Dans l’introduction de son livre sur Marie, mère du Seigneur, figure de l’Eglise, Max Thurian, frère de Taizé, dit : « Avant d’être un sujet de division, la réflexion chrétienne sur le rôle de la Vierge Marie est pour nous un sujet de joie et une source de prière. Trop souvent, par crainte et par opposition, le protestantisme n’a pas osé méditer librement sur ce que l’Evangile nous enseigne au sujet de la mère de notre Seigneur.1 Parce qu’elle a joué un rôle éminent dans l’incarnation du Fils de Dieu, il y a une nécessité théologique et un profit spirituel à réfléchir librement sur la vocation de Marie ».
1 « Les protestants y pensent d’autant moins que les catholiques en parlent davantage » (M. Leplay Le protestantisme et Marie p. 13). Il parle d’une « mariologie amputée » répondant à la « mariologie ampoulée » des catholiques. Beaucoup de protestants « regrettent toujours que l’annonce faite à Marie ne voile l’annonce faite de l’Evangile, qui craignent que la piété mariale n’empiète sur la confiance filiale en Dieu seul » (p. 11).
C’est ce que nous avons voulu faire dans la première partie de ce livre. Un peu plus loin, Thurian dit : « Nous ne voulons blesser personne, mais exhorter chacun à plus de fidélité authentique aux sources évangéliques de sa foi ». Jusque-là, nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui, mais lorsqu’il ajoute « en pleine solidarité avec l’Eglise qui l’a nourri de la Parole de Dieu et des sacrements de sa présence », il vise évidemment l’Eglise catholique romaine. La juxtaposition de ces deux objectifs crée une tension à laquelle il est difficile d’échapper : si l’on veut rester authentiquement fidèle « aux sources évangéliques de sa foi », c.-à-d. à ce qu’enseigne l’Evangile au sujet de Marie, peut-on en même temps rester solidaire de ce qu’enseigne l’Eglise romaine sur elle ? C’est la question que nous voudrions examiner dans cette deuxième partie en donnant le plus possible la parole aux représentants autorisés de cette Eglise.