Le Groupe des Dombes fut créé en 1937 par l’abbé Couturier et le pasteur Bâumlin pour essayer de rapprocher les catholiques et les protestants. A la fin du 20e siècle, « après plus de cinquante ans de patient travail œcuménique dans le domaine doctrinal », le Groupe s’est attaqué au « sujet particulièrement conflictuel » de Marie sous la présidence du pasteur Alain Blancy et du Père Maurice Jourjon. Le document publié commence par « Les leçons de l’histoire », passant de l’Eglise ancienne au 20e siècle (par le Moyen Age et la Réforme).
L’une des premières constatations est que Marie « est absente de la prédication des apôtres, absente des plus anciennes confessions de foi et n’est pas au cœur des premiers conciles œcuméniques » (art. 9). « La théologie mariale de l’Eglise ancienne est une christologie… Appeler Marie Mère de Dieu (theotokos), c’est bien parler du Christ » (art. 18). Mais « au lendemain d’Ephèse, l’Eglise a peu à peu considéré l’expression theotokos comme une louange mariale » (art. 20). « L’existence dans l’Eglise de la virginité féminine consacrée a fait de Marie, modèle des vierges, comme la première moniale » (art. 21). « La dévotion populaire a précédé parfois la doctrine en ce qui concerne l’invocation de Marie » (art. 29).
Le document du Groupe œcuménique des Dombes commence par un aperçu de l’évolution des dogmes mariais, de l’Eglise ancienne à celle qui suit le Concile de Vatican IL C’est la littérature apocryphe qui s’est intéressée à elle et a fourni tous les renseignements que souhaitait le peuple : le nom de ses parents, les détails concernant sa naissance, son enfance (au Temple) et toutes ses vertus.2 Concernant son sort final, il n’y a pas d’unanimité dans la littérature apocryphe ». « Les textes les plus anciens, qui ne remontent pas en deçà du 6e siècle, ne connaissent que la dormition de Marie
2 « Ces écrits ont façonné l’essentiel de la piété mariale » (André et Francine Dumas Marie de Nazareth p. 51).
3 « Par dormition, ces textes entendent la mort de Marie entourée des apôtres accourus, tandis qu’un ange – voire le Christ ressuscité, qui alors la confie à Michel – recueille son âme pour l’élever à la gloire, le corps étant confié au tombeau ».
4 Voir le développement de la pensée de Luther (art. 54 à 60). Zwingli (art. 62 à 64) et Calvin (art. 66-67).
Au 20e siècle, « on constate une amplification du phénomène des apparitions par rapport au 19e siècle… Les pèlerinages aux sanctuaires marials, locaux et nationaux, sont très fréquentés » (art. 96). « Sous Pie XII, ce mouvement marial atteint son sommet. En 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, le pape consacre le monde au Cœur Immaculé de Marie, conformément au vœu de Fatima. Surtout, il définit, le 1er novembre 1950, l’Assomption de Marie comme dogme de foi révélé. C’était ajouter une difficulté majeure pour le dialogue œcuménique » (art. 98).
Le Concile de Vatican II mit un certain frein à l’évolution mariale. Des Pères conciliaires souhaitaient revenir à plus de sobriété biblique. Depuis Vatican II, la réflexion passe d’une théologie de Marie-reine à une théologie de Marie-servante. La dévotion du peuple catholique à Marie se maintient. Le pape Jean-Paul II avait une forte dévotion personnelle à Marie, qu’il mentionnait à la fin de toutes ses interventions. Son encyclique Redemptoris Mater (1987) introduit l’expression de « médiation maternelle » de Marie, qui s’exerce essentiellement par l’intercession.
Dans les Eglises de la Réforme, après la proclamation du dogme de l’Assomption (1950), « on eut le sentiment que le fossé séculaire entre l’Eglise de Rome et ces Eglises venait encore de s’élargir au point de devenir infranchissable, au moment même où se développait par ailleurs le mouvement œcuménique » (art. 111). Le thème de Marie Médiatrice est réapparu dans l’encyclique Redemptoris Mater (1987). Les protestants regrettent que « ni le dogme de l’immaculée Conception, ni celui de l’Assomption corporelle de la Vierge Marie n’ont d’assise biblique crédible… Comment, dès lors, agréer une doctrine présentée comme une vérité de foi alors qu’elle n’est pas enracinée dans les Ecritures » (art. 113). Le deuxième problème est relatif à la coopération humaine à l’œuvre du salut.
« Le débat engagé autour de la Vierge Marie montre à l’évidence que celle-ci est peut-être aujourd’hui le point de cristallisation le plus sensible de tous les différends confessionnels sous-jacents, relatifs notamment à la sotériologie, à l’anthropologie, à l’ecclésiologie, à l’herméneutique ; questions de fond s’il en est, en sorte que le dialogue œcuménique sur la Vierge Marie est bien en définitive un lieu approprié de vérification de nos désaccords doctrinaux, comme il est aussi un lieu non moins approprié pour jeter un regard autocritique sur nos comportements ecclésiaux respectifs vis-à-vis de la Mère du Seigneur » (art. 119).
Dans ce survol de 19 siècles d’histoire mariale, on ne peut qu’admirer la lucidité et l’honnêteté sans concession de ce Groupe composé de catholiques et de protestants. Après l’examen impartial des « leçons de l’histoire », le Groupe était prêt à aborder « le témoignage de l’Ecriture et la confession de la foi ».