L’archéologie confirme la Bible

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Les Actes

Luc parle d’une famine « sur la terre entière » Est-elle confirmée par des documents extra-bibliques (Actes 11.27-30) ?

Il est évident que, pour Luc comme pour les Romains, l’expression « la terre entière » se limitait à l’ensemble de l’empire romain. Sir William Ramsay a réuni une abondante documentation pour montrer que cette famine est bien attestée dans les écrits de l’époque. « Suétone parle d’assiduae sterilitates qui entraînèrent des prix de famine sous le règne de Claude. Dion Cassius et Tacite parlent de deux famines à Rome, c’est-à-dire dans toute la région méditerranéenne, car Rome recevait ses céréales d’outre-mer ». Josèphe raconte que cette famine eut lieu sous le proconsulat de Cuspius Fadus et de Tibère Julius Alexandre (46-48). Ce dernier devint proconsul en 46. Des découvertes récentes de papyrus égyptiens nous apprennent que le prix du blé était particulièrement élevé durant ces années (Antiq. XX. 51-53). Eusèbe évoque aussi la famine en Grèce et une inscription en indique une en Asie Mineure. Il semble évident que le règne de Claude (41-54 ap. J.-C.) fut marqué par une succession de faibles récoltes entraînant de sérieuses disettes en divers points de l’empire. C’est cette famine qui bouleversa les chrétiens d’Antioche et les incita à porter secours aux pauvres de Jérusalem. Porteur de dons, Paul se rendit pour la deuxième fois dans cette ville vers l’an 46. On sait que d’autres personnes vinrent aussi en aide aux pauvres de Jérusalem, par exemple la reine Hélène d’Abilène, une prosélyte juive, qui, après avoir constaté la famine en Judée lors d’un pèlerinage, acheta du blé en Egypte et des figues à Chypre pour les envoyer à Jérusalem. Cette visite de Paul est sans doute celle dont parle Galates 2.1. Cette famine fut prédite (Actes 11.28 ; Galates 2.2), et les amis de Jérusalem recommandèrent à Paul de se souvenir des pauvres (Galates 2.10). (D’après J. A. Thompson La Bible à la lumière de l’archéologie p. 395, 397).

Ce récit de la mort d’Hérode Agrippa I (Actes 12.21) est-il confirmé par d’autres sources ?

L’historien juif Flavius Josèphe rattache la mort d’Hérode Agrippa I à la fête qui, tous les quatre ans, commémorait la fondation de Césarée par Hérode le Grand (Ant 19.8.2). Hérode Agrippa a dû choisir cette date pour donner plus de solennité à l’acte. Le récit de Luc des circonstances de sa mort est confirmé par Josèphe qui rapporte ainsi la mort d’Hérode : Lors d’une fête qu’il avait organisée en l’honneur de l’empereur et à laquelle assistaient de nombreuses personnalités officielles, Hérode Agrippa « entra au théâtre à l’aurore, vêtu d’une robe entièrement en argent et d’un tissu admirable. L’argent resplendit et brilla merveilleusement lorsque les premiers rayons du soleil tombèrent sur lui, et ce rayonnement inspira une sorte de crainte et de tremblement à tous ceux qui le contemplaient. Aussitôt ses flatteurs élevèrent la voix de toutes parts, utilisant un langage qui n’était pas pour son bien, s’adressant à lui comme à un dieu. ‘Puisses-tu nous être propice, ajoutèrent-ils, et si, jusqu’à présent, nous t’avons respecté comme un homme, nous reconnaissons à présent que tu es plus qu’un mortel dans tout ton être’. Le roi ne les reprit pas et ne rejeta pas leur flatterie comme une impiété… Alors il fut pris de violents maux d’intestin et mourut cinq jours plus tard âgé de 54 ans, dans la 7e année de son règne» (en avril 44). Les deux rapports diffèrent par quelques détails, ce qui prouve qu’ils sont indépendants, mais la ligne générale est la même. Les deux disent qu’Hérode était à Césarée à ce moment-là. Josèphe dit qu’il s’y est rendu pour participer à une festivité en l’honneur de César, fréquentée par un grand nombre de notables. Les deux mentionnent la tunique royale qu’il portait. Josèphe ajoute qu’elle était « tout en argent et d’une contexture vraiment magnifique » qui brillait tant dans le soleil matinal que le peuple l’a salué comme un dieu. Il continue en disant que « le roi ne les a pas repris et qu’il n’a pas rejeté cette flatterie impie ». « Par conséquent, Luc et Josèphe se rejoignent en disant que le jugement de Dieu est tombé sur lui parce qu’il s’est glorifié lui-même au lieu de glorifier Dieu. Bien que Luc dise qu’il fut ‘mangé par les vers’, Josèphe se contente d’une déclaration plus générale : ‘une maladie grave… se déclara dans son ventre’ qui devint si violente qu’il fallut le transporter dans son palais où il mourut cinq jours après » (J. Stott The Message of Acts pp. 212-213).

L’expression « dévoré par les vers » est aussi employée par d’autres auteurs anciens pour la mort de personnes qui ont mérité une triste fin ; elle l’est par exemple par la Septante pour la mort ignominieuse d’Antiochus Epiphane, le persécuteur des Juifs (2 Macabées 9.9). Le Codex B et la Vulgate latine ont ici : « dévoré par le ver du Seigneur ». Après la mort d’Hérode, la Judée repassa sous la juridiction d’un procurateur romain (Cuspius Fadus) peu disposé à courtiser les faveurs des Juifs en persécutant les chrétiens. Luc insère ici (comme en 6.7 ; 9.31 ; 16.5 ; 19.20 ; 28.31) un résumé marquant les progrès de l’évangélisation.

Actes 12.21-23 raconte qu’Hérode Agrippa I apparut revêtu d’habits resplendissants et se mit à haranguer la foule. Josèphe situe cet épisode dans le théâtre de Césarée maritime (Ant. 19.344) dont les vestiges sont encore visibles. D’après les ruines, ce théâtre pouvait contenir 4000 personnes. Ayant accepté l’hommage divin que la foule lui adressait, Hérode fut frappé d’une maladie douloureuse et dut être évacué du théâtre. D’après Josèphe, il mourut cinq jours plus tard (Ant. 19.350).

L’île de Chypre était-elle bien dirigée par un proconsul au moment du passage de Paul (Actes 13.7) ?

Depuis la réorganisation de l’Empire par Auguste, il existait deux sortes de provinces. Celles qui relevaient du Sénat étaient dirigées par un proconsul (anthupatos). Celles qui étaient sous la juridiction directe de l’empereur étaient administrées par un propréteur (antistratégos) où un légat. Mais cette situation variait fréquemment : en temps de guerre, par exemple, la province sénatoriale, qui avait normalement à sa tête un proconsul, passait sous la juridiction d’un propréteur. Le régime dépendait, de plus, des intrigues politiques de certains chefs militaires. « A moins d’avoir vécu en ce temps-là ou d’avoir une connaissance historique précise, il était par conséquent impossible de savoir si, à un moment donné, telle province était gouvernée par un proconsul ou un propréteur » (Lightfoot).1

1 Essays on the Work entitled ‘Supernatual Religion’ London 1889 p. 292.

L’île de Chypre, quant à elle, a connu trois types de gouvernements romains en 35 ans. Elle fut annexée par Rome en l’an 57 av. J.-C. et rattachée à la province de Cilicie en 55. En 27 av. J.-C. elle devint une province indépendante gouvernée par un légat. En 22 av. J.-C, elle fut donnée par Auguste au Sénat (en échange de la Gaule Narbonnaise) et gérée à partir de là par un proconsul (Strabon XIV, 15 ; LIV, 4).

Le titre de proconsul correspond donc exactement à celui que portait le gouverneur de l’île au moment où Paul et Barnabas y passèrent. Le nom même du proconsul, Sergius Paulus, a été découvert comme se rapportant à l’un des officiers de Claude, « préposé au Tibre » (FF. Bruce Acts p. 264). Il est fort possible qu’il ait ensuite été nommé proconsul à Paphos.2 Les monnaies, les inscriptions et les documents historiques de l’époque le confirment, mais cela n’était plus vrai au 2e siècle. Sous Adrien (117-138), l’île redevint province impériale, pour retourner au Sénat à l’époque de Sévère (198). A l’époque de Paul, elle était donc bien gouvernée par un proconsul comme Luc le note (13.7).

2 Corpus Inscriptionum Latinarum VI (Berlin 1902) N° 31545.

Certains auteurs critiques attribuent les Actes à un auteur écrivant vers la fin du 1er siècle ou même au début du 2e. Comment quelqu’un écrivant à cette époque-là aurait-il pu inventer ces détails sans les outils de recherche dont dispose l’historien moderne (bibliothèques, documents, archives locales et nationales). Souvenons-nous que le cadre sur lequel porte le récit de Luc comprend tout le bassin méditerranéen soumis à la juridiction romaine.

Sur la côte nord de l’île, on a retrouvé une inscription datée « du proconsulat de Paulus ». A Antioche de Pisidie, on en a découvert deux autres en l’honneur de Sergia Paula, la sœur du proconsul, et du «fils de Sergius Paulus ». Sergius Paulus était originaire d’Antioche de Pisidie. Dans le nord de l’île de Chypre, les archéologues ont découvert une inscription qui porte le nom de Quintus Sergius Paulus qui aurait été proconsul durant le règne de l’empereur Claude (41-54). Si Paul et Barnabas ont commencé leur premier voyage missionnaire en l’an 46, c.-à-d. dans la deuxième moitié de la cinquième décennie impériale, le récit de Luc coïncide avec cette inscription. On connaît aussi un Sergius Paulus qui a été curateur du Tibre. S’il s’agit du même personnage, il a pu être nommé proconsul après avoir rempli cet office à Rome.

D’après Actes 14.6, Iconium ne se situait pas en Lycaonie. Est-ce exact ?

Effectivement, d’après la formulation de ce verset, Paul et Barnabas se sont réfugiés de la ville d’Iconium dans celles de la Lycaonie. « La région de la province de Galatie appelée (probablement) Lycaonie galatique était située à l’est de la Phrygie galatique ; elle était politiquement distincte de la Lycaonie antiochienne qui est située plus à l’est et faisait partie du domaine d’Antiochus, roi de Commagène et non de la Galatie.

« Sir William Ramsay disait que c’était cette note géographique dans ce v. 6 qui l’a amené au ‘premier changement dans son jugement’ au sujet de la valeur historique du livre des Actes.3 Il est vrai que Xénopohon se réfère en 401 av. J.-C. à Iconium comme étant ‘la dernière ville de la Phrygie’ (Anabase I, 2, 19), mais des écrivains comme Cicéron (Lettres à ses amis XV, 4, 1) et Pline l’Ancien (Histoire naturelle v. 25), qui ont vécu beaucoup plus près de la période apostolique, l’appellent une ville lycaonienne. Tout d’abord, Ramsay pensait comme d’autres que l’auteur du livre des Actes, voulant donner une apparence de vérité au rapport d’événements avec lesquels il n’était pas lui-même familiarisé, a emprunté à Xénophon l’information qu’Iconium se trouvait en Phrygie et n’a pas réalisé que la frontière s’était déplacée depuis l’époque de Xénopohon. Mais en étudiant de plus près les preuves littéraires et épigraphiques, il a été convaincu que la déclaration des Actes était entièrement correcte et qu’au milieu du 1er siècle, Iconium était une ville phrygienne comme elle l’avait été 450 ans plus tôt » (F.F. Bruce Acts p. 288).

3 The Bearing of Recent Discovery on the Trustworthiness of the NT London 1915 pp. 35ss.

Pourquoi les habitants ont-ils identifié les deux apôtres à Zeus et Hermès (Actes 14.12) ?

Zeus était le dieu principal des Grecs (le Jupiter romain), Hermès, le dieu du commerce, son messager (= Mercure). La légende de Philémon et Baucis prétendait que ces deux divinités avaient passé dans la région il y a longtemps sans être reconnus – sauf par un vieux couple : Philémon et Baucis. La maison de ces derniers avait été transformée en temple et eux-mêmes en étaient devenus le prêtre et la prêtresse. Les autres ont vu leurs maisons détruites. La légende a été notée par le poète latin Ovide (43 av. J.-C.-17 ap. J.-C.) dans ses Métamorphoses (8.626ss.). Les habitants de Lystre ne voulaient pas renouveler cette mésaventure ; d’où leur empressement à offrir un sacrifice aux dieux supposés. Ils adoraient Zeus qu’ils considéraient comme le dieu gardien de leur ville. Ils lui avaient érigé un temple en dehors de la cité. Hermès, le fils de Zeus et de Maia, était le patron des orateurs ainsi que le dieu de la fertilité et de la fortune. Sa tâche était de transmettre et d’interpréter les messages de Zeus aux hommes (d’où le nom d’herméneutique = science de l’interprétation).

J. A. Thompson mentionne qu’« à Sédasa, près de Lystre, on a découvert deux inscriptions, dont l’une, datant du milieu du troisième siècle, raconte la consécration à Zeus d’une statue d’Hermès par des hommes portant des noms lycaoniens. L’autre parle des prêtres de Zeus. Un autel de pierre, découvert près de Lystre en 1926 et dédié à ‘celui qui entend les prières (sans doute Zeus) et Hermès’ indique clairement que ces dieux étaient associés dans le culte de la population de la région. Zeus était à la tête du Panthéon et Hermès était son héraut » (La Bible à la lumière de l’archéologie p. 399).

Puisque Paul était le principal orateur, c’est lui que l’on a nommé Hermès. De plus, dans leur conception, le dieu suprême restait impassible et digne dans son silence – ce qui a dû souvent être le cas pour Barnabas.

Pourquoi Luc appelle-t-il Philippes « première ville du district » (Actes 16.12) alors qu’elle n’était pas la capitale de la Macédoine ?

Philippes, une ville de la Macédoine (dont la capitale était Thessalonique) avait reçu son nom en l’honneur de Philippe de Macédoine qui s’était emparé des mines d’or du voisinage et avait fortifié la ville. Avec le reste de la Macédoine, elle avait passé sous le contrôle des Romains en l’an 168 av. J.-C.

C’était une colonie romaine depuis la victoire d’Auguste sur Brutus et Cassius dans les environs de la cité (en 42 av. J.-C.), peuplée de nombreux vétérans de l’armée (dont peut-être le geôlier). En 31 av. J.-C., Octave y établit d’autres vétérans après sa victoire sur Antoine et Cléopâtre à Actium.

En qualifiant Philippes de première ville, Luc pouvait vouloir dire que c’était la première qu’ils rencontrèrent en venant de Néapolis (mais Néapolis était dans le même district que Philippes et Paul a dû y passer auparavant) ou la plus importante (elle l’était au point de vue stratégique pour la défense contre les Barbares). On peut aussi traduire : « ville du premier district ». En effet, d’après l’historiographe latin Tite-Live, les Romains avaient divisé la Macédoine en quatre districts. Le premier d’entre eux était celui dont Philippes faisait partie et dont Amphipolis était la capitale. C’est pourquoi la plupart des versions modernes traduisent : « Philippes, ville du premier district de Macédoine » (Bible Semeur, Bible en français courant, Good News Bible).

Qui étaient les licteurs ? (Actes 16.35)

Les magistrats (stratégoi, l’équivalent grec des préteurs latins, qui étaient toujours deux à exercer leur office, d’où le nom de duumvir) ont envoyé des licteurs. Ce nom de rhaddouchoi ne se trouve qu’ici et dans le v. 38. Il vient de rhaddos, un bâton. Il signifie doncé : porteurs de bâtons. Il ne s’agissait pas de bâtons pour battre les prisonniers, mais des verges liées ensemble comme symbole de l’union qui fait la force. Chaque verge isolée pouvait être brisée facilement, mais dès qu’elles étaient liées ensemble, il était impossible de les rompre. C’est ce que représentaient symboliquement ces fasces (mot qui a donné faisceau et fascisme). Ce faisceau symbolisait la force de l’union autour du pouvoir qui a les droits d’infliger des punitions corporelles et capitales. Les licteurs accompagnaient généralement les magistrats en tenant en main ce faisceau de verges, symbole du pouvoir. Les magistrats de Philippes partageaient ce privilège avec leurs collègues romains. Une variante occidentale du livre des Actes motive l’ordre que les licteurs étaient chargés de transmettre en disant qu’ils étaient « pleins de crainte au souvenir du tremblement de terre qui s’était produit », y voyant sans doute un jugement divin contre leur procédure illégale.

Comment expliquer que Paul ait été citoyen romain (Actes 16.37) ? Quels en étaient les avantages ?

Paul a hérité la citoyenneté romaine de son père (Actes 22.28). Celui-ci l’aurait-il achetée ? C’est peu probable de la part d’un pharisien. Différentes hypothèses ont été émises :

1. Paul a appris le métier de fabricant de tentes (Actes 18.3) probablement dans la maison paternelle. Tarse était célèbre pour ses toiles de cilicium faites de poils de chèvres. Or, un fabricant de tentes pouvait être fort utile à un général ou à un proconsul au moment d’une guerre. Tous deux avaient le droit de conférer le titre de citoyen romain en échange de services rendus et ils ne se privaient sans doute pas de payer leurs factures sans bourse délier. Ainsi le père de Saul a peut-être acquis ce titre honorifique sans le demander.

2. Le père de Saul aurait été esclave à Rome dans la célèbre famille Paulus qui l’aurait affranchi et lui aurait conféré la citoyenneté romaine en récompense de ses services. En souvenir de son bienfaiteur, le père de Saul aurait donné à son fils le nom de Paulus qu’il aurait adjoint à celui de Saulus, patronyme du seul roi benjaminite. II était fréquent d’adjoindre au nom juif un cognomen latin ou grec qui s’en rapprochait par la prononciation (ex. : Jésus-Jason). D’ailleurs, même en Palestine, la pratique de donner deux noms était courante comme nous l’apprend une décision jurisprudentielle de Gamaliel l’Ancien (Strack-Billerbeck Kommentar aux Talmud und Midrash II p. 636ss., 712ss.).

3. Wieseler rappelle que, dans la lutte d’Octave et d’Antoine contre Brutus et Cassius, Tarse, ayant pris parti pour les premiers, dut capituler devant Brutus et Cassius. La ville fut frappée d’un sévère impôt de guerre. Comme elle ne pouvait le payer, un grand nombre de ses habitants furent vendus comme esclaves et prirent le chemin de Rome. Mais au moment de leur arrivée dans la capitale, la fortune avait tourné à l’avantage d’Octave (devenu Auguste) et d’Antoine. Les esclaves furent affranchis et, en récompense pour leur loyalisme, reçurent le titre de citoyens romains. Appien nous apprend que parmi eux se trouvait un certain nombre de familles juives (Bell. civ. IV. 64 ; V. 7) dont faisait peut- être partie celle de Saul.

Chaque nouveau citoyen recevait un document attestant sa qualité. Ses enfants devaient être enregistrés auprès du gouverneur romain dans le mois qui suivait la naissance. Le père recevait un dyptique, c’est-à-dire une attestation sur deux tablettes qui se repliaient, contenant une copie certifiée par témoins de la registration de naissance. Ce dyptique était emporté dans tous les voyages, car il garantissait l’exemption de certaines punitions ignominieuses, le procès régulier et public en cas d’accusation et le droit d’appel à César.4

4 Extrait de A. Kuen : Les Lettres de Paul Ed. Emmaüs 1982 pp. 25-26.

Qui étaient les magistrats d’Actes 17.8 ?

Littéralement : les politarques (gouverneurs de la ville), un terme qui n’a été trouvé nulle part ailleurs dans la littérature grecque, mais qui fut découvert dans 19 inscriptions du 2e au 3e siècle pour les magistrats qui gouvernaient certaines villes macédoniennes. En 1876, lorsque les magistrats de Salonique (le nouveau nom de Thessalonique) décidèrent d’abattre les murs de l’ancienne Porte Vardar sur la Voie Egnatienne, à l’ouest de la ville, il découvrirent sur un arc au-dessus de la porte une inscription avec les noms des chefs de la cité. Tous ces noms étaient précédés du titre de politarques. On le trouva également dans des ruines environnant la ville et près d’autres villes macédoniennes. Ces magistrats élus par les citoyens étaient des Macédoniens, pas des Romains, dans toutes les villes libres de la Macédoine. Ils étaient cinq au 1er siècle, au temps d’Auguste, et six plus tard sous les règnes d’Antoine et de Marc-Aurèle. Plus récemment, ce mot a aussi été découvert dans une lettre sur papyrus venant de l’Egypte.5 Une fois de plus, Luc emploie pour chaque ville les noms exacts des magistrats.

5 Moulton-Milligan Vocabulary of the Greek Testament p. 525.

L’autel à un dieu inconnu (Actes 17.23). Est-il exact que les Grecs élevaient de tels autels ?

F.F. Bruce dit : « De tels autels étaient connus en Grèce, et en particulier à Athènes, comme nous le confirment deux auteurs de l’Antiquité. Pausanias, qui vécut au deuxième siècle et qui voyagea beaucoup, fait remarquer dans sa description de la Grèce qu’il y avait à Athènes des autels à des dieux appelés ‘inconnus’. Philostrate, au début du troisième siècle, a aussi parlé d’Athènes ‘où même des divinités inconnues avaient leurs autels’ » (F.F. Bruce Acts p. 355). Jusqu’à présent, on n’a pas encore découvert un autel avec cette inscription au singulier (Pausanias dit littéralement qu’il a vu « des autels à des dieux appelés Inconnus »). D’autres prétendent que l’on a trouvé un autel avec l’inscription : « A Dieu l’inconnu ».

« Théodore de Mopsueste (350-428) et beaucoup de commentateurs depuis lors ont trouvé une illustration dans un récit raconté par Diogène Laërce (Vies de philosophes I. 110). A une époque où la peste régnait à Athènes, les Athéniens consultèrent Epiménide de Crète qui leur a conseillé de lâcher, depuis l’Aréopage, un mouton blanc et un mouton noir. Là où les bêtes s’arrêteraient, ils devaient les sacrifier à la divinité de l’endroit. A la suite de quoi, dit Diogène, les ‘autels anonymes’ se sont trouvés un peu partout dans l’Attique à son époque (début du 3e siècle av. J.-C.). Cette histoire implique des autels avec une dédicace au singulier » (F.F. Bruce Acts p. 356 n. 39).

Peut-on dater le séjour de Paul à Corinthe (Actes 18.1) ?

Le séjour de Paul à Corinthe est l’une des dates les plus faciles à fixer par rapport au calendrier romain. En effet, depuis la découverte de la « pierre de Delphes », on peut établir une correspondance entre l’histoire romaine et celle des Actes.

Au début de notre siècle, on a découvert près de Delphes des inscriptions reproduisant une lettre de l’empereur Claude au proconsul Gallion devant qui l’apôtre avait comparu. Cette lettre porte comme date la 26e acclamation impériale.

Pour déterminer les dates du séjour de Paul à Corinthe, on procède par déductions successives :

1. Les acclamations impériales avaient lieu après chaque victoire remportée par l’empereur ou par ses lieutenants. Par une inscription trouvée en Carie, on sait que la 26e acclamation coïncide avec la 12e année de Claude (25. 1. 52 — 24. 1. 53). Mais nous savons aussi que la 27e acclamation eut lieu avant le 1er août 52. La lettre de Claude à Gallion a donc été rédigée entre le 25 janvier et le 1er août 52.

2. Gallion a-t-il été proconsul à Corinthe de 51 à 52 ou de 52 à 53 ? Les changements de proconsuls se faisaient au printemps. Depuis que Claude était empereur, les proconsuls partaient de Rome au début du mois d’avril. Gallion est donc arrivé à Corinthe fin avril ou début mai 51 ou 52. La plupart des auteurs optent plutôt pour mai 51. En effet, la lettre citée par l’inscription de Delphes est, en fait, une réponse de l’empereur au proconsul Gallion. Celui-ci lui a écrit au sujet de certains différends frontaliers entre Delphes et les villages voisins. Entre l’arrivée de Gallion à Corinthe et la rédaction de la lettre de Claude (datée, rappelons-le, au plus tard de la fin juillet 52), il faut donc réserver une marge suffisante pour que Gallion s’installe à Corinthe, qu’il soit informé du différend opposant les villages de sa province, qu’il écrive à Rome, que la lettre y parvienne, que l’administration impériale fasse son enquête et qu’elle réponde. Si Gallion était arrivé à Corinthe au début du mois de mai 52, il faudrait que tout cela se soit passé en moins de trois mois. Probablement que, même en ce temps-là, les rouages de l’administration provinciale et impériale n’étaient pas si lestes. Il semble donc préférable de situer l’arrivée de Gallion à Corinthe au début du mois de mai 51. Ainsi, il reste entre 9 et 11 mois pour caser les différentes étapes du processus qui a motivé la lettre de Claude.6 Des découvertes plus récentes semblent d’ailleurs confirmer cette date.

6 Lenski a démontré que les proconsuls commençaient leur office le premier mai (et non le premier juillet, comme on le supposait). Il pense qu’il n’y aurait rien d’impossible à ce que Gallion ait commencé son office en mai 52 (The Interpretation of the Acts of the Apostles Lutheran Book Concern Columbus Ohio 1934 pp.750-751). Sans exclure absolument cette date, il nous semble préférable de s’en tenir à la date retenue par la plupart des spécialistes.

L’accusation des Juifs a probablement été portée devant Gallion peu après son arrivée à Corinthe, donc au cours des mois de mai ou juin 51.

En quelle année eut lieu l’expulsion des Juifs de Rome (Actes 18.2) ?

Actes 18.2 nous dit qu’à son arrivée à Corinthe, Paul y rencontra Aquilas et Priscille chassés de Rome par l’édit de Claude. Suétone mentionne cet édit (Vie de Claude, 25) mais n’en indique pas la date. La première précision chronologique se trouve dans un ouvrage d’Orose, un historien du 5e siècle (Histor. VII, VI, 15) qui se fonde sur une affirmation de Josèphe (empruntée peut-être à un texte perdu d’Eusèbe) pour situer cet édit la 9e année de Claude, c’est-à-dire en 49-50. Mais, comme il date la famine de l’an 50 — alors que nous savons par Tacite qu’elle eut lieu en 51 — il peut s’être trompé d’un an. Nous pouvons donc dater l’édit de Claude de l’année 49 ou 50. Aquilas et Priscille n’ont dû arriver à Corinthe qu’à la fin de cette année-là. Comme Ac 18.2 précise qu’ils étaient arrivés « récemment » au moment où Paul vint à Corinthe, cela situerait l’arrivée de Paul en 50 ou aux débuts de l’an 51.

Pourquoi furent-ils chassés (Actes 18.2-3) ?

Suétone dit dans sa Vie de Claude : « Comme les Juifs avaient de constantes querelles à l’instigation de Chrestus, il les a bannis de Rome » (25.4). « Ce Chrestus peut avoir été un émeutier actif dans les cercles juifs de Rome aux environs du milieu du 1er siècle, mais dans ce cas, Suétone aurait dit : ‘d’un certain Chrestus’. Il est plus probable qu’il avait le fondateur du christianisme en tête, mais comme il écrivait quelque 70 ans après l’événement et qu’il n’était pas particulièrement intéressé par les origines du christianisme, il a consulté quelque chronique au sujet de ces troubles et a imaginé à tort que Chrestus, mentionné comme le chef de l’un des partis en présence, était à Rome en ce temps-là et avait pris une part importante dans les troubles. Ce que nous pouvons retenir de cette déclaration de Suétone, c’est qu’il y a eu des dissensions et des désordres dans la communauté juive à la suite de l’introduction du christianisme dans une ou plusieurs synagogues de la ville» (F.F. Bruce Acts p. 368).

Quel était le titre exact du gouverneur Gallion (Actes 18.12) ?

Luc dit qu’il était proconsul (voir 13.7). Tibère avait placé l’Achaïe sous la direction d’un propréteur, mais en 44, Claude l’a de nouveau replacée sous la juridiction du Sénat, donc sous l’autorité d’un proconsul. Quelques années avant le passage de Paul, de même que quelques années plus tard, elle était gouvernée par un propréteur ; cependant, vers les années 50, quand l’apôtre séjourna à Corinthe, la province avait pour gouverneur un proconsul. W. Ramsay présente ainsi l’histoire de Corinthe : « L’Achaïe a été gouvernée par un proconsul de 27 av. J.-C. à 15 après J.-C., et ensuite à partir de 44. C’était une province de second ordre, administrée par des fonctionnaires romains qui venaient de remplir la fonction de préteur, généralement avant le consulat ».7 Luc est précis non seulement pour les noms exacts des magistrats mais encore pour les périodes durant lesquelles ces noms étaient appliqués à une situation locale donnée (prouesse impensable pour un écrivain de la fin du 1er siècle).

7 W.M. Ramsay St Paul the Traveller p. 258; E.M. Blaiklock Out of the Earth (Grand Rapids 1957) pp. 56-61.

S’agit-il du même Eraste dans Actes 19.22 que dans Romains 16.23 et 2 Timothée 4.20 ?

Dans Romains 16.23, il est question d’un Eraste, trésorier de la ville de Corinthe qui envoie ses salutations aux chrétiens de Rome. Dans 2 Timothée 4.20, nous apprenons qu’il est resté à Corinthe. Or, en 1929, lors de fouilles archéologiques dans cette ville, le Professeur T.L. Shear a découvert un dallage portant l’inscription suivante: ERASTUS PRO: AED: S: P: STRAVIT dont le sens probable est : « Eraste, procurateur et édile, a fait poser ce dallage à ses frais ». Dans un article du Journal of Hellenistic Studies, A.W. Woodward écrivait : « Tout indique que ce dallage date du premier siècle et il est fort probable que le donateur en fut Eraste, l’ami de Paul mentionné dans son épître aux Romains ».8 L’inscription a été trouvée dans la petite place à l’extrémité nord de la rue qui menait au théâtre. Les lettres sont profondément gravées et devaient être remplies de cuivre retenu par du plomb.9

8 F.F. Bruce Les documents du Nouveau Testament : peut-on s’y fier Cité dans Thompson p. 408.

9 W.A. McDonald Biblical Archaeologist Mai 1940 p. 66 ; E.M. Blaiklock Out of the Earth (Grand Rapids 1957) pp. 66-67.

Les édiles avaient la responsabilité des affaires financières. Il est donc fort possible que ce terme coïncide avec celui de trésorier de la ville que Paul donne à Eraste. Actuellement, la plupart des spécialistes identifient ces deux hommes.

Quelle était l’importance de ce culte de Diane et de son temple (Actes 19.27) ?

Le temple d’Artémis (Diane pour les Romains) était le centre d’un culte florissant. Il comptait parmi les sept merveilles du monde et l’on venait effectivement de toutes les parties de l’empire pour l’admirer et offrir des dons à la déesse. Incendié en 356 avant Jésus-Christ, il fut reconstruit en marbre blanc. Sa statue était réputée être tombée du ciel. C’était peut-être un météorite qui avait une vague figure féminine avec de nombreux seins, qui fut retravaillé par les sculpteurs locaux. Le temple qui l’abritait fut complètement abandonné pendant des siècles. Il fut redécouvert à la fin du 19e siècle au nord-est de la ville. Il était construit sur une plate-forme de 127 m × 72 m d’où l’on montait par un escalier de douze marches à un dallage. Trois marches plus haut se trouvait la plate-forme du temple qui avait 105 m × 50 m. Il était donc quatre fois plus grand que le Parthénon d’Athènes. A l’intérieur se trouvait une centaine de colonnes monolithiques en marbre de 16 m de hauteur et de 1,80 m de diamètre. Certaines d’entre elles portaient des sculptures. L’autel, qui avait 6 m de côté se trouvait dans un sanctuaire large de 21 m. L’intérieur du sanctuaire était orné de sculptures et de peintures de Phidias, Praxitèle, Scopas, Parrhasios, Apelle… De nombreuses inscriptions portent la formule de prière : « Grande est la Diane des Ephésiens » que les émeutiers ont scandée pendant des heures.10

10 M.M. Parvis Biblical Archaeologist sept 1945 pp. 67s. ; W.M. Ramsay St Paul the Traveller.

Des monnaies d’argent de nombreux pays retrouvées là attestent la renommée de la Diane d’Ephèse dans tout le bassin méditerranéen (cf. Actes 19.34). Sur la statue, on a découvert des formules utilisées sans doute comme incantations magiques : l’astrologie, la sorcellerie, les exorcismes et la confection d’amulettes étaient liés au culte d’Artémis. Les orfèvres qui fabriquaient des temples en miniature constituaient une corporation nombreuse et puissante (cf. Actes 19.23-27).

Le culte de l’empereur fut progressivement associé à celui de Diane : des inscriptions et des médailles nous révèlent que la ville s’enorgueillissait d’être la gardienne du temple d’Artémis (cf. Actes 19.35) et des empereurs. Il est intéressant de noter que certains Asiarques étaient amis de Paul (Actes 19.31). Or, ces élus locaux étaient chargés de promouvoir le culte impérial en Asie. Pensaient-ils que le dommage infligé au culte d’Artémis par un citoyen romain profiterait à leur cause ? Ou bien leur amitié pour Paul était-elle née en même temps qu’une sympathie pour l’Evangile prêché par l’apôtre.11

11 Ephèse : voir une représentation de la déesse Artémis (Diane) dans Bible et archéologie p. 222, 225, de son théâtre dans Images du monde biblique p. 165 et dans Bible et archéologie p. 226 s.

Qui étaient les « asiarques » (Actes 19.31) ? Comment comprendre leur attitude favorable à l’égard de Paul ?

Auguste avait permis à Ephèse – comme à d’autres villes – d’élever un sanctuaire en l’honneur de Rome et de César. Les asiarques étaient les grands-prêtres du culte impérial, chargés de veiller à la correction du rituel. Ils étaient choisis parmi les familles nobles et riches. L’asiarque assurait son office pendant une année, mais en se retirant, il gardait son titre. Il pouvait donc y avoir plusieurs asiarques dans la cité.12

12 M.M. Parvis Biblical Archaeologist sept. 1945 p. 80.

Le titre d’« asiarque » signifie « député de l’assemblée provinciale d’Asie ». Ils faisaient partie de la « haute société » aristocratique et ils étaient délégués par les différentes cités de la province pour les représenter au Conseil provincial (Commune Asiae) qui réglait le culte de Rome et de l’empereur. C’est parmi eux que l’on élisait le grand-prêtre du culte impérial dont le centre était Pergame. Ils étaient probablement réunis à Ephèse pour présider les jeux athlétiques et les rites religieux organisés dans cette ville pour toute la province d’Asie en l’honneur des divinités et de l’empereur.

Comment ces hommes pouvaient-ils tenir « Paul en amitié » ? Peut-être avaient-ils désapprouvé, comme le secrétaire de la ville, le tumulte causé par les orfèvres pour des raisons bassement matérielles. Il n’est pas impossible non plus qu’étant des hommes de bon sens, ils aient discerné tout ce que pouvait avoir de faux l’adoration de ces divinités locales – et même de l’empereur – ainsi que tout le commerce centré autour de la magie. Ayant entendu le message de Paul, ils ont pu en être favorablement impressionnés et penser que le christianisme pourrait apporter un élément positif dans la vie de la ville. « Leur attitude favorable, dit W. Ramsay, est une preuve que l’esprit de la politique impériale n’était pas encore hostile au nouvel enseignement et que les classes éduquées ne partageaient pas l’hostilité des masses vulgaires superstitieuses envers Paul ».13 Luc est heureux de pouvoir signaler une fois de plus l’attitude favorable des autorités à l’égard de Paul.

13 Cité dans Lake – Cadbury The Beginnings of Christianiry London MacMillan & Co. 1920-33 (Reprint : Baker 1965) Vol. IV p. 281.

Quelle était la fonction du secrétaire de la ville (Actes 19.35) ?

L’importance de cet office à Ephèse a été amplement confirmée par l’archéologie. Le secrétaire présidait les assemblées légales, en publiait les décisions et les faisait exécuter ; il était l’intermédiaire officiel entre la « ville libre » et Rome. L’administration provinciale romaine, dont le siège se trouvait également à Ephèse, l’aurait rendu responsable d’une émeute et imposé une sévère punition à toute la ville. C’est pourquoi il avait tout intérêt à la prévenir. Il était le premier magistrat de la ville, dont le nom (grammateus) a été retrouvé sur des inscriptions. Son autorité était reconnue par tous les habitants : il lui a suffi de lever la main pour que les gens se calment et écoutent en silence.

Pourquoi est-il question de plusieurs proconsuls (Actes 19.38) ? Normalement, il n’y en avait qu’un seul par province.

Dans Actes 19.38, le secrétaire d’Ephèse dit à Démétrius et ses ouvriers que s’ils ont « à se plaindre de quelqu’un, il y a des jours d’audience et des proconsuls ». Normalement, il n’y avait jamais qu’un proconsul à la tête d’une province (Ephèse, capitale de la province d’Asie était la résidence du proconsul). Cependant, il est intéressant de noter que « peu après l’accession de Néron au pouvoir (oct. 54), sa mère Agrippine ordonna à deux Romains, Helius et Celer, d’empoisonner Marcus Junius Silanus, le proconsul d’Asie, qui était, comme Néron, un arrière-petit-fils d’Auguste » (Tacite Annales 13.1 ; Dio Cassius Histoire 61.6.4-5). Ce sont ces deux Romains, des contrôleurs des revenus de la province et des favoris d’Agrippine, qui se sont partagé le pouvoir jusqu’à l’arrivée d’un nouveau proconsul, quelques mois à peine avant l’épisode décrit par Actes 19, une situation qu’un auteur du 2e siècle aurait difficilement pu imaginer.

Quelle était cette ekklèsia (Actes 19.39) ? A quel genre d’assemblée légale le secrétaire faisait-il allusion ?

L’ekklésia dont Luc parle ici était l’assemblée législative des cités grecques. Tous les citoyens régulièrement convoqués par l’appel d’un héraut passant dans les rues (klèsia est le passif du verbe kaléô : j’appelle), se séparaient du reste des habitants de la ville et se réunissaient en assemblée pour délibérer des affaires de la cité. Chrysostome dit que cette assemblée se réunissait trois fois par mois. Le mot a été repris par les chrétiens pour désigner l’assemblée de ceux qui avaient été appelés hors du monde et se rassemblaient pour s’occuper des affaires de leur « cité », c’est-à-dire du Royaume de Dieu. Il avait déjà été employé par la Septante pour l’assemblée du peuple de Dieu.

Cette pratique d’acheter la citoyenneté romaine (Actes 22.28) avait-elle cours au 1er siècle ?

La pratique d’acheter la citoyenneté romaine était courante sous l’empereur Claude, mais elle fut supprimée sous le règne de Néron. Plus tard, la citoyenneté fut attribuée à un nombre considérable de personnes, de sorte qu’elle a perdu sa valeur. Ce détail prouve que l’auteur des Actes était bien renseigné sur les circonstances d’avant les années 60.

Ce rapport (Actes 23.23-25) est-il historiquement fiable ?

Le théologien allemand H. Conzelmann prétendait que « cet incident est historiquement impossible » (Acts p. 194) et que Luc l’a rapporté dans « un style anecdotique » (c.-à-d. qu’il a lui-même inventé cette anecdote).

S.J. Kistemaker rappelle que tout au long de son récit, Luc condense au maximum son rapport, de sorte qu’à cause de sa brièveté, le récit paraît suspect. Cependant, nous avons eu à maintes reprises l’occasion de constater sa fiabilité. La manière dont il rapporte le voyage de Paul de Jérusalem à Antipatris (qui a aussi été qualifié par Conzelmann de « pure fantaisie ») est confirmé par des historiens : Josèphe dit que toute la contrée était infestée par des guérillas juives. « Les terroristes juifs ont causé d’innombrables dommages sous l’administration du gouverneur Félix » (Guerres II. 13.6 ; Ant. XX.8.5-6). Cette activité de guérilla et la volonté de plus de 40 Juifs de tuer Paul sont des exemples de ce manque d’ordre et du mépris de l’autorité durant ces jours. Ces conditions ont amené le gouverneur à prendre toutes les mesures afin de sauvegarder la sécurité du transfert de Paul, un citoyen romain. Une escouade de 470 hommes n’était pas de trop pour assurer cette sécurité. (D’après S.J. Kistemaker Acts p. 814).

Qui était Félix (Actes 23.24) ? Que nous apprend l’Histoire sur lui ?

Antonius Félix, procurateur de Judée, était d’origine servile. Il devait son avancement à ce poste, généralement réservé aux membres de l’ordre équestre, à l’influence que son frère Pallas exerçait à la cour impériale sous Claude. Pallas était un affranchi de la mère de Claude, Antonia. Il devait en être de même de Félix (à en juger par son nom Antonius). Avant de succéder à Ventidius Cumanus comme procurateur en l’an 52, il avait occupé un poste subalterne en Samarie sous Cumanus à partir de l’an 48 (Tacite Annales XII.54). Il a été pendant près de 6 ans procurateur de Judée. Tacite dit de lui qu’il maniait le pouvoir d’un tyran avec une mentalité d’esclave (Histoire V. 9), par toutes sortes de cruautés et de débauches.

La fin de son office comme procurateur était marquée par une recrudescence de l’activité insurrectionnelle à travers la province et par l’émergence du mouvement des sicaires. Le caractère impitoyable de la répression de ces mouvements lui a aliéné la sympathie de beaucoup de Juifs modérés et a mené à de nouvelles insurrections. Malgré son humble origine, il n’a épousé que des princesses dans ses trois mariages successifs (d’après Suétone Vie de Claude 28). La première des trois était une petite-fille d’Antoine et de Cléopâtre, la troisième était Drusille, une fille d’Hérode Agrippa qui, à l’âge de 15 ans, avait épousé Azize, roi d’Emèse. Félix réussit à la lui enlever par une série d’intrigues scandaleuses. Tertulle fera de Félix un éloge sans ombre (24.2). Félix a effectivement éliminé des bandes de pillards et maté la révolte menée par un Egyptien (21.38), mais dans l’ensemble, ce tableau est nettement surfait : Félix est resté dans l’histoire comme un magistrat violent et sans scrupules contre lequel les Juifs ont porté plainte à Rome. Lorsque Paul s’adressera à lui (24.10), la sobriété de son exorde contraste avec les flatteries de Tertulle. Après deux ans, Félix fut remplacé par Festus (24.27). Accusé par les Juifs d’irrégularités dans son gouvernement, Félix fut rappelé à Rome en 59 ou 60. Il mourut en disgrâce. Festus a laissé le souvenir d’un homme avisé et honnête qui mourut en service après 2 ans.

Paul dira de Félix qu’il a été « juge de cette nation depuis plusieurs années » (24.10). Josèphe dit, en effet, qu’il a succédé à Cumanus comme gouverneur en l’an 52 (Guerres 2.12.8 ; Ant. 20.7.1). Selon Tacite, Ventidius Cumanus a gouverné la Galilée de 48 à 52 et Félix était à la tête de la Samarie et de la Judée jusqu’à ce que Cumanus fût déposé en 52 ; alors Félix devint gouverneur de la Judée (Annales 12.543 ; voir 12.1 ; 24.24 ; Josèphe Guerres II. 12.8-13.7 ; Ant. XX.7.1-8.9).

Qui étaient ce roi Agrippa et sa sœur Bérénice (Actes 25.13) ?

Hérode Agrippa II avait 17 ans à la mort de son père Hérode Agrippa I en 44. L’empereur Claude voulut lui confier le royaume de son père, la Judée, que celui-ci avait gouvernée de 41 à 44. Mais ses conseillers l’en dissuadèrent, estimant qu’il fallait un gouvernant plus expérimenté que ce jeune homme. La Judée passa alors sous la juridiction d’un procurateur romain. Lorsqu’il eut 25 ans, Agrippa II obtint le petit royaume de son oncle situé entre le Liban et l’Anti-Liban. En l’an 53, il renonça à ce royaume en échange des anciennes tétrarchies de Philippe et de Lysanias (voir Luc 3.1). Il régna donc sur une partie de la Galilée et de la Pérée. Trois ans plus tard, Néron lui accorda quelques villes et villages autour du lac de Galilée. En reconnaissance, Agrippa changea le nom de Césarée de Philippe en Néronias. De plus, on lui accorda le droit de nommer le grand-prêtre et d’avoir la garde des habits de cérémonie que celui-ci revêtait le grand jour des expiations. Dernier des Hérode, il vécut jusqu’en l’an 100.

Sa sœur Bérénice vivait en union incestueuse avec lui. A l’âge de 13 ans, elle fut mariée à son oncle Hérode, roi de Chalcis. Quand celui-ci mourut, elle revint vivre avec son frère. Pour mettre fin aux bruits courant à son sujet, elle épousa Polémon, roi de Cilicie, mais retourna peu après auprès de son frère. Plus tard, elle devint la maîtresse de Titus (voir Tacite Histoire II.2 ; Suétone Vie de Titus 7).

Agrippa et Bérénice étaient venus à Césarée féliciter Festus, le nouveau gouverneur de la Judée. Une amitié se développa entre ces deux gouvernants. Festus prit conscience qu’Agrippa avait grandi à la cour de Claude et qu’il connaissait bien la religion juive. Cette connaissance pouvait lui être très utile car, en envoyant son prisonnier Paul à Rome, il devait rédiger une lettre pour les tribunaux romains spécifiant les accusations qui pesaient sur lui.

Agrippa II nous est bien connu par Josèphe (Voir Guerres 11.12.1, 7s. ; 15.1 ; 16.4 ; VII.5.1 ; Ant. XIX.9.2 ; XX.5.2 ; 6.3 ; 7.1 ; 8.4 ; 9.6 ; Autobiographie 65 ; Contre Apion 19). Josèphe a correspondu avec lui pour rédiger sa Guerre des Juifs.

Que faut-il entendre par « premier personnage de l’île » (Actes 28.7) ?

Ce terme désignait le gouverneur de l’île. Le titre de prôtos (« premier ») revient deux fois dans des inscriptions à Malte, une fois en grec, une autre fois en latin.14 Cette précision et cette exactitude de Luc dans l’emploi des titres amènent J.A. Thompson à prononcer un jugement général sur la qualité de son travail d’historien : « Luc apparaît comme un chroniqueur des plus soigneux, que ce soit en matière de géographie, de frontières politiques, de coutumes locales, du titre des fonctionnaires de l’époque, des pratiques religieuses locales, de topographie locale, de disposition des bâtiments dans les villes grecques ou romaines, asiatiques ou européennes » (La Bible à la lumière de l’archéologie p. 413).

14 F.F. Bruce Acts p. 525.

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