Ministères dans l’Église

CHAPITRE XIII

APÔTRES, PROPHÈTES, ÉVANGÉLISTES

Dans Ephésiens 4.11, l’apôtre Paul dit que Christ a fait des dons aux hommes : il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs. Comme il parle de dons, on classe généralement ce verset dans les listes de dons spirituels. C’est pourquoi nous l’avons examiné dans Dons pour le service (p. 35, 42-49). Mais comme il parle au v. 12 de l’œuvre du ministère, certains considèrent ce passage comme la liste classique des ministères. D’autres y voient même l’énumération des seuls ministères bibliques.

Ne voulant pas nous répéter, ni encourir le reproche d’omettre des ministères essentiels, nous résumerons brièvement ici les conclusions de notre étude précédente en y ajoutant quelques compléments :

Le but des ministères est de faire parvenir tous les croyants « à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’hommes faits, à la mesure de la stature parfaite de Christ » (v. 13).

Le moyen pour y parvenir est de « perfectionner » les saints, de les préparer à l’œuvre du ministère, c’est-à-dire à accomplir leur service dans le Corps (voir Pourquoi l’Eglise, p. 67-68).

1. Les apôtres

Le Nouveau Testament distingue entre les Douze et les autres apôtres (Barnabas, Silas, Timothée, Andronicus et Junias…). Dans ce deuxième sens, l’apostolat est un ministère permanent dans le Corps de Christ. Il correspond à la fonction de nos missionnaires pionniers (même signification étymologique qu’apôtre).

La fonction d’apôtre consiste à fonder des Eglises, à les organiser, les enseigner, les suivre pour y intervenir en cas de difficultés.

Dans une étude sur Le ministère d’apôtre dans l’Eglise aujourd’hui (Polycopiée, Neuchâtel, 1978), G. Estoppey dit : Les apôtres exerçaient indiscutablement un ministère prépondérant de direction dans l’Eglise primitive… Paul coordonne le travail, envoyant des collaborateurs là où c’est nécessaire (ex. Actes 19.22 ; Tite 3.12-13). Il ras semble au besoin les serviteurs locaux (voir Actes 20.17-38). Les apôtres s’entendent entre eux sur les limites de leurs activités… mettent en place des structures locales, reviennent pour compléter l’enseignement. Leur ministère consiste à proclamer l’Evangile dans des terrains neufs, à fonder des Eglises (1 Corinthiens 3.10). Ils y reviennent pour compléter, corriger et conduire les croyants vers une pleine maturité, ils exercent l’autorité (11 Corinthiens 7.17 ; 14.37 ; 16.1), parfois en liaison avec les anciens de l’Eglise locale (Actes 15.6 ; 16.4 ; 1 Cor. 5.4). Ils cherchent à découvrir de nouveaux serviteurs de Dieu et à les former (Actes 15.39 ; 16.1 ; Philippiens 2.22). Ils enseignent et continuent à porter ces Eglises en priant pour elles (Ephésiens 1.16 ; Philippiens 1.9 ; Colossiens 1.9).

La distinction entre les apôtres-fondateurs auxquels a été confiée une fois pour toutes la révélation pour l’Eglise de tous les temps et les autres apôtres nous pose une question très importante pour l’époque actuelle : où sont les apôtres aujourd’hui ? Certes, en terre païenne, des missionnaires pionniers accomplissent souvent les différentes fonctions définies ci-dessus. Même après leur départ, l’Eglise indigène les appelle encore pour régler des différends.

Dans nos pays christianisés, les apôtres, fondateurs d’Eglises nouvelles s’appellent souvent « évangélistes pionniers ». Leur rôle est en général plus limité et plus contesté que celui des missionnaires outre-mer. Parfois, il n’ont pas, comme l’apôtre Paul, le souci de mettre en place, le plus rapidement possible, un corps d’anciens et de diacres capables de prendre en charge la vie de l’Eglise, ce qui leur permettrait de fonder d’autres Eglises ailleurs, conformément à leur vocation. Alors l’évangéliste devient pasteur de l’Eglise qu’il a fondée (sans avoir toujours les dons nécessaires à cette fonction). Lorsque l’évangéliste part après la fondation de l’Eglise, ses liens avec elle sont généralement plus ténus qu’aux temps apostoliques.

Le ministère actuel de l’apôtre et sa formation demanderaient une réflexion sérieuse de la part des Eglises : quelles sont les qualités requises d’un apôtre (initiative, courage moral, endurance, dons d’organisateur, de docteur, de formateur…) ? Les hommes de la trempe d’un apôtre Paul ne courent pas les rues ! Comment aider de telles personnalités à se développer ? Comment leur permettre d’acquérir l’expérience nécessaire ? Comment soutenir leur travail ? Comment les conseiller tout en laissant au Saint-Esprit la liberté nécessaire pour les guider dans Ses voies ? Une telle réflexion serait de première urgence si nous voulons que l’Evangile progresse dans nos pays déchristianisés comme il l’a fait au 1er siècle.

2. Les prophètes

a) Deux sortes de prophètes

Les Réformateurs et beaucoup de théologiens évangéliques ont pensé que le ministère de prophètes, comme celui d’apôtres, était limité aux premiers temps de l’Eglise, parce qu’ils ne voyaient dans la prophétie qu’un moyen dont Dieu se servait pour transmettre aux hommes des révélations d’ordre général. Celles-ci étant à présent consignées dans le Nouveau Testament, le ministère de prophétie n’aurait donc plus de raison d’être.

Mais, de même qu’il y a deux sortes d’apôtres dans le Nouveau Testa ment, il y a aussi deux sortes de prophètes. Comme nous le disions dans Dons pour le service (p. 51): « Il y a un aspect de la prophétie limité aux premiers temps de l’Eglise : la transmission des révélations constitutives de ‘la foi transmise aux saints une fois pour toutes’ (Jude 3). Paul évoquait peut-être cet aspect lorsqu’il disait que l’Eglise est édifiée ‘sur le fondement des apôtres et des prophètes’ (Ephésiens 2.20). Ce ministère prophétique a pris fin : il n’y a pas de nouvelle révélation qui devrait compléter le Nouveau Testament ou s’y substituer. Mais dès l’âge apostolique, il y avait place pour une autre forme de prophétie moins sûre et qui n’avait nul caractère normatif. La preuve c’est que l’apôtre Paul demande que le prophète se règle sur ‘l’analogie de la foi’ (Romains 12.7) et qu’il se soumette au jugement des frères (1 Corinthiens 14.29). L’apôtre Jean établit des critères analogues (1 Jean 4.1-3). »

Dans Nombres 12.6-8 et Deutéronomé 18.51, nous voyons que, déjà sous l’ancienne alliance, on distinguait deux sortes de prophéties, comme P. Jones l’a montré dans un article de la Revue réformée (sept. 1983, p. 303-317). Il y avait, d’une part la prophétie « mosaïque et produc rice de paroles claires qui, dans leur forme documentaire deviennent écritures saintes », de l’autre une prophétie charismatique orientée vers l’exhortation. En mettant en parallèle Nombres 12.6-8 avec 1 Corinthiens 13.8-12, il démontre que, sous la nouvelle alliance, il y avait également, à côté de la « prophétie apostolique de révélation fondamentale » qui « garantit une fondation solide et sûre (2 Timothée 2.19)... une prophétie d’exhortation ouverte à tous, hommes et femmes, en vue de l’actualisation, dans toute la période de la vie de l’Eglise, de la vérité donnée une fois pour toutes ». C’est cette deuxième forme de prophétie qu’auraient prédite Moïse (Nombres 11.29) et Joël (3.1-27 ; cf. Actes 2.17) et que Paul avait en vue dans 1 Corinthiens 14.

Grâce à cette distinction, il est donc possible à la fois de valoriser la révélation unique et normative consignée une fois pour toutes dans la Bible, et d’accorder une place au ministère prophétique d’exhortation dans nos Eglises (1 Thessaloniciens 5.20).

b) Fonctions du prophète

Le prophète est le porte-parole de Dieu. Le but essentiel de la prophétie est d’édifier, d’exhorter et de consoler (1 Corinthiens 14.3). (La prédi cation et le jugement ne sont pas mentionnés comme fonctions essentielles de la prophétie.) Elle peut consister dans l’exposition et la méditation d’un texte de l’Ecriture. Le mot prophète semble avoir couvert tous les ministères de la parole sauf l’enseignement. Elle se distingue de ce dernier par le caractère actuel du message : c’est une parole inspirée de Dieu pour une situation et un auditoire donnés. Chaque chrétien peut recevoir une parole de prophétie pour répondre à un besoin précis d’édification, d’exhortation ou de consolation de quelqu’un de son entourage, au cours d’un entretien ou de la rédaction d’une lettre, etc…

Le ministère de prophète correspond grosso modo à celui de « prédicateur » — avec les précisions suivantes :

D’autre part, comme pour tous les autres ministères, c’est l’Eglise qui reconnaît les dons et nomme après s’être assuré que le candidat a les qualités spirituelles et morales nécessaires.

Dans les mentions du ministère de prophète du Nouveau Testament, nous trouvons Agabus (Actes 11.27 ; 21.10) qui avait le don de prédire l’avenir. Ses prédictions avaient des buts précis : dans le premier cas, elles ont permis l’organisation de secours pour les frères de la Judée, dans le deuxième, elles ont préparé l’apôtre Paul aux épreuves qui l’attendaient. Parmi les prophètes nommés dans Actes 13.1, nous connaissons Barnabas, nommé en premier lieu. Son don principal était l’exhortation (d’où son nom: fils de l’exhortation). En relevant ce que Luc nous en dit, nous pouvons nous faire une bonne idée d’un aspect de la prophétie (Actes 9.26-27 ; 11.23-25 ; 15.37-39 :; voir Dons pour le service, p. 55).

Dans Actes 15.32 il est dit : « Jude et Silas qui étaient eux-mêmes prophètes, exhortèrent les frères et les affermirent (fortifièrent) par de nombreux discours. » Ici encore, la fonction première de la prophétie est l’exhortation (ou l’encouragement). Nous avons des modèles bibliques de l’exhortation dans la partie pratique des épîtres, qui com mencent souvent par : « Je vous exhorte donc… » (Romains 12.1 ; 15:30 ; 1 Corinthiens 1.10 ; Ephésiens 4.1 ; 1 Tim. 2.1 ; 1 Pierre 2.11) ou dans des épîtres entières qui s’intitulent « paroles d’exhortation » (Hébreux 13.22). L’exhortation fut le contenu principal des discours de Paul aux disciples, lorsqu’il ne les enseignait pas (Actes 14.22 ; 16.40 ; 20:1-2). Affermir ou fortifier (anc. Segond) c’est donner à la foi plus de stabilité, de résistance aux tentations et aux épreuves, comme une plante qui se fortifie résiste mieux aux bourrasques et aux maladies (voi 1 Corinthiens 16.13 ; Ephésiens 3.16 ; 6.10  Colossiens 2.7 ; 1 Thessaloniciens 3.2 ; Hébreux 13.9 ; 2 Pierre 1.12). Tel est bien le but de toute prédication d’édification.

c) La prophétie : ministère permanent dans l’Eglise

On peut donc dire que le ministère de prophète est l’un des ministères permanents de l’Eglise. En effet, dans tous les siècles, la prédication prophétique a joué un rôle de premier plan dans les Eglises fidèles au modèle biblique. Les époques de réveil ont toujours été marquées par un renouveau de cette prédication fondée sur la Parole : au XIIIe siècle, c’est par leur annonce de l’Evangile que les Pauvres de Lyon ont gagné des milliers de disciples au Christ; c’est par les sermons que la Réforme du XVIe siècle s’est répandue (parfois 3-4 sermons par jour ! ); Wesley, Whitefield, Finney, Spurgeon... ont été avant tout des prédicateurs. C’est aux époques de déclin de la foi que le sacrement ou la liturgie ou l’action sociale ou l’image (voir J. Ellul : La parole humiliée) se sont substitués à la parole ou l’ont réduite à la portion congrue.

Aussi n’est-ce pas sans inquiétude que l’on voit dans certaines Eglises évangéliques le temps du message se restreindre comme une peau de chagrin. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les sermons duraient souvent 3 heures, ceux de Spurgeon 1 heure, actuellement, on estime à 20 minutes la possibilité maximum d’écoute — en attendant qu’on ne dépasse pas 5 minutes, comme pour l’homélie de la messe. Il est vrai que certaines prédications sont ennuyeuses, mais en réduire la durée n’est pas le remède. Les anciens qui prêchaient dans l’Eglise primitive travaillaient leurs sermons (kopiaô : peiner 1 Timothée 5.17). Tous les grands prédicateurs passaient des heures à prier et à méditer l’Ecriture (voir par exemple les commentaires de Luther, de Calvin, de Spurgeon).

Une fausse notion de la prophétie a confondu inspiration divine avec improvisation. Mais le Saint-Esprit peut inspirer aussi bien durant la préparation qu’au moment de la prédication. Puisque c’est lui qui a inspiré les Ecritures, il serait étonnant qu’il pénalise ceux qui se penchent attentivement sur elles, en les inspirant moins dans leurs prédications que s’ils les négligeaient pour se fier à l’inspiration du. moment.

d) Hors des sentiers battus

Le ministère de prophète demanderait, lui aussi, une réflexion sérieuse parmi les chrétiens évangéliques : comment retrouver une prédication vivante, inspirée par le Saint-Esprit et en prise directe avec les intérêts de nos contemporains ? Une telle prédication est aussi éloignée de l dissertation savante qui s’appuie essentiellement sur la raison humaine que du discours improvisé qui n’est souvent qu’une juxtaposition hétéroclite de lieux communs. Cette réflexion déboucherait sans doute sur une série de sujets d’entretiens pour ceux qui ont reçu ce ministère : comment recevoir le thème ou le texte de son message, comment l’approfondir, le structurer, l’illustrer, le dire pour ne pas lasser son auditoire… Ce ministère étant le plus important pour la croissance de l’Eglise locale, il est étonnant qu’il soit laissé au hasard des rencontres et des influences de droite ou de gauche.

L’état normal selon la Bible c’est qu’il y ait plusieurs prophètes dans chaque Eglise (Actes 13.1 ; 1 Corinthiens 14.29, 31) dont les messages se complètent. Si l’on reste fidèle au schéma traditionnel du sermon dominical, l’alternance des prédicateurs d’un dimanche à l’autre apportera à l’Eglise une nourriture plus riche et plus variée que le prédicateur unique. Chacun d’eux aura plus de temps pour se renouveler intérieurement, recevoir et méditer son message. Comme il apporte aussi sa personnalité, sa perspective et ses dons particuliers, l’Eglise aura un reflet plus fidèle et plus complet de la pensée de Christ.

Le texte de 1 Corinthiens 14.26-31 prévoit la participation de plusieurs prophètes à la même réunion. Il s’agissait probablement de contributions brèves apportées par les uns et les autres. C’est une forme de message dont nous n’avons guère l’habitude. Seuls les milieux charismatiques où la prophétie est conçue sous forme de révélations immédiates ou d’images reçues au moment même ont expérimenté des réunions de ce genre. D’autres formules seraient à explorer : élaboration à plusieurs d’un message sur un thème reçu par l’un d’eux, message plus court d’un prédicateur complété par différentes contributions des autres, messages-dialogues. Dans d’autres réunions, on pourrait aussi se servir de la formule de l’interview ou du panel (plusieurs qui répondent aux questions posées par l’un d’eux, complétées éventuellement par les questions des assistants).

Ces formules supposent chez les participants une sérieuse connaissance toujours renouvelée et approfondie de la Parole de Dieu pour apporter une nourriture solide à l’Eglise. En prenant un même livre biblique comme thème des études bibliques et des messages, on stimulera à lafois l’intérêt des membres de l’Eglise et celui des « prophètes ». Si chacun d’eux a passé du temps durant la semaine à méditer un certain chapitre et à prier pour que Dieu guide la réunion d’édification, on pourra aussi essayer parfois la formule en honneur au début du Mouvement des Frères : quelqu’un amorce le sujet en exposant quelques pensées suggérées par le texte, chacun des autres ajoute celles que le Seigneur lui a mises à cœur pour l’assemblée. Ainsi le Saint-Esprit a une pleine liberté pour édifier l’Eglise par un message à la fois harmonieux et varié. Les mêmes formules seraient aussi applicables à l’enseignement («&nbslp;des prophètes et des docteurs », Actes 13.1).

3. Les évangélistes

Sur les trois mentions du mot évangéliste dans le Nouveau Testament, seul Philippe porte le titre : « l’évangéliste » (Actes 21..8). Il peut donc nous aider à définir ce terme.

Nous trouvons Philippe pour la première fois au moment du choix des diacres. Les conditions posées à leur nomination sont aussi valables pour le choix des évangélistes : « de qui l’on rende un bon témoignage, pleins d’Esprit-Saint et de sagesse » (Actes 6.3). La conversion du ministre éthiopien (Actes 8.26-40) nous apprend quelques qualités supplémentaires de Philippe : obéissance à Dieu (v. 26, 29-30), facilité de contact avec des non-croyants (v. 30), connaissance de la Parole et capacité de l’expliquer (v. 35), don d’aider les auditeurs à prendre une décision (v. 36). En fait, le titre d’évangéliste ne fut donné à Philippe que plus tard, lorsqu’il fut établi dans l’Eglise de Césarée. Appa remment, il fut alors plutôt un évangéliste sédentaire qu’itinérant. C’est aussi l’impression qui se dégage de la troisième mention du mot évangéliste dans le Nouveau Testament: nous la trouvons dans Ephésiens 4.11 entre les prophètes et les pasteurs-docteurs dont le champ d’activité était l’Eglise locale.

Paul dit que les évangélistes, comme les apôtres, les prophètes et les pasteurs-docteurs, ont été donnés « pour le perfectionnement des saints (des chrétiens) en vue de l’œuvre de (leur) ministère (d’évangélisation) » (Ephésiens 4.12). Il s’agit donc moins de quelqu’un qui évangélise ici et là, que d’un frère qui fait partie des responsables d’une assemblée locale et qui s’est vu confier la formation des membres de l’Eglise en vue de l’évangélisation de leur localité. Sa vision et ses dons lui mettent particulièrement à coeur le salut des inconvertis et l’extension de l’œuvre de Dieu. Il cherche à gagner des collaborateurs qu’il initie à ce travail. Il a normalement sa place parmi les anciens ou les diacres et doit donc satisfaire aux mêmes conditions qu’eux. La conception actuelle de l’évangéliste itinérant est relativement récente. Elle est née principalement d’une carence des Eglises sur ce plan. C’est ce que m’a confirmé l’un des plus grands évangélistes actuels : « La vision biblique c’est l’évangélisation par l’Eglise locale, l’évangéliste n’étant que le frère ayant ce travail à coeur et qui entraîne les autres. Cette manière de procédé biblique vaut bien mieux que toutes nos grandes séries de réunions. »

Au Congrès international des évangélistes itinérants d’Amsterdam (juillet 1983), on a mis l’accent sur l’intégration de chaque évangéliste dans une Eglise locale envers laquelle il se sent responsable (cf. Actes 14.27-28).

Dieu a béni le ministère des évangélistes itinérants qui ont été très utiles à l’Eglise. Beaucoup de personnes se sont décidées à consacrer leur vie au Seigneur au cours d’une « série d’évangélisation ». Certains évangélistes organisent, quelques mois avant leur série d’évangélisation, des réunions pour les chrétiens de l’endroit afin de les aider par la prière, par une réflexion biblique et par des conseils pratiques, à rendre leur entourage attentif aux rencontres qui auront lieu. De telles réunions font beaucoup progresser les croyants. Par elles, l’évangéliste accomplit le travail spécifique que la Parole de Dieu lui destine. Elles pourraient constituer de véritables cours de formation au témoignage : comment entrer en contact avec ceux du dehors, comment leur présenter l’Evangile dans un langage actuel, comment aborder les athées, les musulmans, les membres de différentes sectes, comment répondre aux objections classiques contre la foi… Si ensuite, au cours de la série, le message présente clairement l’Evangile et ses choix indispensables, il vient couronner un travail d’approche et d’évangélisation individuel. Il portera certainement plus de fruits que s’il tombait sur un terrain non préparé.

Si nous voulons nous conformer au plan de Dieu concernant le ministère d’évangéliste, l’une des premières priorités est la prière de l’Eglise locale pour que Dieu agisse et lui donne un frère ayant un coeur plein d’amour pour les perdus et les dons voulus pour les gagner à Christ, avec les qualifications pédagogiques nécessaires pour former une équipe de contact.

A côté des qualifications spirituelles et morales (cf. 1 Timothée 3.3-13), les critères pour le choix de ce frère seront : la facilité de contact (caractère extraverti), une bonne expérience de vie, de l’intérêt pour ce qui se passe dans le monde (politique, sports, littérature, presse…) afin d’avoir de nombreux points de contact, un esprit ouvert à toutes les techniques modernes (audio-visuel, mass media), des dons d’organisateur et de chef. Le choix et l’institution des évangélistes, comme des prophètes, se feront de la même manière que ceux des diacres et des anciens : exercice du don dans le cadre de l’assemblée, prise de conscience par les responsables du cadeau fait par Dieu, mise à l’épreuve et examen des conditions morales et spirituelles, institution officielle dans le ministère. C’est dans l’Eglise locale que l’évangéliste trouve le complément dont lui-même et son ministère ont besoin.

Les ministères dans l’Eglise

Normalement, le corps des anciens et des diacres d’une Eglise locale devrait avoir en son sein un ou plusieurs prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs. Au bout d’un certain nombre d’années, chaque Eglise devrait, normalement, avoir également un ou plusieurs « apôtres », c’est-à-dire évangélistes pionniers chargés d’implanter de nouvelles Eglises dans un terrain vierge — ou, du moins, participer avec d’autres Eglises au soutien de l’un d’entre eux.

En Belgique, une Eglise fondée depuis peu de temps avait un pasteur qu’elle soutenait à plein temps. Après quelques années, elle lui dit : « A présent, nous pouvons nous débrouiller seuls, mais nous continuerons à vous payer pour que vous puissiez apporter l’Evangile dans la ville voisine où il n’y a pas encore d’Eglise. »

Telle était la méthode missionnaire de l’apôtre Paul. L’expansion de l’Evangile dans toutes les grandes villes du bassin méditerranéen entre l’an 50 et l’an 60 prouve qu’elle était efficace. Ses méthodes sont parfaitement adaptables au XXe siècle et se révéleraient tout aussi efficaces. Notre génération saura-t-elle relever le défi ?

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