C. H. Spurgeon (1834-1892), le « prince des prédicateurs », fit une expérience analogue.
« Dès l’enfance, Dieu me convainquit de péché. Je me sentais misérable, sans espérance, sans réconfort, pensant que jamais il ne voudrait me sauver. Cet état empirant avec les années, je devins tout à fait malheureux, et, pour quelque temps, presque incapable de rien faire. Mon cœur était brisé. Six mois durant, je priais ; je priais avec la force du désespoir, de tout mon cœur. Mes prières restèrent sans réponse. Je résolus alors de me rendre dans tous les lieux de culte de la ville où j’habitais, pour découvrir le chemin du salut. J’étais prêt à faire n’importe quoi, si seulement Dieu voulait m’accorder son pardon.
» Je commençai donc la tournée des églises. Je vénère et j’aime aujourd’hui ceux qui en occupaient alors les chaires ; cependant, je suis obligé de dire que je n’ai jamais entendu aucun d’eux prêcher l’Evangile complètement. Par là, j’entends qu’ils prêchaient assurément la vérité, de grandes vérités, d’excellentes vérités, qui étaient probablement en rapport avec les besoins de leurs congrégations, composées de chrétiens déjà spirituels. Mais jamais je n’y entendis ce dont j’avais besoin : c’est-à-dire comment mes péchés pouvaient être pardonnés.
» Ce que je désirais savoir, c’était comment il était possible qu’un malheureux pécheur, convaincu de ses fautes, trouve la paix en Dieu. Or, j’entendis prêcher sur ce texte : “Ne vous y trompez pas ; on ne se moque pas de Dieu, ce que l’homme sème, il le moissonnera”, sermon qui me transperça le cœur, mais ne me dit pas ce que je devais faire pour échapper à la condamnation. Une autre fois, j’entendis une prédication sur les glorieuses espérances des rachetés. Toujours rien pour moi ! J’étais comme un chien sous la table, sans même la ressource des miettes du repas des enfants. Je continuais d’aller ici et là, et je ne m’y rendais jamais sans avoir prié. De plus, je puis affirmer qu’il n’y avait pas d’auditeur plus attentif que moi, car j’avais soif d’apprendre comment je pouvais être sauvé.
» Enfin, certain jour d’hiver, une tempête de neige m’empêcha d’aller à l’endroit où j’avais décidé de me rendre. Obligé de m’arrêter en route, je me trouvai dans une ruelle obscure qui aboutissait à une cour. Il y avait là une petite église que j’ignorais tout à fait. C’était une chapelle des “Méthodistes Primitifs”. J’avais entendu parler de cette secte et assurer que les fidèles y chantaient si fort que cela provoquait des maux de tête ; mais pour moi, cela n’avait aucune importance. Je voulais savoir comment je pouvais être sauvé, et si ma tête devait en souffrir je ne m’en inquiétais pas.
» Je m’assis. Le service commença, mais aucun pasteur ne vint. Sans doute était-il bloqué par la neige ? Enfin, un homme très maigre monta en chaire, et ouvrant la Bible, il lut ces mots : “Regardez à moi, vous, toutes les extrémités de la terre, et soyez sauvés”. Le texte seul me fit du bien. Puis le prédicateur improvisé dit combien c’était chose facile que de regarder, combien il était nécessaire de regarder au Christ, et non pas à soi-même.
» Regardez au Christ, il vous dit :
» Regardez à moi ! Voyez les grumeaux de sang.
» Regardez à moi ! Je suis cloué au bois.
» Regardez à moi ! Je suis mort, enseveli.
» Regardez à moi ! Je suis ressuscité, je monte au ciel, je suis assis à la droite du Père. O pauvre pécheur, regarde à moi ! »
« L’orateur m’apercevant alors, et devinant aisément que j’étais étranger, me regarda comme s’il avait lu sur ma figure la tragédie de mon cœur ; et, s’adressant directement à moi, il me dit : “Jeune homme, vous êtes malheureux”. Sûrement, je l’étais. Il ajouta : “Et vous le serez toujours, à moins que vous ne regardiez au Christ”. Puis, élevant les mains, il cria comme seuls peuvent le faire les Méthodistes primitifs : “Regardez ! Regardez ! Regardez ! Ce n’est que cela : Regardez ! Vous n’avez qu’à regarder, et vous vivrez”.
» A l’instant, la lumière se fit en moi, et je vis le chemin du salut. Oh ! comme mon cœur bondit alors de joie… Je ne sais plus bien ce que dit ensuite le prédicateur. Une seule pensée me possédait. C’était comme pour le serpent d’airain dressé au désert : les Israélites n’avaient alors qu’à regarder pour être guéris. Je m’étais attendu à devoir faire cinquante choses, mais lorsque j’entendis le mot : REGARDEZ ! celui-ci résonna délicieusement à mes oreilles. Je regardais ! Je regardais, sans pouvoir détacher les yeux du salut offert. Et dans les cieux, je regarderai encore, je regarderai toujours ! »
Ceci se passait en janvier 1850. Charles Spurgeon avait donc quinze ans et demi.11
11 I. Brunel, Spurgeon, sa vie et son œuvre, p. 53-55. Spurgeon devint « le prince des prédicateurs menant des dizaines de milliers de personnes au salut. »
Très jeune, Nigel Goodwin fut lancé dans le théâtre, le film et le music-hall. Lors de son service militaire à Chypre, il eut sa propre station de radio et sortit de nombreux disques. Rentré en Angleterre, il fit des tournées avec un groupe théâtral et joua dans des séries à la télévision. « Tout allait comme sur des roulettes : beaucoup de travail, de nouvelles possibilités et du plaisir. Je pouvais me payer ce dont la plupart des jeunes ne peuvent que rêver. Mais, je n’étais jamais content. J’ai commencé à réfléchir et j’ai constaté que je ne vivais que pour moi seul. Les autres ne m’intéressaient que si cet intérêt ne devenait pas trop personnel et ne m’impliquait pas trop.
» J’ai commencé à chercher. Quoi ? Je ne le savais pas. Mais je me disais que quelque part il devait exister une vie qui, non seulement est remplie à ras bord, mais qui, en même temps, satisfait parce qu’elle a un sens. Tout ce que j’avais espéré jusque-là me paraissait alors insuffisant.
» C’est alors que survint la crise dans ma vie. Pendant que je me préparais pour une pièce un dimanche soir, je fus invité à une réunion sous une tente. Comme je n’avais rien de spécial à faire, j’acquiesçais. Je n’avais rien à perdre. Une fois sous la tente, je m’aperçus qu’un certain nombre d’enfants étaient assis devant moi. Et ils faisaient un de ces raffuts !
» Je pensais au pauvre type qui devait parler dans ce bruit. Il essaya, mais ne parvint pas à se faire entendre. Les enfants criaient de plus en plus fort. Je ne comprenais absolument rien. Pour moi, cette réunion était un fiasco sur toute la ligne. J’étais content lorsque j’étais de nouveau dehors ».
Mais une semaine plus tard, Nigel était de nouveau sous la tente. Une recherche singulière avait commencé. « En moi régnait un manque de paix que je ne m’expliquais pas. Je pensais constamment que la dernière fois, j’avais manqué quelque chose. Donc j’y retournai.
» Cette fois-ci, les enfants étaient tranquilles, malgré cela je ne compris pas grand-chose à ce qui se disait. A la fin nous avons été invités à devenir chrétiens. Après la réunion, j’allai voir le prédicateur pour l’attaquer et le contredire sur quelques points. Nous discutions pendant quelque temps. Je me défendais. Puis il me dit qu’il voulait prier pour moi. J’ai pensé : “Attention ! Cela devient dangereux !” et je me mis sur la défensive. Le prédicateur devait l’avoir senti. Au moment où je le quittai, il me dit : “Dieu te bénisse !”. Curieux bonhomme ! Et pourtant, ses paroles m’ont poursuivi. C’était la première fois de ma vie que quelqu’un me disait : “Dieu te bénisse !”.
» J’ai commencé à y réfléchir : était-ce seulement une formule pieuse mais creuse — ou bien était-ce davantage ? Je n’étais plus aussi sûr qu’auparavant. En moi-même, il y avait un grand chaos. Des questions et des questions ! “Et s’ils avaient raison ?”’ Peut-être était-ce réellement la seule chance de confier sa vie au Christ. Mais qu’est-ce que cela voulait dire ? »
La semaine suivante, Nigel était de nouveau sous la tente. « Quelqu’un parla d’un aveugle. Je crois qu’il s’appelait Bartimée. J’écoutais attentivement. Ce qui m’a frappé, ce fut la question que Jésus lui a posée : “Que veux-tu que je te fasse ?”, et puis : “Va, ta foi t’a sauvé”.
» Je pensais : Cet aveugle, c’est moi-même. Mais où était le Christ maintenant ? Pouvais-je aller vers lui comme ce mendiant ? Mes pensées me troublaient. Je me demandais : “Que sais-tu du Christ ?” Tu sais qui tu es, mais lui, qui est-il ?
» L’orateur parlait toujours, mais je m’étais levé et avancé vers l’estrade. Je n’ai même pas réfléchi à ce que je faisais et comment le public allait réagir. Cela m’était égal. Le prédicateur s’arrêta de parler, saisit ma main et je m’agenouillai. Avec des larmes, je dis au Christ qui j’étais et ce dont j’avais besoin. Je ne sais plus tout ce qui s’est passé encore ce soir-là, mais je sais seulement qu’une vie nouvelle a commencé pour moi.
» On me donna une Bible. C’était la première fois que j’en avais une en main. J’étais curieux de savoir ce qu’il y avait dedans. J’y lisais aussi souvent que possible, aussi entre les répétition au studio de la télé. Mes collègues se sont approchés de moi et m’ont demandé : “Que lis-tu, Nigel ? — Ma Bible. — Ta -quoi ? criaient-ils. — Ma Bible.
» Mes amis se sont moqués de moi et me raillaient sans cesse. “Nigel est devenu religieux !” Ils ont voulu m’aider à redevenir un homme normal, mais peu à peu ils y ont renoncé. C’est curieux, mais tout cela m’a seulement fortifié dans la pensée que le chemin que j’avais embrayé était le bon. Je devinais que la vie nouvelle serait exigeante et excitante. Oui, je savais que c’était là cette vie que j’avais cherchée depuis toujours.
» Peu après cette première expérience, j’ai quitté le théâtre, simplement parce que je pensais que Dieu le voulait. C’était probablement parce que j’aimais trop le théâtre ». Il a travaillé dans différents métiers. En 1964, il s’est inscrit dans une école biblique où il a appris à aller évangéliser les paumés et les marginaux. Puis il est retourné au film avec Cliff Richard pour réaliser des films chrétiens.12
12 D’après Keith Bill Sie suchren das Glück Wetzlar, H. Schulte 1968-1970 (traduction de Seeking Stars London, Marshall, Morgan & Scott 1967.