Les anciens et les diacres forment ensemble le corps des serviteurs de l’Eglise. Ils constituent ce que certaines assemblées appellent le « Conseil d’Eglise ». Ils ont été délégués dans leurs fonctions par l’assemblée des membres de l’Eglise et lui rendent régulièrement compte de leur travail. Ils constituent aussi une sorte de permanence de l’Eglise pour donner un avis et décider à sa place dans les questions mineures, urgentes ou confidentielles, puisqu’on ne peut pas convoquer tous les membres pour chaque question à trancher. Le conseil peut aussi dégrossir une question importante concernant les options fondamentales engageant l’orientation ou la vie de l’Eglise locale et proposer un avis à l’ensemble des membres qui décideront.
Le Conseil veille à la bonne marche spirituelle et administrative du corps local. Pour que le fonctionnement du Conseil des anciens et des diacres soit efficace et que les relations mutuelles entre membres du Corps échappent aux difficultés d’organismes semblables dans le monde, il faut que la prière en commun et le partage fraternel gardent une place prioritaire dans les réunions. Pouvoir se décharger en toute franchise de ses problèmes et s’exhorter mutuellement est un privilège et une condition indispensable d’une telle rencontre de frères.
Si la rencontre du Conseil dégénère en réunion purement administrative, la vie spirituelle de toute l’assemblée décline et les rivalités et frictions entre membres du Conseil ne tarderont pas à empoisonner la vie commune. Il faut aussi que chaque ancien et chaque diacre ait son domaine de responsabilité clairement défini et circonscrit. A ce sujet, il serait utile de s’inspirer des règles d’un bon management : chacun doit être responsable devant un autre — et un seul ; chacun sait qui est responsable devant lui. Chaque travail entre dans la sphère de responsabilité de quelqu’un (tous s’en chargent = personne ne s’en occupe). Chaque serviteur reçoit une « description de fonction » et un cahier de charges — qui pourront être complétés ou modifiés avec le temps et selon les circonstances.
Voici à titre d’exemple les cahiers de charges des anciens et des diacres d’une Eglise évangélique d’environ 250 membres. Il est évident que ce cahier doit davantage à l’expérience et à la réflexion face à la situation actuelle qu’à l’imitation servile d’un modèle biblique. Comme l’a dit J. Blandenier, les silences de Dieu nous laissent « une marge appréciable de liberté et par conséquent de responsabilité » pour adapter les principes bibliques aux situations variables de l’Eglise suivant les temps et les lieux (82, p. 3, cf. Griffith, 82, p. 72).
Le cahier de charges d’un ancien comprendra pour tous : l’intercession pour l’ensemble des membres, l’assistance aux réunions des anciens et du conseil, la participation au ministère de la cure d’âme et à la conduite de l’Eglise, la formation de la relève dans le secteur précis de sa responsabilité. Certains anciens auront plutôt la responsabilité de la vie intérieure de l’Eglise: l’organisation des réunions, de l’enseignement, des réunions spéciales (baptêmes, présentation d’enfants, soirées de partage…), d’autres seront chargés de l’évangélisation, des visites, de la mission, des relations publiques, de l’information, du soutien de différentes œuvres et de serviteurs au loin… Dès qu’une tâche nouvelle se présente, elle sera affectée à l’un des secteurs de responsabilité existants (revoir à ce sujet le chapitre VIII : Fonctions des anciens).
Voici comment une Eglise évangélique a réparti et défini les différentes tâches :
Corps des anciens — Responsabilité
Chaque ancien est « répondant » d’une ou de plusieurs tâches diaconales, c’est-à-dire qu’il établit un lien entre le(s) diacre(s) en question et le corps des anciens.
A. Présidence :
B. Programme — Enseignement :
C. Groupes divers :
E. Visites :
F. Entretiens :
G. Evangélisation :
H. Mission :
I. Relations extérieures :
J. Essaimage :
K. Tâches pastorales :
Secrétariat des anciens :
Chaque ancien aura, pour l’assister, un ou plusieurs diacres avec lesquels il travaillera en étroite liaison. Voici comment la même Eglise a défini les responsabilités des diacres sous la responsabilité des anciens.
Corps des diacres — Responsabilités :
Chaque diacre a un répondant parmi les anciens (selon la lettre indiquée entre parenthèses).
1. Présidence : (A)
2. Information — Secrétariat : (B)
3. Animation : (B)
4. Groupes divers : (C)
5. Enfance — Jeunesse : (D)
6. Sport — Flambeaux : (D)
7. Trésorerie — Diaconie : (E)
8. Accueil : (E)
9. Entretien Chapelle : (E)
10 Aide sociale : (F)
11. Evangélisation : (G)
12. Mission : (H)
13 Sonothèque — Bibliothèque — Littérature : (I)
14 Essaimage : (J)
Ainsi certains anciens travaillent en liaison avec deux ou trois diacres (l’ancien B (Programme — Enseignement) a sous sa responsabilité les diacres 2 (Information — Secrétariat) et 3 (Animation), D (Enfance — Jeunesse) s’occupe aussi du diacre délégué aux sports et aux Flambeaux, E (Visites) chargé des visites, coordonne les activités des diacres 7 (Trésorerie), 8 (Accueil) et 9 (Entretien de la Chapelle). Le diacre s’occupant de l’aide sociale est rattaché à l’ancien responsable de la cure d’âme et de l’évangélisation, ceux qui s’occupent de la sonothèque, la bibliothèque et la littérature travaillent en liaison avec l’ancien chargé des relations extérieures. Certains de ces jumelages peuvent être plus ou moins artificiels, peu importe : pourvu que les lignes de responsabilité soient clairement définies pour permettre l’établissement d’un organigramme simple et logique.
Dans une autre Eglise, (env. 300 membres) l’organigramme se présente de la manière suivante :
Le conseil des anciens et des diacres 1. propose des orientations à l’Eglise, 2. décide, exécute et contrôle les décisions puis en rend compte à l’Eglise, 3. harmonise les activités des secteurs.
Les membres de ce conseil se retrouvent ensemble pour la prière, le partage et la prise de décisions de leur ressort (questions confidentielles, direction et orientation générale de l’Eglise). Ils se retrouvent également, sous forme éclatée, dans les différents départements. A la tête de chaque département se trouvent deux anciens ou diacres qui supervisent les secteurs, entretiennent des relations fraternelles régulières avec les responsables des secteurs de leur département. Ces derniers les informent de ce qui se passe dans leur secteur d’action.
A la tête de chaque secteur se trouve un (ou une) responsable à qui sont effectivement délégués les pouvoirs pour faire marcher son secteur.
Quels sont ces secteurs ?
Dans le département Vie de l’Eglise, nous trouvons, par exemple : calendrier des prédications, études bibliques et autres réunions, formation des membres, préparation des candidats au baptême, cure d’âme, visites, travail dans les quartiers, relations avec les membres au loin, jeunes foyers, troisième âge, visiteurs de passage, musique, chant, relations extérieures (Alliance évangélique, Action commune d’évangélisation…).
Dans le département Services : secrétariat, finances, locaux et mobilier, imprimerie, bibliothèque et comptoir de livres, sonorisation, cassettes, groupe d’entraide manuel, accueil, hospitalité…
Dans le département Evangélisation — Mission : stand biblique (sur les marchés), vente de calendriers, traités, journaux, littérature, cassettes d’évangélisation, relations avec les missionnaires sur le champ, essaimage, équipes pour le porte-à-porte, formation au témoignage…
Dans le département Jeunesse : garderie d’enfants, école du dimanche, cours bibliques de jeunes, groupe de jeunes, Flambeaux Claires-Flammes, camps et colonies de vacances, formation des moniteurs, association de jeunesse (relation avec les autorités…).
Il y a donc une quarantaine de secteurs coiffés chacun d’un responsable qui organise son service, s’adjoint des collaborateurs responsables à son égard, les réunit et les consulte. Il rend compte de la marche de son secteur aux responsables du département (anciens ou diacres) et les consulte pour les affaires importantes ou qui dépassent sa propre compétence (Deutéronome 1.17b) (innovation, investissement important, répercussion sur un autre secteur ou témoignage envers l’extérieur). Ces derniers jugent s’ils peuvent prendre eux-mêmes la décision ou s’ils doivent en référer au Conseil des anciens et des diacres ou à l’Eglise. La relation d’autorité va donc de l’Eglise au Conseil, de là au responsable de département, puis au responsable de secteur et à l’équipier. La relation responsabilité et compte rendu suit le chemin inverse. « Chaque responsable de département ou de secteur rédige sa description de fonction, énumère les tâches à accomplir, indique devant qui il est responsable et qui est responsable devant lui, précise les limites de la délégation de pouvoirs reçus, éventuellement ses qualifications et la formation à acquérir et soumet le document à celui devant qui il est responsable » (document distribué aux responsables).
Dans des Eglises moins nombreuses, le nombre des secteurs sera forcément plus réduit et un responsable coiffera plusieurs services, mais le principe reste applicable. L’avantage de ce système est de savoir exactement qui fait quoi, devant qui et de qui chacun est responsable — tout en laissant à chaque échelon la marge d’initiative et de liberté nécessaire à une formation en vue d’une prise de responsabilités accrues.