Le baptême a occupé de tout temps une place importante dans la pensée de l’Eglise : le Nouveau Testament le mentionne plus de cent fois, souvent en liaison avec la formation de l’Eglise. Dès les premiers siècles, il fut au centre des controverses les plus passionnées. Actuellement encore, il demeure un thème majeur de la recherche théologique comme des débats ecclésiastiques. L’évolution œcuménique dépendra en grande partie de la réponse qu’on donnera à ce problème.
Les liens entre le baptême et la structure de l’Eglise sont évidents. Francus n’exagère certes pas lorsqu’il écrit : « C’est sur la question du baptême que se fait, en bloc, le départ entre les tenants de la religion matérialisée et les fidèles du culte en esprit et en vérité. L’attitude adoptée à son endroit classe dans l’une de ces deux catégories : les formalistes et les spiritualistes. »1
1 Il n’y a pas de Protestants. ch. IV.
Günther Harder de son côté le confirme : « La pratique du baptême des enfants fait virtuellement d’une église une église de multitude… La base du baptême des enfants est en tous cas la même que celle de l’église de multitude, elle part du principe que le monde entier doit être réquisitionné pour Christ. » ?2
2 C’était l’un des points évoqués en faveur du maintien du caractère multitudiniste de l’Eglise confessante d’Allemagne en 1934. v. Günther Harder : Evangelische Theologie (1960), p. 80.
« Si le baptême des enfants est légitime, l’Eglise nationale l’est aussi. » (G. Steinheil.)3
3 G. Steinheil : cité par F. Lovsky, Foi et Vie (1950).
Karl Barth affirme lapidairement : « Le baptême des enfants est le symptôme d’une le plus grave dont souffre l’Eglise et qui est le multitudinisme. »
Emile Brunner s’exprime à peu près dans les mêmes termes : « La doctrine catholique du baptême qui, de toute évidence, n’est pas gênée par le baptême des nourrissons, non seulement s’accorde facilement avec la conception catholique de l’Eglise, mais celle-ci exige directement une telle doctrine du baptême. »4
4 Emil Brunner : Dogmatik III, p. 73.
Ailleurs il écrit : « La question du baptême des enfants est déterminante pour toute la problématique ecclésiastique parce que le baptême est le fondement de l’appartenance à l’Eglise. Fait partie de l’Eglise luthérienne ou réformée celui qui à été baptisé en elle. L’armée de ceux qui ont été baptisés correctement mais qui sont devenus dans leur cœur et ouvertement des étrangers pour l’Eglise- doit être comptée comme partie de l’Eglise. L’objectivisme dans la conception des sacrements et de l’Eglise a mené à une terrible inflation qui a pris des proportions tragiques. »5
5 Emil Brunner : Wahrheit als Begegnung, p. 185.
C’est bien ce que constate le théologien écossais Mac Gregor : « Le manque de compréhension du baptême a son origine dans un manque de compréhension encore plus profond de la nature. de l’église. »6
6 Mc Gregor : Corpus Christi, p. 138.
Nous ne développerons pas ici certaines questions relatives au baptême (antécédents du baptême chrétien, forme, signification et valeur du baptême). Ces dernières sont traitées en détail dans la brochure : Ils crurent et furent baptisés. Edition « Croire et Servir », 123, avenue du Maine, Paris, à laquelle le lecteur intéressé voudra bien se reporter.
Nous nous contenterons de quelques constatations :
7 Voir à ce sujet les témoignages de Bossuet, Grotius, Calvin, Luther, Neander, Wesley, Karl Barth, du Dictionnaire de Théologie catholique ; de l’Abbé Crampon, de Dom Cabrol…
8 Dict. d’Archéologie chrét., I, col. 391.
La question : baptême des enfants ou baptême des croyants joue un rôle primordial dans la constitution de l’Eglise ; il nous faut l’examiner plus en détail.
Le livre des Actes nous raconte comment les disciples de Jésus-Christ ont mis en pratique les ordres et directives de leur Maître. Avant de les quitter, le Seigneur leur avait communiqué ses dernières volontés : « Allez faites de toutes les nations des disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt. 28. 19-20.)
Les premiers chrétiens ont non seulement respecté les consignes de leur Maître mais ils les ont observées dans l’ordre donné par Jésus :
a) « Faites des disciples » : c’est le but de la prédication apostolique, des voyages missionnaires, des entretiens individuels avec les Juifs et les Grecs.
b) « Baptisez-les » : les c’est-à-dire les nouveaux disciples (revoir ce qui a été dit sur la signification précise de ce mot dans le Nouveau Testament).
c) « Enseignez-leur (à ces disciples) à garder tout ce que je vous ai prescrit ».
1. Les baptêmes du livre des Actes.
a) Le jour de la Pentecôte les apôtres ont accompli pour la première fois les commandements du Maître (Act. 2).
| Faites des disciples | « Repentez-vous … Vous recevrez le don du Saint-Esprit … Sauvez-vous de cette génération perverse » (versets 31-40) ; |
| de toutes les nations | « Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l’Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l’Egypte, le territoire de la Libye, voisine de Cyrène et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes » (verset 10) ; |
| baptisez-les | « que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ ceux qui acceptèrent la parole furent baptisés ; et, en ce jour-là, furent ajoutées environ trois mille âmes »9 ; |
| et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. | « ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres … chaque jour ils étaient ensemble au temple… » (versets 42-46). |
9 On a prétendu que les trois mille nouveaux disciples ne pouvaient être baptisés par immersion à Jérusalem, mais il n’y avait Ià aucune difficulté pour les apôtres : les piscines et bassins abondaient dans la ville et aux alentours immédiats : piscines d’Ezéchias, de Bethesda, de Siloé, étangs Mamilla,du Sultan, de Salomon, puits Rogel… sans compter les bains privés servant aux ablutions rituelles dans la plupart des maisons juives.
On a objecté aussi le manque de temps des disciples pour immerger tant de personnes. Aussi, se seraient-ils contentés d’une formalité plus expéditive. C’est bien mal juger les apôtres : à la première occasion d’appliquer l’ordre du Maître auraient-ils commencé par s’en écarter ? Ce problème non plus n’était pas insoluble.
Le baptême occupe une place relativement importante dans le livre des Actes : une vingtaine de passages l’évoquent. Dans leurs prédications, les apôtres en parlaient et, immédiatement après leur conversion, les nouveaux croyants étaient baptisés :
b) Les Samaritains : « Quand les Samaritains eurent cru à Philippe qui leur annonçait l’Evangile du Royaume de Dieu et le nom de Jésus-Christ ils se firent baptiser, hommes et femmes. Simon lui-même crut aussi et, après avoir été baptisé il ne quittait plus Philippe… » (Act. 8.12-13). Il y avait certainement des enfants en Samarie, pourtant on ne les a pas baptisés puisque, en plus de la condition « quand ils eurent cru » le texte précise qui fut baptisé : « les hommes et les femmes » (andres te kai gunaïkes).
c) L’eunuque éthiopien : « Chemin faisant ils arrivèrent à un point d’eau. Et l’eunuque dit : voici de l’eau, qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé. Philippe dit : si tu crois de tout ton cœur cela est possible. L’eunuque répondit : je crois que Jésus est le Fils de Dieu10. Il ordonna d’arrêter le char ; tous deux descendirent dans l’eau, Philippe ainsi que l’eunuque, et il le baptisa. »
10 Ces mots, à partir de « Philippe dit… » manquent dans tous les anciens manuscrits (onciaux) sauf un (E), dans plus de 80 manuscrits minuscules, dans les meilleurs mss. de la Vulgate, dans les versions syriaques Peschitto et d’Héraclée, dans les versions sahidique, bohaïrique et éthiopienne. Aussi les éditions critiques du N.T. grec de Tischendorf, Westcott-Hort, von Soden, Nestle, Vogels s’accordent-elles pour les omettre et beaucoup de traductions françaises ne les mentionnent que comme additif en bas de page. Il semble donc que nous nous trouvions là en présence d’une interpolation due à un copiste du second siècle, Pour la question qui nous occupe cela n’en est que plus précieux, puisque cet additif nous apporte le témoignage de ce qui, au second siècle encore, estimait qu’une profession de foi personnelle devait obligatoirement précéder le baptême. Voir Barnes : Notes on the Acts in loc. cit. — Jamieson-Fausset and Brown : Critical and explanatory Commentary on the N.T. — P. Adrien Boudou S.J. : Actes des Apôtres, (Verbum salutis), p. 181. — Davidson-Stibbs-Kevan : New Bible Commentary, in loc. cit. — L. Bonnet : N.T. expliqué. — F.F. Bruce : The Growing day, pp. 113-114.
d) L’apôtre Paul : « Ananias lui dit : Et maintenant, pourquoi tardes-tu ? Lève-toi, sois baptisé et lavé de tes péchés en invoquant son nom. » « Il se leva et fut baptisé. » (Act. 22.16 ; 9.18).
e) Corneille et les siens : « Corneille avait appelé chez lui ses parents et ses amis intimes … quiconque croit en Lui reçoit par son nom le pardon des péchés. Comme Pierre prononçait encore ces mots le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Pierre reprit : Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? Il ordonna de les baptiser au nom de Jésus-Christ » (Act. 10.4, 43-44, 47-48).
Là encore, on n’a certainement pas baptisé d’enfants puisque le récit nous dit que ceux qui furent baptisés « écoutaient la parole, parlaient en langues et exaltaient Dieu ».11
11 « La maison de Corneille » : Luc nous précise que ce sont les amis et parents qui se trouvent réunis (10.27), c’est à eux qu’il parle, le Saint-Esprit tombe sur eux (10.44), ce sont eux qui parlent en langues (10.46) et qui sont baptisés (10.47).
« Il s’agit donc d’une assemblée d’adultes ayant les mêmes dispositions et venant de familles différentes. » K. Aland : op. cit., p. 64.
f) Lydie et sa maison : « I] y avait là une femme prosélyte, du nom de Lydie, marchande de pourpre, de la ville de Thyatire. Elle écoutait, et le Seigneur lui ouvrit le cœur, pour qu’elle s’attache à ce que disait Paul. Lorsqu’elle eut été baptisée avec sa maison, elle nous invita en disant : Si vous me jugez fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison et demeurez-y » (Act. 16.14-15). « Quand ils furent sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie, et, après avoir vu et exhorté les frères, ils partirent » (verset 40).
Y avait-il de petits enfants dans la maison de Lydie ? Rien ne nous permet de l’affirmer. Nous ne savons même pas si Lydie était mariée. Le terme maison (oïkos) employé ici désigne l’ensemble des serviteurs et des esclaves aussi bien que des membres de la famille12. Le verset 40 précise d’ailleurs qui se trouvait dans sa maison : « après avoir vu et exhorté les frères ». Il faut vraiment avoir besoin de petits enfants pour les trouver dans la maison de Lydie !
12 Fustel de Coulanges cité par Ramseyer : Hist. des Baptistes, p. 6. — Voir Jean-Daniel Benoît : Calvin et le Baptême des Enfants, p. 458. — Notons que c’est le seul passage du Nouveau Testament où il soit directement question du baptême de la « maison ». Lydie est ou célibataire ou veuve : elle exerce le métier, elle invite Paul dans sa maison : de telles initiatives excluent la présence d’un mari. L’hypothèse de la conversion de toute la maisonnée pendant l’absence du mari (en voyage d’affaires a-t-on dit !) serait impensable dans le cadre de la tradition familiale antique. K. Aland : op. cit., p. 62.
g) Le geôlier de Philippe et sa maison : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille. Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison. Il les prit avec lui à cette heure même de la nuit, lava leurs plaies, et aussitôt il fut baptisé, lui et tous les siens. Il les fit monter dans sa maison, mit la table et se réjouit avec toute sa famille d’avoir cru en Dieu » (Act. 16.31-34), ou « il se réjouit, croyant en Dieu avec toute sa maison ».
Y avait-il dans la famille des nourrissons qui ont été baptisés avec le geôlier ? Si oui, on les a aussi réveillés en pleine nuit pour que Paul puisse leur annoncer la Parole du Seigneur (verset 32) et ils se sont réjouis avec le geôlier de ce qu’il avait cru (verset 34).
h) Les disciples de Corinthe : « Cependant Crispus, le chef de la synagogue crut au Seigneur avec toute sa famille. Et beaucoup de Corinthiens, qui écoutaient Paul crurent et furent baptisés » (Act. 18.8).
Si Crispus a été baptisé avec toute sa famille c’est que toute la famille a cru au Seigneur. Une autre famille de Corinthe a été baptisée par Paul : « J’ai aussi baptisé la maison de Stéphanas » (1 Cor. 1.16) mais l’apôtre précise à la fin de sa lettre : « Vous savez que la maison de Stéphanas est les prémices de l’Achaïe (parmi ceux qui ont cru) et qu’elle s’est dévouée au service des saints » (1 Cor. 16.15). « De petits enfants ne peuvent être appelés les prémices des croyants, ni se dévouer au service des saints. »13
13 Louis Secrétan : Baptême des Croyants ou Baptême des enfants, p. 32. — Voir : Beasley-Murray : Baptism in the N.T., pp. 315-316.
i) Les douze disciples d’Ephèse : « Paul rencontra quelques disciples et leur dit : Avez-vous reçu l’Esprit-Saint quand vous avez cru ? … Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils répondirent : le baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance ; il disait au peuple de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. Sur ces paroles ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Tous ces hommes étaient au nombre de douze environ » (Act. 19.2-7).
« Ces douze hommes ont donc été baptisés (immergés, plongés) deux fois, car ils n’avaient pas été correctement instruits. Aujourd’hui de même, par suite d’un enseignement inexact, beaucoup de gens ont été « aspergés » par quelques gouttes d’eau ou même vraiment baptisés (c’est-à-dire plongés, immergés) comme nourrissons. Maintenant qu’ils sont réellement convertis, par la grâce de Dieu, ces enfants de Dieu se posent le problème de leur baptême. La réponse est toute simple. L’exemple de ces douze hommes d’Ephèse est assez clair et ne nous est pas rapporté inutilement. Ces hommes n’ont pas hésité un instant à être rebaptisés ».14
14 J.R. Couleru : Le Baptême selon la Parole, p. 30.
Dans le cas actuel, on ne peut d’ailleurs pas parler de deux baptêmes, la première cérémonie ne correspondant en aucun point au baptême biblique. Le monde du commerce ne permettrait jamais qu’on usurpe à tel point un label ou une « appellation contrôlée ». Celui qui a subi, étant nourrisson, une présentation accompagnée d’une aspersion de quelques gouttes d’eau ne peut pas dire qu’il a été baptisé dans le sens biblique de ce terme. Si donc il parvient à une foi personnelle rien ne l’empêche, ni ne le dispense, d’obéir à l’ordre du Seigneur et de ses apôtres.
2. Conclusions sur le baptême dans les Actes.
Ainsi tous les baptisés identifiables du livre des Actes étaient des adultes croyants. Nous ne découvrons aucun cas explicite de baptême d’enfants en bas âge. Les partisans du baptême des enfants en sont réduits à supposer que les « maisons » baptisées comprenaient des enfants trop petits pour croire personnellement. Nous avons vu que les détails donnés sur ces « maisons » infirment plutôt cette hypothèse. Ne vaudrait-il pas mieux avouer comme le font loyalement beaucoup de théologiens membres d’églises pédobaptistes (c.à.d. qui baptisent les enfants) :
« Toutes les traces de baptême d’enfants qu’on a voulu trouver dans le Nouveau Testament doivent d’abord y être introduites » « müssen erst hineingetragen werden. » (Prof. D. Fr. Schleiermacher.) « La pratique du baptême des enfants commence fin du second siècle, nous ne pouvons pas la prouver plus tôt. » (A. Harnack.)15
15 Die Mission und Ausbreitung in den ersten drei Jahrhunderten, t. I, p. 399.
3. Trouvons-nous le baptême des enfants dans le Nouveau Testament ?
Laissons la parole à quelques théologiens membres d’églises pédobaptistes :
« Qu’il n’y ait aucune trace du baptême des enfants dans le N.T. cela peut bien être considéré par l’exégèse scientifique comme un résultat acquis. » (Herzogs Realenzyklopädie.)
« La pratique du baptême des enfants dans l’époque apostolique et post-apostolique ne peut pas être décelée. » (Prof. D. Feine, Breslau.)16
16 Realenzyklopädie für prot. Theologie und Kirche, Bd. 19, p. 403.
« Nous ne possédons aucun témoignage sûr concernant le baptême d’enfants durant la période apostolique. Chaque fois qu’on a essayé d’apporter une preuve scripturaire en faveur du baptême des enfants on a perdu son temps. » (Prof. D. Drews.)
« Quelque décidé que je sois pour le baptême des enfants il me faut pourtant bien reconnaître que l’ordre exprès « baptisez les enfants » ne se trouve nulle part dans l’Evangile. » (J.H. Merle d’Aubigné.)17
17 L’Autorité des Ecritures, p. 98,
« Le N.T. ne renferme aucun précepte relatif au baptême des petits enfants. On ne peut citer aucun passage où il soit ordonné, aucun où il soit condamné, il n’est mentionné nulle part. » (R. Clément.)18
18 Etude Biblique sur le Baptême, p. 227.
« Transporté sur le seul terrain de l’exégèse et borné à la discussion de quelques textes bibliques, le débat ne pourra jamais aboutir. » (Paul Lobstein.)19
19 « Essai d’une Apologie du Baptême des Enfants », Par le Christ à Dieu, p. 228.
Le Prof. F.J. Leenhardt qui rapporte ces deux dernières citations dit de son côté : « C’est un aveu très généralement consenti par les défenseurs du pédobaptisme que le N.T. ne nous offre pas des enseignements explicites capables de trancher le problème du baptême des enfants, … seuls les fanatiques contesteraient cette constatation. La chose est même si claire que les avocats du baptême des enfants sont amenés à concéder que les arguments scripturaires des Réformateurs sont sans valeur. On comprendra que nous ne puissions pré- tendre faire mieux qu’eux…
« Nous souhaiterions que ces aveux, exprimés par des esprits distingués, fussent une sérieuse invitation, et même un avertissement, à l’adresse de ceux qui s’obstinent à racler des lambeaux de textes pour s’en faire des armes. Pourquoi vouloir toujours reprendre des arguments dont on a cent fois déjà montré qu’ils étaient insoutenables ? »20
20 F.J. Leenhardt : Le Baptême chrétien, pp. 66-67.
Karl Barth affirme : « On peut difficilement aboutir à une autre conclusion que celle-ci : le fondement néo-testamentaire du pédobaptisme est plus que précaire. Le baptême des enfants peut difficilement être maintenu sans recourir à des subtilités ou à des sophismes quant à l’exégèse et quant au fond du problème. On ne peut le sauver que si l’on y est décidé pour des motifs étrangers à ces deux domaines. C’est d’ailleurs ce que l’on à fait de siècle en siècle. »21
21 K. Barth : Doctrine ecclés. du Baptême, pp. 33 et 37.
Le professeur luthérien Kurt Aland pense que son résultat d’ensemble savoir que « le baptême des nourrissons (c’est-à-dire ce que nous appelons aujourd’hui baptême des enfants) n’est décelable avec certitude qu’à partir du IIIe siècle, ne saurait être contesté à partir des sources. »22
22 op. cit., p. 6.
Voici les conclusions de quelques théologiens anglicans :
« Il n’y a pas une ombre de preuve réelle que le baptême ait jamais été administré aux enfants durant l’âge apostolique. » (H.T. Andrews.)23
23 Lectures on the Church und the Sacraments, p. 150.
« L’origine du baptême des enfants est obscure… elle ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. » (P.T. Forsyth.)24
24 The Church and the Sacraments, p. 198.
« Que le Nouveau Testament ne dise explicitement rien du baptême de petits enfants, cela est incontestable. » (J.R. Nelson.)25
25 The Realm of Redemption, p. 129.
D’un professeur de théologie catholique :
« La controverse a démontré qu’il n’est pas possible d’apporter une preuve indubitable du baptême des enfants en s’appuyant uniquement sur la Bible et sans faire appel à la Tradition. » (O. Heggelbacher.) 26
26 Die christliche Taufe als Rechtsakt, p. 70.
Et le professeur O. Cullmann lui-même, l’un des seuls théologiens actuels qui cherche à défendre le baptême des enfants est obligé d’avouer qu’« au regard des sources dont nous disposons il est vain, en définitive, de se demander si l’Eglise naissante baptisait déjà les nouveau-nés. Les écrits du N.T. ne nous permettent pas de donner à cette question une réponse quelconque, négative ou positive, et il serait souhaitable que chacun se rendit À cette évidence. »27
27 O. Cullmann : Le Baptème des Enfants et la Doctrine biblique du Baptême, p. 20.
Nous admirons la sincérité de ces aveux mais nous restons quelque peu désemparés devant la conclusion que le théologien tire de cet état de fait : « Mais ce n’est pas sous l’angle de l’attestation scripturaire que la question du baptême des enfants doit se poser. »28
28 Ibid. p. 22.
Nous pensions que, pour les églises de la Réforme, la Bible restait « l’autorité suprême en matière de foi »29.
29 Cf. Luther à la Diète de Worms : « a moins d’être convaincu par des preuves d’Ecriture ou des raisons évidentes, je suis lié par les textes que j’ai présentés et ma conscience est captive dans les paroles de Dieu. »
Nous n’avancerons dans notre étude que si nous posons comme principe ce que Markus Barth affirme dès le début de son livre sur le baptême : le Nouveau Testament est « la norme à laquelle routes les doctrines. ecclésiastiques du baptême doivent se mesurer…30
30 Die Taufe — ein Sakrament, p. 11.
4. Le baptême des croyants dans le Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament ne contient aucune preuve d’un baptême d’enfants ou d’incroyants, il souligne par contre maintes fois que la foi est la condition préalable du baptême. Quelquefois un certain enseignement précédait le baptême : Act. 8.12, 35 ; 10.34-43 ; 16.14, 32 ; 18. 26 ; 19.4.
O. Cullmann concède que « la séquence… prédication — foi — baptême se retrouve dans la plupart des cas rapportés par le N.T. Il est exact que les baptêmes d’adultes venus du judaïsme ou du paganisme, c’est-à-dire les seuls qui nous soient explicitement rapportés par les textes, donnent presque régulièrement l’occasion de constater la foi des baptisés »31 et dans ses études sur les premières confessions de foi chrétienne il reconnaît que c’est à l’occasion du baptême que celles-ci furent prononcées32.
31 Op. cit., pp. 23 et 44.
32 O. Cullmann : Les Premières Confessions de Foi chrétienne (PUF 1943), p. 15.
R. Mehl écrit : « Dans le Nouveau Testament presque tous les récits de baptêmes impliquent la foi préalable du baptisé, er comportent même avant l’acte du baptême, une confession de foi. »33
33 R. Mehl : « Faut-il continuer à baptiser nos enfants ? » Foi et Vie (1949), p 53.
Mgr Cerfaux : « Foi, baptême, Esprit : l’acceptation du message par le fidèle, l’intervention de la communauté l’agrégeant officiellement par le baptême et enfin la ratification divine dans l’effusion de l’Esprit, ces trois démarches successives du fidèle, de la communauté et de Dieu se correspondent et forment le portique de l’institution divine. »34
34 Mgr Cerfaux : La Théologie de l’Eglise suivant Saint Paul, p. 123.
Chez Saint-Paul « c’est la foi qui demande le baptême, jamais le baptême ne précède la foi. » (F.J. Leenhardt.)35
35 Op. cit., p. 62.
Heitmüller écrit : « Il est évident que la foi est une condition préalable du baptême. Seuls ceux qui croyaient se faisaient baptiser. »36
36 Taufe und Abendmahl bei Paulus (1903), p. 14.
Rendtorff : « C’est une constatation historique : la présupposition de base de tout ce que Paul dit de l’événement baptismal est la foi. »37
37 Die Taufe im Urchristentum im Lichte der neueren Forschung (Leipzig 1905), p 32.
Du côté anglican, on avoue franchement que le baptême des croyants était le baptême originel. Déjà le Prayer Book (1662) contenait ces questions et réponses : « Quelles sont les conditions posées aux personnes qui veulent êtres baptisées ? La repentance par laquelle elles abandonnent le péché, et la foi par laquelle elles croient fermement les promesses de Dieu. » Il ne justifiait qu’ainsi le baptême des enfants : ces derniers remplissaient les conditions dans la personne de leurs sureties (parrains).
« Les références du Nouveau Testament à l’initiation supposentque ceux qui la recevaient étaient des adultes auxquels on demandait une consciente et délibérée renonciation au péché et aux idoles et une foi personnelle en Christ. » (N.P. Williams.)38
38 N.P. Williams : Ideas of the Fall and Original Sin, p, 550.
« Tout le langage du Nouveau Testament concernant les rites suppose que le converti les reçoit avec une foi vivante et une renonciation à l’ancien monde. » (Rapport des Comités unis anglicans sur le baptême, la confirmation et la communion.)39
39 Theology of christian Initiation (1948), p. 9.
Dans le rapport de 1955 les mêmes Comités concluaient :
« Il est clair que la doctrine du Nouveau Testament concernant le baptême est habile en relation avec le baptême des adultes. A deux ou trois exceptions près, les écrivains des trois premiers siècles restent dans la même ligne. Dans chaque cas qui nous est rapporté dans le Nouveau Testament, l’Evangile a été entendu et accepté, et la condition de la foi (et probablement de la repentance) a été consciencieusement remplie avant la réception du sacrement. »40
40 Baptism and Confirmation Today (1955), p. 34.
Le rapport de 1959 confirmait :
« Dans le Nouveau Testament, le baptême des adultes est la norme et ce n’est qu’à la lumière de ce fait que la doctrine et la pratique du baptême peuvent être comprises. »41
41 Rapport… Baptism and Confirmation (1959), p. X, 2 ss.
Même l’actuel archevêque de Canterbury écrivait :
« La pratique apostolique était l’admission des adultes dans l’Eglise et leur onction avec le Saint-Esprit dans les rites intimement liés du baptême et de la confirmation, par la foi. L’Eglise doit rester loyale envers ce fait apostolique dans sa totalité, y compris les mots importants : par la foi. »42
42 A.M. Ramsey : The doctrine ‘of Confirmation Theology, vol. 48 (1954), p. 201.
On trouve même des théologiens catholiques qui avouent :
« On s’est demandé si l’Ecriture comprenait aussi les enfants parmi les sujets du baptême. Il est certain qu’elle n’en fait pas mention expresse. Il est possible qu’elle ait voulu mentionner seulement le baptême des adultes à cause des dispositions qu’elle suppose d’ordinaire chez les baptisés. » (J. Bellamy.)43
43 Dictionnaire de Théologie catholique de Vacant-Mangenot, Fasc. X, pp. 176-177.
Cette règle a été maintenue au cours de la période post-apostolique et ce n’est que vers le IVe siècle que le baptême des enfants a commencé à supplanter le baptême des croyants.
Les Réformateurs ont redécouvert le baptême biblique, mais pour des raisons qu’ils estimaient provisoires, ils ne l’ont pas introduit dans les églises de la Réforme. Actuellement, après quatre siècles de tradition protestante il paraît difficile d’exaucer leur vœu ; pourtant des chrétiens et des théologiens de plus en plus nombreux se prononcent en faveur du rétablissement du baptême primitif institué par Jésus-Christ et que la première Eglise a pratiqué.
Nous terminerons ce chapitre en donnant à l’appui de ce qui vient d’être dit quelques citations
1. Témoignages des Pères des Eglises.
« Une controverse chrétienne doit être fondée sur l’Ecriture, Il ne faut se servir de. l’enseignement des Pères que pour venir à l’Ecriture, comme ils y viennent eux-mêmes, et alors laisser l’Ecriture sainte seule subsister. »Luther (Réponse à Emser, 1521).
Clément de Rome : « Lorsque les apôtres avaient reçu leur mission… ils partirent remplis de la joie du Saint-Esprit pour annoncer la Bonne Nouvelle de la proximité du Royaume de Dieu. Dans les villages et les villes ils prêchaient et baptisaient ceux qui obéissaient à la volonté de Dieu. »44
44 Epître aux Romains, 42.4.
« Lorsque notre Seigneur nous a envoyés vers les peuples ignorants pour les baptiser en vue de la rémission de leurs péchés, il nous a commandé de les instruire d’abord. » (Evangile ébionite des Douze.) 45
45 Homélies et recognitions attribuées à Clément, Hom. XVII, 7.
Vers 125 seulement, nous apprenons que l’on baptise aussi de grands enfants lorsqu’ils ont été instruits et sont devenus chrétiens.46
46 Voir Aristide 15.6.
La Didaché : « Avant le baptême, baptiseur et baptisé doivent jeûner… demande à celui qui est baptisé de jeûner un ou deux jours… » (7.4) d’autre part la Didaché demande une instruction préliminaire au baptême : « baptisez ainsi, après avoir enseigné tout ce qui précède ».
Epître de Barnabas (écrite vers 100 à 105) :
« Bienheureux ceux qui sont descendus dans les eaux du baptême ayant fondé leur espérance sur la croix, car nous descendons dans l’eau couverts de péchés et de souillures et nous remontons portant dans notre cœur le fruit de la crainte et ayant dans notre esprit l’espérance de Jésus par le Saint-Esprit. » (XI, 8, 11.)
L’auteur de l’épître exige une confession de repentance avant le baptême (16, 9). Pour Justin Martyr aussi, à côté de la foi et de l’engagement à vivre chrétiennement, la repentance est une condition du baptême.47
47 I Apologie 61, 10.
Aristide (début du IIe siècle) :
« Les serviteurs et les servantes ou les enfants, si quelques-uns en ont, sont enseignés pour qu’ils deviennent chrétiens, parce qu’ils les aiment. Et lorsqu’ils le sont devenus, ils les appellent frères sans distinction. »48 (Un baptême de ces enfants, bien qu’ils soient issus de familles chrétiennes, est exclu d’après Aristide49.)
48 I Apologie 15, 6.
49 K. Aland : op. cit., p. 33.
Hermas (142 env.) :
« Le baptême est un sceau, le sceau des fils de Dieu, ce signe c’est l’eau dans laquelle les hommes descendent, débiteurs de la mort pour en remonter héritiers de la vie. » « C’est par la foi que les élus sont sauvés, mais le baptême est nécessaire au salut. »
Justin Martyr (mort en 165) : « Tous ceux qui se laissent convaincre de la vérité de nos enseignements et de notre doctrine ont la foi et promettent qu’ils auront la force de conduire leur vie d’après ces enseignements. Alors nous leur apprenons à prier et à demander dans le jeûne la rémission de leurs péchés… Ensuite ils sont conduits par nous au lieu où est l’eau… ils sont alors lavés dans l’eau… Cette ablution s’appelle l’illumination parce que ceux qui reçoivent cette doctrine ont l’esprit illuminé… celui qui se laisse immerger doit sentir en lui la force de se vaincre soi-même. »50
50 I Apologie, 1, 61.
« Nous vous disons que ce bain possède la vertu de purifier les hommes — à condition qu’ils se repentent. »51 Donc le baptême fait suite à la repentance ; il est précédé d’un enseignement et s’accompagne d’une promesse du néophyte.
51 Dialogue avec le Juif Tryphon 14, 1.
« Notre naissance naturelle se fait sans la participation de notre volonté, notre nouvelle naissance avec sa participation. »52 Suivent de courtes formules qui devaient êtres récitées « dans l’eau ».
52 I Apologie 61, 10.
« Esaïe déjà parlait… de ce bain salutaire de ceux qui se convertissent et se purifient… c’était le bain baptismal qui peut seul purifier ceux qui se repentent. »53
53 Dialogue avec Tryphon XIII.
Pour Tertullien le baptême est un obsignatio fidei c’est-à-dire lesceau de la foi acceptée personnellement (paen 6). C’est la raison pour laquelle il dit : « Il faut commencer par prêcher, ensuite baptiser. »54 I] dit expressément que le baptisé confesse sa foi « en descendant dans l’eau » et il nous apprend que ceci se fait sous forme de questions et de réponses55, C’est chez lui que nous trouvons la première allusion au baptême des enfants56. Il le cite comme usage récemment introduit dans l’Eglise pour le condamner :
54 Tertullien : De Baptismo 14.
55 De spectaculis 4, De corona mil. 3.
56 De Baptisma 18.5.
« Il est vrai que notre Seigneur a dit en parlant des enfants : Ne les empêchez pas de venir à moi. — Qu’ils y aillent donc, lorsqu’ils seront plus avancés en âge (ou : à mesure qu’ils grandissent), en état d’être instruits afin qu’ils connaissent leurs engagements. Qu’y a-t-il qui presse cet âge innocent de recevoir la rémission des péchés ? On agit avec plus de sagesse dans les choses du siècle. Il faut leur accorder le baptême quand ils auront appris à rechercher le salut, et qu’on pourra leur donner ce qu’ils demandent. Ceux qui comprennent la gravité du baptême, craindront davantage de le donner trop tôt que trop tard. Une foi sincère donne seule l’assurance du salut. »57
57 De Baptisma 18.5 (écrit entre 200 et 206).
Le IIIe siècle nous a conservé un questionnaire baptismal. « Crois-tu de tout ton cœur en Dieu… et en Jésus-Christ… et au Saint-Esprit. »58 La lettre 70 (Cyprien) du Concile de Carthage fait allusion à une question posée au candidat au baptême : « Crois-tu en la vie éternelle et en la rémission des péchés. »
58 O. Cullmann : Les Premières Confessions de Foi, p. 15.
La coutume des « parrains » et « marraines » témoigne contre le baptême des enfants. Pourquoi les parrains doivent-ils répondre aux questions du baptiseur à la place de l’enfant ? Parce que les formules utilisées (le questionnaire baptismal d’Hippolyte par exemple) adressaient ces questions à des adultes « responsables » et que la liturgie baptismale prévoyait une réponse de la part du baptisé. « Lorsqu’on a commencé à baptiser les enfants sitôt après leur naissance, on continua à utiliser le même formulaire », mais on dut « substituer au baptisé un parrain qui répondit à sa place. » K. Aland : op. cit., p. 82.
Cette confession devait être libre et volontaire, sinon elle n’avait guère de validité :
« Celui qui a été baptisé, étant malade, ne peut être ordonné prêtre ; car ce n’est pas sur une résolution spontanée, mais par nécessité (par crainte de la mort), qu’il a fait profession de foi. »59
59 Concile de Néocésarée, Canon XII (entre 314 et 325). — F. Lovsky qui cite ce texte (Foi et Vie 1950, p. 122) ajoute : « Ce texte jette sur le baptême des cliniques un discrédit évident ; maïs par là il sous-entend l’usage habituel du baptême retardé, non seulement des adultes, mais aussi des enfants. »
Les chrétiens des premiers siècles exigeaient que le baptisé soit pleinement conscient au moment du baptême. « Si, même dans les mystères d’Eleusis, il était interdit d’admettre celui qui n’était pas conscient, à l’initiation, la demande du baptême à plus forte raison, devait être exempte de tout ce qui pouvait limiter le caractère volontaire. » (Dr. O. Heggelbacher, cath.)60
60 Die christliche Taufe als Rechtsakt nach dem Zeugnis der frühen Christenheit (Freiburg 1953), pp. 55-56. — Voir G. Foucart : Les Mystères d’Eleusis (Paris 1914), p. 311.
Grégoire de Nazianze demande qu’on se fasse baptiser aussi longtemps qu’on est en pleine possession de ses facultés. Basile de Césarée de même avertit de ne pas attendre d’avoir de la fièvre ce qui empêcherait d’être pleinement conscient au moment du baptême61.
61 Oratorio 40.11. Basile de Césarée : Homilia XIII, 5.
Les fresques des catacombes ont été quelquefois invoquées pour prouver qu’on aurait baptisé des enfants aux premiers siècles, mais comme le dit F. Lovsky :
« L’art chrétien ne connaissait que le baptême des adultes. Tout appel à l’iconographie chrétienne primitive en faveur du pédobaptisme est insoutenable. »62
62 Voir sa démonstration dans Foi et Vie, 1950, pp. 110-111.
Origène (vers 240) et Cyprien (mort en 258) considérant le baptême comme absolument nécessaire au salut, sont partisans du baptême des enfants. Mais « au troisième siècle le baptême des enfants ne s’était pas encore établi d’une manière générale et incontestée. »63
63 Paul Lobstein : op. cit., p. 221. — On se rend compte avec quelle désinvolture certains théologiens de grand renom manient l’argumentation, lorsqu’il s’agit de prouver à tout prix une thèse, lorsqu’on lit par exemple, sous la plume de J, Jeremias, qu’Origène devait savoir « de son père et probablement de son grand-père qu’ils avaient été baptisés comme enfants » (op. cit. p. 71). Un petit détail semble avoir échappé à Jeremias dans son argumentation, c’est que le nom Origène signifie : « engendré par Horus ». Comment expliquer que le fils d’une famille chrétienne de longue date porte un nom typiquement païen ? Le spécialiste d’Origène, E. de Faye pense que Leonides, le père d’Origène ne dut se convertir qu’après la naissance de son fils. — Origène s’appuie d’ailleurs pour légitimer le baptême des enfants, non sur l’Ecriture, mais sur la « traditio ecclesiae ». C’est son argument suprême. Preuve qu’il n’en avait pas de meilleur. La résistance des milieux palestiniens à cette coutume du baptême des enfants (entre 230 et 250) prouve qu’il s’agit d’une innovation récente. V, Kurt Aland : op, cit., pp. 22-24.
« Ce n’est que sous Constantin que le baptême des enfants triomphe définitivement lorsque l’Eglise catholique devient l’Eglise d’Etat, l’Eglise officielle de l’Empire romain. »64
64 Louis Secrétan : op. cit., p. 42.
Au milieu du IVe siècle, cependant, nous rencontrons de nombreux enfants de parents chrétiens qui n’ont été baptisés qu’à l’âge adulte :
Grégoire de Nazianze dont le père fut évêque (330), Basile de Césarée (vers 330), Ambroise (né en 333), Rufin d’Aquilée (né en 340), Jean Chrysostome (344), Jérôme (347 en Dalmatie), Paulin de Nôle (né en 353 à Bordeaux), Augustin (354). Grégoire est baptisé à 29 ans, Basile à 27 ans, Ambroise à 40 ans, Rufin à 31 ans, Chrysostome à 20 ans, Jérôme à 18 ans65.
65 Voir F. Lovsky : Foi et Vie (1950), pp. 122-125,
Basile le Grand (mort en 379) dira encore : « Il faut d’abord être disciple de Christ et ensuite être jugé capable de recevoir le saint baptême. »66
66 De baptismo, lib. II, cap. 1.
« L’édit de Justinien (527 à 565) fit du baptême des enfants une loi d’Etat qu’il fallait observer au risque de la persécution. »67
67 L. Secrétan : op. cit., p. 42.
« Du Ve au VIIe siècle on baptisera les enfants de deux ou trois ans (sauf en cas de danger de mort), du VIIIe au Xe siècle ceux d’un an. Il faut attendre le XIe siècle pour que prévale définitivement le baptême des nourrissons. »68
68 F. Lovsky : Foi et Vie (1950), p. 126.
Comment expliquer l’introduction du baptême des nourrissons dans l’Eglise au IIIe siècle ? Le professeur K. Aland évoque deux raisons :
69 Op. cit., p. 84.
Au temps d’Augustin la position de départ est renversée : dans ses écrits anti-pélagiens, Augustin s’appuie sur le baptême des nourrissons pour prouver le dogme du péché originel. « Si les enfants ne naissent pas pécheurs, pourquoi les baptiserait-on ? »
Conclusions :
« Dans tout le N.T., nous ne trouvons pas la moindre allusion au baptême d’un nouveau-né. au IIIe siècle encore la pratique de l’Eglise était loin d’être uniforme… si les apôtres avaient ordonné et pratiqué d’une manière conséquente et régulière le baptême des enfants cette pratique eût été certainement maintenue par leurs successeurs, et il n’y aurait pas eu de divergence dans l’Eglise » (Prof. E. Ménégoz)70.
70 « Le Baptême des Enfants d’après les Principes de la Théologie paulinienne », Revue chrét. (1884), cité par Secrétan.
« Il est de stricte méthode historique de souligner qu’aucun indice écrit ne vient attester le baptême des nourrissons ou des petits enfants, au cours des trois ou quatre premières générations chrétiennes. » (F. Lovsky.)71
71 F. Lovsky : Foi et Vie (1950), p. 113.
Le professeur Kurt Aland, un savant exégète et historien de réputation mondiale, luthérien convaincu et partisan du baptême des enfants par surcroît, a démontré dans son livre que « personne ne peut prouver un cas effectif de baptême de nourrisson avant l’an 200, Tous les passages des sources antérieures ne se rapportent qu’à des baptêmes d’adultes. Cette conclusion ne saurait être contestée. »72
72 Op. cit., p. 73.
« Les témoignages sûrs en faveur de la pratique du baptême des nourrissons ne se rencontrent qu’à partir du IIIe siècle. »73
73 Op. cit., p. 22,
« Du baptême des enfants il n’est pas question dans l’Evangile et la notion johannique du baptême, maintenue par les apôtres de Jésus qui baptisèrent après Jean, ne cadre pas avec ce qu’on peut attendre d’un nouveau-né. Les petits enfants n’ont été admis au baptême que lorsque les premiers siècles eurent laissé s’introduire… l’idée que le sacrement du baptême est indispensable au salut, en sorte que les enfants morts sans baptême sont voués à l’enfer. » (Alexandre Westphal.)74
74 L’Eglise libre, cité par Francus, p. 251.
« Nous reconnaissons que le N.T. ne nous fournit aucune lumière sur le sens du baptême des enfants, qui dut être rarement pratiqué et ne devint la règle qu’au Ve siècle au sein d’une église installée dans le monde, et déjà pénétrée par le magisme païen. » (Aug. Lemaître.)75
75 Foi et Vérité, p. 468.
« Jusque vers 400 domine le baptême des adultes, jusque vers la seconde moitié du IIe siècle il était pour ainsi dire exclusif. » (F.H. Kettler.)76
76 Religion in Geschichte und Gegenwart, t. VI, col. 638.
2. Témoignages des chrétiens du Moyen-Age.
Au Moyen-Age le baptême des adultes ne se rencontre que dans quelques groupes restés fidèles à l’enseignement du N.T. comme les Pauliciens ou les Vaudois. Dans un livre arménien, La Clé de la Vérité, écrit entre les VIIe et IXe siècles et décrivant les usages des Pauliciens, nous lisons : « Notre Seigneur demande d’abord la repentance et la foi, ensuite vient le baptême. Nous devons donc lui obéir et ne pas céder aux arguments trompeurs de ceux qui baptisent les inconvertis, les inconscients et les impénitents. A la naissance d’un enfant, les anciens de l’Eglise doivent exhorter les parents à l’élever dans la piété et dans la foi.
» Le Seigneur nous a appris de ne conférer le baptême qu’à un âge de maturité. Par conséquent, suivant les paroles du Seigneur nous devons d’abord les amener à la foi et à la repentance avant de les baptiser.
» Nul ne devrait être baptisé sans en avoir exprimé le sincère désir. Le baptême aura lieu dans une rivière, tout au moins en plein air. Le candidat au baptême s’agenouillera au milieu de l’eau et confessera sa foi avec ferveur devant la congrégation assemblée. La prière et la lecture de l’Ecriture accompagneront cet acte. »77
77 Broadbent : op. cit., p. 55 et H. Wheeler Robinson : Baptist Principles, pp. 58-61. La Clé de la Vérité a été publiée en anglais par F.C. Conybeare en 1898.
A cette même époque Charlemagne édictait ses Capitulaires : « Tout Saxon non baptisé qui refusera de se faire administrer le baptême, voulant rester païen, sera mis à mort. Tous les enfants devront être baptisés dans l’année.
» Quiconque négligera de présenter un enfant au baptême dans le cours de l’année, sans le conseil ou la dispense d’un prêtre, paiera au fisc une amende de 120 sous d’or, s’il est de naissance noble ; de 60 sous, s’il est ingénu. »78
78 Capitulaire promulgué en 785 (cité par Halphen : Etudes critiques sur l’Histoire de Charlemagne (Alcan Edit.).
Dans la doctrine des Frères de Bohème le baptême est un baptême de croyants. « D’après Lukas la justification et la nouvelle nais- sance, opérées par Dieu même et la foi du côté humain doivent précéder le baptême. L’intention du baptême est double : témoigner de la justification par la foi et de l’assurance du salut et incorporer le néophyte dans le corps spirituel de l’Eglise. »79
79 Rudolf Rican : Die Böhmischen Brüder (Union Verlag, Berlin, 1961), p. 316.
3. Témoignages des Réformateurs.
Les Réformateurs ont redécouvert dans la Bible le baptême des croyants et se sont d’abord prononcés en sa faveur80.
80 « Luther a tout d’abord donné congé au magisme. » Aug. Lemaître : Foi et Vérité, p. 469.
a) En 1518 Luther écrivait : « Celui qui croit, possède ; à celui qui ne croit pas, le sacrement même ne sert de rien. »
Dans la Captivité de Babylone (1520) nous lisons : « Dieu a dit : Celui qui aura cru et qui aura été baptisé sera sauvé… de cette promesse, si nous la recevons avec foi, dépend tout notre salut. Si nous croyons, notre cœur est fortifié par la promesse divine. Si cette foi fait défaut ou n’est point acquise, le baptême ne sert de rien, au contraire, il est nuisible au moment de le recevoir et dans tout le cours de la vie. L’efficacité du baptême réside moins dans ce que pense et fait celui qui confère le baptême que dans la foi de celui qui le reçoit. L’efficacité des sacrements dépend de la foi et non de leur accomplissement extérieur. Ainsi le baptême ne justifie personne et ne sert à personne, mais la foi en la promesse à laquelle s’ajoute le baptême, elle, justifie et accomplit ce que le baptême signifie. »
Dans son Grand Catéchisme, il dit encore : « Le baptême sans la foi n’est qu’un signe dénué d’efficacité (ein blosses wirkungsloses Zeichen). Ceux qui reçoivent le baptême sans une foi entière reçoivent non l’Esprit, mais uniquement de l’eau. »
Le baptême doit rester lié à [a repentance et à la foi81.
81 Voir W.A. 6.529, W. Jetter : Die Taufe beim jungen Luther (Tubingen 1954).
En 1525, dans son sermon pour le troisième dimanche après l’épiphanie, il attaque violemment ceux qui baptisent des enfants tout en pensant qu’ils ne croient pas encore personnellement :
« Rom. 10 : la foi vient de ce qu’on entend, mais ce qu’on entend vient de la prédication de la Parole de Dieu. Les jeunes enfants n’entendent, ni ne comprennent la Parole de Dieu ; ils ne peuvent donc pas non plus avoir de foi personnelle. A cette objection les sophistes des hautes écoles et la bande du pape ont inventé cette réponse : les jeunes enfants sont baptisés sans foi personnelle, sur la foi de l’église confessée par les parrains lors du baptême. D’après cela les péchés sont pardonnés au petit enfant dans le baptême par les vertus et pouvoirs de celui-ci et une foi personnelle lui est infusée par grâce, de sorte qu’il est transformé en enfant » Cependant, si on leur demande sur quoi ils fondent leurs arguments et où cela se trouve dans l’Ecriture, on est dans le noir le plus complet ; ils nous présentent leurs insignes académiques et disent : « Nous sommes les docteurs érudits et c’est nous qui le disons, voilà » pourquoi c’est exact, vous n’avez pas à demander davantage ». Presque toutes leurs doctrines n’ont d’autre fondement que leurs propres rêveries et imaginations. Et s’ils se mettent en quatre pour vous répondre, ils parviendront peut-être à présenter une citation ou deux de St Augustin ou d’un autre saint Père tirée par les cheveux. Mais cela ne peut nous suffire dans des choses qui concernent le salut des âmes. Car eux-mêmes, comme tous les saints Pères ne sont que de pauvres humains. Qui se portera garant pour moi de leur infaillibilité ? Qui voudrait se fonder sur leur parole et mourir sur la foi de leurs affirmations données sans fondement aucun dans l’Ecriture, dans la Parole de Dieu ? Que m’importent ces saints. Lorsqu’il s’agit de perdre ou de sauver mon âme pour l’éternité, je ne puis me fier à des anges ou des saints, encore moins à un ou deux saints, s’ils ne me présentent pas la Parole de Dieu.
» Partant de ce mensonge, ils ont continué (à raisonner) et sont allés jusqu’à enseigner ce qu’ils maintiennent jusqu’à ce jour, que les sacrements ont une telle vertu que, même si, en le recevant, tu n’as pas la foi, tu obtiens quand même la grâce et le pardon des péchés.
» Ils ont déduit cela de l’opinion précédente, prétendant que les jeunes enfants reçoivent la grâce, sans croire, uniquement par la vertu et l’efficacité du baptême ; c’est là pur effet de leur imagination…
» Préserve-toi d’un tel poison et d’une telle erreur, même si c’était là l’avis explicite et unanime de tous les Pères et de tous les Conciles, car une telle opinion ne tient pas, elle n’a aucun fondement dans l’Ecriture et ne repose que sur les rêveries et arguties humaines. Avec cela elle est en contradiction absolue avec la citation biblique essentielle où Christ dit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ». Bref : le baptême ne sert à rien, il ne faut pas non plus l’administrer à quelqu’un à moins qu’il ne croie personnellement : sans foi personnelle il ne faut baptiser personne. C’est bien ce que dit aussi St Augustin : ce n’est pas le sacrement qui justifie, mais la foi du sacrement.
» Il y en a d’autres… qui estiment que chacun doit croire personnellement et recevoir le baptême ou le sacrement avec une foi personnelle, sinon le baptême ou sacrement ne lui sert de rien. Jusque là ils ont parfaitement raison. Mais poursuivre comme ils le font et baptiser les petits enfants qui, à leur avis, n’ont pas de foi personnelle, c’est se moquer du saint baptême et pécher contre le commandement qui nous enjoint de ne pas employer sciemment et volontairement le nom de Dieu en vain. Leur prétexte de baptiser les enfantsen vertu de leur foi future quand ils croiront personnellement ne vaut rien. Car la foi doit être là avant le baptême ou en tout cas au moment de l’acte. Sinon l’enfant n’est pas libéré du diable et des péchés. Si donc leur opinion était juste, tout ce qu’on pratique dans le baptême des enfants ne serait que mensonge et blasphème : le baptiseur demande : l’enfant croit-il et on répond oui à sa place — désire-t-il être baptisé et on répond oui pour lui. Et pourtant personne n’est baptisé à sa place, c’est l’enfant lui-même qu’on baptise.
» C’est pourquoi il doit aussi croire lui-même. Sinon les parrains mentent en répondant pour lui : « Je crois ». — De même le baptiseur proclame que l’enfant est né de nouveau, que ses péchés sont pardonnés, qu’il est libéré du diable. et il se comporte envers lui comme envers un nouvel enfant du Dieu saint.
» Tout cela ne serait que fausseté s’il n’y avait pas de foi personnelle et il serait préférable de ne plus jamais baptiser d’enfant plutôt que de se moquer et se gausser ainsi des paroles et du sacrement de Dieu comme s’il était quelque idole ou bouffon. C’est pourquoi si nous ne pouvons pas prouver que les petits enfants peuvent croire eux-mêmes et ont une foi personnelle, c’est mon fidèle conseil et jugement que l’on s’abstienne, le plus tôt possible, et qu’on ne baptise plus jamais aucun enfant afin de ne pas ridiculiser et blasphémer la sainte Majesté divine avec de telles jongleries et bouffonneries sans fondement. »82
82 W.A. XVII - II - 79 à 81.
Dans sa Deutsche Messe und Gottesdienstordnung (1526) il envisageait de pratiquer le baptême correctement dans les « réunions particulières » (Sondergemeinden) qu’il avait l’intention d’organiser quand viendraient « de meilleurs jours » ; alors « ceux qui veulent être sérieusement chrétiens et professer l’Evangile en acte et en parole inscriraient leurs noms sur une liste dressée à cet effet et, loin du mélange de la masse, se rassembleraient dans une maison pour faire en commun prières et lectures, pour y célébrer le baptême, pour y recevoir la Sainte Cène et pratiquer d’autres œuvres chrétiennes… Si on avait les gens qui veulent être sérieusement chrétiens, le reste se ferait de soi-même. Mais je ne puis ni ne veux établir une telle église ou réunion parce que je n’ai pas encore les personnes pour cela. »83
83 Martin Luthers Werke (Ed. Dr Julius Boehmer, Deutsche Verlags Anstalt), p. 246. — W. A. 19, 72-113.
La confession d’Augsbourg dira d’ailleurs : « Les sacrements demandent notre foi, et l’on en fait un usage salutaire quand on les reçoit avec foi. » Mais plus tard, dans la lutte contre la fraction anabaptiste illuministe, Luther défend le baptême des enfants par la tradition de l’Eglise. Il écrit à Mélanchthon : « Au reste, que confesse l’Eglise ? Il y a ici une question de fait et non de droit, nous ne pouvons discuter si l’Eglise doit croire que la foi est infuse dans l’enfant baptisé, car il n’y a pas de texte qui l’y contraigne. Que faire ? Mais nous avons la profession. Que professe l’Eglise ? »84 Il avait reconnu que la foi devait nécessairement précéder le baptême ; or voilà qu’il est amené à maintenir le baptême des enfants. Il ne peut donc le justifier qu’en supposant la foi infuse (c.à.d. répandue dans l’âme naturellement) chez le nouveau-né85 et qu’en attribuant à l’Eglise l’opus operatum (la régénération opérée par le sacrement). A côté de l’Ecriture il admet ici une autre source de révélation : la profession de l’Eglise, c.à.d. la tradition86.
84 Cité par L. Secrétan : op. cit., p. 45.
85 En 1528 Luther disait encore, marquant par là ses hésitations : « L’enfant est baptisé non parce qu’il a la foi : mais parce que le Seigneur l’a ordonné. Un baptême sans foi est inutile, mais non nuisible. » Aug. Lemaître : Foi et Vérité, p. 470.
« Luther voulait maintenir à tout prix le baptême des nourrissons. Le principe de la « foi seule » comme le baptême des nourrissons devait compter. Dans l’impasse dans laquelle Luther se trouva engagé par là, seule l’affirmation absurde que le nourrisson croyait réellement put l’aider. Ce qui fut encore accentué dans la théologie post-réformatrice par l’affirmation que le nourrisson avait effectivement la vraie foi aussi bien dans le sens de « notitia » (connaissance) que dans celui de l’« assensus » (consentement) et de la « fiducia » (confiance). » E. Brunner : Dogmnatik III, p. 73.
« Luther n’en est venu à supposer que l’enfant possédait la foi qui sauve que pour accorder sa doctrine de la justification par la foi avec le baptême des enfants. » Beasley-Murray : Baptism in N.T., p. 341.
86 Cité par L. Secrétan : op. cit., p. 45.
Au profit du baptême des enfants, Luther renverse donc, sans s’en rendre compte, et la justification par la foi, et l’autorité souveraine des Ecritures qu’il avait édifiées comme principes mêmes de la Réforme. Il est retombé dans le sacramentalisme romain en affirmant que l’eau du baptême « supprime le péché, la mort et tout malheur, elle nous aide à monter au ciel et à accéder à la vie éternelle. Elle est devenue ainsi un précieux sirop, un aromaticum et un médicament … parce que Dieu est dans cette eau, celle-ci doit être nécessairement la vraie aqua vitae, qui anéantit la mort et l’enfer et rend vivant pour l’éternité. »87
87 W. A. t. 52, p. 102, cité par K. Barth, p. 13.
Nous ne sommes pas étonnés dès lors de trouver dans les dogmatiques luthériennes des formules qui rappellent singulièrement la doctrine romaine des sacrements : « C’est avec raison que nos Dogmaticiens ont appelé le Baptême « un moyen de justification »… le Baptême opère la rémission des péchés, il efface le péché, il sanctifie et purifie, il régénère et sauve... En fait le Baptême confère toutes les bénédictions spirituelles. « Par la Parole, le pouvoir de régénérer est accordé au Baptême :» (Luther). L’effet de la Parole et du rite est le même. »88
88 Dr J. Th. Mueller : La doctrine chrétienne (Ed. des Missions Luthériennes, 1956), pp. 550-551.
Pour l’évolution de la compréhension du baptême chez Luther voir : Mennonitisches Lexikon (Hege-Neff), t. II, p. 703.
« La doctrine des Luthériens (que la foi n’est pas nécessaire au baptême, que celui-ci est un acte efficace de l’institution de salut qu’est l’Eglise) qui est pleine de contradictions n’a été manifestement créée que pour étayer et légitimer théologiquement le baptême des nourrissons que l’on voulait maintenir à tout prix — on ne sait pour quelles raisons. » E. Brunner : Dogmatik III, p. 73.
b) Calvin.
Calvin suit sur la question du baptême une démarche un peu analogue à celle de Luther. Dans les chapitres XIV et XV du livre IV de l’Institution chrétienne, il présente un baptême rigoureusement fidèle aux textes du N.T., il insiste « largement sur les notions de la conscience du baptisé, du signe qu’il faut comprendre, de la connaissance et de la foi hors desquelles le sacrement n’existe pas. »89
89 Dr A. Lamorte : Réflexions à propos des doctrines de la prédestination et du Baptême chez Calvin (Libr. prot., Paris 1959), p. 9 (ouvrage primé par le Comité du Jubilé Réformé).
« Qu’est-ce que le sacrement sans la foi, sinon la ruine de l’Eglise ? » Le baptême « sert à nostre confession devant les hommes en ceste manière ; c’est qu’il est une marque et enseigne, par laquelle protestons que voulons estre ennombrez au peuple de Dieu, par laquelle nous testifions que nous consentons et accordons au service d’un seul Dieu et en une religion avec tous les Chrestiens ; par laquelle finalement nous déclairons et asseurons publiquement quelle est nostre Foy. A cecy regardait Sainct Paul quand il demandait aux Corinthiens s’ils avaient estez baptisez au Nom de Christ. En quoy il signifie qu’ils s’estoient donnez et dédiez à Luy, qu’ilz l’avoient advoué pour Seigneur et Maistre, et Luy avoient obligez leur Foy devant les hommes, tellement qu’ilz ne pourroient plus confesser autre que Luy seul, s’ils ne vouloient renyer leur confession qu’ilz ovoient faicte au Baptême. »90
90 Institution chrétienne (Ed. Belles Lettres, 1938), t. III, pp. 233-234.
« Dieu veut que tous ceux qui auront cru soient baptisés en la rémission de leurs péchés. Nous devons prendre le baptême avec cette promesse que tous ceux qui auront cru et seront baptisés, auront salut. »91
91 Calvin : Institution, IV, XV, I.
« Connaissons donc que nous sommes baptisés à cette condition-là : de nous adonner pleinement à notre Dieu. »92
92 Calvin : Sermon sur Deut. 6.20-25, Opera XXVI, 490.
« La doctrine calvinienne postule le seul baptême des croyants. » (Dr A. Lamorte.)93 Pourtant dans le même livre chap. XVI Calvin défend le baptême des enfants. Pourquoi ? « Les raisons du conflit entre sa doctrine du sacrement et sa discipline du baptême, il les résume en quatre mots : « la paix de l’Eglise »… Sans pouvoir abandonner une doctrine qu’il tenait de l’Ecriture, à une époque cruciale de l’histoire religieuse du monde, à l’heure où les esprits en pleine effervescence, pris entre les erreurs du Romanisme séculaire et le subjectivisme anarchique des anabaptistes qui risquait de compromettre l’œuvre de la Réforme, Calvin a cru devoir trouver une solution pratique de compromis. Il a cru que, à cette période précise de l’histoire de l’Eglise où se décidait le sort de la Réforme, la paix devait provisoirement l’emporter dans l’intérêt de la vérité, et au prix même d’un sursis imposé à l’application intégrale de cette vérité. Là est le drame du paradoxe calvinien. »94
93 Op. cit., p. 16.
94 A. Lamorte : op. cit., p. 20.
Pourtant, il faut dire que Calvin croyait sincèrement que le baptême des enfants pouvait se défendre bibliquement. Dans le chapitre 8 du même livre, il dit que « ce serait un trespovre et malheureux refuge, si pour défendre le Baptesme des petits enfants, nous estions contraints de recourir à la pure et simple autorité de l’Eglise. » (IV, 8, 16). Dès le début du chapitre 16, il prévient que, si on pouvait prouver l’origine humaine du baptême des enfants, ce serait une raison suffisante pour le rejeter (16.1). « Les petits enfants sont de l’Eglise puisqu’ils sont contez au peuple de Dieu et appartiennent au royaume des cieux », ils doivent donc aussi recevoir « le signe de leur purgation. »
C’est par le parallèle avec la circoncision juive que Calvin défend le baptême des nourrissons. « La défense du baptême des enfants par l’argument de la circoncision implique chez Calvin toute l’interprétation de l’Ancien Testament. Pour lui les enfants des croyants sont déjà membres du Corps de Christ (Inst. IV, 15, 22 ; 16, 9, 22) et quelques-uns déjà régénérés (IV, 16, 17). » (H. Blocher.)
« Le chapitre que Calvin consacre à cette notion (du sacrement) est probablement l’un des plus ambigus de l’institution. » J. de Senarclens : De la Vraie Eglise selon Calvin, p. 48.
Calvin aussi se tire de la difficulté en faisant appel à la foi des parrains qui présentent l’enfant et s’engagent à l’instruire dans la foi pour en faire un disciple. Le baptême n’est donc qu’une anticipation. « Nous confessons, écrit-il à John Knox, qu’il est indispensable (pour des enfants baptisés) d’avoir des parrains (répondants), car rien n’est plus déraisonnable que le fait que des personnes soient incorporées en Christ dont nous n’ayons aucun espoir qu’elles deviennent jamais ses disciples. Si aucun de ses parents ne présente sa foi à l’église s’engageant à instruire l’enfant, le rite est une moquerie et le baptême est prostitué. »95
95 Calvin : Lettre à John Knox (1559), cité par Beasley-Murray, p. 348, qui note que d’après ces paroles Calvin nie l’efficacité du baptême pour « faire des chrétiens ».
« Osons l’affirmer, écrit Karl Barth : la confusion dans laquelle Luther, Calvin et leurs successeurs respectifs se sont engagés est sans espoir… il faut reconnaître que leur argumentation sur ce point décisif est aussi peu digne de foi que leurs fondements exégétiques sont peu satisfaisants. »96
96 Op. cit., p. 36.
« Leurs arguments théologiques sont parfois d’une incontestable faiblesse : souvent ils ont recours à des hypothèses qui ressemblent plutôt à des expédients qu’à des solutions ou des preuves. »97
97 Paul Lobstein : Essai d’une Apologie du Baptême des Enfants, cité par F.J. Leenhardt, p. 66.
« Calvin et les théologiens réformés ont élaboré leur théologie dans la pensée d’hommes et de femmes venant à Christ dans leur maturité ; ensuite ils ont essayé de faire rentrer le baptême des enfants dans ce schéma ».98
98 J. Baillie : Baptism and conversion, p. 29.
Dans l’Eglise anglicane, on a maintenu un curieux mélange de tradition authentique et de réforme altérée. D’après le Prayer Book par exemple, le parrain est interpellé par celui qui baptise et doit faire profession de repentance et de foi et promettre l’obéissance aux commandements de Dieu à la place de l’enfant. « Renoncez-vous au diable et à ses œuvres. Je le fais — Croyez-vous en Dieu… en son Fils… — Je le crois. — Voulez-vous dorénavant obéir à celui en qui vous avez cru ? — Je le veux. » Avant la Réforme ces questions étaient adressées à l’enfant lui-même. C’est l’interrogation de baptême d’Hippolyte99.
99 E.C. Wittacker remarque à ce sujet : « Ces passages présupposent que l’enfant est capable de foi présente et de repentance présente et les a expérimentées… comme dans le cas où le baptisé serait un adulte muet. » Theology, vol. 59 (1956), p. 104.
Mais nous ne sommes pas liés par la parole et les écrits des Réformateurs. « La Réformation comme principe est en permanence dans l’Église. En sorte que, aujourd’hui même, quelle que soit l’importance de l’événement du XVIe siècle, la Réformation est encore une chose à faire… les Réformateurs n’ont pas, une fois pour toutes réformé l’Eglise, mais affirmé le principe et posé les conditions de toutes les réformes futures. » (Alexandre Vinet.)100
100 Hist. de la Littérature française au XIXe Siècle, t. III, p. 392.
Sur ce point du baptême, un mouvement de retour à la pratique de l’Eglise primitive se dessine dans certaines églises de la Réforme, contrecarré, il est vrai, par le courant œcuménique qui voit dans le baptême des enfants un des seuls dénominateurs communs avec les églises orthodoxe et romaine. Néanmoins la voix de quelques-uns des plus grands théologiens actuels qui se sont prononcés en faveur du baptême des croyants n’a pas manqué d’avoir des répercussions profondes dans les églises protestantes.
4. Témoignages de quelques théologiens actuels.
« Dans toutes les branches du christianisme historique se manifeste actuellement une inquiétude concernant la signification du baptême. »101 Cette inquiétude ne date pas d’hier. F. Lovsky nous dit que : « dès que le baptême n’a plus été dans le protestantisme français, ni l’introduction dans une société chrétienne, ni la protestation des Eglises sous la Croix, des doutes se manifesteront dans la pensée réformée quant au pédobaptisme. »102
101 Décision 28 du Synode national ERF de Lyon 1946.
102 F. Lovsky : Foi et Vie (1950), p. 132.
Les Anglicans nous apportent un témoignage clair. « Dès les premiers jours, la repentance et l’acceptation de la croyance de l’Eglise étaient la condition sine qua non du baptême dans le Corps de Christ. » (Dom Gregory Dix.)103
103 The Shape of the Liturgy, p. 485.
« L’initiation chrétienne dans le Nouveau Testament est décrite et conçue uniquement en termes d’adhésion et de réponse conscientes à l’Evangile de Dieu, c’est-à-dire en termes d’initiation d’adultes. » (Dom Gregory Dix.)104
104 The Theology of Confirmation, p. 31 ; v. aussi les témoignages cités plus haut avant les témoignages des Pères de l’Eglise.
« Il est évident que l’enseignement baptismal le plus caractéristique du N.T., originellement formulé en référence spécifique du baptême des adultes, devra être reformulé dans une certaine mesure avant de pouvoir être appliqué à une situation dans laquelle le sujet du baptême est un enfant. » (W.F. Flemington.)105
105 The New Testament Doctrine of Baptism (S.P.C.K. London, 1948).
Un méthodiste déclare : « Durant les premiers jours de l’Eglise chrétienne, les choses étaient différentes et la signification du rite était claire. C’était le baptême des croyants et c’était un baptême par immersion. » (Snaith.)106
106 The Methodist Recorder, 17 juin 1948.
Dans son rapport sur le membre d’Eglise le pasteur réformé P. Lecomte écrit : « Pour le N.T. le baptême requiert une démarche personnelle et s’accompagne d’une intervention du Saint-Esprit dans la vie du baptisé. »107
107 P. Lecomte : « Rapport sur le Membre d’Eglise » Verbum Caro (1958), p. 185.
P. Marcel, un des seuls défenseurs actuels du baptême des enfants écrit cependant : « Les conditions pour être admis au baptême ne peuvent être différentes de celles qui sont requises pour participer à la Cène, pour être ou rester membre de l’Eglise. Il est universellement admis dans toutes les Eglises chrétiennes que le candidat au baptême doit présenter les signes de la repentance, de la foi et déclarer sa volonté d’obéir à Jésus-Christ. »108
108 P. Ch. Marcel : op. cit., pp. 138-139 (en distinguant les conditions posées aux adultes et celles posées aux enfants).
Dans un article publié en 1926 H. Windisch affirme qu’au début de l’Eglise, le baptême était une confession et un acte de décision personnelle de la part du baptisé. « Le baptême des enfants de l’Eglise catholique représente une apostasie du christianisme primitif. »109
109 Zum Problem der Kindertaufe im Urchristentum (Z.N.W. vol. 28, (1929), pp. 118 ss.
« Sans aucun doute la foi est condition préalable du baptême ; ce fait seul permet de lui adjoindre une confession de foi. (Rom. 10.9). » (Erich Dinkler.)110
110 Religion in Geschichte und Gegenwart, t. VI, col. 633.
« Le baptême des enfants ne peut se fonder bibliquement. » (W. Ninck.)111
111 W. Ninck : Christliche Gemeinde heute, p. 47.
Emile Brunner écrit : « Ce que Paul déclare, c’est que le baptême ne peut avoir sa pleine signification que là où on le comprend comme une mort avec Christ, et où l’on croit par conséquent à la mort de Christ comme à une mort subie pour nous. »112
112 E. Brunner : Malentendu de l’Eglise, p. 83.
« Il est impossible d’accorder l’enseignement de Paul sur la foi, et spécialement son enseignement explicite sur le baptême, avec la pensée du baptême des nourrissons. »113
113 E. Brunner : Dogmatik III, p. 72.
« Ce qui est hors de doute c’est que la doctrine du baptême n’a pas été édifiée sur le baptême des nourrissons, mais sur le baptême des adultes et qu’elle ne sépare jamais la grâce du baptême, de la foi qui reçoit. »114
114 E. Brunner : Dogmatik III, p. 306.
« Ce n’est pas l’acte du baptême comme tel, mais le baptême affirmé dans un acte personnel de repentance et de foi et lié à une déclaration de foi personnelle qui incorpore véritablement le croyant à l’Eglise ; cela c’est biblique et c’est réformé. »115
115 E. Brunner : Le Renouveau de l’Eglise, p. 17.
« La pratique actuelle du baptême des nourrissons ne saurait être qualifiée autrement que de scandaleuse. »116
116 E. Brunner : Wahrheir als Begegnung, p. 184.
Même des théologiens catholiques reconnaissent la vérité de la pratique primitive du baptême. Déjà Pascal avait noté : « En l’Eglise naissante, on enseignait les catéchumènes, c’est-à-dire ceux qui prétendaient au baptême, avant que de le leur conférer ; et on ne les y admettait qu’après une pleine instruction des mystères de la religion, qu’après une pénitence de leur vie passée, qu’après une grande connaissance de la grandeur et de l’excellence de la profession de foi et des maximes chrétiennes où ils désiraient entrer pour jamais, qu’après des marques éminentes d’une conversion du cœur, et qu’après un extrême désir du baptême. Ces choses étant connues de toute l’Eglise, on leur conférait le sacrement d’incorporation par lequel ils devenaient membres de l’Eglise. »117
117 Pascal : Opuscules, 3e partie (Hachette, Paris), p. 204.
« Le baptême suppose qu’on a confessé sa foi en Jésus-Christ… Mais la foi en Christ n’est pas seulement adhésion de l’esprit au message évangélique ; elle comporte une conversion totale, une donation entière au Christ qui transforme toute la vie. Elle aboutit normalement à la demande du baptême public qui en est le sacrement et dans la réception duquel elle reçoit sa perfection. Paul ne l’en sépare jamais… Il suppose toujours que la profession de foi est couronnée par la réception du baptême. » (François Amyot, professeur à Saint-Sulpice.)118
118 Vocabulaire de Théologie biblique, p. 86 (cité par Francus, p. 256).
Mgr. Cerfaux écrit : « Toujours dans le livre des Actes, lequel garde fidèlement le souvenir des conceptions primitives, le baptême met le sceau sur ceux qui ont cru à la résurrection du Christ. foi et baptême apparaissent liés… dans Act. 8.36-38 la foi est présentée comme la condition nécessaire pour recevoir le baptême. »119
119 La Théologie de l’Eglise suivant Saint Paul, p. 122.
« La foi est la condition essentielle du baptême, les conditions morales s’y trouvent généralement incluses : la repentance préalable est considérée comme allant de soi. » (Dr. O. Heggelbacher, professeur de droit ecclésiastique à la faculté catholique de Fribourg-en- Brisgau.) 120
120 Die christliche Taufe als Rechtsakt, p. 66.
Le Dr. Marx avoue : « La coutume de baptiser les enfants se généralisa au IIIe siècle. Les adultes étaient baptisés dès qu’ils confessaient la foi en Christ, sans préparation spéciale. Plus tard on institua le catéchuménat qui nous apparaît déjà pleinement développé chez Tertullien. »121
121 Dr Theol., Dr Phil, J. Marx : Lehrbuch der Kirchengeschichte (Trier, (1908), p. 116, cité pe L. Vogel : Kindertaufe, p. 12.
« Très souvent au IVe siècle, même les enfants de parents chrétiens et les païens convertis ne recevaient le baptême qu’à un âge avancé. Au Ve siècle le baptême des enfants se pratiqua partout. »122
122 Id. Ibid., p. 225,
L’abbé Mollard suggérait pour le Concile de Vatican II que « les enfants soient seulement inscrits sur les registres de catholicité, le baptême leur étant donné plus tard à la suite d’une démarche personnelle de foi. »123
123 Revue Esprit (décembre 1961), p. 728.
Les théologiens luthériens sont parmi les seuls à défendre l’origine apostolique et la valeur intrinsèque du baptême des enfants. Beasley-Murray note que si le pédobaptisme a connu un certain regain de vogue dans cette dernière décade, cela est uniquement dû aux publications de deux théologiens en vue (Oscar Cullmann et Joachim Jeremias) en faveur du baptême des enfants124.
124 Beasley-Murray : op. cit., p. 311.
Pourtant même dans leurs travaux, on rencontre des déclarations inattendues : « A l’incorporation à l’Eglise, qui se produit lors du baptême, doit correspondre obligatoirement la foi du nouveau membre. » (O. Cullmann.)125
125 Le Baptême des Enfants…, p. 41.
Lorsqu’on cite les arguments d’O. Cullmann en faveur du baptême des enfants, il serait peut-être utile de demander à ceux qui les citent s’ils ont médité la réfutation cinglante que F.J. Leenhardt leur a donnée (dans Foi et Vie (1949), pp. 76 ss.). Il est difficile en particulier de résister à la logique de l’argumentation montrant dans quels dédales conduit la conception « physiologiste » de la sainteté d’O. Cullmann.
F.J. Leenhardt relève un certain nombre d’illogismes dans l’ouvrage d’O. Cullmann sur le baptême des enfants : distinction entre l’événement sacramentel et l’effet qui suit le baptême, La régénération perd son effet si la foi vient à manquer après le baptême, mais non sa réalité. — Le baptême consistant dans le don du Saint-Esprit, le « don conserve toute sa réalité » en dépit de l’incrédulité du baptisé ! « Cela signifie-t-il que le Saint-Esprit demeure ? Mais alors qu’est-ce qui est perdu par l’incrédulité ? Et s’il ne demeure pas qu’on nous dise ce qui reste ! » (p. 79).
Joachim Jeremias écrit dans son livre :
« D’après 1 Cor. 7.14c Paul ne semble pas du tout connaître un baptême d’enfants de chrétiens. »126
126 J. Jeremias : op. cit., p. 54.
D’après Act. 21.21 il conclut :
« Vers le milieu du Ier siècle dans toute la chrétienté, aussi bien judéo-chrétienne que pagano-chrétienne, on n’a selon toute vraisemblance, pas baptisé les enfants de parents chrétiens. »127
127 J. Jeremias : op. cit., p. 57.
Selon lui on n’aurait introduit le baptême des enfants que vers les années 60 à 70. Toute son argumentation est basée sur la distinction entre la Uebertrittstaufe (baptême de passage au christianisme) et le baptême à l’intérieur du christianisme. Kurt Aland a démontré que cette distinction n’existait nulle part dans les documents et qu’elle était une pure construction de l’esprit128.
128 Kurt Aland : op. cit., pp. 20 ss.
En se basant sur une analyse serrée de tous les documents sur le baptême entre le Ier le IIIe siècle, l’auteur établit de façon irréfutable qu’on ne peut démontrer aucun cas de baptême de nourrisson avant le IIIe siècle.
Malgré la position extrêmement rigoureuse prise par les théologiens de Tübingen (ils ont demandé que les pasteurs qui enseignaient ou pratiquaient le « rebaptême » ou même qui ne le condamnaient pas comme hérésie soient exclus du ministère et de l’Eglise protestante), ils ont admis dans leur rapport qu’« une preuve contraignante et directe ne peut être apportée par les Ecritures en faveur de la possibilité du baptême des enfants »129.
129 « Gutachten des Evang. Theol. Fak, der Univers. Tübingen über : Fragen der Taufordnung » in Für Arbeit und Besinnung, N° 21-1951, p. 419 (Z.T.K., août 1950).
Certains Luthériens ont risqué des affirmations osées : « Est-ce que notre baptême, que nous recevons comme enfants nouveau-nés, est également l’appropriation de la grâce de Dieu, le pardon de tous les péchés, un bain de régénération ? Si à cette question on répond non, alors notre baptême ou le baptême qui est pratiqué à l’intérieur de la chrétienté n’est pas le baptême ordonné par le Seigneur Jésus. S’il n’est pas cela, alors il n’est pas un baptême du tout : il n’y a pas de purification des péchés, pas de mort avec Christ, pas de résurrection avec lui — il n’est rien… non il est moins que rien ! Parce qu’alors il empêche le baptême réel que le Seigneur a ordonné, et par conséquent il empêche d’atteindre la grâce et d’accomplir la rédemption en nous. »130
130 H. Cremer (luthérien) : « Taufe, Wiedergeburt und Kindertaufe » in Kraft des Heiligen Geistes, 3te Aufl. (Gütersloh, 1917), pp. 30-32.
Regin Prenter tire de cela la conclusion logique : « Si l’on conteste que les nourrissons puissent croire, il ne reste qu’une solution : la suppression du baptême des enfants. Si l’on n’admet pas la foi chez les nourrissons et que l’on maintient néanmoins le pédobaptisme en soutenant qu’en ce qui concerne le rôle de la foi lors de l’administration du sacrement, il s’agit d’un baptême différent de celui des adultes, l’on se met en désaccord avec le Nouveau Testament qui ne connaît pas deux sortes de baptêmes. En tant que sacrement de la nouvelle naissance, le baptême est la Parole vivante du Christ glorifié, et cette Parole ne peut être reçue que par la foi. Le baptême fait donc de l’Eglise une communauté de croyants. »131
131 Regin Prenter : « L’Eglise d’après la Confession d’Augsbourg » in La Sainte Eglise universelle, p. 123 ; voir le développement de cette pensée dans la Dogmatique : Schöpfung und Erlösung, pp. 447 ss.
Ainsi il n’y a qu’un baptême, le baptême reçu par la foi. Si le nourrisson ne croit pas, il ne doit pas non plus être baptisé. C’est bien ce que disait déjà Luther132. On se rend compte sur quelle présupposition indémontrable repose la conception luthérienne du baptême des enfants.
132 W. A. XVII — II — 80-81.
Ce qu’on peut affirmer en tout cas, c’est qu’une foi telle que des nourrissons pourraient l’avoir, n’a rien de commun avec ce que le Nouveau Testament appelle foi.
Emile Brunner a montré clairement les relations entre « baptême des nourrissons » et église de multitude : « L’Eglise populaire héritée de Constantin a été maintenue par le moyen du baptême des nourrissons, c’est-à-dire du baptême des nourrissons exigé par l’autorité et protégé par des sanctions pénales. Malheur à qui il prendrait fantaisie de ne pas faire baptiser son enfant nouveau-né dans les plus brefs délais ! L’obligation est tombée, la coutume s’est maintenue même là où la foi et le lien intérieur avec l’Eglise de Christ a disparu depuis longtemps.
» L’hiatus entre les deux églises : l’église géante des baptisés et la petite église de ceux qui sont prêts à confesser leur foi est une des causes principales des difficultés de l’Eglise dans tous les domaines. Vue dans la perspective de l’histoire de l’Eglise, le sens des événements ecclésiastiques actuels est le remplacement de l’Eglise populaire constantinienne par l’Eglise pré-constantinienne des professants… »133
133 Wahrheit als Begegnung, p. 187.
Karl Barth est certainement le théologien contemporain qui a attaqué le baptême des enfants avec le plus de véhémence. Après l’avoir défendu dans la première édition des Prolegomena zur christlichen Dogmatik (1927) il fut convaincu par l’étude du Nouveau Testament que seul le baptême des croyants correspondait à la pensée biblique. Dans sa Doctrine ecclésiastique du Baptême il écrit : « Un baptême administré sans que le baptisé le désire ou soit prêt à le recevoir sous sa responsabilité est un baptême vrai, réel et efficace, mais il n’est pas le baptême authentique ; il n’est pas un baptême accompli dans l’obéissance et conformément à son ordonnance ; il est de ce fait, nécessairement obscurci… il est une blessure faite au corps de l’Eglise et un mal dont souffrent les baptisés… combien de temps encore l’Eglise, par une pratique baptismale arbitraire, entend-elle se rendre coupable de cette blessure et de ce mal ? »134
134 Op. cit., p. 29, On se demande quel sens K. Barth donne aux mots « vrai », « réel » et surtout à « efficace » ? Ne resterait-il pas lui-même tributaire de la conception sacramentaliste que son fils a si brillamment combattue ?
Il dévoile sans ménagement, comme nous l’avons déjà cité plus haut, la raison de l’attachement au baptême des enfants : « Le motif véritable et décisif en faveur du pédobaptisme a été chez les Réformateurs déjà et sans cesse depuis lors, tout simplement celui-ci : au XVIe siècle on ne voulait en aucun cas et à aucun prix renoncer à l’existence de l’Eglise évangélique dans le corpus christianum constantinien. Aujourd’hui, on ne veut en aucun cas et à aucun prix renoncer à la forme actuelle de l’Eglise « populaire ».
» Quoi qu’il en soit, du point de vue théologique il faut affirmer que la question d’une meilleure ordonnance de notre pratique baptismale, se pose avec urgence. Voici donc ce qu’il faut dire quant à l’ordonnance du baptême, en ce qui concerne le baptisé, elle appelle une restauration. Très simplement, au lieu du baptême des infantes tel qu’il est pratiqué actuellement, elle exige un baptême où le baptisé soit responsable. Pour que les choses se passent correctement, ce baptisé, au lieu d’être un objet passif, doit redevenir le libre partenaire de Jésus-Christ, c’est-à-dire un partenaire qui se décide et qui confesse sa foi librement, qui atteste pour sa part, qu’il désire être baptisé et qu’il est prêt à l’être. »135
135 Karl Barth : op. cit., pp. 40-41.
Que reste-t-il à ajouter à ces mots — sinon les actes — c’est-à-dire l’obéissance à la volonté reconnue du Maître. « Le serviteur qui, ayant connu la volonté de son Maître… n’a pas agi selon sa volonté sera battu d’un grand nombre de coups. » (Luc 12.47.) « Celui qui sait faire ce qui est bien et qui ne le fait pas commet un péché. » (Jq. 4.17.) Bien des chrétiens de divers milieux religieux — autres que les églises baptistes — n’ont pas attendu le changement d’institution de leur confession pour « justifier le dessein de Dieu à leur égard en se faisant baptiser » ; des hommes éminents dans l’œuvre de Dieu tels que Ami Bost, Henry Pyt, Guers, Daniel Lortsch, George Muller, B.W. Newton, S.P. Tregelles, C.H. Mackintosh, Hudson Taylor, A.B. Simpson, AT. Pierson, Campbell Morgan, Catherine Booth-Clibborn, Herbert Booth, Philippe Mauro, Pandita Ramabaï, le prince Oscar Bernadotte, le comte Korff, Badaeker, David Baron et combien d’autres, actuellement encore à la tête de maintes œuvres et entreprises chrétiennes, se sont fait baptiser comme croyants par immersion136.
136 Liste citée par R. Dubarry dans : Le Lien fraternel (1930), p. 317.
La richesse de sens du baptême que nous dévoilent les épîtres, nous confirme qu’il était destiné aux seuls croyants. Elles nous enseignent en effet que le baptême est le symbole :
Il est évident que le baptême des nourrissons ne peut exprimer toutes ces réalités spirituelles. Les apôtres avaient en vue l’immersion d’adultes ayant accepté consciemment par la foi le salut offert en Christ.
Ce n’est qu’en réduisant considérablement son sens et en le ramenant à un « bain de purification » et un « sceau de notre acceptation par Dieu » que les théologiens du IIe au IVe siècle réussiront à l’appliquer à des enfants inconscients.
Entre temps sa valeur aura aussi largement évolué.
D’après le Nouveau Testament le baptême est pour le croyant :
Il est clair qu’un baptême de nourrisson ne saurait être envisagé sous aucun de ces angles. Quelle valeur a-t-il pour le jeune enfant ? Aucune, à moins qu’il ne soit revêtu de quelque pouvoir quasi magique. Là encore s’est opéré dès le second siècle un glissement dans la pensée théologique. Au lieu d’être le témoignage de la régénération opérée par le Saint-Esprit, le baptême devient l’agent de cette transformation. Lui seul « procure la rémission des péchés » (Barnabé XI, 1), « la vie éternelle » (Irénée), « introduit dans le royaume à venir » (Barnabé). Il devient « indispensable au salut » (Tertullien), il « fait de nous des enfants de Dieu » (Pacien). Le sacramentalisme est né. Théologiquement, il n’y a plus d’obstacles au baptême de nourrissons. La pensée sacramentelle domine toute la conception catholique du baptême. « Les sacrements sont des causes qui produisent la grâce par leur propre vertu ex opere operato » dit le Concile de Trente137.
137 Session 7, Canons VI et VIII.
La Réforme ne s’est que partiellement dégagée de ce cadre. Après s’en être détaché (1526), Luther y revient pour conserver la faveur des masses populaires. Pour Calvin aussi les sacrements sont des « instruments dont Dieu se sert pour nous distribuer sa grâce », des « organes par lesquels Dieu besogne effectuellement… ils sont aussi nécessaires au salut que la prédication de l’Evangile » car « en iceux les grâces spirituelles de Dieu nous sont communiquées ». (Accord sur les sacrements.)
Les catéchismes luthériens et réformés reflètent souvent cette conception sacramentaliste : « Le baptême opère la rémission des péchés, délivre de la mort et du diable et accorde la vie éternelle… il est le bain par lequel l’homme est purifié du péché originel, et qui, par le Saint-Esprit, le fait naître de nouveau comme enfant de Dieu. »138
138 Catéchisme luthérien (Strasbourg, 1932), p. 83.
« Le baptême délivre de la tare du péché originel. » (Durand-Pallot.)139
139 Baptême, Confirmation, Sainte-Cène, p 47.
Deux tendances se dessinent actuellement dans le protestantisme : les uns (Taizé, Vatja…) voient dans les résidus catholiques que constitue la théologie sacramentelle des Réformateurs, un point de rencontre œcuménique. D’autres, par contre, veulent prolonger le principe de la Réforme et retourner aux sources bibliques140.
140 Comme nous l’avions déjà indiqué plus haut, Markus Barth, le fils de Karl Barth, a démontré, dans un important ouvrage, que le baptême n’était pas un sacrement du point de vue biblique. Die Taufe — ein Sakrament ? (Zurich 1951).
Un calviniste, J, de Senarclens, écrit : « Ce terme de « sacrement » remonte aux premiers siècles, mais son contenu habituel ne semble pas être biblique. Je crois, pour ma part, qu’il vaudrait mieux l’abandonner, pour redéfinir le baptême et la sainte cène d’une manière toute nouvelle. Car le sacramentalisme, conçu comme un système de communication de l’Evangile est une grande menace contre la vérité scripturaire. » De la Vraie Eglise selon Calvin, pp. 48-49.
Emile Brunner affirme dans sa Dogmatique : « La notion de sacrement est inconnue du témoignage chrétien du Nouveau Testament. Sur cette question surtout, la Réforme n’a pas atteint, à travers le Moyen-Age, les sources de la foi néo-testamentaire. Ce n’est pas par hasard que le fleuve du mouvement réformateur s’est divisé et qu’il a été arrêté sur ce point. C’est surtout le maintien de la pratique catholique du baptême des nourrissons par les Réformateurs pour préserver l’église de multitude — motif jamais avoué, mais réel — qui a révélé la nouvelle compréhension de la foi inconciliable avec l’institution ecclésiastique ; ces deux notions ainsi mêlées firent peser sur elles un soupçon d’équivoque et de malhonnêteté. L’homme d’aujourd’hui, en tous cas, ne comprend plus une église qui, d’un côté baptise sans distinction tout nourrisson et le déclare membre du Corps de Christ, et qui, d’un autre côté, prêche la justification par la foi seule. »141
141 Dogmatik III, p. 120-121.
« Il devient de plus en plus clair, écrit le pasteur Wilhelm Busch, que nous ne pouvons attendre une nouvelle compréhension de ce qu’est l’Eglise et la communauté, que s’il nous est donné une nouvelle compréhension biblique de ce qu’on appelle les sacrements. Toute discussion sur l’Eglise doit commencer par là. »142
142 Préface à H. Venske : Vollendete Reformation, pp. 7-8.
Le pasteur Venske dit de son côté : « Je découvre toujours plus que toute la misère de nos églises multitudinistes vient du fait que les Réformateurs ne sont pas retournés aux sources dans leur enseignement sur les sacrements. »143
143 Op. cit., p. 9.
Deux tendances, deux voies ; on sait où elles aboutissent&nbp;: l’une mène à Rome, au matérialisme religieux, au paganisme christianisé, l’autre ramène à la foi et à l’église celles que Jésus-Christ et les apôtres les ont instituées. Le baptême se situe au carrefour de ces deux chemins. À nous de choisir sur lequel nous désirons nous engager.
Une bibliographie plus complète est indiquée à la fin de la brochure Ils crurent et furent baptisés.
a) Ouvrages qui défendent le baptême des croyants :
J.R. Couleru : Le Baptême selon la Parole (2e éd., avril 1954).
F.J. Leenhardt : Le Baptême chrétien, son Origine, sa Signification. Cahiers théologiques n° 4 (Delachaux, 1944).
Karl Barth : La doctrine ecclésiastique du baptême (Foi et Vie, Paris).
Louis Secrétan : Baptême des croyants ou Baptême des enfants (Ed. du Grenier, La Chaux-de-Fonds).
E. Tauxe-Dufour : Le Baptême d’Eau selon la Parole de Dieu (Ed. « Je sème », Yverdon).
R. Dubarry : Récentes Clartés sur le Baptême (Association des Eglises baptistes). L’Intention divine à l’Egard du Baptême.
J. Norcott : Le Baptême scripturaire (Union des églises baptistes).
G. Millon : Série de fascicules sur le baptême. Préface au baptéme chrétien — Le baptême au Nom du Seigneur — Hist. du Baptême (51, rue Vauban, Mulhouse).
F. Lovsky : « Notes d’Histoire pour contribuer à l’Etude du Problème baptismal », Foi et Vie, 1950, pp. 109-138.
M Rousseau : Le Baptême évangélique (S.P.B., 123, avenue du Maine, Paris).
F. Sondheimer : Die wahre Taufe (Oncken, Kassel, 1951).
S. Warns : Die Taufe : Gedanken über die urchristliche Taufe, ihre Geschichte und ihre Bedeutung für die Gegenwart (261 pp., existe aussi en anglais).
Dr Johannes Schneider : Taufe und Gemeinde im N.T. (Oncken Verlag, Kassel, 1956).
G.R. Beasley-Murray : Baptism in the New Testament (Macmillan-Scott, London, 1962).
St. Winward : The N.T. Teaching on baptism (Carey Kingsgate Press, London).
F.H. White : Christian baptism (Partridge and C°, London).
b) Auteurs partisans du baptême des enfants :
O. Cullmann : Le Baptême des Enfants (Cahiers Théol., Delachaux-Niestlé, 1948).
P. Ch. Marcel : Le Baptême, Sacrement de l’Alliance de Grâce (Ed. Revue réformée, Paris).
Joachim Jeremias : Die Kindertaufe in den ersten vier Jahrhunderten (Verlag Vandenhoek und Ruprecht, Goettingen, 1958). Voir un résumé des thèses de Jeremias et leur réputation dans : Kurt Aland, p. 8-17.
Kurt Aland : Die Säuglingstaufe im Neuen Testament und in der alten Kirche. Eine Antwort an Joachim Jeremias. (Chr. Kaiser Verlag, München, 1961), Theologische Existenz heute.
Dr Othmar Heggelbacher (cath.) : Die christliche Taufe als Rechtsakt nach dem Zeugnis der frühen Christenheit. Coll Paradosis (Universitätsverlag, Freiburg, Schweiz, 1953), 196 pp.