« Lorsque Yabîn, le roi de Hatsor, apprit les victoires de Josué » (11.1), il tenta de former une coalition des rois du nord. Il essaya d’engager toutes les peuplades de ces régions pour résister aux armées d’Israël. L’ancienne Hatsor fut identifiée par les fouilles de l’archéologue John Garstang en 1926 à Tell el-Qedah. C’était une cité fortifiée qui s’étendait à plus de 500 m au-dessus du paysage envi- ronnant et fut protégée sur trois côtés par des remparts de terre. Elle avait apparemment contenu une population de 40000 âmes et autant de chevaux et de chars (alors qu’Israël n’avait que des ânes). Des textes égyptiens et mésopotamiens la mentionnent comme une ville importante. D’après des lettres de Mari (sur le Moyen Euphrate) des ambassadeurs de Babylone sont venus voir le roi de Hatsor pour faire alliance avec lui. C’est donc à forte partie que Josué aura à s’attaquer. « Tous ces rois se mirent en campagne avec leurs armées au complet. C’était une multitude innombrable comme les grains de sable des bords de la mer, et ils étaient équipés d’un nombre énorme de chevaux et de chars de guerre » (11.4). D’après Josèphe, les forces combinées de ces alliés comprenaient 300000 fantassins, 10000 cavaliers et 20000 chars de guerre.
« L’Eternel dit à Josué : ‘N’aie pas peur d’eux, car demain à cette heure-ci, je les livrerai tous, blessés à mort au pouvoir d’Israël’ » (v. 6).
Ce fut effectivement le cas lorsque Josué prit les ennemis « par surprise près des eaux de Mérom et ils se ruèrent sur eux. L’Eternel les livra au pouvoir des Israélites qui les battirent en les poursuivant jusqu’à Sidon (sur les bords de la Méditerranée)… Ils leur infligèrent une défaite totale ». L’élément déterminant de cette victoire fut la surprise. Les armées de Yabîn avaient probablement démonté leurs chars de guerre pour les transporter par dessus la montagne et les ré-assembler à Mérom pour la bataille. Josué avait conduit ses armées par une marche forcée, de sorte qu’elles débouchèrent sur le champ de bataille plus tôt que prévu. Les chars furent inutiles, car ils n’étaient pas encore ré-assemblés. Peut-être que les Israélites ont aussi libéré les chevaux qui se sont mis à courir de-ci, de-là, semant la panique parmi les ennemis et faisant d’eux une proie facile pour Israël.
Ils brûlèrent leurs chars de guerre, plutôt que de les récupérer pour des batailles futures, afin de ne pas mettre leur espérance dans des armes, mais dans l’aide du Seigneur.
« Sur le chemin du retour, Josué s’empara de Hatsor qui était autrefois la capitale de tous ces royaumes… puis il incendia la ville ». Hatsor avait été la ville la plus importante du pays et la mieux fortifiée. Si elle s’était défendue, Israël n’aurait pas pu en faire le siège il n’était pas habitué à cette stratégie.
Au cours des années suivantes, Josué conquit tout le pays. L’Eternel « avait rendu tous ces gens obstinés pour qu’ils affrontent Israël afin qu’ils soient détruits » (11.20). « A la même époque, Josué alla éliminer les Anaqim qui vivaient dans les montagnes », ces redoutables géants qui avaient effrayé les explorateurs envoyés dans le pays par Moïse, de sorte qu’ils ont découragé le peuple. Grâce à l’aide de l’Eternel, ces géants furent éliminés. « Josué conquit donc tout le pays, comme l’Eternel l’avait dit à Moïse, et il le répartit entre les tribus d’Israël pour qu’elles possèdent chacune sa part. Et la guerre cessa dans le pays » (v. 23).
Cette campagne du nord prit finalement moins de temps que celle du sud, bien que les ennemis aient été plus forts. S’ils ne s’étaient pas coalisés, ils auraient tenu les Israélites plus longtemps en échec, mais ainsi ils purent être vaincus dans la même bataille. Ce fut l’obéissance d’Israël aux ordres de l’Eternel qui fut l’élément déterminant de la victoire.
« C’est ainsi que Josué conquit tout le pays : la région montagneuse, tout le Néguev, la région de Gochên, la plaine côtière, la vallée du Jourdain, ainsi que la région montagneuse et les plaines du nord » (11.16). La conquête du pays avait duré sept ans (puisque Caleb avait 78 ans lors de la conquête de Canaan (Deutéronome 2.14 ; Josué 14.7) et 85 ans lorsqu’il prit Hébron (14.10). Elle fut suivie des quatre siècles de la période des Juges où nous voyons les peuplades de la région se ressaisir et reconquérir leur indépendance. Il est vrai qu’Israël ne fut pas obéissant jusqu’au bout à l’ordre de l’Eternel qui fit le reprendre : « Pendant combien de temps encore négligerez-vous d’aller prendre possession du pays que l’Eternel, le Dieu de vos ancêtres, vous a donné ? » (18.3). Cette « négligence » permit à l’adversaire de regagner le terrain perdu. Après que le pays ait été réparti entre les tribus, c’était à elles que revenait la tâche de garder leur territoire contre les forces offensives des ennemis et d’achever sa conquête. C’est ce qu’ils négligèrent de faire.
En lisant le livre des Juges, on s’aperçoit que les Israélites ne furent pas capables de maintenir leur position dans le pays et qu’ils perdirent bien des territoires que Josué leur avait conquis. A cette époque-là, Hatsor fut rebâtie et regagna de l’importance sous un nouveau roi, Yabîn (Yabîn était sans doute un titre de dynastie plutôt qu’un nom individuel).