Sodome était la capitale d’une union de cinq villes : Gomorrhe, Adama, Tséboïm et Tsoar. Elles avaient été sauvées par Abraham lorsque Kedorlaomer les avait attaquées (Genèse 14). La région était très riche en ressources minières et suscitait bien des convoitises. Cette richesse avait aussi corrompu ces villes, dont quatre seront détruites par le jugement divin. Plusieurs passages bibliques rappellent ce jugement (Esaïe 13.19 ; Jérémie 49.18 ; Ezéchiel 16.48, 56 ; Amos 4.11…) ; 2 Pierre 2.6-8 et Jude 7 montrent qu’il fut exemplaire. Jésus lui-même s’en servit comme d’un avertissement (Matthieu 10.15 ; 11.24 ; Luc 17.30).
La déchéance morale de Sodome était déjà précisée dans Genèse 13.13 : « Les gens de Sodome étaient pervertis, ils commettaient de grands péchés contre l’Eternel ». Le chapitre 19 le confirmera. Loth, assis à la porte de la ville (faisant donc partie des notables) insiste auprès des visiteurs pour qu’ils acceptent son hospitalité. Il insiste pour que les hommes ne passent pas la nuit sur la place comme ils en ont exprimé le désir, parce qu’il ne sait que trop ce qui risque de leur arriver. Loth « tourmentait journellement son âme », dit Pierre, car il voyait jour et nuit ce qui se passait autour de lui.
Si, avant de s’établir à Sodome, il avait nourri l’espoir utopique de convertir ses habitants, il n’avait certainement pas demandé quel était l’avis, de Dieu à ce sujet. Nous ne pouvons pas évangéliser où nous voulons. Paul et Silas ont dû changer deux fois leurs plans d’évangélisation parce que leur projet ne convenait pas à Dieu (Actes 16.6-7).
« Quand ils furent sur le point de se coucher, la maison fut encerclée par les gens de la ville : tous les hommes de Sodome, jeunes et vieux, étaient venus là des différents quartiers de la ville. Ils appelèrent Loth et lui demandèrent : — Où sont ces hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène-les nous pour que nous couchions avec eux ! » (19.4-5).1 Pour protéger les hôtes sous son toit, Loth leur fait une proposition qui montre que l’esprit de Sodome a déjà perverti son jugement (v. 7). Il avait sans doute désappris à prier. Au lieu de crier vers Dieu pour qu’il le sauve de cette situation, il propose à ces hommes pervertis ses deux filles pour qu’ils en abusent. Les deux anges sauvent Loth des violences des Sodomites et lui proposent de sauver sa famille (v. 12-13). Mais ses gendres ont été contaminés pas l’incrédulité de leur entourage.
1 Pourquoi les gens de Sodome sont-ils jugés si sévèrement ? N’était-il pas naturel qu’ils veuillent connaître ces étrangers venus dans la maison de Loth ?
Le texte hébreu dit effectivement, comme le traduit Segond : « Fais sortir ces hommes afin que nous les connaissions ». Les interprètes « homotropes&énbsp;» (c.-à-d. pro-homosexuels) veulent voir dans ce récit une simple transgression des règles de l’hospitalité : les habitants de Sodome voulaient faire la connaissance des étrangers venus dans la maison de Loth. Cette interprétation n’explique ni la peur de Loth (v. 6-7), ni son exhortation : « Ne commettez pas le mal », ni surtout sa proposition d’offrir ses deux filles vierges à la soif d’expériences sexuelles de ses concitoyens. La demande des Sodomites visait indiscutablement une expérience homosexuelle avec les deux visiteurs (comme le traduit la BS ci-dessus). Le verbe connaître est un euphémisme biblique courant pour la relation sexuelle (cf. Genèse 4.1, 17 ; 19.8).
Lorsque l’aube parut, les anges sont obligés d’emmener de force Loth, sa femme et ses deux filles et de les entraîner hors de la ville. Une nouvelle fois, Loth discute avec Dieu pour qu’il lui permette de se réfugier dans l’une des cinq villes de la confédération : Tsoar. Loth insiste même : il s’était tellement habitué à la vie dans une cité, qu’il ne pouvait plus envisager de vivre comme Abraham – c.-à-d. comme il avait vécu lui-même auparavant. La vie à Sodome avait déteint sur lui, tout « juste » qu’il fut. L’ange lui accorde sa demande. La femme de Loth désobéit à la recommandation des anges : elle regarda derrière elle vers la ville où son cœur était resté attaché et elle fut changée en une statue de sel (v. 26), sa destinée est rappelée comme un avertissement par le Seigneur (Luc 17.32).
Jésus se réfère à la catastrophe de Sodome pour nous exhorter à la vigilance : « Du temps de Loth, les gens mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, plantaient, bâtissaient. Mais le jour où Loth sortit de Sodome, une pluie de feu et de soufre tomba du ciel et les fit tous périr. Il en sera de même le jour où le Fils de l’homme apparaîtra » (Luc 17.28-30).
Comment comprendre la proposition de Loth d’offrir ses deux filles aux hommes pervers ?
« Considérant, à la manière orientale, les lois de l’hospitalité comme sacrées, Loth expose, pour défendre ses hôtes, sa vie et même l’honneur de ses filles. Il y a là un certain obscurcissement du sens moral. Comparer la conduite du vieillard de Guibéa (Juges 19.23-24). Loth n’avait pu se défendre complètement de l’influence du milieu dans lequel il s’était établi. La fin du chapitre montrera les dernières conséquences de cette première faute » (Bible annotée, p. 227).
« La proposition de Loth n’est certes pas à porter à son crédit, mais, de ce fait, nous sommes moins surpris du manque de respect que ses deux filles lui témoigneront plus tard » (H.L. Ellis Bible Commentary for Today, p. 149).
L’éthique orientale décrétait que l’hôte était responsable de la sécurité de ses invités ; si quelque chose leur arrivait, il était coupable. Les Hébreux avaient cette conception en commun avec leurs voisins… Dans cette situation, Loth choisit ce qu’il estime être le moindre mal (ou le plus grand ?) : soit exposer ses invités à la foule et, par là, trahir son hospitalité et la protection que sa maison devait leur offrir, soit offrir ses deux filles à la défloration. Cependant, il ne faudrait pas prendre la coutume comme excuse pour innocenter Loth. Ses actes sont aussi inexcusables que ceux d’Abraham en Egypte (ch. 12) et à Guérar (ch. 20).
S’agit-il dans ce récit d’une légende ou d’un fait historique ?
La Bible annotée rapporte que « deux auteurs païens parlent de cette catastrophe. Le géographe romain Strabon raconte, dans sa description de la mer Morte, que, d’après les renseignements pris auprès des habitants de la contrée, il y avait là autrefois treize villes, dont Sodome était la métropole. Ces villes auraient été détruites par un tremblement de terre accompagné de jets de flammes et d’asphalte liquide ; les rochers eux-mêmes se seraient embrasés et les villes auraient été soit englouties, soit abandonnées par leurs habitants. Tacite parle aussi d’éclairs et de flammes qui auraient rendu désertique cette contrée précédemment fertile et très peuplée » (p. 229).
« La vallée du Jourdain fait partie d’une gigantesque crevasse de la croûte terrestre. Des études précises ont révélé qu’elle commence à quelques centaines de kilomètres au nord de la Palestine, au pied des montagnes du Taurus, en Asie mineure, pour s’étendre jusqu’au-delà de la mer Rouge, en Afrique, en passant par la mer Morte, le désert d’Araba et le golfe d’Akaba. En de nombreux endroits de la crevasse, des traces d’activité volcanique sont visibles… Avec le fond de cette crevasse, la vallée de Siddim – y compris Sodome et Gomorrhe – fut un jour précipitée vers les profondeurs de la terre. La géologie a pu dater cet événement avec une certaine précision : cela devait se passer peu après l’an 2000 av. J.-C. ! ‘Il semble que c’est vers 1900 av. J.-C. que se produisit le cataclysme qui détruisit Sodome et Gomorrhe’, écrivit en 1951 le savant américain Jack Finegan. Une étude de tous les témoignages littéraires, géologiques et archéologiques permet de conclure que ‘les villes de la plaine’ (Gn 19.29) étaient situées dans une région à présent recouverte par des eaux qui envahirent lentement la partie méridionale de la mer Morte, et que leur destruction résulta d’un grand tremblement de terre, sans doute accompagné d’explosions, d’éclairs, de dégagements de gaz naturels et d’un incendie généralisé’. Vers 1900 av. J.-C.,… donc au temps d’Abraham ! L’affaissement de terrain libéra les forces volcaniques qui, tout le long de la crevasse, dorment dans les profondeurs. Dans la haute vallée du Jourdain, près de Bashan, on trouve encore des cratères de volcans éteints… On a retrouvé un écrit du prêtre phénicien Sanchuniathon, qui confirme l’explication géologique de la destruction de Sodome et Gomorrhe. En voici le texte : ‘La vallée de Sidimus (Siddim) sombra et devint un lac dégageant sans cesse des vapeurs, et dépourvu de poissons, exemple de vengeance et de mort pour le sacrilège !’ » (W. Keller).2
2 La Bible arrachée aux sables, Paris Presses de la Cité s.d., p. 73-74.
En 1928, des fouilles dans la région de Sodome ont mis au jour une couche de sel recouverte de grandes quantités de sulfate. R.T. Boyd pense que sous la ville de Sodome existait un lac souterrain de pétrole et de gaz qui s’enflamma pour une raison inconnue et provoqua une terrible explosion, projetant au-dessus de la ville, du soufre, du pétrole et de l’asphalte enflammés. Alors, une « pluie de soufre enflammé par un feu qui venait du ciel » recouvrit la ville (Genèse 19.24).3
3 D’après R.T. Boyd Hügel, Gräber, Schätze, p. 126.
« Il existe de nombreuses preuves de la présence de bitume, un dérivé du pétrole similaire à l’asphalte, dans le sous-sol d’une région située au sud de la Mer Morte. Cette matière contient aussi un grand pourcentage de soufre. Le géologue Frederick Clapp a émis l’hypothèse que la pression provoquée par un tremblement de terre a pu projeter du bitume par une fissure de l’écorce terrestre. Celui-ci a pu ensuite être enflammé par une étincelle pendant qu’il était vomi des entrailles de la terre, ou par un feu à la surface du sol, avant de retomber sous forme d’une masse incandescente.
« Sodome et Gomorrhe n’ont été découvertes qu’après la formulation de cette théorie par Clapp. Or, cette théorie s’est avérée tout à fait plausible depuis qu’il est apparu que les sites se trouvent exactement sur une faille géologique courant à l’est de la plaine méridionale de la Mer Morte. La Bible elle-même appuie la véracité de ce scénario » (Bryant Wood Internet).
Il est intéressant de lire ce que des auteurs extérieurs aux milieux chrétiens disent de cet événement. Dans un article de la revue Historia (N° 455, nov. 1984, p. 101-105), Richard Hennig pose la question : « Comment disparurent Sodome et Gomorrhe ? ». « Les commentateurs, dit-il, ont souvent cherché à élucider le mystère de cette catastrophe qui eut pour théâtre la Palestine primitive. Des pluies de feu ou de soufre n’accompagnent jamais les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques. Et pourtant l’événement est historique, car les historiens païens eux-mêmes le mentionnent. Ainsi, Strabon écrit en l’an 20 après Jésus-Christ :
« Les traditions rapportées par les habitants qui assurent que, jadis, treize villes prospéraient dans cette contrée sont dignes de foi ; on dit même que les murailles de Sodome, la cité principale, existent encore et qu’elles mesurent soixante stades de circonférence. Le lac sortit de son lit à la suite d’un grand tremblement de terre et vomit du bitume bouillant mêlé à de l’eau sulfureuse, tandis que du feu jaillissait et que les flammes calcinaient les rochers. Les villes s’enfoncèrent partiellement dans le sol ou furent abandonnées par les habitants frappés de panique ».
« Strabon ne fut pas le seul écrivain grec à connaître l’événement : Ptolémée ne l’ignora point puisqu’il appelle la mer Morte : « Sodomorum lacus », et Philon en parle également.
« Chez les Romains, Tacite évoque ainsi dans ses Histoires la destruction de Sodome : ‘Non loin de la mer Morte s’étendent des plaines qui furent autrefois fertiles et où s’élevaient de grandes villes. Mais celles-ci, dit-on, furent frappées par la foudre… J’admets volontiers que, autrefois, des villes célèbres furent dévorées par le feu du ciel’ ». Flavius Josèphe mentionne aussi la catastrophe. Enfin, le Coran lui-même fait allusion à l’événement. Témoin cette sourate : « Il renversa aussi les villes détruites et ce qu’elles recouvraient les recouvrit à leur tour ».
Mais, un simple séisme, si violent fût-il, provoquant l’affaissement de toute une région que les eaux viennent ensuite submerger, ne rend pas compte du récit biblique dans ce qu’il a de plus frappant : la pluie de feu et de soufre. Ce problème annexe est aujourd’hui résolu comme l’autre.
« Il n’y eut pas sur Sodome une ‘pluie’ de feu et de soufre : des failles du sol jaillirent toutes sortes de gaz qui ne tardèrent pas à s’enflammer, d’où le feu et la fumée qui recouvrirent toute la région. ‘Et voici que s’éleva de la terre une fumée comme la fumée d’une fournaise’, reconnaît la Bible, et sans doute est-ce exact.
» Cette interprétation a reçu une éclatante confirmation en juillet 1927. Une forte secousse se fit sentir au nord-est de la mer Morte, près de Zerka, et un nuage de fumée, semblable à celui évoqué par la Bible s’éleva dans les aiis. Les gaz jaillirent du sol exactement comme ils durent le faire il y a 4000 ans. Ils s’enflammèrent presque aussitôt et une odeur de soufre se répandit dans l’atmosphère.
» En 1929, le Père Malion et l’archéologue René Neuville, effectuant des fouilles pour le compte de l’institut biblique du Vatican, mirent au jour à 6 kilomètres du rivage nord-est de la mer Morte, près de Tel Gessul, une ville antique datant de l’âge du bronze et qui témoignait d’une très haute civilisation. Des habitations, de vastes entrepôts de blé, des bijoux artistement travaillés et incrustés de perles, de nacre et de pierres précieuses, ainsi que des fragments d’une écriture jusqu’à présent inconnue furent découverts par les deux chercheurs. »
P. Tièche propose une explosion à haute altitude d’une météorite comme il y en eut en Sibérie en 1908, au nord du lac Baïkal, où toute vie fut anéantie sur 8000 km2, et où tout fut calciné dans un rayon de 15 km ; cette explo sion équivalait à celle de 15 mégatonnes de carburant à 8000 m d’altitude.4
4 D’après P. Tièche, Bible et archéologie, Ed. Horvath, p. 96.
Comment comprendre cette transformation de la femme de Loth en statue de sel ?
Cette punition sévère exclut l’idée que c’était par simple curiosité ou par regret que la femme de Loth a jeté un regard derrière elle. L’un des anges avait clairement ordonné : « Ne regarde pas derrière toi et ne t’arrête nulle part dans la plaine ! Fuis vers la montagne si tu ne veux pas périr ! » (v. 17). La femme de Loth a été punie parce qu’elle n’a pas obéi à cet ordre. « Face au jugement divin, il n’y a que deux alternatives : être frappé ou fuir » (Von Rad Genesis p. 222).
« Au moment critique, il s’est avéré que son esprit était plus sodomite que céleste. Bien qu’elle ait été avertie de ne pas regarder derrière elle, elle ne pouvait pas s’en empêcher. Empressons-nous de nous débarrasser à temps de tout ce qui est afférent à Sodome, aux charmes du passé, à l’attrait des liaisons terrestres, sinon il pourrait arriver que nous ne parvenions pas au but que Dieu nous a fixé. Parce que la femme de Loth n’a pas suivi résolument son mari, elle fut changée en statue de sel » (O. Stockmayerp. 131).
Dans l’ISBE (III, 172), R.T. Boyd compare le destin de la femme de Loth à celui des habitants de Pompéi en l’an 79. « Au lieu de marcher avec son mari, la femme de Loth, contrairement à l’ordre de l’ange (v. 17), se retourne pour contempler encore cette ville où elle a laissé son cœur. Elle était probablement déjà hors de portée de l’incendie qui ravageait la plaine ; mais elle a pu être asphyxiée par les vapeurs toxiques qui s’élevaient du sol, et son cadavre a bientôt été recouvert de cette croûte saline que l’on retrouve sur toutes les pierres et tous les rochers au bord de la mer Morte ».