Les enquêtes montrent que le mal numéro 1 dont souffrent la plupart des Occidentaux est que leur vie manque de sens. « Quel avantage l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? » (Ecclésiaste 1.3). Qu’est-ce qui en reste ?
Vivre pour gagner plus d’argent, avoir plus de loisirs et de jouissances ne satisfait pas à la longue. Tant que les buts de vie ne dépassent pas notre existence terrestre, ils ne répondent pas aux aspirations profondes de chaque homme et chaque femme car, comme le disait l’Ecclésiaste : « Dieu a implanté au tréfonds de l’être humain le sens de l’éternité » (3.11).
Le jour où vous avez remis votre vie entre les mains de Jésus-Christ, non seulement vous avez donné à cette vie une durée éternelle au-delà de la mort, mais encore votre vie ici-bas a acquis une signification en s’insérant dans le grand plan de Dieu pour le salut de l’humanité. Chaque chrétien a son rôle à jouer dans ce plan, selon les dons qui lui ont été conférés et la vocation que Dieu lui adresse.
Jésus a dit : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Mt 20.28) et « je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22.27). C’est pourquoi, il a pu demander à ses disciples : « Celui qui voudra être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous » (Mc 10.43-44). Cette parole est si importante qu’elle est répétée six fois sous différentes formes dans les trois premiers évangiles (Mt 20.26 ; 23.11 ; Mc 9,35 ; 10.43s ; Lc 9,48 ; 22.26).
L’apôtre Pierre nous rappelle que le Christ nous a laissé « un exemple pour que vous suiviez ses traces » (1 P 1.21). Il précise la manière dont nous pouvons servir les autres : « Chacun de nous, dit-il, a reçu de Dieu un don particulier : qu’il le mette au service des autres comme un bon gérant de la grâce infiniment variée de Dieu. Que celui qui parle transmette les paroles de Dieu. Que celui qui sert accomplisse sa tâche avec la force que Dieu donne. Agissez en toutes ces choses de manière à ce que la gloire revienne à Dieu par Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour l’éternité » (1 P 4.10-11).
Les non-croyants emploient leurs dons et leurs « talents » pour jouir davantage. Le chrétien les utilise pour servir.12 Ce service prendra des aspects très variés selon le don reçu. Pierre distingue deux sortes de dons et de services correspondants : dons de parole et dons pratiques (« de service »). L’apôtre Paul en énumère une vingtaine dans ses lettres — sans prétendre être exhaustif. Notre responsabilité est de découvrir notre don — avec l’aide des membres de notre communauté — de le développer et de le mettre au service des autres.13
12 Voir A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, pp. 10-16.
13 Voir A. Kuen, Dons pour le service, pp. 40ss. 125-140.
Normalement, c’est dans le cadre de son Eglise locale que le chrétien exercera ses dons et qu’il répondra à sa vocation. L’Eglise constitue un microcosme prophétique : elle est comme un avant-goût de la création nouvelle au sein de l’ancienne, une société où l’on s’aime et où l’on travaille ensemble dans l’harmonie à la réalisation des objectifs que Dieu lui a fixés.
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2.4). Tel est l’un des buts de l’Eglise. Un autre est d’anticiper sur la vocation future de l’humanité rachetée qui offrira durant l’éternité son adoration et ses louanges à Celui qui l’a sauvée. Louer Dieu, lui rendre un culte est même le but premier de l’Eglise. Pour préparer ses membres à cette double vocation, elle doit les transformer et les équiper « pour que ceux qui appartiennent à Dieu soient rendus aptes à accomplir leur service en vue de la construction du Corps du Christ » (Ep 4.12).
L’Eglise est là pour Dieu, pour les croyants et pour le monde.14 Selon nos dons et notre vocation, chacun de nous peut s’engager dans l’une ou l’autre dimension de ce triple programme : certains auront à cœur la louange en commun en priant pour les cultes, en mettant à la disposition de la chorale ou de l’accompagnement des cantiques leur voix ou leurs dons musicaux. Ou bien ils veilleront à la propreté et la beauté du lieu de culte (nettoyage, travaux d’embellissement, fleurs), ils accueilleront les participants, s’occuperont de leurs enfants, feront monter vers Dieu leurs prières et leurs cantiques, lui apporteront leurs offrandes, diront un mot de témoignage ou une parole d’exhortation…
14 Voir A. Kuen : Pourquoi l’Eglise qui ajoute une quatrième dimension : une Eglise pour les Dominations et les Autorités dans les lieux célestes.
Le ministère auprès des croyants est tout aussi multiforme : intercession, entraide, encouragement mutuel, formation, édification, enseignement…
Dans le témoignage auprès des non-croyants, on peut ranger non seulement tout ce qui a trait à l’évangélisation, mais aussi l’action sociale et politique, le témoignage quotidien par la vie transformée et l’amour en action.
Puisque chacun de nous a reçu (au moins) un don à mettre au service des autres, chaque chrétien peut trouver un secteur de la vie de l’Église où il peut s’engager et où il saura que sa contribution servira au « bien commun » (1 Co 12.7). Donc quelle que soit l’importance — à vues humaines — de cette contribution, elle donne à sa vie un sens : elle est un élément du grand Projet de Dieu pour l’humanité.
Vous connaissez sans doute cette histoire de l’architecte qui a demandé à plusieurs tailleurs de pierres ce qu’ils faisaient :
La vie de ce dernier avait un sens qui dépassait l’horizon limité des deux autres.
Quel que soit le service que j’accomplis dans le Corps du Christ, je contribue au Projet de Dieu. Si j’enlève une toile d’araignée dans le local de réunion, j’évite qu’elle accapare l’attention de celui qui vient écouter la Parole de Dieu. Ce que je fais a donc pour lui autant d’importance — sinon plus — que la parole du prédicateur. Si j’accomplis un travail de secrétariat, je décharge l’un des responsables et je le libère pour son service spécifique dans le Corps.
— Mais que faire si on ne voit absolument pas quel service accomplir ?
Le Seigneur nous donne une indication intéressante pour ce cas dans les paraboles de l’argent à faire fructifier (Mt 25.14ss ; Lc 19.11ss). Au troisième serviteur qui revient vers lui en lui rapportant le lingot ou la pièce d’or confiée sans l’avoir fait fructifier, le maître dit qu’il aurait dû au moins placer l’argent chez les banquiers (Mt 25.27). Les banquiers savent comment faire fructifier l’argent qui leur est confié. Ainsi les responsables d’Eglise devraient être capables de trouver à chaque membre un service adapté à ses dons et ses disponibilités. Ne pas leur proposer nos disponibilités nous expose aux reproches que le Seigneur a adressés au troisième serviteur et à la condamnation qu’il a prononcée sur lui.
Même si je suis cloué au lit, ne pouvant plus rien faire que supporter mon mal avec patience, mon attitude de confiance en Dieu le glorifiera devant les autorités et les dominations dans les lieux célestes. Peut-être pourrai-je, de plus, intercéder pour mes frères et sœurs à l’œuvre et contribuer ainsi à l’efficacité de leur ministère, ou prier pour des non-croyants et faire progresser l’œuvre de Dieu dans leur cœur.
L’une des possibilités de service qui est à la portée de tout chrétien est le témoignage. Le baptême lui-même est déjà un témoignage, une « prédication » ; cependant, généralement ce sont surtout des chrétiens qui y assistent. Le témoignage, par contre, s’adresse essentiellement à des non-chrétiens. L’apôtre Pierre nous dit : « Si l’on vous demande de justifier votre espérance, soyez toujours prêts à la défendre, avec humilité et respect » (1 P 3.15-16). Cette parole suppose l’initiative des non-chrétiens dans l’entretien. Pourquoi nous demanderont-ils de justifier notre espérance ? Parce que notre manière de vivre leur a posé des questions. Ils la trouvent « étrange » (4.4), c.-à-d. différente de la leur.
La plupart de nos contemporains ne trouvent pas de sens à leur vie, c’est pourquoi ils s’étourdissent dans les plaisirs et la satisfaction de leurs passions. En voyant que les chrétiens ne se « précipitent plus avec eux dans la même vie », certains d’entre eux sont amenés à se demander pourquoi nous y renonçons, ce que nous avons pour compenser ces plaisirs. C’est là que nous pouvons faire luire notre lumière devant les hommes (Mt 5.14) qui marchent dans les ténèbres (Es 9.2).
Si vous avez peur de ne pas pouvoir expliquer correctement le chemin du salut, vous pouvez faire ce qui suit :
1. Prier pour ces amis. Chaque chrétien devrait prier quotidiennement pour deux ou trois personnes non-croyantes pour que le Saint-Esprit les convainque au sujet de leur péché, de ce qui est juste et du jugement de Dieu (Jn 16.8). Priez en même temps que Dieu crée des occasions de témoignage et qu’il vous accorde, à ces moments-là, de les discerner et de trouver les paroles à dire.
Ralph Neighbour recommande de prier pour cinq personnes qui, actuellement, ne nous laisseraient pas parler du Christ avec elles et pour cinq autres qui nous écouteraient si nous leur parlions du Christ. C’est ce qu’il appelle « le principe 5 + 5 ». Nos doigts de la main gauche nous rappellent ces amis que nous pouvons gagner par notre témoignage, ceux de la main droite, les personnes dans lesquelles Dieu devra d’abord agir, avant que nous puissions leur parler. Pour dresser la liste de ces dix amis, nous pourrons nous inspirer du principe d’Actes 1.8 : Jérusalem, la Judée, la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre : commencer par nos voisins, nos amis, les membres de notre famille, pour étendre ensuite le cercle plus loin.
2. Inviter ces personnes à des réunions d’évangélisation ou à des rencontres avec d’autres chrétiens. « Viens et vois » était la méthode qui a amené les premiers disciples à Jésus (Jn 1.39, 46 ; 4.29). Nous pouvons faire de même lorsqu’il y a une série d’évangélisation ; les statistiques montrent que la grande majorité de ceux qui se sont convertis à de telles réunions ont été personnellement invités par quelqu’un. Les diverses rencontres dans les foyers ou dans des cercles restreints (études bibliques de maison, petits déjeuners-contacts, dîners d’hommes d’affaire, cercles féminins chrétiens…) sont d’excellentes occasions pour un premier contact avec le message chrétien. On peut aussi dire à la personne intéressée : « Je ne peux pas répondre à vos diverses questions, mais si vous le désirez, je pourrais inviter quelqu’un qui y a réfléchi et à qui vous pourriez les poser ».
3. Donner votre témoignage personnel ; dire simplement ce que vous avez vécu : ce qui vous a amené à chercher autre chose, ce qui vous a aidé dans votre recherche, ce que votre conversion a changé dans votre vie, dans vos relations avec votre conjoint, vos enfants et vos parents, vos collègues de travail… Beaucoup de Samaritains furent amenés à la foi à cause du témoignage de leur compatriote qui avait rencontré Jésus (Jn 4.41-42 ; cf. Ac 22.1-15 ; 26.9-20).
4. Donner à lire une brochure ou un livre qui explique le chemin du salut. Lisez d’abord ce que vous voulez prêter ou donner pour voir si c’est approprié à la personne visée. Cela peut aussi être un témoignage d’une vie transformée, plus facile à lire qu’un exposé dogmatique. Au bout de quelque temps, demandez à la personne si elle l’a lu, ce qu’elle en pense.
Actuellement, beaucoup utilisent de même la cassette vidéo du film Jésus ou d’autres cassettes semblables. Des cassettes audio de réunions d’évangélisation peuvent apporter le message prêché à ceux qui n’ont pas osé s’y rendre.
5. Des conversations informelles font souvent plus que beaucoup d’efforts ciblés : une phrase peut s’accrocher à la mémoire et ne plus lâcher la personne. La plus grande partie du ministère de Jésus s’est faite de cette manière. Si vous étudiez Jean 4 en détail, vous apprendrez beaucoup sur la manière d’aborder les personnes, de susciter leur intérêt, d’aborder les points délicats, de parer aux tentatives de diversion et finalement de les placer devant une décision. Priez intérieurement, pendant toute la conversation, que Dieu vous inspire les bonnes réponses et ouvre l’esprit de votre interlocuteur (cf. Actes 16.14).