle du Père, et pas davantage » (André et Francine Dumas Marie de Nazareth p. 96).